URBEFRÈDE ou ERLEFRÊDE, 14e Abbé
fi) Du Cliesne, llist. franc., l.II.
Vi.lu Mabill. , an Hcned., l. II, p. U iii.
Ces deux Abbés ne sont pas connus dans Richer, ni dans les monumens de F Abbaye. Mais nous auons une lettre de Frotaire, évéque de Toul (a), addressée à deux Abbés nommés Thierri et R.énard que Fon croit auoir été, le premier, Abbé de Senones, et le second, Abbé de Moyenmoutier.
Voici la lettre.
ce j Frotarius gratiâ Del Ecclesiae Tullensïs Autistes, Thea- « derico, et Ragenardo venerabilïbus viris , cum universo grege vobis commisso, perpetuae beatudinis in Domino opto « salutem. Quoties vestrœ dignitatis personam, cum his qui <( vobis sub nostro regimine subditi sunt, bené ac salubriter < ( vivere cognosco, divinae pietati gratias refero. Quoties « vero vel vos ac plebem vestram ad Diocesim nostram per- « tinentem , ut cumque infirmari vel périclitais audio, in- « genti moerore ac doloris anxietate afficior , et veluti pro- (( fitiis cliarissimis atque onïbus propriis undique contristor. (( Quod his diébus fateor accidisse , cum scilicet mortiferam
« pestem acerrimé grassatam me contigit agnovisse. Si qui - « dem significatum mihi est de vastatione luporum quosdam « vestrorum hominum superatos et ruinis subitis funditùs « ab liâc vitâ esse extinctos. Quam quidem plagam per « fraudem diabolicam diuino judicio permittente in omni- « bus factam esse non ambigo. Si quidem peccatis nostris (( exigentibus multa aduersa permittente Deo patimur, quœ <( minime nobis acciderent , si ei, ut dignum fuerat , totâ (( mente quotidié famularemur . Quod enim cum gravi ge- (( mitu dicendum est, abundat iniquitas, refrigescit charitas « multorum. Ob hoc tôt plagas cœlesti censura disponente « ingruentes , tôt aduersitates demonicæ justigationis mi- « séria nostra tolérât generi humano infestas. St quidem « cum his prœteritis annis inopiam famis multimodam ob « aviditatem segetum, vel grandinis irruptionem perpessi « fuerimus , prœsenti anno fertilitatem messium atque « ubertatem vinearum, murium devastatione consumptam « conspicimus. Ad extremum, quod cum luctu dicendum « est, luporum rabidâ infestatione animas hominum Chris ce tianas subito necari videmus. Qua facta cur nostrae prœ- « sentiae non antia significaueritis usquequaq. miror. Ve- (( nissem quippe ad vos et tam per verbi praedicationem , « quàm per manûs impositionem ac confirmationem, pec- « tora fluctuantium hominum coixoborare satagerem . Quod « quia adhuc non, in proximis diebus , si vita cornes fuerit « acturus sum. Nunc autem moneo, ut prœcipiatis omnes « prœsbiteros in illis locis commanentes ad vestra monas- « teria pariter convenire, et per triduum jejuniis et litaniis (( insistere, cilicio et sacco obvolvi, cinere conspergi et com- « muni supplicatione Domini Clementiam obnixe deprecari, « ut ejus exuberans misericordia non secundum mérita nos « dijudicet , nec secundum iniquitatum nostrarum scelera « ultionem ex nobis capiat : quin potius propitiatus expec- « tet et ad poenitentiam récurrentes miser icor dit er suscipere « dignetur. Omnem itaque populum ad confessione et poe- « nitudinem pro peccatis suis sacerdotes provocent, et quae « ignorant et à plebe commissa sunt , digna emendatione
(< solvantur ; ne subito nos exitialis morbus absumat et in - « ferni voracitas perenniter cruciandos absorbeat. Et si « mens nostra charitatis arnore Dei conspectibus renuit face. mulari, saltem mortis formidine à malis rétracta in salu- « tiferis actibus convalescat.
Voici la traduction de cette lettre.
« Frotairepar la grâce de Dieu, évequede Toul, àThierri « et Ragenard hommes vénérables, auec tout le troupeau « qui vous est confié, je vous souhaite dans le Seigneur le « salut d’un bonheur éternel. Je rend de très grandes grâces « à Dieu autant de fois que j’apprens que votre dignité et <( ceux qui vous sont soumis sous notre dépendance, vivés « d’une maniéré louable et conforme à votre état ; et au « contraire je suis pénétré de la plus vive douleur, quand « j’entens que vous et votre peuple qui est de notre diocèse, « et que je regarde comme mes chers enfans, et mes pro- « près ouailles, sont attaqués de quelque danger ou de « quelques maladies ; et je vous avoue que j’ay été sensi- « blement affligé lorsqu’on m’a rapporté ces derniers jours <( que vous éties violemment attaqués de la peste et expo- « sés à un péril éminent par des loups qui infectent vos « quartiers et les désolent par leurs rauages, ayant même « tués plusieurs personnes. Je ne doute point que ce ne soit « un fléau envoié par la permission de Dieu et causé par la « malice du démon, à cause de nos péchés ; ce qui n’arrive- « roit point, si nous nous rendions aussi fidels que nous « le devenons à seruir le Seigneur. Mais on ne peut dissi- « muler, etjeledis avec larmes, l’iniquité s’est beaucoup « augmentée et la charité de plusieurs est bien refroidie. « Delà tant de malheurs, tant d’adversités et tant de plaies « dont nous sommes continuellement frappés par la vente geance de Dieu. Car après auoir été affligés les années « dernières d’une grande famine causée par l’aridité de la « terre, par la grêle et la perte des moissons, nous auons « le déplaisir cette année de voir les apparences d’une « abondante récolte et d’une copieuse vendange, perdues « par une multitude de rats qui rauagent tout, et pour
<c comble de malheur, une quantité de loups enragés attaque « les hommes et les tüe. Je suis surpris que vous ne m'en « aÿïés pas donné auis auparauant, je me serois transporté « dans vos quartiers et je me serois appliqué à rassurer et « à fortifier les peuples, en leur donnant le sacrement de « confirmation et en leur annonçant la parole de salut ; et « puisqu’on ne Fa pas fait jusqu’ici, je le ferai, Dieu aidant, « au plutôt. A présent je vous auertis de faire venir à vos « monastères ou dans vos églises, tous les prêtres qui de- « meurent aux environs, affin que couverts de cendres et <( de cilices, ils s’adressent à Dieu par des litanies et des « prières publiques et qu’ils tachent de fléchir sa colère par ce leurs jeûnes et leur humiliation, qu’ils exhortent tout le (( peuple à la confession et à la pénitence, afin qu’ils efface cent par. un digne repentir les péchés qui ont irrité contre « eux la justice de Dieu ; et si nous ne servons pas Dieu par ce des motifs de charité, qu’au moins la crainte de la mort « nous éloigne du mal. »
Telle fut la lettre de l’Evéque Frotaire. La manière dont il y parle, insinue que son autorité épiscopale n’y étoit pas fort reconnüe et l’affectation avec laquelle il marque que ces lieux étoient de son diocèse et soumis à sa jurisdiction, rend la chose assés douteuse et peut seruir pour prouver le contraire.
Urbefrède, Abbé de Senones, est dénommé dans une lettre du même Frotaire écrite àDrogon de Metz en 824 (a). Il s’y plaint que quelques Religieux de cette Abbaïe, sous prétexte de certaines plaintes qu'ils auoient à faire à l’Empereur ou à d’autres puissances, s’étoient donné la liberté de sortir de son diocèse de Toul sans sa permission, et d’aller où il leur plaisoit, sans qu’il en fut informé. Voici sa lettre :
(b) « Nobilissimae dignitatis viro et celso honore dignissi - « mo, Drogoni divinâ favente gratta, Ecclesiae Metensis « Episcopo, Frotarius exiguus itemEpiscopus, perpetuam in « Christo opto salutem. Amorem et dilectionem vestri pio « cidtu conservans , foelicem vitam longevis annorum curri - « cutis vos ducere gratulamur, et id nutu concedi superno
(a) Tom. Il, Scrip. Hist.
franc., p 715'.
Frotarij epist.
(b J Epist. 10, Frotar. episc.
Tullens.
« sedulo fiagitamus. A vobis quoque ejusdem mihi chari- « tatis jura rependi et inviolabiliter conservari suppliciter « expetoj ut hoc spiritualiter glutino vobis eonnexus et ves- « tris conloguüs recreer, et salutiferis studiis aique exemplis « proficue informer. Cœterum sciât vestra dilectio mihi « oppido displicere de quibusdam Monachi Cœnoby vestri , « cui Erlef redus rector esse videtur. Cum enim nostrae « Parrochiae isdem adjaceat locus et habitatores ejus nostro (( munimine Deo adnuente protegi debeant; egrediuntur (( quidam eorum Parochiam nostram absque nostro perce. missu et licentiâ, quasi ob quasdam reclamationes et quo « tendant , penitus ignoro . Porro si ad vos veniunt aut mo- (( lestiam vestris auribus inferunt, ordo canonicus erga nos « debuerat conservari , ut mihi illorum querelae paterent, (( et nostro pari consultu coi'rectio eis congrua daretur. « Quod quia hactenus negligenter omissum est , vestrâ id « deinceps industriâ dignâ emendatio7ie corrigi débeat ; ut ce nec vestrae aures ulterius hâc in re molestentur , nec nobis (( jus canonicum et reverentia débita auferatur. Est prae- « terea alia vestrae Dominationis cella sita in Warengissi « villa , quam etiam Monachi sine meâ licentiâ inhabitare « noscuntur. Sed quia inter eos me constat adolevisse , in « cœnobio videlicet Gorzensi , haec utcumqué mea parvitas « tolérât. Deniqué illud vestrae Paternitati non sïleo, quod « quaedam vestri juris Basilicae in providentia nostra conçu sistuntj quae nec mansorum subjectione fulciuntur , nec « sacerdotum praesentia custodiuntur . Pro quibus omnibus « vestra Ordinatio legatum ad nos mittat, quo instante « haec emendeiitur. Antequam enim in praefatis cellis vel « Ecclesiis congrua emendatio fiat, nihil nobis de eorum « ordinationibus vel dispositionibus Ecclesiasticis praesu- « mendum est. Nam et in praemisso monasterio Vosgensi, « quidam vestri missi ob rectitudinem faciendam illuc dite recti , nihil utilitatis, ni fallor, ibi gesserunt ; sed magis « discordiam multiplicantes , eosdem fratres détériorés per
(1) Adnuente i pour annuente, annuo,
« omnia reddiderunt. Decet vero, ut et in monasteriis et in « Ecclesiis et in omnibus quae vestrae ditioni subdita sunt , ce talis ordinatio et rectitudo servetur , quatenus et nos et « universi finitimi vestri, vestris exemplis instituamur et « per vos ad vevae Religionis studium utcumque perduca- « mur , veluti per summum pastorem ac rectorem nobilissi- « mumplebis. Valeat paternitas vestra prolixotempore feli- « citer in Christo. Amen. »
Voici la traduction de cette lettre.
« Frotaife humble Evêque à Drogon très illustre et très ce glorieux Evêque de Metz, salut en notre Seigr.
« Nous vous félicitons sur la longue et heureuse vie que ce le Seigneur vous a accordée et je vous supplie de m’ac- « corder l’honneur de votre bienveillance, afin qu’unis à « vous par les liens de l’amitié, je profite de vos entretiens ce et de vos exemples. Je suis obligé de vous dire, Monsei- « gneur, que je trouve fort mauvaise la conduite de certains ce Religieux d’un de vos monastères, dont Erlefrède est « Abbé ; (on a vû ci-deuant qu’alors l’Abbaye de Senones relevoit pour le temporel de l’Evéché de Metz) car comme « cette abbaie est limitrophe de notre diocèse et que ceux « qui l’habitent, doivent être sous notre protection, quel- (( ques uns d’eux sortent de notre diocèse sans notre aveu « ni notre permission, sous prétexte de certaines plaintes « où remontrances qu’ils ont à faire, de sorte que je ne sai « où ils vont. S’ils s’adressent à vous et vous font quelques (( plaintes, la disposition des canons demanderoit qu’ils me « rendissent l’honneur qui m’est dû, en s’adressant prête mièrement à moi, après quoi nous pourrions ensemble « prendre les moiens convenables pour y apporter remède. « Mais comme jusqu’ici on n’a pas suivi cette régie, je vous « prie que ci après ils en usent autrement, qu’ils ne vous « interrompent pas mal à propos, qu’ils observent envers « moi la discipline canonique et qu’ils conservent à mon « caractère le respect qui lui est dû.
« Il y a aussi dans mon diocèse un monastère qui dépend « de vous, nommé Varengéville (c’est que Drogon lui même
étoit abbé de Gorze, dont Varengéville est un membre) où « il y a une communauté de moines qui y demeurent sans « ma permission. Mais comme l’on sait que j’ay été élevé « parmi eux dans l’Abbaïe de Gorze, j’ai bien voulu le dissi- « muler jusqu’ici. Je ne dois pas omettre de vous informer « aussi qu’il y a dans mon Diocèse des Eglises p iroissiales « qui vous appartiennent, lesquelles ne sont ni desservies « par des prêtres ni reconnues par les paroissiens ; vous « aurés la bonté de nous envoier quelqu’un de votre part « pour y mettre ordre, car nous ne voulons rien entre- « prendre sur ces Eglises ni sur ces monastères que vous « n’aiés premièrement vous même ordonné qu’on répare « l’abus qui s’y est glissé.
« Car à l’égard de ce monastère de Yosge dont je vous ai « parlé, les députés que vous yavés envoyés pour y rétablir « la paix et le bon ordre, n’y ont fait qu’augmenter le mal « et la division et rendre les Religieux encor plus mauvais « qu’ils n’étoient auparavant. Or il est convenable que dans « les monastères et dans les Eglises qui vous appartiennent,
« on remarque tant d’ordre et de règle, que nous et tous « les autres vos voisins, puissions les regarder comme des « models et que vous soiés notre guide dans la voie de la « justice et de la Religion, comme étant le plus grand, le « plus noble et le plus illustre des Prélats de ces cantons.
« Je vous souhaite une heureuse santé et une longue vie.
« Ainsi soit-il. »
(i) L’Evéque Drogon, à qui la lettre est adressée et à qui Frotaire donne de si grans eloges, étoit fils naturel de Charlemagne et frère de l’Empereur Louis le Débonnaire. Il conserva une très grande autorité non seulement dans les affaires ecclésiastiques, mais aussy dans le gouvernement civil, non seulement sous l’Empereur Louis le Débonnaire dont il etoit le conseil et le confesseur, mais aussy sous les
(1) A partir de cet endroit jusqu’au chap. VI, ce passage est écrit sur une feuille volante, collée en marge du manuscrit et à laquelle Dom Calniet renvoie après les mots Ainsi soit-il .
princes ses fils et ses successeurs. L’Eveque Frotaire dit qu'Erlefrede est supérieur d’un Monastère de Vosge de la dépendance de l’Eveque de Metz. Ce qui ne peut guère s’entendre que de celui de Senones, qui relevoit de l’Eveque de Metz, quant au temporel, et qui étoit demeuré sous sa protection depuis qu’il avoit été donné par Charlemagne à Angelramne. Je ne sai pourquoi il ne donne pas à Erlefrede le nom d’abbé. Peut être que Drogon possedoit cette Abbaye comme Abbé commendataire, de meme que celles de Gorze et de Luxeuil.