GOMME ÉVÉQUE DE LAON, ET DE INGELRAN DE MORUEIL, GOMME
KBBt DE SiUNT-VmCENT. MfflËRES DE GE1TE ABBAYE.
DÉCED DE UABBÉ ; SON CORPS E^T DÉCOUVERT.
QUEL ESTOrr LE SGEEL DU COUVENT.
oiLLAUMB de ChampeauXy troisième du nom , fut fttit évéque de LaoQ en la même année 1419. Il estoit président de la Chambre des comptes à Paris et conseiller du roy. Il baptisa Louis XI* dans la cathédrale de Bonrges et le parrain estoit Jean d'Âlençon. Le sieur Bellotte , en ses Observations , dit avoir trouvé dans le chartrier de la cathédrale des titres datez du B septembre de Tannée 1435 , par lesquels révèque Guillaume de Ghampeaux confesse qu'il a esté occupé dans TÂquitaine par ordre du roy. Pendant le temps de son absence , Jean , évèque de Pamiers , fiedsoit les fonctions épiscopales en Tévéché de Laon. Il foudroit alors dire que Guillaume a esté tiré de son évèché par le roy dès Tannée même de sa consécration , et qu*il ne faisoit que d'y retourner en 1435* Peut-estre y resta-tr-il alors depuis cette époque jusques en 1444 qu'il est mort.
Ingelran de Morueil , moine de cette maison, fut élu abbé de Saint-Vincent en 1419. Il termina plusieurs différends avec Jean Yairét, abbé de Saint-Martin de Laon , au mois de novembre de Tannée 1420. Usant des conditions portées dans
Tacte de société entre les deux abbayes , notre abbé prit poar deffendre ses droits de son costé deux chanoines réguliers de Saint-Martin , sçavoir, Henri de Crécy » prieur , et Jean des Autels y religieux de la même maison. L'abbé de Saint-Martin choisit d'autre part pour soutenir son droit dom Jean Géèl • prieur, de notre abbaye , et dom Wiard de Ghéry, prévôt , lesquels quatre arbitres terminèrent de leur propre autorité tous les différends qui estoient entre les deux monastères, afin d'entretenir la charité et société qui avoient toujours existé depuis la naissance de Tordre de Prémontré.
Le temps du gouvernement d'ingelran de Moruell fût fort infortuné à tout le païs et à cette abbaye même , car les An— glois y firent de fameux ravages. Le duc de Bourgogne assiégea et prit Laon et la donna à ces derniers. * Ensuitte les villes de Coucy, Neuf-Ghâtel, Clacy, Crépy, Marie, Guise , Vervins , Roucy, prirent le parti des Anglois. Les murailles de Crépy furent rasées en ce temps-là. Quelques-uns disent aussi que ee fut en cette occasion que le château de Montaigu fut détraitptr le roy de France , à la prière des Rémois et des Laonnois, en-^ viron Tannée 1429. Cependant il est plus probable que cette destruction du château de Montaigu s'estoit faite en 1372. Cette abbaye souffrit beaucoup en cette occasion, et Tabbé craignant qu'elle ne fut entièrement désolée , obtint des lettres de sauvegarde de Henri VI% roy d'Angleterre, qui se disoit aussi roy de France en Tannée 1425.
Cette abbaye respira quelque peu de temps , lequel ne dura guère, car Jean de Luxembourg vint Tassiéger une seconde ibis/
(1) Ce fut Jean-sans-peur, duc de Bourgogne, qui prit la ville de Laon et son fils Philippe-le-Bon qui y après le meurtre de son père, la livra aux Anglais.
(2) Jean de Luxembourg, après avoir échoué devant Saintr-Vincent en 1431 , finit par s*en rendre maître en 1434. Les Bourguignons, commandés par Krî, s'y établirent dans l'espoir de pénétrer de là dans la ville de Laon , si Toccasion s'en présentait. Mais les Laonnois ayant supplié Charles VII de les délivrer de ce fâcheux voisinage, le duc de Richement vint, à la léte des troupes
Le connétable de Richemont Tassiégea une troisième avec plus de suceéz> car il remporta en Tannée 1434. On peut bien conjecturer qu'elle souffrit alors de très-grandes pertes et dommages ; à peine les murailles et les bâtiments échappèrent à la destruction entière et totale ; les moines foirent contraints d*abandonner le monastère pour se retirer, partie à Corbie, partie à Saint-Martin de Toumay, en Flandre , oii ils demeurèrent» ainsi que dans d'autres monastères , ne laissant qu'un seul des leurs à Saint-Vincent afin d'en empêcher la ruine entière. Mais la paix ayant esté faite alors entre la France et l'Angleterre , ^e fort de Saint- Vincent fut rasé par les manants des villages circonvoisins. Cette paix donna le loisir de respirer quelque peu à notre abbaye; les religieux y retournèrent et vécurent dans une si extrême pauvreté que l'abbé n'avoit qu'un muid de vin pour son breuvage de toute l'année, et chaque religieux, un vçrre de vin à chaque repas.
C'est l'abbé Ingelran de Morueil qui essuya toutes ces misères de son temps; il décéda en l'année 1435 ou 1439, le 10 d'août. Son corps fut enseveli dans le milieu du presbytère , proche le degré qui y monte aujourd'huy, venant delà croisée. Lorsqu'on creusoit en 1640 les fondements d'une muraille en cet endroit, on découvrit le corps entier de cet abbé. La chair estoit consommée, mais le squelette estoit entièrement revêtu d'un habit monastique dont la forme approchoit fort de celle de la congrégation de Saint-Maur. * Sa couleur estoit d'un noir naturel et l'étoffe en estoit encore aussi ferme et aussi entière que si elle fut sortie de la boutique du marchand. Les Jambes estoient dans des bottines, selon la coutume. Dans les mains de l'abbé estoit une crosse de bois dont le haut est gardé encore aujourd'huy par dom Pierre de Lallain , prieur de ce monastère. Le bâton et les habits furent divisez en parties à une foule de peuple qui
royales, faire le siège de Saint-Vincent. Les Bourguignons , serrés de près, se rendirent; Luxembourg obtint pourtant les honneurs de la guerre. Le fort de Saint-Vincent fut alors démoli à la prière des habitants de Laon. (1) Voir la page 259.
estoit venu pour voir ce squelette d'aM)é, chacan ooBsanrant sa partie comme par fcHrme de reliques. Le cercueil de pierre estoit plein de chaux vive.
Le sceel du monastère estoit en ce temps^là, au rapport d*Qn certain qui dit Fa voir vu, un portail dans le milieu duquel estoit une Image de Notre-Dame; à costé estdent celles de saint Vincent et de saint Christophe , patrons de ce monastère , et au-dessous celle de saint Canoald , évéque de Laon « aussi patron cooptatif de Tabbaye. Je trouve néanmoins que le plus fréquent sceel dont notre abbaye usoit estoit Timage de saint Vincent, d*un costé « revêtu d'un habit de diacre, la main gaaebe sur la poitrine , la droite tenant une palme et la teste couverte d'une espèce de toque ou bonnet, avec rinscrSptiofi ordinaire autour du cadiet: SigUium, etc. Le eontre-sceel estoit une teste jusques aux épaules avec cette inscription : Sanciui Vinoetuius ; la teste estoit pareillement couverte d'une toque ou bonnet.