‹ Histoire de l'Abbaye de Saint-Vincent de Laon ... publieé, annotée et continuée par l'abbé Cardon, et l'abbé A. MathieuChapitre 94 sur 116 · MÊME ABBATE · texte numérisé non relu

MÊME ABBATE

A plus célèbre de toutes les doi^ations qui ont esté faites à Saint-Vincent du temps de l'abbé Guillaume , est Tautel ou Ja cure de Sainte Julien-au-fiourg de Laon , vénérable à toute la postérité parce qu'elle est Mtie sur la grotte

en laquelle saint Géaebault , premier évêque de Laon, a fait une rigoureuse pénitence de sept ans consécutifs^ et d*où il ii*est sorti que par la permission de saint Remy, quoiqu'un ange lui eût ouvert la porte et Teût assuré du pardon de ses pécbéz.

Cette église de Saint-Julien estoit encore tenue par un séculier laïque nommé GauUier-le-Roux , nonobstant les décrets des saints conciles et synodes , tant généraux que provinciaux et diocésains de l'Ëglise , laquelle fulmina des ànathèmes si ruâe$ contre ces usurpateurs et détenteurs des biens ecclésiastiques, que les plus consciencieux remirent ceux qu'ils tenoieat entre les mains des évoques , au profit de quelque église ou abbaye.

L'abbaye de Saint-Vincent , nous Tavons déjà vu , eut sa part des dépouilles des laïques et obtint plusieurs dixmes et cures par ce moyen. Elle eut en particulier la cure de Saint-

JuUen-au-Bourgy laquelle loi échut parce que Gaultier-le-Roux, fils de Glarembauldy Tayant rendue à Gautier, évéque de Laon, en 1153, celui-cy en investit Tabbé Guillaume , qui gouvernoit pour lors ce monastère. *-

Les moines de Saint-Vincent jouirent de cette cure depuis eette même année il 53 jusques au temps de Hugues » abbé de notre abbaye , louable en toutes ses actions et surtout pour son zèle au culte divin. Un prêtre seul , nommé Gérard , commis par Tabbé , desservoit cette église à titre de vicaire perpétuel, lorsque Tabbé Hugues. , voulant honorer le lieu de pénitence du premier évéque de Laon , forma le dessein , dès les premières années de sa prélature , de faire de cette église une collégiale, n en obtint la p^mission de Roger de Rosoy, pour lors évéque , lequel la lui accorda très-volontiers. * L'abbé Hugues rayant obtenue , travailla aussitôt à Térection de la colléglalç de Saint-Julien , y instituant treize chanoines séculiers,

(i) Voici, d*après le texte de rauteur, la charte dMnyestiture donnée par Gain tier de Saint-Blaurice, éréque de Laon :

In nomine Sanetœ et individuœ Trinitatis. Episcopalis officii est eletîMsynas eccUsUs , intuitu charitatis erogatas ; atiestari et ne ohlwionU nubilo obfuscatœ deleri aut infirmari possint, scripto commendari et pos^ teris notum fieri. Eapropter ego Galiems , Dei gratiâ Laudunensium epUeopus , notum facio tàm proRsentibus quàm futuris qttod GcUierus Rufiis , filius Clarembalâi , aliare Sancti-Juliani in manu nostrâ reddidit. Nos autêm ipsum, tam pro nostrâ quàm proidecessorum anima, cum omnibuspertinentiis suis ecclesiœ beaii Vincentii quœ onniversariumnostrumper^ petuo se eelebraturam nobis promisit, dedimus. Testes donationis altaris Sancti-Juliani sunt Rogerus, abbas Sancti-JoanniSf Joannes, àbbas Sancti- Michaëlis, magister Hugo, Guerricus, monachus, Galterus , pi'œpositus. Actum est hoc diversis annis , sed imptetum anno Incarnationis VerM M. C. LUI.

(2) La charte de Roger de Rosoy est de l'année 1171. Nous en donnons un extrait :

In nomine Sanetœ et individuœ Trinitatis, amen. Ego Hogerus, Dei graHâ Laudunensis episcopus. Tiim divinœ majestati benepîacitum et dnt-

au lieu d*ua seul prêtre qui avoit desservi cette cure jusqnes alors. Il prit auparavant Tavis du chapitre de la cathédrale et de Gérard , qui estoit titulaire et auquel on conserva ses droits sa vie durant , comme auparavant rérection. * Le chapitre de Saint- Vincent a sa part en cette fondation aussi hien que Tabbé, car Tun et Fautre y ont également contribué par leur zèle et le démembrement considérable des deux manses pour satisfaire à ce pieux dessein, voulant que les nouveaux chanoines et leurs successeurs fussent instituez par Tabbé de Saint-Vincent, le-

marum nosiraiwn profeoHbus utile esse sdmus, si in diebus nosiris et nwriio et numéro populus Deo serviens augeatur. Idcircojusti8pastulaii(h nibus dilei^i filii Hugonis, àbbatis SancH^Vineentii , libenti cnimo anw^ entes, conctmmus et in ecclesiâ beaU Juliant , quce et ex dono fronoTfnemoriœ prcsdecessoris nostri Galteri provenerat, canomcos HuHtuere et proBbendas successive in perpetuum dare, nihil in coneessione earumdem prœbendarum reiinentes nisi solummodà curam prcssbfftero eommittendam gui canonicus et sacerdos prcedicUB ecclesiœ erit, ut sieut hactenùs prœs^ byter curam ^usdem ecclesiœ habtdsse dignosdtur. Ità nihilominùs augmentato numéro Deo ibi serviendarum, unus euram plêMs ad eamâernee^ elesiam pertinentes kabeat, ut de temporalibus bonis prœdicto àbbati et nobis vero de spiritualibus respondeat. Prohibemus igitur ne guis hanc canonicorum institutionem permutare audeat, vel pnxbendarum donation nem ab ecclesiâ beaU Vincentii àlienare prcssumat. Si guis autem eontrà hoc vemre prœsumpserit , excommunie atUmis oensuram incurrens à «aoratissimo eorpore Domini Nostri Jesu-CkrisH alienus eMstat et in extremo examine districtœ uUioni subjacèat.

(4) Voici, d*après une note de rauteur, le décret d'érection de Tabbé Hugues:

Hugo, Dei gratta Sancti^Vincentii abbas et Capitulum.. In ecclesiâ beati JuUani de Burgo , cui hacienùs solus parochialis prcMbyter deservierat , assensu Domini Rogeri, episcopi nostri et eapituli Sanctœ^MarUE , tredeeim canonieos ad serviendum Dec siatuimus ut ordo i6t canonialis ad ex- ' emplum Uberiaiis ecclesiœ Sancti-Petri de Foro et Sancti-Joannis de Burgo, maneat in perpetuum immutatus. Unus canonicorum canonicâ, sicut juris est , electione creabitur in decanum qui nobis canonicè prœsentabitur et , ratUmabUiter approbatus , nolns quidem fidelitalem faciet , de manu episcopi curam suscipiet anirnarum. Quatuor erunt suocessorii sacerdotes ,

— uo —

quel prend qualité de patron de Saint-Julien et de collateur de toutes les mêmes prébendes, dont les titulaires estoient obligés de suivre la règle et conduite des chanoines des autres collégiales de Laon , sçavoir , de Saint-*Pierre-au-Marché qui est une église présentement ruinée , et de Saint-Jean-au*Bourg qui subsiste encore aujourd'huy.

Le chapitre des treize chanoines de Saint-Julien a la liberté

ità quod prœbenda mortm saeerdotis donabitur semper sacerdoU et non alto, Untu istorum qaatuor iocerdotum curam de manu episcofn nudpiet paroehiœ, qui prœUr carunUeam portùmem habdrit uUeriùs bapiigteria , canfe$Hone$ , reeeptianes m mqtim et in purificoUonibus muUerum eonê- UÉutas, miitathnes et inventUmes infirtnarum et in eeUhraiione mttMB prmêeniiê mortm nmnmum unum, illam nihilominàê sodetatem retinens quam paroehiaUê pfm$b\/ter débet eum eapeUams dviiatii habere. Cœtera qwecumque pertineiU ad prctsbyterium Dominus noster epiteopuê wprà diotu» et no$ univenitaH eoneeisimus in eommême , ità quod oblaHoneê et legeia et quœoumque eeclesiœ in prcMhytero eurato eoliata fuerisU, inter se partientur aqualiUr , his exeeptis quœ ad fabricam eoelesiœ data fiso^ rkni noménatim. Ut igUar «em/to eeclenœ meltùs ingietatur, ardinavimms quod tuiiiui eorum eanonicari poterit in aliqud eeeleeiarum Laudunentium quandiù prœbendam SancU-Miani retinuetit. Si autem extra eimtatem Laudunensem prœbendam adquisierit , dùm apud eam fecerit mansionem, ex prosbendâ Saneti^uliani intérim nihil habebit. Hobc omnia tunt ordfnota peUtUme et assemu Gerardi sacerdotis , qui ibi haetenùs mimstravit, oui utiquè salvum erit prcubyterium quoad vixerit, sicut illud tenuit usque modo. Nec illud volumus silentio prœterire quod Dominum nostrum i?o- (jerum , episcopum Laudunensem, et nos in suas benignas orationes Odem canonici receperunt , ultra promittentes quod diem obitûs nostri in suo scribent martyrologio nostrœque depositionis officium facient annuatim , audito etiam obitu monachi Sancti-^Vincentii , missas et orationes, sicut in laudunensi fit ecclesid , eelebrabunt, et nos eis eamdem vicissitudinem impendemus. In festo verà Sancti-Vineentii venient ad ecclesiam nostram cum cruce et processione solemni ad primas vesperas et ad missam. Ut igitur jyrœsens ordinatio memorialiter vivat in posterum , nos eam fecimus fxdeliler hic inscribi et scriptum inter nos et ipsos per chirographum me- (liari et medietattm scripli nobis retinentes , aliam illis medietatem reliquimus ad rei geslœ memoriam retinendam. Actum anno Incamationis Dominiez M. C. LXXVIII^.

de choisir pour son doyen Tun de ceux qui composent ce corps, par élection canonique, mais il doit estre présenté à Tabbé de Saint-Vincent pour en estre approuvé , selon le droit et la raison , à condition de lui prêter serment de fidélité. Le même doyen du chapitre doit recevoir la Juridiction de son église de révéque de Laon. Quatre de ces prébendes estoient tellement annexées aux prêtres, qu'un d'eux venant à décéder, la prébende devoit estre conférée à un prêtre et non pas à un autre, et un de ces quatre prêtres devoit estre curé et avoir soin de la paroisse de Saint-Julien , dont il recevoit la juridiction des mains de.Févêque. Outre sa portion canoniale qu'il recevoit comme les autres , il avoit pour son seul et unique profit tous les baptêmes , les confessions , les repas dans les mariages, et dans les obsèques d'un mort dont le corps estoit présent , il avoit un écu , à condition d'entretenir la société que les anciens curez, ses prédécesseurs, avoient avec les chapèllàins de la cité de Laon. L'évêque Roger et les moines de Saint-Vincent laissèrent le reste de ce qui appartient aux droits curiaux pour estre partagé entre le corps des chanoines de Saint-Julien , sçavoir , les oblations , les legs pieux faits tant au curé qu'à l'église y excepté ce qui seroit donné à la fabrique en paitleulier, et chacun des chanohies devoit participer également à to«t cela. Mais aussi aucun ne pouvoit retenir la prébende de Saint» Julien tandis qu'il résideroit ailleurs.

Les douze chanoines de Saint-Julien estoient déjà instituez lorsque l'abbé convint de ces conditions avec eux , lesquels reçurent l'évêque Boger et l'abbé Hugues en participation de leurs ' prières , leur promettant d'escrire leurs déceds dans'le martyrologe du chapitre de Saint-Julien , et de faire leurs anniversaires. Bien plus, lorsqu'ils apprendroient le déced d'un moine de Saint- Vincent , ils diroient les messes et feroient les oraisons, comme la coutume de Laon le portoit, pour le repos de l'âme du deffunt, à condition que les religieux de notre abbaye leur rendroient la pareille au déced de chaque chanoine de Saint-Julien. Tout le corps de ce chapitre estoit en outre obligé

de venir en procession solennelle à notre abbaye, avec la croix, pour y assister aux premières vcspres et à la grande messe le jour de la feste de Saint-Vincent. Tout cecy s'esl fait en janvier H78.

La fondation de la collégiale de Saint-Julien estant de fort petit revenu , Tévéque de Laon Iterus fut contraint d*unir le doyenné du chapitre à la cure, afin d*augmenter les prébendes, avec le consentement de Thomas , abbé de Saint-Vincent , en 1254 , attribuant au doyen-curé la moitié des fruits d'une chapelle qu*un bourgeois de Laon , nommé Pierre SotusS avoit fondée avec la maison qu'il avoit annexée à cette chapelleme. Plusieurs chapellenies avoient esté annexées par l'évèque de Laon à la collégiale de Saint-Julien , Tune fondée par Jean-le- Noir, Vautre par le père d*un nommé Jean Cornus, la troisième par Pierre Sotus , et la quatrièire par les parents d'un ecclésiastique nommé Jean Calroise. Ces chapellenies n'estoient encore attachées à aucune église, et , pour cette raison, Vévéque n*eut pas de peine à les annexer aux chanoines de Saint-Julien après le déced des chapellains.

Entre les possessions que Tabbé Hugues avoit données au chapitre de Saint-Julien, je remarque la paroisse de Neufvillesous-Laon, laquelle ne doit estre desservie que par un chanoine de la même collégiale , sauf la dixme du même village qui appartient à 6alnt-Nicolas-aux-Bois. Une chapellenie, fondée par un vidame de Clacy, lors de son déced , fut aussi annexée à Saint-Julien , non point à la vérité pour estre confondue dans la masse des revenus des chanoines, mais pour estre possédée par un prêtre non chanoine.

Les chapelles de Clacy et de Thierret ont esté érigées en paroisses dès Tannée 4206 , du temps qu'Ingelran estoit abbé de Saint-Vincent. Le patronage de ces deux nouvelles cures fut donné à la collégiale de Saint-Julien , d'autant plus que Clacy

(1) o\x Le Sol, famille originaire du Vermandois.

et Thterret estoient de sa paroisse avant qu'elles ne fussent ér^ gées , et les paroissiens en estoient ensevelis au cimetière de Saint-Julien , qui existoit déjà dès ce temps-là. Enfin le chapitre de cette collégiale accorda le droit de cimetière aux deux paroisses sus-nommées en l'année 1206 , époque de leur érection. C'est pour cette raison que le chapitre de Saint-Julien a la quatrième partie des legs pieux en meuhles, ainsi que dans les obsèques des deffunts dont les corps sont présentez dans les deux églises de Glacy et de Tbierret , aveci la moitié du luminaire. Le reste appartient aux curez des mêmes églises, lesquels doivent estre des prêtres séculiers qui ne sont pas du corps des chanoines de Saint-Julien dé Laon.

Lorsqu'il falloit procéder à Téiection d'un nouveau doyen de Saint-Julien, le chapitre députoit quelques chanoines du même corps pour en Tenir demander et obtenir la permisâon de Tabbé de Saint- Vincent. L'abbé accordoît par escrit la requête, s'il n'y avoit pas cause de refus. On procédoit ensuitte à l'élection, puis on présentoit le nouvel élu à l'abbé de Saint- Vincent pour avoir son approbation, ensuitte à l'évéque afin d'avmr sa confirmation et son approbation pour la cure de Saint-Julien qu'il devoit desservir par lui-même. Lorsque le chapitre de Saint- Julien passoit le temps prescrit pour élire un doyen , l'abbé le créoit lui-même par une nomination indé|pendante du chapitre, comme cela se pratiqua quelquefois et particulièrement en 1376, ou l'abbé nomma de lui-même Jean de Saucy ou de Boutille ^ doyen de Saint-Julien.

Ses prédécesseurs avoient esté maître Jean Ferrocy , en 1374, maître Jean d'Aubigny, en 1349, Michel Jordafn, Jean de Caméra , en 1275 , Raoul de Vaux en 1264.

NOMS m PLUSIEURS NOTABLES PERSONNES.

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