‹ Histoire de l'Abbaye de SenonesChapitre 23 sur 82 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

GÉRARD, 29e Abbé de Senones, depuis 1170. jusqu’en 1200.

(a)Rieher, 1.2, Gérard etoit natif du Val de Sfc. Diez (a) et fils d’un genc* 26, p> 326‘ tilhomme du pais. Il se fit religieux h S1. Arnoud de Metz et comme il étoit d’une conduite très réglée et de bonne réputation, il fut fait abbé de Senones.

z On lui reproche d’auoir été trop attaché à ses parens, et

L'Abbé Gé- leur au°ir accordé trop d’autorité sur les biens du morard trop nastére, auquel ils devinrent bientôt à charge. Le bon Abbé attaché à n’eut pas ja force de les réprimer ni de les détourner de

sa famille. .

leurs mauvaises voies. Ils s attirèrent de puissans ennemis, qui les firent prisonniers. Gérard en conçut tant de déplaisir qu’il abdiqua son abbaye et se retira à Léomont après 31 . ans de gouvernement. On croit qu’il y mourut et y fut enterré.

u Nous trouvons quelques chartes qui nous font voir que

Epoque des sous son gouvernement on commença à acenser les fonds acense- du monastère, pour certaines sommes d’argent. Ces sombiensVu mes Soient al°rs assés considérables, mais aujourd’huy m o n a s - elles sont réduites à très peu de choses et presque à rien tére. ^ tout. Qn peut dire que c’est une des sources les plus fécondes et les plus ordinaires de la perte des biens du Monastère et l’on en peut mettre l’époque sous l’abbé Gérard, car il laissa à titre de cens annuel et perpétuel pour la somme de six deniers et deux chapons païables à la S1. Martin d’hyver, à un nommé Arnoud Bonigézi, une cour franche où maison que l’abbaye de Senones possédoit dans la ville de Vie, et pour laquelle il y avoit quelques difficultés auec certains héritiers qui la contestoient à l’Abbaye. Bonigézi délivra comptant huit livres de Toulois à l’Abbé et se chargea de deffendre à ses risques le droit de l’abbaye.

Il laissa aussi aux Templiers de la Commanderie de Xu- m gney située entre Charmes et Sauigny, le fond que l’Abbaye a s c e n s e auoit à Voifereis (peut être Foucrey) moiennant un cens de cinq sols par an, païables à perpétuité au jour de Sb Remi chef d’Octobre. L’acte est de l’an 11 73. L’année suivante 1174. Henri comte de Salm acensa à l’Abbaye au profit de l’hôpital, sous la redevance de quatre écus par an, le champ de Madey situé dans le finage de Réhérey. Il donna en meme temps au Monastère une femme esclave auec ses enfans, qui lui étoit venue d’Allemagne.

Ce comte de Salm etoit Henri II. qui auoit épousé Jeanne où Joutte où Judithe de Lorraine, fille de Ferri de Ritche.

Elle étoit venue d’Allemagne, c’est à dire de la Lorraine Allemande où Bitsche est située. L’un et l’autre sont dénommés comme bienfacteurs dans le Nécrologe et on voit leurs tombes deuant l’autel de la Vierge. C’est apparemment le même Comte Henri qui en 1190. échangea un prey qu’il auoit à Fonteney (a), contre un autre prey que l’Abbaye auoit à Plaine, et qui etoit à portée du Chateau de Salm, qui manquoit de foin et de pâturage. Il n’est donc pas de Metz. La cure vrai que le chateau de Salm n’ait été construit qu’en 1225. dVprîe^rTde par Henri IV. comte de Salm, comme on l’a dit dans l’His- vie (i). toire de Lorraine tom. 2. p. 382. après le P. Benoit capu- v cin. Richerius en met la fondation sous l’abbé Henri (a), Origine du par Henri IL Comte de Salm, qui à vécu depuis l’an 1150. ye®u jusqu’après 1244. Ce chateau subsistoit dés avant l’an 1190. bâti avant Ce qui est certain, c’est qu’il fut bâti sur le terrain de ii90. l’abbaye de Senones et que les Comtes de Salm ont payé fajRicher,\.u, pendant plusieurs siècles un cens annuel de deux sols f.’ p!*ai! Strasbourgis, en reconnoissance de la cession que l’Abbaye leur auoit faite de ce terrain. Ils ont continué de payer cette redevance jusques vers l’an 1550. mais ils en ont été déchargés par l’arrêt du Grand Conseil de l’an 1689.

En 1182. L’abbé Gérard céda à l’abbaye d’Autrey ordre de St Augustin, sous la redevance de deux sols payables le

ment de la terre de Volféreis aux Templiers de Xugney.

Henri Comte de Salm et Judithe son épouse enterrés à Senones.

(a) Peul-êlre Fonteney près Viviers, diocèse

(1) Note marginale de D. Calmet.

jour de St Jean-Baptiste, sur l’autel du prioré de St Etienne ou du Moniet (a), la dixme depuis Berruë et Thiarmesnil et au dessus, tant pour leur nourris que pour leur culture, c’est a dire qu’il exempte cette Abbaye de payer la dixme dans ces cantons la, moyennant la redevance de deux sols.

Le Prieuré de St Etienne du Moniet prés Deneuvre, étoit alors habité par des Religieux, vivans dans toute la vigueur de l'observance régulière. On leur fit sous l’abbé Gé- Donations rard quelques Donations assés considérables. Un gentil-

( a ) Bulle du Pape LucelII. an U82. p. 212, Sacrue antiq. monument. t. I.

homme de Deneuvre nommé Falco, auant qu’il fut marié,

faites au Prieuré

de sl. e- auoit donné du consentement de ses soeurs et de ses héritienne du tiers, tout ce qui lui appartenoit au lieu de Fontenoy la

Joutte proche Deneuvre. Après son mariage il ratifia cette

Moniet

an. 1188.

et 1189. première donation, et la fit agréer par tous ses héritiers. Il ajoûte qu’il donne au même Monastère de Moniet une femme serve auec ses descendans, et il veut que si quelqu’homme de ses anciens sujets de Fontenoy, prend femme ailleurs dans quelqu’unes de ses terres, il demeure toujours assujetti aux frères du Moniet; et si quelqu’un des sujets du Monastère de Moniet, se marie dans quelques unes des terres de Falco, il ne laissera pas de demeurer sujet du Moniet. C'est qu’alors presque tous les paysans etoient serfs et ne pouvaient se marier hors des terres de leurs seigneurs sans le consentement des dits seigneurs. Il accorde de plus au même Monastère pour la terre de Fontenoy le privilège de n’auoir point d’avoué. Que si l’abbé où les frères du Moniet jugent à propos d’en prendre un, ils n’en pourront prendre d’autre que Falco lui-méme.

Anciennement on regardoit comme une grande prérogative d'etre sous la protection d’un avoüé; dans la suite, c'en fut une de n’en point auoir ; tant ces sortes de vouëries étoient devenuës à charge et odieuses, par l’abus que VII les avoués faisoient de leur autorité.

- t Un chanoine de St. Diez nommé Simon, donna au meme

Engagera1. ?

de la cure prieuré de Moniet tout ce qu’il possedoit à Fontenoy en deSl.Evre L’Abbé Gérard engagea en 1190. aux chanoines Ré-

no ; n e s guliers de Lunéville, la Cure de S1. Evre (apparemment S.

Evre entre Deuville et Lunéville, autrefois village, aujourd’hui simple cense) pour assurance d’une somme de 9.u de monnoie touloise (l), que les dits Chanoines Réguliers auoient prêtées aux Abbés et Religieux de Senones, dans leur très pressant besoin, et dans un tems où le marc valoit 26. sols, le tout à faculté de réachapt, mais à charge que le rachat de la somme de neuf livres où plutôt de la Cure dont on à parlé, ne se poura faire que dans le Cours du mois de Mars; en sorte que si l’on manque à le faire dans ce mois, on ne poura y revenir que dans le mois de Mars de l’année suivante, et encor ne leur sera t-il pas loisible de la rachepter pour la donner à d’autres, mais seulement pour la réunir à leur Abbaye de Senones, comme auparavant. Le Vicaire de cette Paroisse rendra aux Chanoines Rég. de Lunéville la même obéissance, qu’il rendoit aux Abbés de Senones, et la mort dud. Vicaire arrivant, les d. Chanoines Réguliers présenteront à l’Abbé de Senones celui qu’ils auront choisi pour Vicaire; et le d. Abbé l’introduira dans la Cure, sauf le droit accoutumé de l’Eglise de Senones, Nos cum ecclesiastico more introducemus , salvo nobis usu consuetudinario Ecclesiae ntrae. Ce qui semble insinuer que l’Abbaye exerçoit sur cette cure la jurisdiction quasi-Episcopale, quoyqu’elle fut située au milieu du Diocèse de Toul.

Et pour affermir plus étroitement la Charité et l’union entre ces deux Monastères, ceux de Senones accordent à ceux de Lunéville, la jouissance de tout ce qui pourra leur revenir de bénéfice de cette Cure, tandis que cet engagement durera et réciproquemh ceux de Lunéville s’engagent à receuoir et à traiter dans leur maison ceux de Senones, qui iront dans ces Quartiers pour les affaires de leur monastère. La lettre d’engagement est souscritte par les Abbés de Senones, de Beaupré et de Lunéville et par quelques Religieux des deux Communautés. On y nomme Thierri

(1) Ce signe après 9 et qui a l’air d’être deux t, signifie livres. Il se répète souvent dans le mss.

Reg. de Lunéville an. 1190.

L’Abbé Gérard se démet de son A b b a y e

en 1200.

Autres Abbés de Sen one s en ce t e m s

là 1180.

( aj Richer, 1. 2, c. 26, p. 326.

Prévôt où Prieur de Senones, Henri chantre, et Falco cellérier. La dignité de Chantre est remarquable dans une Abbaye.

L'on rachepta dans la suite la Cure de St Evre lez Luneville. Nous auons un titre de l’an 1360. par lequel ilparoit que l’Abbé de Senones joüissoit des dixmes grosses et menues dans le finage de S4. Evre les-Lunéville, à cause de la Cure dudit lieu. Le village de S4. Evre est ruiné depuis assés longtemps et l’Eglise en a été transférée à Deuville en l’an 1713. sous l’Abbé Dom Pierre Alliot.

C’est a peu près ce que nous sauons de l’Abbé Gérard. Il se démit de son Abbaye en 1200. et se retira au Prieuré de Léomont où il mourut et y fut apparemment enterré. Son nom se trouve au Nécrologe le 4e de Juillet.

De son tems je trouve dans quelques titres d’autres Abbés de Senones, par exemple en 1180. Thierri de Noviant , dénommé dans une Bulle d’Alexandre HL pour l’Abbaie de Salivai, et un nommé Valterus dans une charte de l'Abbaye de Beaupré en 1183. Il est indubitable que Gérard étoit encor Abbé en 1191. comme on vient de le voir et qu’il n’abdiqua qu’en 1200. comme le marque Richerius. Il faut donc que dés l’an 1180. il ait désigné pour son successeur Thierri de Noviant, qui lui succéda effectivement en 1200. et peut etre que Vautier qui prend le titre d’Abbé de Senones en 1183. est le même que nous auons déjà vû en 1139.

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