SOCIÉTÉ CONTRACTÉE AVEC DIVERSES ÉGLISES
DALBÉBON , Continuant ses bienveillances envers cette abbaye de Saint-Vincent, permit que Immon, archiiSdiacr£ de Laon, et un certain chevalier, nommé Anselme , donnassent , Tan 978 , une terre située au territoire de LœuiUy, à cette abbaye. Il y ajouta, de son propre , deux maisons dcNanteuii « lesquelles estoient joignant quelques terres que nos moines y possédoient déjà , considérant que cette abbaye estoit le second siège épiscopal de Laon , dont les évéques ses prédécesseurs avoient toujours eu très-grand soin d'augmenter les revenus , et qu'ils avoient traitée favorablement. Il fit cette donation devant Fautel de Saint-Vincent et
rendit en même temps les droits que ses prédécesseurs en avofent usurpez sur une partie de la montagne , droits que ce monastère possédoit dès sa première fondation , comme le privilège de la reine Brunehault , qui se conservoit encore en cestemps-cy, leprouvoit fort clairement. Il promit aussi de donner plusieurs autres choses à Tavenir, si Dieu lui en facllitoit les moyens.
A rimitatlon de Tévéque Adalbéron , plusieurs seigneurs du paîs faisoient du bien à cette abbaye , entre lesquels je remarque un Albert ou Adalbert, comte deVermandois, surnommé le pieux avec justice, pour avoir fondé l'abbaye de Saint-Prix en son propre palais de la ville de Saint-Quentin \
(1) » Les comtes de Yermandois, dit Paul Golliette (Mémoires du Ver- » matidois, T. ^)) avoient demeuré jusqpi^alors un peu au-dessus des rives » de la Somme, hors la ville capitale de leur gouvernement, près d*un lieu » que nous appelions encore Rocourt. La situation de leur palais ^ posé sur » une éminence, en recevoit plus d'agrément, et les eaux et les bois en fai- » soient un s^our délicieux. Dans Tenceinte de ce palais , ils décidoient les » affidres qu*on leur déféroit ; là aussi estoient les prisons dans lesquelles on » jettoit les criminels. La mémoire du traitement barbare fait dans une de ces » prisons par Hébert Si» son prédécesseur, à Gharles-le-Simple , rendoit in- » supportable à Albert le lieu qui fut autrefois témoin des cris , des pleurs et » des tourments de son roy. Il voulut quitter cette demeure , mais auparavant » il r&olut de la consacrer par un pieux établissement qui lui en fit oublier , » ainsi qu'aux siècles futurs , la laideur et l'impureté . Il appella des moines de » saint Benoit et les fixa dans ce palais dont il leur fit présent. (944)
TeUeest en effet l'origine du monastère de Saint-Prix. Placé hors* de la ville, soos le vocable du saint martyr dont il possédait quelques précieuses reliques , ce monastère compta jusqu'en 1759 ; époque à laquelle une décision du parlement réunit sa manse conventuelle au séminaire de Noyon, quarante-six abbés, dont liix furent commendataires. Les religieux y pratiquaient la pénitence la plus exemplaire et la mortification la plus grande. « Leur pauvreté volontaire, » disent les vieilles chroniques , estoit complète; s'ils estoient riches, ce n'es- » toit que pour dispenser plus de bien aux pauvres et entretenir plus dignc- » ment le temple et le culte de Dieu »
Une ferme , du nom de Saint-Prix , occupe seule aujourd'hui l'emplacement de l'ancien couvent.
réparé les autres abbayes de Saint-Quentin-eo-risle', d*Homblières et du mont Saint-Quentin, proche la ville de Péronne*. Il n*oublia pas non plus celle-cy en ses bienfaits etjui^onna une maison située à Sanulcourt , à condition néanmoins de rendre deux deniers par chaque année pour Tentretien du luminaire de la grande église de Saint-Quentin, dont il avoit pris la qualité d*abbé après ses prédécesseurs séculiers et mariez comme lui. La femme d'Adalbert, comte de Yermandois , s'appelloit Gerberge , laquelle consentit à cette donation avec ses enfans et les chanoines de Téglise. Ces chanoines ejstoieat déjà sécularisez' , ayant rejette leurs frocs et la pro&ssion de moines de Saint-Benoît pour prendre les surpUs et aulmuces des chanoines séculiers depuis l'invasion des Normans, qui avoient ravagé ces païs-là aussi bien que celui-cy et en avoient dissipé
(1) Cette .réparation eut lieu en 964.
Dès les temps dq Tinvention du corps de saint Quentin par sainte Eusébie (351) Tendroit où ce précieux trésor resta caché pendant 5i années devint célèbre. Les chanoines de Téglise collégiale y firent bâtir , on ne sait à quelle époque, une chapelle, puis une communauté de clercs ou chanoines séculiers s'y établit; ce lieu porta dès lors le nom d*abbaye. Au 10^ siècle, Tégllse et Tabbaye dVsZe tombaient en ruines; Anselme, chanoine de Saint-Quentin et abbé de cette pauvre église , résolut de la réformer et d'y introduire les moines réguliers de Tordre de Saint-Benoit. Il confia ce projet à Albert , comte de Yermandois , qui lui promit son concours et son assistance , et quelques années après (964), les moines d'Homblières occupaient, ditMabillon, Tenceiate de Tabbaye; les chanoines séculiers étaient remplacés par des religieux bénédictins. Ce monastère fut très-florissant alors , les libéralités d*Albert4e-pieux et du chapitre de Saint-Quentin le firent prospérer; cinq cents années consolidèrent encore son existence et sa fortune. Mais les guerres malheureuses qui désolèrent au 16^ siècle le Yermandois, ayant amené, lors de la prise de Sainl- Quentm (1557) sa totale destruction, les moines furent transférés , de File de la Somme , dans l'intérieur de la ville où déjà ils avaient une maison de refuge. Le nouveau monastère construit et doté par la munificence de Regnault Leblond compta encore des jours de splendeur et de gloire; il subsista jusqu'à la révolution française. Les bâtiments qui nous en restent sont, depuis ce temps, une filature de coton.
(2) C'était une abbaye de bénédictins; sa réparation date de l'année 977. 3) Videhistoriammeam (dit l'auteur) delnsulensiSancti^Quintinicœnobio.
l*estat monastique. D*où vient que cette grande église de Saint- Quentin Alt oUigée de prendre Testât de chanoines séculiers , aussi bien que celles de Saintr-Vineent, de Saint-Quentiu-en^ Hsle et plusieurs autres du royaume en ce temps-là. Lé comte Albert mit le premier doyen dans la grande église de Saint- Quentin ; les comtes de Saint-Quentin et de Yermandois ont contioué de pr^idre cette qualité d'abbéz de Saint-Quentin jusc^es à ce que le Yermandois a esté remis à la couronne de France. Depuis ce temps-là on ne parle plus du titre d'abbé , mais le roy est entré en leur place et en leurs droits à la nomination de tous les canomcats de cette église de Sain^Quentin, quoiqu'il ne prenne pas le titre d'abbé. Quelques-uns coolèBdent Tabbaye de Saint-Quentin-en-risle qui a esté sécularisée en même temps que oelle-cy de Saint- Vincent avec la grande église de Saint-Quentin. Cette abbaye d'Isle a esté remise en rë^e par les religieux de Tordre de Saint-Benoit, au commandement du comte Albert, dont nous yencms de parler» Au contraire La grande église de Saint-Quentin est toujours demeurée aux chanoines séculiers depuis les ravages des Normands \
L'abbé Beriand ne laissoit pas de son costé de procurer le bien du monastère de tout son possible. Il fit un eschange d'une grande métairie que cette abbaye avoit, laquelle contenoit une chapelle, desi bâtiments seigneuriaux et d'autres logements avec des vignes rapportant cent muids de vin par an et d'autres vignes rapportant vingt autres muids annuellement, avec un clos seigneurial , des terres labourables , prairies et autres fonds situez en un village du Soissonnois, sur le fleuve d'Anxonne ou d'Aisne. Le chevalier avec lequel cet abbé fit cet eschange s'appelloit Adon , lequel donna une autre métairie dans le comté de Laon , appellée Brissiac , située sur la rivière d'Oise, contenant plusieurs terres, vignes, bois.
Pendant le gouvernement de Beriand , les roys Lothaire et Louis -le-Fainéant , son fils, estant décédez, Hugue$*Capet se
(1) Elle sert aujourd'hui d'église paroissiale.
saisit de Laôn , h la faveur de Tèvêque de la même TiHe ^ Adalbéron, çt au préjudice du duc Charles qui prétendoit à la couronne de France , laquelle Hugues lui ravit enfin et s'appropria de telle sorte qu'elle demeure encore aujourd'hui sur la teste de ses descendants. L'abbé B^land et toute la communauté se servirent du crédit que l*évèque Adalbéron s'estoit acquis auprès du nouveau roy Hugues-Gapet et en obtinrent la confirmation de tous lés droits.et possessions de cette abbaye, la première année de son règne qui revient à Tannée 987 , le 26 septembre , le roy estant alors à Compiègne.
Borland, abbé de ce monastère, ayant soin du temporel, ne négligea pas cependant le spirituel. C'est pourquoi sçachant qu'un des plus excellents moyens de l'obtenir , est la communication des bonnes œuvres et des prières faites en esprit d'ànion et de charité , il associa son monastère avec celui de Saint-Denys, obtenant de l'abbé Guarin communication et so^ ciété des bonnes œuvres pour lui et tous les religieux de sa communauté. C'est la première société que je trouve en ce monastère, faite la seconde année du roy Hugues-Capet (de Notre Seigneur , 988) par un escrit rédigé à Saint-Denys, le huit novembre. Ses successeurs abbéz en ont fait plusieurs dans la suitte des temps dont voici un catalogue :