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CHAPITRE IV

D. Rodrigue Yenenguez de Guzman (1242-1276)

I. < El abad pleitista ", — II. Ses rapports avec le roi de Castille ; Alphonse X le Savant à Silos. — III. Sainteté de D. Rodrigue.

I, — Parmi les abbés de Silos, aucun n'a laissé après saint Dominique une mémoire aussi vénérée que D. Rodrigue Yenenguez, de la famille des Guzman, plus connu sous le nom de San Rodrigo^. Il exerçait la charge de prieur lorsqu'il fut élu abbé en 1242 -. Il gouverna le monastère pendant trente-quatre ans, jusqu'au 3 avril 1270, époque où il renonça à sa dignité pour se préparer dans le silence de la retraite à paraître devant Dieu. Sa mort arriva quatre ans après, le 19 septembre 1280. Aucun chroniqueur ne nous a laissé un récit suivi de ses actions, et nous en sommes réduits à glaner çà et là dans les chartes du temps et dans les Miraculos romanzaUos du moine Pero Marin, son contemporain, les quelques faits qui ont pu ainsi échapper à l'oubli.

Le 8 février 1244, D. Rodrigue obtint du paj)C Innocent IV pour son monastère une bulle de protection qui ne nous a pas été conservée, mais dont nous avons pu trouver un résumé aux archives de

I . La tradition affirme qu'il était proche parent de saint Dominique de Guznmu. Le fait semble a^sez probable, tant .a cause de l'identité de leur nom patronymique, qu'en raison de la situation de Silos, à <|uelques lieues du berceau de Dominique. Ouelques auteiws (par exemplo, Castro, p. HOO) ont voulu plus lard comi)léler la Iradilion et préciser davantafie. ils nous disent, en effet, que l'abbé IJodriguc était l'oncle (lu patriarclie des Frères Prêcheurs. .Mais celle afliiinatinn csf loutc "ratuite

et de plus très invraisemblable, l'abbé de Silos étant mort .j9 ans après son prétendu neveu. — Quanta sou nom de famille Yenenr/i/ez, il nous est connu par un acte du 21 mars 127d. (Voy. le Recueil, p. 248.) 2. Ce fait ressort île (|U(']ques pièces des archives <le San .Millau, ainsi (|uc l'atteste le savant Placido Ilomero, archiviste de celte abbaye, dans une lettre écrite le 28 décembre n'!7 au P. Liciniano Saez, archiviste de Silos. Nous avons eu l'orifiinal de celle lettre entre les mains.

D. HODlUniE YEM':N(iUEZ DE GUZMAN

Simancrts. L'année snivanlo (12 février 1245), le même pape Ini conliait le soin déjuger, d'accord avec Tabbé de lîujedo, un important procès intenté à l'abbé et aux moines de San ^lillan de la Cogolla par D. Gerônimo xAznar, évêque de Calaborra. Celle all'aire, dans laquelle il ne s'agissait de rien moins pour les moines de San Millan que de défendre leur droit de propriété sur vingt-six églises, fut terminée par une sentence rendue en leur faveur le 11 décembre 1246'. — Mais notre abbé dut songer bientôt à la sauvegarde des intérêts de son propre monastère. Il fallait lutter de nouveau contre les prétentions sans cesse renaissantes des clercs de San Pedro. D. Rodrigue essaya d'abord de faire des concessions pour le bien de la paix et par esprit de charité chrétienne, comme le reconnaît rarrangement survenu entre les deux parties le 1" septembre 1230. Cela ne suffit pas pour mettre tin au ditférent, et cette fois encore il fallut recourir à l'autorité du Saint-Siège. On peut voir dans le texte ou dans le résumé des pièces de notre Recueil le détail de toute celte alTaire, sur laquelle les documents ne sont, hélas! que trop abondants -.

L'abbé de Silos eut d'autres procès à soutenir dans l'intérêt de son monastère et il le fit toujours avec autant de succès que de modération. Aussi, son zèle sur ce point lui a-t-il valu, malgré sa sainteté, le renom de prélat batailleur. Quelques historiens l'ont même surnommé el abad pleitista ^, ou « l'abbé amateur de procès ».

IL — Un des ciMés les plus intéressants de la vie de D. Rodrigue est sa liaison très particulière avec le roi de Castille Alphonse X, fils de saint Ferdinand, plus connu sous le nom d'Alphonse le Savant.

La première visite d'Alphonse à Silos remonte au mois d'avril 1246, et on la trouve mentionnée dans l'auteur contemporain des Miraculos romanzados. Ce prince était alors âgé de 24 ans et ne devait ceindre

1. La senîence est datée de la ville de Navarrele. (Voy. le lieciieil, p. 190-193.) — C'est sans doute vers cette époque, que D. Rodrigue défendit les Prémontrés du monastère de la Vid, contre les empiétements et les brigandages de D. Pedro Nuùez, seigneur de Montejo. La charte originale de la pesquisa de remembranza {l'enquête et l'interrogatoire des témoins), dressée à cette occasion par l'abbé de Silos,

se trouve à V Archiva histôrico nacional de Madrid. (Voy. aussi ïindice de los documentos de la Vid, p. 136-157.)

2. Recueil des chartes de Silos, p. 194- 238 (nos 139, 140, 141, 143, 144, 147, 148, 149, 151, 152, 153, 154, 196, 198, 199, 201).

3. « Para que se vea, ajoute le P. Gerônimo de Nebreda, que el defender los derechos de los nionasterios no impide la santidad » {Notice manuscrite).

iOO HISTOIRE DE l'aBBAYE DE SILOS

que six ans plus tard la couronne de Castille. Parmi les personnes de sa suite, nous dit Pero Marin, se trouvait un écuyer de Palencia, qui, pour un acte dindiscipline, avait été condamné à mort. Avant de pénétrer dans le monastère, le prince l'avait confié, chargé de fers, à trois tnonteros ou officiers de sa garde, La maison où fut enfermé le coupable se trouvait en face de la porte principale de l'église '. L'infortuné Gomez (c'était le nom de l'écuyer), entendant les moines chanter la messe « matutinale » de saint Dominique, adressa de ferventes supplications au saint abbé dont il avait ouï conter tant d'étonnantes merveilles. Sa prière fut entendue; il sentit ses fers se détacher d'eux-mêmes, et courut joyeux chercher un asile auprès du tombeau de son libérateur. Les monteras voulaient Tentrainer ; mais l'abbé Rodrigue intervint auprès de l'infant D. Alphonse et obtint la grâce du pauvre condamné ".

En 1253, notre abbé se rendit à Séville, oîi l'avait appelé Alphonse le Savant, qui voulait s'aider de ses conseils. Ce prince qui venait de monter sur le trône de Castille et de Léon, lui otTrit à cette occasion un riche domaine près de Sanlucar, à charge pour le monastère de célébrer à perpétuité une messe quotidienne pour l'âme de son père, le roi Ferdinand (22 avril}. Quelques semaines plus tard (6 juin), le généreux monarque ajoutait à cette donation une propriété, située près des murs de Séville, au-delà de la porte de Carmona, à l'endroit où s'éleva peu après le prieuré de Santo Domingo de Silos ^

L'année suivante fut marquée à Silos par un incendie qui détruisit un nombre assez considérable de chartes originales de ses archives. D. Rodrigue se hâta de se rendre auprès du roi, qui renouvela et confirma tous les documents de quelque importance (6 janvier -15 octobre 12oo). Ces vidimus royaux, aussi importants par les titres anciens qu'ils nous ont conservés que remarquables par la beauté et la splendeur de leur exécution, sont encore aujourd'hui un des plus précieux trésors de l'abbaye de Saint-Dominique \

1. C'était, nous dit Pero .Marin, la mai- -4. Voy. le liecueil des chartes de Silos, son d'un certain Pero Nieto. p. 156 193. — Plusieurs de ces diplômes

2. Pero Marin, Miraciilos romanzados sont particulièrement solennels. A côté de (dans Vergara, p. 130-131). — Lechronif|iieur la signature d'.Mptionse le Savant, de celles rapporte au long ce curieux épisode avec des princes de sang roj'al, des hauts des détails qui sont , évidemment d'un dignitaires de la couronne et des plus témoin oculaire. grands personnages, tant ecclésiastiques

3. Recueil, p. 199-201. que civils, on est tout d'abord quelque peu

b. HODhiGUE YENÈNGLEZ DE GUZMAN

Au commencement du mois de novembre de cette même année 4253, Alphonse X fit un second pèlerinage à Silos, dans des circonstances politiques assez difficiles*. Lope Diaz de Haro, seigneur des pays basques, venait de se révolter contre lui à Orduna. D'autre part, il avait à se plaindre des procédés du roi de Navarre, D. Thibaut, et de D. Jaime, roi d'Aragon. Tout annonçait une guerre qui, dans de telles conditions, pouvait devenir fatale à un prince peu belliqueux, dont le plus grand tort était de préférer le culte des belleslettres au tumulte des champs de bataille. Le pieux monarque voulut, avant d'entrer en campagne, se mettre sous la protection de saint Dominique et implorer les prières des moines de Silos. Il arriva au monastère le cinquième jour de novembre et fut logé « dans le palais de l'infirmerie» '. Une nuit, nous dit le chroniqueur contemporain.

surpris d"y trouver parmi les vassaux du roi de Castille, « don Gaston, vicomte de Béarn » et « don Guy, vicomte de Limoges ». Mais ce qui étonne bien autrement c'est la présence, parmi les confirmadoies, de trois rois Maures : « Don Aboabdille Abennaçar, roi de Grenade, don Mahomat Abenmahoraat Abenhut, roi de Murcie, et don Abenmahfot, roi de Niebia ». On trouvera ailleurs quelques mots sur la plupart de ces personnages. (Voy. notre Recueil, p. 209). — J'ajouterai ici, au sujet des trois princes musulmans, la note très intéressante que M. Houdas, professeur d'arabe à l'École des langues vivantes, a bien voulu me communiquer, à la demande de M. le sénateur E. de Rozière. « Don Aboabdille Abennaçar est le prince que les Arabes appellent Abou Abdallah Mohammed ben Yousof ben Naçr ; il portait les surnoms d'Ech-Gheikh et d'ibn El- Ahniar. Après avoir régné sur Jaën et Xérès (1232), il s'empara de Grenade (1238) et en fit la capitale de ses États. En 1245 il se déclara vassal du roi Ferdinand III et, à diverses reprises, il mit ses armes au service de son suzerain, Alphonse X, le successeur de Ferdinand. 11 mourut en janvier 1273. Ce fut lui qui avait fait commencer les constructions du célèbre palais de l'Alhambra. — Don Mahomat Aben Mahomat Abenhut s'appelait plus exactement Mohammed ben Mahommed ben Houd. 11 descendait de la famille des Houd qui régnèrent à Saragosse. En 1240

ou 1241 il chassa Zeyjan ben Mardenich de Murcie et resta maître de cette ville jusqu'en l'année 1259, époque à laquelle il mourut. — Don Abenmahfot, roi de iXiebla, est Ibn Mahfoudh, cité incidemment par Ibn Khaldoun qui rapporte qu'en l'année 1261, Alphonse X lui, enleva la ville de Silves et de Talaveyra >> (vraisemblablement Tavira).

1. Disons ici, pour expliquer le.s fréquentes visites du roi de Castille à Silos, que, en dehors de sa dévotion et de sa confiance à saint Dominique, la riche bibliothèque du monastère pouvait y être et y était certainement pour quelque chose. « Ce prince, le plus élégant écrivain et le plus grand savant de son temps (dit le P. Tailhan, dans une phrase dont la fin nous semble bien sévère) aimait passionnément les livres, les achetait à grand prix tant qu'il eut de l'or dans ses caisses, et les empruntait quand il se fut ruiné en entreprises plus insensées les unes que les autres». (Nouveaux mélanges d'Archéologie, p. 309). Une note du XI 11^ siècle, insérée dans un manuscrit de Silos, nous apprend que le roi, non content de consulter sur place les manuscrits de Saint -Dominique, fit des emprunts de ce genre à notre monastère. (Voy. ci-dessous, Appendice I, manuscrit n" 25. La Çronica, mentionnée comme prêtée au roi, est sans doute l'histoire connue sous le nom de Chronicon Silense). 2. Pero Marin (dans Vergara, p. 131) fait allusion à un autre palais contigu à

HISTOIRE DIÎ L AlilîAYE DE SILOS

le bienheureux Dominique lai apparut, ranima son courage cliancolant, lui ordonna de traiter ses ennemis « avec une verge de fer », et lui promit qu'avant trois mois il les verrait tous soumis à son autorité. La promesse du saint ne larda pas à se réaliser. Les provinces basques furent les premières à lui jurer fidélité, et quelques jours après, D. Thibaut venait lui prêter hommage dans la ville de Vitoria. De là, D. Alphonse dirigea ses troupes vers Soria pour entrer en Aragon. Avant de les suivre, il revint à Silos, accompagné de treize chevaliers et de treize écuyers, et voulut passer une veillée d'armes devant le tombeau de saint Dominique '. Le jour suivant, après avoir entendu la messe à l'autel du saint, il fît appeler D. Rodrigue et lui dit : « Abbé, Jésus-Christ >«otre-Seignour m'a grandement favorisé par l'intercession du bienheureux Dominique. Demandez-moi ce qu'il vous plaira et je vous l'accorderai ^). L'abbé prit conseil des religieux et le pria de lui concéder la mflr/?//?V'(/«- de Silos. C'était la seule redevance que les rois de Castille et de Léon eussent encore dans cette ville. D. Alphonse sourit à une pareille demande. « Abbé, lui dit-il, vous voulez donc que le roi n'ait plus rien à Silos? Eh bien, oui, je vous l'accorde ». Quelques jours après, le prince arrivait à Soria, où il ne tarda pas à recevoir la visite toute pacifique du roi d'Aragon et de sa famille. Le 19 février i2.j6, il envoyait à l'abbé de Silos le privilège royal de la martiniega avec le récit authentique des faveurs ([u'il venait d'obtenir par l'intercession de saint Dominique ^

celui de l'inûrmerie. (Voy. le Recueil, p. p. 226, noie.)

1. Le roi se trouvait dans le cloître supérieur, près d'une fenêtre ouverte dans le mur ('e réglisc en face du tombeau, à l'endroit nirine oii se lit aujourd'hui une inscii[ition qui rappelle ce fait et que nous pul)li(uis plus loin dans le recueil des Inscriptions de Silos, Appendice 7/, n" ."iO.

2. Impôt que la ville payait au roi vers la Saint-.Martiu, ce qui lui valut le nom de niurliniei/a. — Coulirmé et renouvelé à plusieurs reprises, le privilège accordé en cette circonstance le fut encore par le roi Philippe II en 1580. La martiniega n'était plus à cette date f|ue de 4()2 maravédis par an. [Archives de Silus, Catalogue des Archives, nis. 78, fol. 222.)

^. Il faut lire le récit' détaillé de ce curieux épisode Ici ipie mius le reproduisons

dans une note du Recueil des chartes de Silos (p. 226). H a pour auteur le moine Pero .Marin, qui non seulement en fut le témoin, mais y joua même un certain rtJle. — Outre ce récit, nous connaissons trois chartes, qui témoignent du séjour que le roi de CasLille f.t à Silos à cette époque. L'une est du 10 novembre 1235 {Arch. de Silus, ms. 6, fol. 181-182, «exencionotorgada ;i las Iglesias del reino de pagar la nioneda que lcdebian)),actequi est daté deCovarrubias, près de Silos). Les deux autres furent octroyées à Silos même, le 18 novembre, à la demande de l'évêque d'Osma. (Loperraez, Coleccion diplom'ilica, p. 79, et Descripcion hislôrica del obispudo de Osma, t. 1, page 243). Le 2 et le 3 novembre, le roi était encore à Burgos (d'après deux privilèges accordés à l'église de Cordoue. [Arch. de Silos, nis. 1, fol. 91-94.)

l). UODIiKilK VE.NEN(;ri:Z DE GUZMAN

Il n'est plus mention des visites du roi à Silos jusqu'en 1274. Il y arriva le 28 septembre de cette année. Le jour suivant, l'église étanl remplie' par la foule des fidèles accourus à la solennité de l'archange saint Michel, D. Alphonse fut témoin de la guérison d'un sourd-muet, opérée par les mérites de saint Dominique et dont le moine chroniqueur Pero Marin s'est complu à nous faire le récit".

Outre les chartes déjà mentionnées, Alphonse le Savant octroya à notre abbé d'autres privilèges, dont la simple énumération occuperait ici trop de place. Notons seulement celui du 22 septembre 1272, par lequel il accordait à Silos une partie des droits royaux de Huerta del Rey, de Quintana del Pidio et de Guimara. D. Rodrigue lui cédait en retour, par un acte du 2i septembre de la même année, le village de Banuelos, dont le roi voulait doter le monastère de religieuses Dominicaines, qu'il venait d'établir à Galeruega, sur le berceau même de saint Dominique de Guzman^

Comme nous l'avons dit ci-dessus, et comme nous l'apprend l'inscription gravée sur son tombeau, D. Rodrigue renonça à la charge abbatiale le 3 avril 1275. Il passa dans le recueillement et la retraite les quelques années qui lui restaient encore à vivre, et le 19 septembre 1280 il s'endormit dans la paix du Seigneur. On l'ensevelit dans un magnifique tombeau en pierre^ qui fut placé sur un des côtés de l'escalier dit de las Virgenes '\

1. « Yaciendo la eglesia todo lena suso et yuso » [Miraculos, dans Vergara, p. 135). Les derniers mots de ce passage sont une allusion aux deux parties de l'église déterminées par une différence de niveau assez notable.

2. Pero Marin (dans Vergara, p. 135) nous apprend qu'en cette circonstance " don Alfonso yogo en romeria a Santo Domingo en el corillo de Saut Nicolas ». 11 ajoute que le roi Alphonse s'intéressa au sourd-muet si merveilleusement guéri, et l'emmena avec lui à Belcuire (Beaucaire), où l'ambitieux monarque, incapable de gouverner ses propres États, allait solliciter le pape Grégoire X de placer sur sa tète la couronne impériale (1275).

3. L'original de cette dernière pièce est conservé aujourd'hui encore aux archives des Dominicaines de Caleruega, et porte le sceau en cire de l'abbé de Silos. (Voy. le Recueil, p. 243). — Les religieuses prirent

possession de leur monastère le 11 juillet 1270, .( estando hi [là] présente D. Agustin obispo de Osma,... el abad de Cuevas Rubias e otros religiosos de la orden de los Predicadores e de San Benito » (d'après une charte d'Alphonse X, citée par M. Fidel Fita dans le Bolelin de la real AcadPinia de la Hisloria, t. XIII, p. 236). 4. Escalier qui conduit du cloître inférieur au transept méridional de l'ancienne église, dans lequel on voyait un autel dédié à sainte Ursule et à ses compagnes. Le tombeau du bienheureux Rodrigue se trouvait sur la droite en montant. L'inscription gravée sur le chevet fut détachée plus lard et encastrée au milieu du piédestal, qui supporte aujourd'hui le monument i voy. à la fin du volume l'Appendice II, i< Inscriptions de Silos »,no32), ainsi que la main sculptée dont il est fait mention dans lesactesdel'ouverture du tombeauen 1560.

Cette main en pierre tient le bâton pasto-

Sa mémoire resta en grande vénération dans toute la contrée, et bien qu'il n'ait jamais eu de culte public, la voix populaire ne lui en a pas moins décerné le titre de saint ou de bienheureux. La plupart des écrivains qui parlent de notre abbé lui donnent aussi cette qualitication, entre autres le célèbre P. Florez et plusieurs historiens modernes '. On lui attribue plusieurs miracles dont l'un est resté populaire. Dans un moment de détresse il aurait rempli de vin un tonneau entièrement vide, en y exprimant trois grappes cueillies dans une vigne voisine du monastère. S'il faut en croire la tradition,, la branche de vigne chargée de trois grappes de raisin, qui orne encore le couvercle de son tombeau, y aurait été sculptée en souvenir de ce fait merveilleux -. — En 1S60, l'abbé D. Gregorio de Santo Domingo fit ouvrir le sépulcre de son saint prédécesseur. Le corps fut trouvé intact et sans corruption, et c'est à peu près dans ce même état que nous le voyons encore aujourd'hui. L'abbé de Silos dressa un procèsverbal de l'invention de ces restes vénérés, dont il fît une translation solennelle et qui furent placés dans la chapelle des reliques ^ En 1609, D. Rodrigo de Peralta, abbé de Saint-Dominique, ordonna de dorer le tombeau et de pratiquer sur le devant une ouverture vitrée, par laquelle on peut voir le buste du bienheureux abbé \

rai et, de temps imuiémorial, les fidèles avaient coutume de la baiser dévotement.

1. Florez, Esp. sagr., t. XXVII, col. 410- 418 ; 2' éd., p. 235-239. — Le plus récent historien de TÉglise d'Kspagne, parle en ces termes de l'abbé Hodrigue : « El monacato cuenta todavia (au XIII' siècle) entre los iiltimos abades sautos d ?an Hodrigo, abad del monasterio de Santo Domingo de Silos, que regiô prudentisimamente por espacio de treinta y cuatro anos >> (D. Vicente de la Fueute, Uisloria eclesûlstica de Espana, t. IV, 2« éd., 1874, p. 28o ; cL p. 206). Un des témoins qui déposèrent en 1561 afiBrmv que la crainte de faire des dépenses excessives empêcha seule les moines de Silos de porter à Home la causcde sa canonisation. « No fue canonizado.por no tener renta el monaslerio. » {Archives de Silos, ms. 119, fol. 24 verso.)

2. Les autres faits sont consignés dans lUiiz {Histoire manuscrite, fol. 85-86), dans Castro (p. 301) et dans Florez {toc. cit.).

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