CAPTIFS CHRÉTIENS DÉLIVRÉS
que fort peu do chose sur ce qui se passa pendant ces quatorze années. Nous devons nous contenter de quelques faits que nous ont transmis les documents des arcliives de Silos et les récits de Pero Marin dans les Miracidos romanzados.
Plusieurs des chartes de D. Sanche le Brave octroyées à cette époque, sont de simples confirmations de privilèges antérieurs. Ces sortes d'actes, très solennels pour la forme, dont les souverains se sont montrés d'ordinaire trop généreux, n'apportaient souvent au monastère privilégié qu'une charge nouvelle ; mais ils avaient l'avantage très positif d'assurer à la chancellerie royale un revenu, qui n'était pas sans importance'. Le nouveau roi de Castille ne se contenta point toutefois de semblables privilèges. Par divers diplômes, il maintint les droits des abbés sur la ville de Silos -, favorisa l'extension des biens du monastère, et mit un frein aux empiétements des grands seigneurs, qui considéraient trop souvent les propriétés monastiques comme une proie facile, offerte à leur cupidité ^
Jean III parvint à applanir, pour un temps du moins, les difficultés jusque-là sans cesse renouvelées entre les évêques de Burgos et l'abbaye, au sujet de l'église de San Pedro (1290) '*. Le 12 du mois d'août 1297, il reçut de Boniface YIII une nouvelle bulle de protection. Deux mois environ plus tard, le même pontife confiait à l'abbé de Silos le gouvernement du monastère des bénédictines de Huete, à la demande des religieuses elles-mêmes". Nous dirons plus loin comment, pendant le cours du xv® siècle, ces moniales furent remplacées dans leur abbaye par les bénédictins de Silos. — Vers le même temps, D. Jean obtenait de nombreuses indulgences en faveur des fidèles qui venaient visiter l'autel sous lequel reposait le corps de saint Dominique. Elle furent octroyées dans trois bulles différentes par un patriarche latin de Gonstantinople, trois archevêques et vingt-six évêques ^ Le texte de ces bulles est un précieux témoignage de la dévotion des pèlerins accourus auprès du saint tombeau. Il est aussi une nouvelle preuve de la croyance du peuple chrétien aux conti-
1. Il va sans dire que ce moyen de octobre 1287, dans le /?eci/e//, p. 283 et 288. battre monnaie n'est pas particulier au roi 3. Privilège du 2 mars 1285. Ibid, p. 284. Sanche IV de Castille. On peut le voir par 4. Recueil, p. 290.
de nombreuses chartes de ce genre, que 5. Recueil, p. 304.
nous nous contentons de mentionner dans 6. Voy. le texte de ces intéressants
notre Recueil. documents et les notes qui l'accompagnent
2, Chartes du 8 février 1285 et du 24 dan?ï le Recueil, p. 299, 302 et 305.
nuels prodiges opérés par la vertu de celui que la reconnaissance de l'Espagne a si bien surnommé le Rédempteur des captifs.
Jamais, en effet, ces merveilleuses délivrances ne se multiplièrent autant que sous l'abbé Jean III. A aucune autre époque, du moins, nous ne les voyons consignées avec une fidélité aussi scrupuleuse et avec des signes aussi évidents d'authenticité. Dans l'espace de quatre années seulement, deux cent cinquante captifs chrétiens environ furent arrachés à l'esclavage des Maures. Le moine contemporain, qui nous fait connaître le détail de leur histoire ', en compte deux cent trois pour la seule année 1285. Le plus grand nombre étaient des gens de guerre, faits prisonniers dans les rencontres incessantes qui avaient lieu à cette époque entre chrétiens et infidèles sur les frontières du royaume de Grenade-. Nous trouvons aussi au nombre de ces malheureux esclaves des prêtres [missacantanos), des laboureurs, des marchands et jusqu'à de simples femmes ^.
La plupait venaient des prisons de Grenade, d'autres de Ronda, d'Algésiras.de Malaga, de Guadix, quelques-uns même de Tanger et de Ceuta. Pero Marin nomme parmi ces derniers Valmocaden ou capitaine Domingo Bono et ses vingt-liuit compagnons, surpris près de Tarifa par hi tlotte mauresque pendant une expédition maritime. Domingo lîono apporta ses fers à Silos le 9 mars 1286 '*.
Quelques-uns de ces récits ont un véritable intérêt pour l'histoire. C'est ainsi, par exemple^ qu'il est question au chapitre quatre-vingt-
i. Pero Marin, Miraculos romanzadna iilans Vergara, p. i;j,'i-228).
2. Parmi ces sortes de guerrilleros, nous inealionnerons Ramiro, almocaden ou capitaine de Matrera. Ne pouvant .payer sa rançon, qui se montait à 61) maravédis dargeiit, il resta dix ans à Honda dans le plus dur esclavage. Cruellement maltraité de son maître, qui voulait faire de lui un renégat, le généreux capitaine triompha de tous les tourments. Le !«■■ février 1285 (vit/ilm de Santa Maria la Candelaria), saint Dominiijue brisa t'iil'ui ses fers et, le 12 avril suivant, Hamiro venait à Silos remcn-ier son libérateur. (Voy. Pero Marin, Miraculos roina)izados, dans Vergara, p. 176.)
3. Luc de CCS femmes chréticrincs, originaire de Linarcs, prés de .laen, fut prise par .M.iliuinat Abciuiiencal. frère du
roi de Grenade. Elle eut deux fds de ce prince infidèle. Ayant pu s'échapper, grâce au secours de saint Dominique, elle vint à Silos avec le plus jeune de ses enfants, qu'elle fit baptiser dans l'église abbatiale le 2septembre 1285. Lechroniquenr nomme les trois parrains et les trois marraines qu'on donna eu cotte circonstance au petit prince musulman [Miraculos, y>. 214). — C'est sans doute à cet épisode que font allusion aujonrd'hui encore les haliilant.- de Silo?, quand ils disent que le lils d'un roi mauru fui baptisé jadis dans la grande cuve de pierre du baptistère de l'église abbatiale de Silos.
i. Il est dit dans ce récit que les marins espagnols enduisaient de graisse liurs navires afin qu'ils courussent plus vite, << para que corriessen meior » (Miraculos, dans Vergara, p. 173).