‹ Histoire de l'Abbaye de SenonesChapitre 21 sur 82 · IIS · texte numérisé non relu

IIS

Ascens e ment d’une place à Mo i envie

privilège furent Hillin, doyen de l’Eglise de Trêves, Sigère abbé de St. Maximin, Durand Abbé de Béchamp, Isembaldus Abbé de Gorze, Isembart abbé de St. Vincent, Henry abbé de St. Simphorien, Vimon abbé de St. Clément, Formare comte de Castres, Henri comte de Salm ; donné à Metz le premier de novembre 1145.

Il y a assés d’apparence que cette dame Cunégonde dont le fils nommé Coalfride se fit religieux à Senones, est différente d’une autre Cunégonde insigne Bienfaitrice de cette abbaye. Nous lisons dans notre Nécrologe au 6e Juillet qu’une Dame nommée Cunégonde nous donna son fief nommé Rocholingias où Neuf-Maison, et au 6e Mai que Conon Religieux profés de ce monastère, nous donna la moitié de Fontenay, les terres, les préz, les bois et l’Eglise du même lieu et celle de Mervaville. Enfin nous auons un titre, assés peu certain à la vérité, qui porte que Cunégonde est la principale fondatrice de Mervaville.

Un clerc nommé Renard auoit quelque part dans les dixmes grosses et menues d’Arc-sur-Meurte (l); il jouissoit dans les grosses dixmes de trois portions dans sept, et des deux tiers dans les menues dixmes, de plus il auoit les deux tiers dans la dot ou le Beuvrot (2) de l’Eglise, contre le Curé pour l’autre tiers. Il fit donation du tout à l’Abbaye de Senones, à la prière d’Etienne de Bar Eveque de Metz, et cette donation fut solennellement agréée et confirmée par Henri Evêque de Toul, en présence de plusieurs Clercs et de plusieurs Seigneurs l’an i l 47.

En 1150. l’abbé Humbert laissa à titre de cens perpétuel à l’abbaye de Notre Dame de la Crète ordre des Citeaux, une place de 7. pieds de long et de 4. pieds de large, située à Moienvic, auprès et au-dessous de la maison que la même

an. 1150.

(1) En marge on lit Art-sur-Meurte, et ici Arc : c’est cette seconde orthographe qui est la vraie. Ce lieu est ainsi nommé parce qu’apparemment il y avait autrefois un pont ou une arcade sur la rivière de Meurthe à cet endroit. Il est nommé simplement Arc dans des titres de l’Abbaye de Senones des années 1147 et 1152, et Arcus en 1213.

(2) Probablement bureau .

Abbaye de la Crète possedoit au même lieu, et où elle faisoit son sel, à raison de 3 sols de cens, païables au jour de St. Etienne après Noël. Le tout auec l’agrément et le consentement du Chapitre de Senones, par les mains de Bernard Prieur de Xures. En ce tems là toutes les Abbayes faisoient leur sel par elles-mêmes, et auoient des maisons et des poêles à Vie ou à Moïenvic pour cet effet.

Etienne Eveque de Metz continuoit toujours de fauoriser l’Abbaie de Senones, comme il paroit par une charte de confirmation qu’il donna à l’abbé Humbert en 1152. Thierri seigneur de Dombale et Pétronille son épousé, du consentement de leurs enfans et de leurs héritiers, donnèrent à St. Pierre de Senones les fiefs d’Alinges et Utinges, francs de toute servitude et de toute vouërie, et pour plus grande assurance de cette cession, FEvéque de Metz la confirma et deffendit qu'aucune personne séculière ne s’en empara ni n’en usurpera la vouërie, mais il ordonna que ces biens demeurassent francs et quittes de toute domination étrangère. La charte est dattée de Ramberviller en l’an 1152. en présence de Frideric de Pluvoise, de Hugues de St. Don, de Goëric d’Epinal, de Milon et Thierri de Coutures, de Guelphe de Mulsey et de plusieurs autres. Nous ne possédons plus rien à Alinges et nous avons très peu de choses à Uting ou Cuting.

La meme année 1152. l’Abbé Humbert obtint du Pape Eugène III. une ample confirmation de tous les biens de son Abbaye.

On voit par le dénombrement que le Pape en fait dans sa Bulle, quelles étoient alors les Richesses de l’Abbaie et jusqu’à quel point elles s’étoient accruës sous les Abbés Antoine et Humbert. Elle possédoit tout le val de Senones renfermé dans ses anciennes bornes, le marché qui se tenoit au bourg de Senones tous les Jeudis ; les Eglises où les paroisses de St. Maurice et de St. Jean, situées dans le méme|val ; Vipucelle auec l’Eglise et le marché qui se tenoit au même lieu tous les samedis ; Grand-Fontaine auec son Eglise, Plaine auec son Eglise, Anserviller et Couvay, auec

Confirmation de la donat ion d’Alinges et d’Utinges données à 1 ’ Abba ye de Senon e s par Thierri S e i gr de B ombale

Confirmaôn des biens de i’Ab-

b a i e de Senones par le Pape iEugéne III. 1152.

l’Eglise ou la paroisse ; le fief de Montigny, (l’abbaye n’y possède plus rien) le fief de Magnéville auec la Cure, les fiefs d’Alinges et d’Utinges dans l’étendue de leurs confins (l’on ne possède rien du tout à Alinges), la Cure de Vaqueville avec huit familles de serfs appartenantes à l’abbaye; Borville et Ogéviller auec leurs Eglises ; Bétonville auec la Cure, qui est à Hablainville; la Cure de Brouville, la Cure de Deneuvre, le fief de Fontenoy auec la moitié de l’Eglise où des dixmes et la moitié de Manonvillé (Manvaldi-vïUae) . Ce lieu nous est inconnu si ce n’est Mervaville ; Domptail auec la Cure; Regis-villare en Alsace, peut êtreRoschvihr (1). Nous lisons dans Richer 1. 4. c. 22. que l’abbé Vidric achepta Regis-villam pour huit marcs d’argent, et que cette terre fut perdue sous l’abbé Baudouin ; la Cure de Moyen, auec tous les fonds qu’Emeline, Thierri et Gauthier y possedoient; le fief de Volfereis (2) et de Bolville ou Polville (nous n’y auons rien et nous ne les connaissons pas même) Volfereis fut acensé aux Templiers de Xugney en li 73; l’Eglise de St. Evre près Deuville (unie a présent a la Cure de Deuville depuis i713; le prieuré de Léomont auec ses dépendances ; l’Eglise où la Cure d’Anthlup (cedée a Mrs les Chanoines de St. George de Nanci) le fief d’Arc-sur-Meurthe auec l’Eglise et partie des dixmes (cédés à St. Léopold de Nanci) l’Eglise de Saulxures prés Nanci, auec trois familles de serfs; le fief de Vigneules auec la chapelle, (possédé aujourd’hui par M. Renaut de Rosières) l’Eglise de Ramberviller, celle de Chéneviéres, l’Eglise de Colombé dans le pais messin, auec deux familles et demi de serfs et les terres et autres héritages qu’ils cultivent; l’Eglise de St. Hilaire dans la ville de Metz, auec une maison dans la même ville, (cette Eglise ne subsiste plus) le fief de Tignomont au pais messin, l’Eglise de Fonteneis auec trois familles serves; l’Eglise de Monz(nous ne la possédons plus);

(1) Peut-être Roschvihr est ajouté en interligne par D. Calmet.

(2) Volfereis , Vul fer leur lis, passe pour être le village de Vrécourt, situé sur le Mouzon.

le droit que l'Abbaye a dans l’église de Bazemont auec le fief du même lieu ; Moacourt et Ramnermasnil peut être Fruménil auec l’Eglise; Avoncourt auec le droit que l’abbaye a dans l’Eglise (nous n’y possédons rien) le fief de Givrecourt et celui de Bezange auec le fond qu'on appelle Maséles (nous ne possédons rien à Besange ni à Maséle); l’Eglise de Fricourt (aujourd’huy érigée en prieuré: c’est ici la première fois que je trouve ce nom dans nos titres); Romoncourt auec l’Eglise, le fief de Doncourt et de Gnaconcourt (ces deux villages sont entièrement ruinés) et de Graincourt auec le droit que l’abbaye a dans l’Eglise où dans les dixmes de ce lieu; le fief de Crévi et de Rémeréville auec le droit que l’abbaye a dans l’Eglise où dans les dixmes; le fief du Fresne auec le droit que l’Abbaye a dans l’Eglise (nous n’y possédons rien) ; le fief d’Imberménil, le marché de Dompaire (i) (près Bruyères) auec le fief que Gunégonde y possédoit (nous n’y auons plus rien du tout); onze places où maisons à faire du sel à Moyenvic et quarante une et deux demies à Vie, auec d’autres biens au même lieu (tout cela est perdu); une cour franche à Strasbourg auec un jardin (l’on n’y a plus rien) ; les maisons, terres, prez et vignes que l’abbaye possédé à Roshem, à Stall, près de Molshem (Stillum) à Tingeshem et à Chatenoy; le Prieuré nommé la ferme de St. Benoit, autrement Sales, dans le diocèse de Besançon auec ses dépendances, (il est entièrement perdu depuis plusieurs siècles); le prieuré de Lorquin auec la desserte de l’Eglise et les autres biens que l’Abbaye y possède (elle n’y possédé plus rien); le prieuré de Deneuvre auec ses dépendances; le prieuré de Vie et celui de Xu-

(1) Il n’y a pas de Dompaire près de Bruyères, c’est Bompierre dont il est déjà parlé dans notre ouvrage, p. 68 et 74, notes R mais nous pensons avec M. Bonvalot, conseiller à la Cour de Dijon, que D. Calmet a eu tort de corriger son secrétaire et d’écrire Bompierre à la place de Dompaire (voir p. 74, n. 1), car l’Abbaye de Senones ne possédait rien au premier de ces endroits, et il faut lire au contraire Dompaire, où ladite Abbaye avait des biens considérables. Dompaire est situé dans l’arrondissement de Mirecourt et était réputé pour son important marché.

vs

Prieuré de Fr icourt, son origine et l’Eglise de ce lieu connue dés l’an 13.52.

res auec leurs dépendances. (Schures ne nous appartient plus).

Il faut dire ici quelque chose de l’origine du prieuré de Fricourt, puisqu’il en est fait mention dans ce titre. Dans son commencement ce n’etoit qu’une Eglise dédiée à la Ste. Vierge, où à Notre Dame de Bon Succès, à laquelle on auoit grande déuotion dans le pays ; en sorte qu’il s’y forma une confrairie et un Pèlerinage et que plusieurs personnes y donnèrent des biens assés considérables. On en conserve les donations et les contrats des années 1409. 1420. 1427. 1433. et suivantes dans lesquels les curés de Remoncourt pour l’ordinaire sont dénommés Gouverneurs de la confrairie de Fricourt (l).

Quelquefois il y auoit deux Gouuerneurs de la confrairie de Fricourt, tous deux différens du curé de Remoncourt; quelquefois un seul. En 1416 Pierre Abdon hermitte de Fricourt est aussy Gouuerneur de la confrairie de Fricourt. Dez l’an 1561 Jean Vaultier prend la qualité de Prieur de Fricourt. En 1605. Didier Richard est nommé Pretre curé de Remoncourt et de Fricourt son annexe. Dans d’autres monuments de la meme année il se qualifie prieur de Fricourt et curé de Remoncourt. Il estoit encore Prieur en 1624 et néanmoins en 1620. un nommé Démangé prend la qualité de Curé de Remoncourt et gouuerneur de la Confrairie de Fricourt. En 1480 on nomme simplement le Curé de Fricourt et en 1566 Jean Vaultier est nommé pretre Curé de l’Eglise de Fricourt et Remoncourt : et en 1575 Claude Rauille Abbé de Senones, confère a Jean Lignarius Chanoine de S1. Diex l’eglise paroissiale de Remoncourt et son annexe l’Eglise ou la chapelle de Notre Dame de Fricourt.

Tout cela prouve qu’alors le Prieuré de Fricourt etoit encore considéré comme une dépendance de la cure de Remoncourt ; ou au contraire que Remoncourt étoit regardé

(i) Dans le manuscrit on trouve ici six lignes biffées par D. Calmet qui renvoie à deux feuilles volantes (p. 94), dont le texte commence à cet alinéa et continue jusqu’à l’art. Vil.

comme dépendant de Fricourt et que Fricourt etoit un Prieuré-Cure. En 1501 Jean Vatey curé de S1. Marien de Remoncourt et chapelin perpétuel de la Chapelle de N. D. de Fricourt annexe de Remoncourt, resigne l’un et l’autre entre les mains du collateur ordinaire et en 1505. le onzième d’Octobre les deux petits autels de l’eglise de Notre Dame de Fricourt furent consacrés par Conrade des Carmes suffragant de Metz , a la priere de diserte personne Leonard Barchet (?) pretre Chanoine de Vie, Curé de Remoncourt et de Fricourt.

L’Etat du prieuré de Fricourt ne fut proprement fixé qu’en i668. par le cardinal Louis deVendosme, Légat à latere du pape Clément V., vers le Roy de France, qui par une Bulle spéciale désunit la cure de Remoncourt ou comme il parla la vicarie amovible de Remoncourt , il la démembre du Prieuré de Fricourt et V érige en vicairie perpétuelle, à la nomination du Prieur de Fricourt, nommé Paul Jolly, qui se qualifie comendataire du Prieuré de Notre Dame de bon succès de Fricourt , ordre de Si. Benoist, diocese de Metz.

Aujourd’huy la cure de Remoncourt de meme que le prieuré de Fricourt, sont a la nomination de l’abbé de Senones, et les dixmes de Remoncourt appartiennent au couvent duçK Senones; le Prieuré a esté possédé en commande pendant environ deux cent ans ; il n’est entré en Réglé que depuis D. Alexandre Blondelot, qui l’eut par la résignation de M. Beaussire, en 1704. Il mourut le 23 juillet 1725, il eut pour successeur D. Nicolas Neuville.

On voit par la Bulle d’Eugene III a l’occasion de laquelle VS2 nous auons fait cette digression sur le Prieuré de Fricourt, Grands quels etoient en 1152. lesbiens que possédoit l’abbaye de ^Abb^e

Senones, qui égaloient où surpassaient ceux des plus grands de s enones

et des plus puissans établissemens du païs; car à présent enai52. dans les lieux mêmes où il lui reste quelque chose, il s’en faut bien que l’on possède les biens que l’on possédoit autrefois. Depuis ce tems l’Abbaye n’a fait que déchoir. Les biens ont été où négligés où dissipés, où aliénés, où usurpés par les avoués où par des Seigneurs qui auoient la force en

Dédicace de l’Eglise N.D. ditte la üotonde à Senones 1153.

Don des autels des paroisses de S1 Jean et de S1 Maurice

main ; où les abbés les ont donnés en fiefs, où acensés, où enfin ils ont accompagnés dans leurs Seigneuries des Seigneurs qui, étant les plus forts, de compagnons en sont enfin devenus les mai très.

Le pape Innocent II. ajoute que l’avoué qui sera nommé par l’Evéque de Metz, de la jurisdiction duquel dépend l’abbaye de Senones, que l’avoüé, dis-je, se contentera du bénéfice où du fief qui lui est donné pour son honoraire, sans qu’il puisse exiger autre chose ni de l’abbaye ni de ses sujets, ni tenir des Plaids et tirer des amendes malgré l’Abbé ; que s’il est invité à venir tenir les Plaids, il se contentera du tiers des amendes, comme il a été réglé par les Anciens.

L’Eglise de Notre Dame, nommée la Rotonde, commencée par l’Abbé Antoine, ne fut dédiée et consacrée qu’en 1 153. sous l’Abbé Humbert, par Henri de Lorraine Eveque de Toul.

Le jour de la Dédicace de l’Eglise de N. D. ce prélat fit présent au monastère des Autels de St. Jean et de St. Maurice, qui sont deux Eglises dépendantes de l’Abbaye. Il les unit au monastère et lui en céda les profits et les revenus et le droit de circature et de palefroy, que les vicaires de ces Eglises auoient accoutumés de donner tous les ans à l’Evéque, Donum altarium , censum earum et redditus circaturae et Palefridi. Il veut que dans la suite ces choses soient données tous les ans aux Religieux le jour de son anniversaire, sans préjudice de la soumission et de l’obéissance que les vicaires doivent à l’Evéque de Toul et à ses officiaux, et à charge qu’ils continueront de faire ce qu’ils ont accoutumés à l’égard de ses assemblées et de ses synodes.

Il est bon de remarquer que sous le nom d’Eglise on entend ici parler de la dixme d’une Eglise, et sous le nom d’autel, altare , on entend une paroisse dont on donnoit la nomination où la collation à une communauté, auec tous les fruits et revenus qui en dépendoient, à la charge toutes fois de fournir au prêtre qui la desseruoit la subsistance raisonnable. De ces concessions d’autels sont vendes les

cures unies aux monastères, où aux Chapitres et la qualité de curés primitifs donnée à ceux en faveur de qui ces unions où ces concessions étoient faites. Ecclesia donne précisément droit aux dixmes et les laïques les peuvent posséder. Altare donne outre cela droit à tous les profits de la Paroisse.

Les lettres de l’Evéque Henri sont souscrittes par plusieurs Abbés, qui assistèrent à la cérémonie de la dédicace de la Rotonde, comme Herman, Abbé de Moyenmoutier, Hugues, Abbé de S1. Sauveur, Imbran, Abbé de Haute Seille, Hugue abbé d’Etival, Etienne Abbé de Flabémont, Albert doien de St Diez, et de plusieurs autres Ecclésiastiques. Fait et passé à Senones le 24. Janvier 1153. jour de la Dédicace dont on a parlé.

L’Abbé Humbert mourut le 25. d’ Avril vers l’an 1160. On le peut mettre au rang des meilleurs Abbés de ce monastère. Il en a soutenu l’honneur et l’observance, et en a non seulement conservé, mais encore augmenté les biens temporels.

Page 1