VIII. PLANS DE l'abbaye ET EXPLICATIONS
Les manuscrits de Silos
Catalogue de la bibliothèque formée par les soins de saint Dominique et de ses successeurs
On trouvera dans la liste qui va suivre rénuméralion complète des manuscrits de l'abbaye de Silos qui existent encore aujourd'hui à Londres, à Paris, à Silos et ailleurs'. Le nombre de ceux qui ont disparu était sans aucun doute bien autrement considérable. Il est aisé de s'en convaincre, en parcourant le texte du Chronicon Silense'et les anciens catalogues de cette importante bibliothèque ^ Telle qu'elle nous est parvenue cependant, la bibliothèque wisigothique de Silos n'a pas sa pareille au monde, surtout pour le nombre et la valeur de ses livres liturgiques du rit mozarabe.
Deux ou trois de ces manuscrits se trouvaient vraisemblablement déjà dans l'armarium de l'abbaye avant l'arrivée de saint Dominique à Silos ; mais presque tous ceux qui sont antérieurs au XIP siècle ont
1. Nous faisons une exception pour les manuscrits n»' 56, o7, 18, 80, 89-90.
2. L'auteur anonyme, qui fait preuve d'une érudition bien rare de son temp?, était entré tout jeune encore à l'abbaye de Silos. Voy. ci-dessus, p. 48.
3. Nous possédons plusieurs listes des manuscrits de Silos. Les plus récentes mentionnent aussi quelques incunables et autres livres rares, — Eu voici la série : 1. Catalogue A, liste des livres donnés en 1067 à saint Dominique. (Voy. le Uecueil des chartes de Silos, p. 17.) — 2. Cataloç/ue B, liste des manuscrits de Silos, copiée au XII1<' siècle sur le folio 16 des Étymologies de saint Isidore. Voy. plus loin, le ms. n" 6, p. -262. — 3. Catalor/ue C, liste des livres prêtés hors du monastère au XI1I«
siècle. Voy. plus loin, p. -213. — 4. Catalogue D, liste très incomplète, mais annotée, de quelques manuscrits, écrite peu avant 1770 par le P. Ibarreta. (Arch. de Silos, dans la liasse n" 100.) — .3. Catalogue E, li=te également incomplète, écrite vers la même époque par un autre moine de Silos. (Arch. de Silos, ms. 116.) — 6. Catalogue F, liste complète, très détaillée pour trentesept manuscrits, dressée en 1772 par le P. Gregorio Heruandez et dont l'original se trouve aux Archives de Silos. — C'est d'après ces trois derniers catalogues et d'après le catalogue imprimé de M. Bachelin-Deflorenne, que nous signalerons les quelques manuscrits dont nous n'avons pu, malgré nos recherches, retrouver le propriétaire actuel.
passé entreses mains et servi à ses lectures. Celtecirconstanceexplique mieux que toute autre considération la constante vénération dont ils furent l'objet de la part des moines de Silos, qui les regardaient comme sanctifiés par l'usage qu'en avait fait le patron de leur monastère. Précieusement renfermés à titre de reliques dans la Càmara santa, c'est-à-dire dans la chambre même oîi était mort le saint abbé, ils y étaient gardés avec un soin qui nous paraîtrait aujourd'hui excossif. Les religieux eux-mêmes n'en pouvaient faire sortir un volume sans les plus graves motifs, et plusieurs bulles papales athchées sur la porte fulminaient l'excommunication contre quiconque eut osé enfreindre cette défense '.
Tous ces manuscrits furent préservés du pillage, pendant les guerres de l'Indépendance, par le zèle éclairé de l'humble moine qui devait monter plus tard sur le siège épiscopal de Cadix, Domingo de Silos Moreno. Après la suppression des monastères en 1833, le dernier abbé de Silos, Rodrigo Echevarrîa, réussit à les sauver une fois encore. Lorsqu'il fut nommé à lévêché deSégovie, en 18o7, il confia ce précieux dépôt à un de ses anciens confrères, le P. Sébastian Fernande/, alors vicaire de San Martin de Madrid. On ne saurait dire au juste ce que devinrent alors nos manuscrits ; mais il est trop certain qu'ils furent mis en vente à Madrid dans le courant de l'année 1877 et revendus définitivement à Paris aux enchères publiques le 1" juin de l'année suivante. Le meilleur lot fut acquis par notre Bibliothèque nationale, grâce à l'initiative de M. Léopold Delisle, l'autre par le liritish Muséum -. Quelques volumes seulement, échappés comme
1. Au XVI'' siècle, Philippe 11 voulut acheter les manuscrits de Silos pour en enrichir la bibliothèque de FEscurial. Les religieux consentirent, seulement à en prêter quelques-uns contre un reçu en bonne et due forme. — Voici, par exemple, la note, en écriture de cette époque, que nous lisons au second folio des Étyniologies de saint l.«idore, aujourd'hui à Paiis : « Este libro es de! monaslerio de Santo Domiugo de Silos... Dio Juan Lopez de Vclasco conocimiento del recibo de este libro, quando se le entrego para servicio del rey nuestro senor, por ante Thomas Gracian, y no se le bolbieron quando se le restituyo por averse perdido el dicho Conocimiento. Si en alguu tiempo pare-
ciere, hase de romper, porque ay contra conocimiento ante el dicho Thomas Gracian Dantisco ». Ce manuscrit fut communiqué à Lopez de Velasco, pour l'édition des œuvres de saint Isidore, entreprise par ordre du roi Philippe 11 et qui parut à .Madrid en 1.')99. Voy. à ce sujet une note intéressante de M. .Morel-I'atio dans la Uibliotlièque de l'École des chartes, t. XLllI, p. 2.39. 2. Voy. L. Delisle, Mélafiges de Paléoçjraphie et de Bibliograptiie, p. 53-116, et Bachelin-nellorenDe, Calaloque de livres rares et de manuscrits du /A'« au XVJIl^ siècle, iS78, avec plusieurs fac-similés. — Sur les manuscrits de Londres, voy. Sir Eiiward .Maunde Thompson, Catalofjue of additions to l/ie manuscripts in Ihe British
LRS MANUSCRITS DE Si LOS
par miracle à toulcs ces vicissitudes et retrouvés après bien des recherches, sont rentrés dans la bibliothèque du monasière de Silos restauré par les Bénédictins de la Congrégation de France.
I, MANUSCRITS WlSIGOTHIOrES DATÉS
1. — 928. Coliationes Cassiani. Ce manuscrit des Conférences de Cassien est l'œuvre du scribe Âlburanus, « o pie lector, Alburani scribioris mémento », et fut exécutée en Tan 928, « era D CGCCLXVI » *. Les dix-neuf derniers feuillets du volume sont remplis par la vie de saint Martial et ne datent probablement que du XP siècle.
Bibliothèque nationale de Paris ^ nouvelles acquisitions latines, n" 2170. Volume in-folio, sur parchemin, de 266 feuillets. Vov. Delisle, Mi'langes de PaUographie et Bibliographie^ p. 78. Numéro 38 du catalogue de vente de Bachelin-Dellorenne.
2. — 9i-o. Explanatio in beati Benedicli regulam^ ab abbate Smaragdo. On lit sur le dernier folio de cet important manuscrit :
« CONSCRIPTCS EST / LHîliR 18TE A NOTARIO / lOANNES PRESRITER / DISCURRENTE ERA DCCCC / LXXXni*, OBTINENTE / GLORIOSO PRINCIPE RaNEMIRO / ObETO SIVE LegIONE SUE / LIMIS AP1CEM REGNI, CONSUL / QUE ElUS FrEDENANDO CUNDE / SALVIS ^GREGIUS COMITE / IN CaSTELLA COMITATUM ''.
Archives de S«7c5, volume in-folio sur parchemin de 558 pages, entrés
Muséum în the years IST6-ISSI (les mauuscritsde Silos sont compris sousles numéros 30844-30837). Cf. VAlhenseum du 27 juillet 1878, article de M. Bond. Ces manuscrits furent achetés par l'interuiédiaire du libraii'e Bernard Quaritch.
1. D'après le fac-similé et la note d'un arctiiviste de Silos du XV11I'= siècle {Arc/t. de Silos, ms. 116, p. '6). Le feuillet du manuscrit qui portait cette date a disparu depuis.
2. Le copiste décline seulement ses titres de notaire et de prêtre. Mais l'on sait que dans les anciens documents, les moines honorés du sacerdoce se contentaient d'ordinaire de mentionner cette dernière qualité. (Cf. Mabillon, Annales Ordinis Sancli Benedicli, ad. ann. 380 et passim ;
Berganza, Anlif/iiedades de Espana, t. II, p. 48.) — C'est sans doute ce même « notarius lohanncs » qui copia en 934 le traité de saint Ildephonse de Virr/initale heale Marie, conservé aujourd'hui à l'Escurial (a. II. 9) et dont l'écriture a, jusque dans ses moindies détails, une ressemblance frappante avec celle du Commentaire de Smaragde.
La souscription du scribe rend plus probable encore cette hypothèse : « In Christi riomine explicitus est codi.x iste a notario lohannes indigno in era DCCCC et nonagesima secunda, VU I idus martias, régnante re.K Ordonio in Legione, comitem vero FredcnandoGundesalbiz in (lastella ». Voy. Loewe et Ewald, E.vempla scriplurae visif/ot/iicse, Heidelberg, 1883, p. 18 et planche XXIV.
beaux caractères wisigolhiques, avec des notes marginales d'une écriture tine du XP siècle. A la suite de l'inscription copiée ci-dessus, se trouve un fragment des Etymologies de saint Isidore (chapitre XXV, De ponderibus) en caractères également wisigothiques. Un peu au-dessous on lit, en écriture et en castillan du XIIP siècle, la salutation suivante au grand abbé de Silos de cette époque : « Ave al ondrado padre e seùor don Rodrigo, por la gracia de Dios abba ». — Ce manuscrit est probablement un des plus anciens textes du commentaire de Smaragde et n'a pas encore été mis à protit pour les diverses éditions de cet ouvrage '. Il est accompagné des pièces suivantes : \° Un petit code pénal ou pénitentiel intitulé : « Capitula emendationis culpe secundum modum autque (sic) numerum delinquentium ». Il commence par ces mots : « Primum si obedientia quum humilitate et absque mora non compleberit, sibe frater sive soror, suscipiat XH flagella ». — 2° Un règlement monastique très court, intitulé : « Quid debeant fratres vel sorores in monasferio observare. Primum ut recte abrenuntient usque numum unum ». — 3° « Incipit proverbia sancti FCvagrii episcopi. Heredes Dei audite ». (Voy. Migne, Patvologia latina^ t. XX, col. 4181.)
3. — 1039. Rifiis et Missœ. Recueil de pièces liturgiques empruntées au rituel et au missel mozarabes, avec un calendrier et quelques pages de neumes. Au folio 188, récit de ladormition et de l'ascension de Notre-Dame : « Adsumtio sancte Virginis et Genitricis Domini, queest adsumta post Ascensionis Domini, XVIII kalendas septembres. Deo gralias. In temporibus illis cum esset Maria. » Cette légende, pleine d'une douce et naïve poésie se rapproche beaucoup du livre De t/ansitii Vi/f/inis Mdria'^ longtemps attribué à saint Méliton de Sardes (Voy. Migne, Patrolofjia gneca, t. V, col. 1231-1240). Ce récit formait autrefois un volume à part, que nous voyons men-