‹ Histoire de l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif de Sens [microform]Chapitre 25 sur 40 · HUGUES. XXXIV · texte numérisé non relu

HUGUES. XXXIV

Hugues, dit 1'fivente., etait de la noble famille de Plessis-les- Eventes (1). II fit de nombreuses acquisitions pour 1'abbaye et obtint du pape Honorius HI plusieurs bulles. D'apres quelques clauses de ces lettres papales, il etait permis aux hommes de Saint-Pierre qui n'etaient pas serfs de porter temoignage dans les causes du monastere; les religieux avaient droit d'heriter des biens de leur parente, excepte des fiefs, et 1'abbe pouvait absoudre les religieux excommunies, pour leur eviter les difficultes et les perils d'un voyage a Rome.

II eut aussi un accord avec les religieux de Vauluisant, sur le droit de forage du par ces derniers pour leurs vins vendus dans leur maisori du bourg de Saint-Pierre. L'abbe de Vauluisant s'engagea a donner chaque annee a Saint-Pierre- le- Vif un muid de vin bon et louable moitie rouge et moitie blanc, et trois sous parisis ; 1'abbe de Saint-Pierre permit, de son cote, aux religieux de Vauluisant de vendre dans leur maison du bourg tout le vin

(1) Aujourd'hui Plessis-Saint-Jean.

qu'ils recolteraient dans leurs vignes sises a deux lieues de la ville.

L'oeuvre principale d'Htigues fut de cornmencer la reconstruction de la basilique conventuelle qui menac.ait ruine. On 1'abattit, et en 1/118 on commenca a en construire une nouvelle qui ne se termina que sous Geoffroy de Montigny. On etait a 1'epoque la plus glorieusedu moyen-age. Des cites opulentes jusqu'aux moindres bourgades, partout on rivalisait de science, de zele et d'activite pour elever ces monuments qui provoquent encore aujourd'hui 1'admiration. L'architecture etait sur le point de parvenir a son apogee.

D'un autre cote, Fabbaye etait riche et puissante; elle pouvait consacrer au relevement de son eglise des sommes considerables. La description que nous en a laissee D. Cot Iron, nous montre une magnifique eglise ogivale, aux amples proportions, batie en appareil regulier et mesurant en longueur 80 metres environ, en largeur 24 et en hauteur 32. (Cette dimension de la hauteur, sans doute erronee, est en desacord avec celle bien inferieure, 24 metres, donnee par un plan de 1656.) Le transept, qui partageait la nef en forme de croix latine, avait environ 36 metres. Au-dessus des arcades, soutenues par dehautes colonnes d'unegrande elegance, regnait tout autour une galerie, et les larges baies des fenetres superieures donnaient une lumiere abondante. Les bas-cotes, au lieu de se rejoindre en hemicycle, derriere le sanctuaire, s'arretaient a la hauteur du grand autel, a la fagon des anciennes basiliques et formaient, au fond, une chapelle avec autel.

Au-dessus de 1'entree de 1'eglise se dressait la haute et forte tour construite par Gerlan, et dans laquelle etaient suspendues de grosses cloches. La croix du transept etait couronnee par un campanile tres eleve. L'eglise renferrnait neiif autels. Le premier, au fond de 1'abside, derriere le grand autel, etait consacre aux saints Savinien, Potentien et Altin. Environ trois metres en avant s'elevait le celebre maitre-autel dedie a saint Pierre, a saint Paul et aux autres apotres. A 1'extremite du collateral, cote de 1'epitre, se trouvait la chapelle de la sainte Vierge. Dans la chapelle collaterale opposee, cote de 1'evangile, 1'autel etait dedie a saint Etienne, premier martyr, aux saints Innocents et a saint Benoit (1). II y avait egalement dans chacun des deux transepts un autel adosse contre le mur oriental. Celui du cote du raidi avait d'abord ete dedie aux saints Barthelemy, Nicolas, Mathias et Laurent, martyr; aux saintes Cecile, Lucie, Agnes, Agathe ; aux confesseurs Loup,

(d) G'est devant oet autel qu'etait inhume saint Egile, arch, de Sens,

Germain d'Auxerre, et aux apotres Simon et Jude. II fut plus tard consacre en 1'honneur de la sainte Vierge et de saint Andre. L'autel du transept septentrional etait d'abord dedie a saint Andre. On le supprima dans la suite pour ouvrir a cet endroit une porte qui donnait dans le cloitre. Un autre autel s'elevait a 1'ontree du sanctuaire, en 1'honneur de saint Barthelemy. Enfin, au milieu de la grande nef, deux autels furent eleves dans la suite centre un rnur de separation : celui de gauche, consacre aux saints confesseurs Ebbon, Ursicin, Ambroise et Agrice; 1'autre, a saint Michel. Ge dernier avait ete eleve primitivement sous le porche en 1'honneur de sainte Marie-Madeleine.

Pour completer cctte description de 1'eglisc, mentionnons des vitraux precieux datant de 1'epoque etun carrelage emaille decouvert en 1854, sur remplaceraent de 1'eglise. Les paves, clit M. Arae (Carrelages emailles, p. 15) furent d'abord trouves pelemele ; puis, a mesure que les fouilles s'etendaient, on reconnaissait 1'ensemble du pavage ; on le decouvrit sur une assez grande longueur.

Sans en donner ici la description entiere, nous dirons que 1'ensemble, a premiere vue, presentait un aspect froid et severe; deux couleurs seulemcnt, le rouge et le jaune, entraient dans la composition du pavage ; mais la rnultiplicite de ces carreaux reunis rehaussait les paves histories qu'ils enclavaient. Ges paves emailles representaient des lions contournes a la pose heraldiquc.- des oiseaux aifrontes, separes par un arbuste orne de feuillage, des cavaliers armes de toutes pieces, a 1'ecu d'or charge de trois tourteaux de gueuies, la dague au poing et prets a combattre. Le cheval, richement caparaconne, portait bien son aigrette et semblaitfier de sa noble charge.

Sous le chceur et clerriere 1'eglise regnaient de venerables cryptes, vieilles deja de plusieurs siecles. Malgre le silence des historiens sur ce point, il est a presumer qu'elles furent alors remaniees. Les renseignements fournis par Geoffroy de Courlon et Dom Gottron sont vagires et sornmaires : un plan de '1656 va nous aider a les completer. Ces cryptes se divisaient en trois nefs et inesuraient environ quatre metres de hauteur. La nef du milieu, aussi large que celie de 1'eglise, se subdivisait elle meme en trois nefs et so prolongeait sous la basilique jusqu'au grand autel. Au-dessous de ce grand autel se trouvait 1'autel dedie a saint Potentien et a saint Martin de Tours. A cote, le caveau ou reposaient les reliques et que la voix populaire appelait le Saint des Saints . Cette chapelle etait entouree de grilles de fer et devant 1'autel brulait jour et nuit une lampe. A i'extremite orientale, cette nef se terminait

par la crypte de saint Serotin, tres elegante et de forme octogonale ; elle etait ornee de peintures representant les traits de la vie de ce saint. Sous Fautel qui lui etait consacre ainsi qu'au martyr Vincent, etait son tombeau en pierre. Au-dessus, la chapelle de ce meme saint, independante cle 1'eglise dont elle s'eloignait de quelques metres, s'elevait en forme de tour.

De chaque cote de la nef principale existaient deux nefs ou chapelles laterales, moins larges que celles de 1'eglise : celle du cote du nord, decliee a saint Jean 1'Evangeliste, celle clu midi a saint Thomas, apotre. Tout autour etaient dresses clifferents autels. Les cryptes devaient avoir vingt metres environ clans leur plus grande longueur, et seize dans leur plus grande largeur. Des trois escaliers qui y donnaientacces, deux etaient au fond des chapelles laterales, le troisieme au milieu du choeur, devantlemaitre-autel. Ce dernier fut stipprime dans la suite et ferine par une grille cle fer et un vitrail.

En meme temps que 1'abbe Hugues entreprenait la grande ceuvre de la reconstruction de 1'eglise, il profita dela reunion d'un concile provincial auquel Michel de Corbeil avait convoque ses suffragants avec un grand nombre d'abbes et de clercs, pour faire reconnaitre les reliques de saint Potentien et cle saint Altin. A 1'epoque de la premiere translation, au ix e siecle, une sceur de Venilon, Hermentrude, abbesse de Jouarre, avait obtenu cle lui quelques ossements de saint Potentien ; par 1'intercession de ces reliques, il s'etait opere beaucoup de miracles, de sorte que les religieuses de Jouarre pretendirent un jour posseder le corps en tier de ce saint. (1)

Sur la demande de Hugues et des moines interesses a dissiper cette erreur, les prelats se rendirent a Saint-Pierre-le-Vif, firent apporter devanteuxlesrestes des deux martyrs Potentien et Altin, et, apres les avoir reconnus, ils les deposerent dans des reliquaires avec des Authentiques. On les exposa ensuite aux regards et a la veneration de la foule, sur la porte de 1'abbaye et clans 1'eglise, et Pierre de Corbeil remit a tons les fideles clu Christ qui, vraiment penitents, auraient fait a cette eglise I'aumone de la charite pendant 1'octave de sainte Marie-Madeleine et les sept jours suivants,

(1) Une partie des reliques de saint Potentien, de Jouarre, furent acquises par de nobles personnag-es cle la Bourgogne qui les deposerent dans un monastere qu'ils fondaient a Lucy-sur-Yonne. Ge monastere ayant ete detruit au xie siecle, les reliques" de saint Potentien furent transferees, la veille des nones cle decembre, a la cqllegiale de Chatel-Gensoir. Gette pai'oisse les possede encore.

par veneration pour ces saints, sept jours des penitences qui leur etaient imposees, les vosux remis, s'ils s'y confer maient, les peches oublies et les offenses faites a un pere on a une mere, non accompagnees de coups .

Peut-etre faut-il faire remonter a cette translation le suaire, dit de saint Potentien, depose actuellementau Tresor de Sens. Le tissu en est fort clelicat el n'a pu etre conserve jusqu'a aujourd'hui

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