XI
3Le Prieuré de Vio tr ansféré dans la ville.
(aj Laurent Eveq. de Metz depuis l’an 1269.
jusqu’en 1279.
(6) Henri Dauphindepui? 1516. jusqu’en 1324
les ennemis ne s’en servissent pour battre la ville de Vie qu’il commandoit par sa situation sur une colline, au voisinage de la place. Thierry Bayer de Boppart Eveque de Metz en iS80. touché des plaintes du Prieur de Sh Christophe, qui lui exposa que son monastère détruit comme il étoit, n’etoit plus propre à y loger une communauté, ny à y pratiquer les exercices de sa profession et qui le pria de lui donner une autre place où il put demeurer, Thierri lui accorda la chapelle de la Ste Vierge située dans la ville de Vie, auec toutes ses dépendances et appartenances, laquelle chapelle auoit été fondée par Laurent (a) et Thierry (!) (b) Eveque de Metz et qui étoit dans une entière et absolue dépendance des Prélats de cette Eglise.
Cette chapelle où Eglise auoit autrefois appartenu à des Béguines où Beligieuses du Tiers Ordre de S1 2. François, lesquelles étant tombées dans un grand relâchement, on travailla à les reformer dès l’an i364.
Jean de Vienne Evêque de Metz, qui donna ses soins à cette réforme, remarque que quelqu’uns doutoient si ces filles étoient véritablement Religieuses, du nombre de celles qui sont approuvées par l’Eglise, et si elles n’etoient pas plutost de Vétat détestable des Béguines (2); mais qu’ayant examiné la chose plus à fond, il auoit reconnu qu’elles étoient du tiers ordre de S1. François. Il leur
(1) C’est Henri qu’il faut lire, mais le mss. porte Thiemj .
(2) On comprend sous le nom de bégards , begghards , bégéhards , béguins , béguines , des he'rétiques, hommes et femmes, qui s’élevèrent en Allemagne vers la fin du XIIIe siècle. Leur croyance était, que l’homme peut arriver à un tel degré de perfection qu’il sera complètement à l’abri de tout péché; dès lors il ne fera plus aucun progrès dans la grâce, car si un homme y avançait toujours, il deviendrait peut-être plus parfait que Jésus-Christ. Quand on est arrivé à ce degré de perfection, on ne doit plus ni prier, ni jeûner. Sans garder le célibat ni aucune observance monastique, ils portaient l’habit religieux, de longues robes, de longs capuchons, etc.. Ils firent surtout des prosélytes parmi les femmes qu’on appela béguines. Ils furent condamnés plusieurs fois par les papes, entre autres par Clément V, au concile général <le Vienne. Dans les Pays-Bas, ils avaient pris pour patronne sainte Beggha, mère de Pépin d’Héristal, morte en C92 ; toutefois les bénédictins qui ont complété le Glossaire de Ducange contestent que le nom de ces bégards vienne de sainte Beggha,
ordonne de porter une robe et un manteau gris et un couvre chef entièrement noir de lin où de chanvre, de chanter l’office de nuit et de jour, et la messe en notes, de ne donner à manger dans leur couvent à aucun homme, ni religieux, ni séculier, et il leur donne sa malédiction et les excommunie, si elles tombent dans des désordres honteux, et si elles écrivent des lettres galantes ; et afin qu’elles puissent vivre plus resserrées et qu’elles ayent moins de prétextes de sortir, il s’engage de leur donner dix livrées de terre qu’il acheptera de ses propres deniers.
En i368. l’Eveque Jean de Vienne, étant transféré à l’Evéché de Basle, Thierry Bayer de Boppart qui lui succéda dans l’Evéché de Metz, confirma les réglemens faits par son prédécesseur. Mais cette réforme n’ayant point eu de succès, les Beligieuses furent entièrement dissipées, et leur Eglise aussi bien que leur maison, abandonnées. l’Eveque Thierri donna non-seulement l’Eglise et le monastère, mais aussi tous les biens, cens et revenus, droits et émolumens de cette maison et l’unit et incorpora à perpétuité au Prieuré de S1. Christophe, ordonnant au Prieur et aux Religieux qui vivront auec lui, de faire leur demeure dans ce lieu et d’y chanter les louanges de Dieu au son des cloches, des voix, des orgues et des instrumens de musique, laissant aux Evêques, ses successeurs, de fixer le nombre de Religieux qui y résideront, selon les revenus et la faculté du lieu, et accordant à ce nouvel établissement les mêmes privilèges, franchises et immunités, dont jouissoit le Prieuré, lorsqu’il étoit dans sa première situation; donné à Vie le 5e février 1 380,
Le Pape Clément VII. à la priere de Baudouin Prieur de S1. Christophe de Vie, confirma la translation et l’union dont nous venons de parler, le 27. Juin de la même année i380. Mais malgré tout cela, ce Prieuré bientôt après, fut uni à la
Les béguines se sont maintenues dans les Pays-Bas jusque vers la fin du XVIIL siècle. Vers le milieu du XVe siècle, elles étaient décriées en France pour la licence de leurs mœurs; peu à peu leur institut s'y perdit, et elles y furent remplacées par les sœurs du tiers-ordre de Saint Fran~ cois Le lieu ou les béguines demeuraient en commun s'appelait béguinage ,
Ii’Abbé de
S e n o n e s répète ses 8. bons hommes qu’on auoit gagé pour le Comte de Saîm.
inense (i) de l'Evéque de Metz, et l’Eglise de la Ste. Vierge cédée aux Franciscains, qui la possèdent encore aujourd’huy. Nous rapporterons ci après la suite de cette grande affaire, sous l’an 1420.
L’abus de gager et de prendre indifféremment sur les sujets d’un Seigneur auec qui l’on étoit en guerre, où qui étoit débiteur de quelque somme, continuoit dans le pais, et y causoit une infinité de désordres. En 1381. Jean de Vatronville Ecuyer, aiant fait une course dans le val de Senones, dans le dessein de gager sur les biens et sur les sujets du comte de Salm, gagea aussi certains hommes appartenans à l’Abbé de Senones, sans part d’aucuns autres seigneurs, et les emmena auec leurs bêtes. Pierre de Varize en étant informé, les réclama et les fit réclamer par le comte de Blamont, comme un des voués du monastère. Jean de Vatronville promit de les rendre, pourveu que l'Abbé prouvât par bons témoins, que ces hommes n’appartenoient en aucune manière au Comte de Salm, et s’engageât de se trouver un certain jour à Deneuvre auec l’Abbé pour ouïr les témoins qu’il y devoit produire.
L’Abbé se rendit à S1. Diez pour citer les témoins qu'il croiroit propres à appuier son droit, et à montrer l’indépendance de ses bons hommes. Les témoins craignans de se commettre et qu’on ne leur fit quelque violence en allant à Deneuvre, répondirent qu’ils ne pouvoient se rendre en cet endroit, ce qui obligea l’Abbé de les faire comparoitre deuant le Notaire de S1. Diez, qui reçut leur déposition. Ils déclarèrent les uns qu’ils étoient présens lorsqu’on rendit à l’Abbé de Senones ses hommes qu’on auoit gagés, croiant gager ceux du comte de Salm ; d'autres que le Duc de Lorraine les envoiant gager sur le comte de Salm, leur auoit deffendu de gager sur l’Abbé de Senones,
q) On sait que mense ou manse (qui est un vieux mot) signifiait le revenu d’un prélat, d’un abbë, d’une communauté. On appelait abbatiale, la portion réservée à l’abbé; conventuelle, celle qui était affectée aux religieux; commune, la part de revenu à laquelle l’abbé et les religieux d’un couvent participaient également.
ses hommes n’ayant rien de commun auec led. comte; d’autres qu’ils auoient été présens lorsqu’on restitua à l’Abbé de Senones où à ses gens, les gages qu’on auoit pris sur eux, pensant prendre sur les sujets du comte de Salm. Tout cela se passa à S4. Diez en présence du Notaire, et de plusieurs témoins le 12e Sept. 1381.
C’est apparemment la crainte de ces gaigières et de ces voies de fait, qui engagea les habitans de Sc. Stail de recourir à la protection de Charles II, Duc de Lorraine, qui les reçut sous sa deffense, de même que ses autres sujets, et leur promit son aide et sa deffense, autant de fois qu’ils en auroient besoin, et qu’ils le demanderoient, moiennant certaines redevances qu’il leur imposa par chaque ménage où conduit, d’un resal d’auoine, d’une poule et de 12. deniers Strasburgis ; et la femme veuve moitié de cette somme. Cette sauvegarde n’etoit que pour la vie du Duc Charles et pour vingt ans après sa mort. La lettre est du 17e Avril après l’an 1390. On peut voir ce que nous auons déjà dit de ces gagiéres ci-deuant sous l’an 1276.
Le jour pris pour comparoitre deuant le Comte de Blamont, Jean de Vatronville et Pierre de Varize Abbé de Senones se trouvèrent au chateau de Blamont, et le comte apres auoir oui les raisons de part et d’autre, fit faire pleine et entière récréance et restitution à l’Abbé et aux Religieux de Senones de généralement tout ce qui auoit été pris sur les bons hommes. La sentence du comte est dattée du 8e Octobre 1381 .
Sur la fin de la même année Maheus Prieur du Moniet prés Deneuvre, laissa à Henri sire de Blamont, les grosses dixmes de Remberviller dépendantes de son Prieuré de Moniet, pour la vie de ce Seigneur, de Yalburge de Fénétranges son épouse et de Thibaut leur fils ainé seulement. Il n’est pas dit dans le titre si le comte en rendoit quelque chose au Prieur. Ces sortes de laix pour la vie de plusieurs personnes, étoient encore un des grands abus de ce tems là et une manière d’alienation très préjudiciable aux bénéfices et aux bénéficiers, sans parler du danger que les biens
Les habitans de S . Stail se mettent sous la protection du Duc Charles II. an.
Sentence du Comte de B 1 am ont pour les bons homm e s de l’Abba ie nes. 1381.
Laix à vie des grosses dixmes de Bemberviller au Comte de Blamont.
Ach apt d e deux part i e s du moulin de la Done à Merviller, au profit de 1 ’Ab baie de Senones.
Donation de 9 quartes de seigle à la Chapelle de S1. Martin de D acar at.
IToiadation des Carmes de Baccarat.
ne demeurassent pour toujours aux seigneurs, à qui on les laissoit ainsi à longues années.
Hartung Abbé de Senones auoit en i319. rachetté d’Emecine de Landaw Ecuyer, et de Marguerite de Provenchéres sa femme, les deux parts qu’ils auoient au moulin de la Dône, prés Merviller, sur la rivière de Varnis, moyen nant neuf quartes de seigle que l’Abbaye devoit payer annuellement et à perpétuité aud. Emecine, ou à ses héritiers, à prendre sur le produit dud. Moulin où sur les dixmes de Merviller. De plus l’Abbé et le couvent de Senones en considération de cet achapt, quittoient aud. Emecine la somme de 20. sols qu’il devoit annuellement à l’Abbaye pour les anniversaires de ses ayeux Seigneurs de Provenchéres et en outre trois sols, qu’il deuoit pour le cours de l’eau dud. moulin.
Plusieurs années après, c’est a dire en i382. les héritiers dud. Emechine de Landauve, sauoir Lietard de Brouville Ecuyer, donna en aumône au Ghappelain de la Chapelle de S1. Martin et de Ste Barbe qui est en l’Eglise de Bacarat, les 9. quartes de seigle dues par l’Abbaye de Senones, ainsi qu’on l’a veu plus haut.
Et en i433 . Conrade Bayer de Boppart Eveque de Metz, ayant fondé les PP. Carmes de Baccarat leur donna lad. Chapelle de SL Martin, située dans le fauxbourg de la ville de Bacarat, fondée dit-il, par Thierry Bayer de Boppart son oncle. Les PP. Carmes s’y établirent et y bâtirent une maison considérable de leur ordre, qui y subsiste encore
(1) Ch. XXIV, art. II, l’auteur ou le copiste écrit Emechins de Landove ici c’est une autre oithographe ; un peu plus loin on lira Emechine de Landauve. Je reproduis les noms exactement d’après le manuscrit, comme je l’ai dit dan s ma préface des Divinités payennes ; mais ces orthographes diverses prouvent que les collaborateurs et secrétaires de D. Calmet ne revoyaient pas assez leur texte. Ce reproche, que l’on a souvent adressé à l’auteur, a son excuse dans le grand nombre de travaux dont â’occupait l’infatigable et fécond abbé de Senones et qui ne lui permettait pas de donner le dernier coup de rabot a ses œuvres. Il devait écrire et dicter comme il pensait et travaillait, c’est-à-dire très-vite. Le travail le plus important est fait, la besogne la plus ardue, qui consiste à chercher et à compiler, est effectuée $ à d’autres à faire le reste.
aujourd’huy, et jouirent des biens affectés à cette chappelle, et en particulier des neuf quartes de seigle, dont nous auons parlé. Après les guerres de Lorraine il y eut procès entre les Carmes- de Baccarat et l’Abbaye de Senones, au sujet de cette redevance que l’on refusoit de payer. Mais les Carmes obtinrent un arrêt en 1642. qui leur ajuge 18. reseaux de seigle à prendre sur les dixmes de Merviller.
Malgré la concession et l’union faite du couvent et de l’Eglise des soeurs du Tiers Ordre de S1. François au Prieuré de S4. Christophe de Vie, par Thierry Bayer Evêque de Metz, et dont on a parlé ci-deuant sous Tan 1380. néanmoins plusieurs bourgeois de Vie, sans auoir égard aux ordres de leur Seigr. Evêque, confirmés par le Pape, ne cessoient de troubler le Prieur de S4. Christophe, enleuant les pierres et les planches et les autres matériaux du Prieuré qui auoit été démoli, et dont il auroit fait profit dans le nouvel établissement qu’on lui auoit donné dans la ville. Il fut obligé d’en porter ses plaintes à Pierre de Luxembourg Evêque de Metz et cardinal, qui ordonna à ses Officiers de Vie de réprimer ces entreprises et de soutenir le Prieur contre les malveillans. Il paroit par une autre lettre du même cardinal, de l’an 1385., que les officiers de l’Evéque de Metz à Vie, citoient souvent le Prieur dans les actions personnelles et l’obligeoient de compar offre deuant leurs tribunaux, ce qui étoit contre les règles canoniques et contre la liberté ecclésiastique. Le cardinal deffend de rien attenter de pareil à l’aveni r , de ne ravir ni saisir les biens du Prieur^ et de le maintenir, non seulement dans ses privilèges, mais aussi dans ceux des soeurs, dont on lui a donné la maison, auec tous ses droits, appartenances et dépendances.
L’Abbé Pierre de Varize étoit encore vivant en 1390. puisque cette année il donna la chapelle de la Magdelaine, sise à Remberviller, à un Prêtre nommé Jean de Caméra, qui fut présenté à Jean de Neuchâtel cardinal qui etoit alors administrateur de l’Evéché de Toul. On ignore l’année précise de sa mort, mais le jour en est marqué dans le Nécrologe au 18e Septembre.
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Lettre s du B. Pierre de Luxembourg en faveur du Prieuré de Vie.
Tems de la mort de Pierre de Varize Abbé de S enones, après l’an 1320,
T e m s de l’Abbé Baudouin II , en
Hist. de la réforme de S. Vincent, 4. p. 743.