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CHAPITRE I

Saint-Martin de Madrid

Les origines de Saint-Martin sont, sinon aussi reculées, du moins tout aussi obscures et tout aussi incertaines que celles de l'abbaye de Silos. A la suite de Yepes, les historiens de la ville de Madrid nous disent, avec plus ou moins d'assurance, que ce monastère est antérieur à l'invasion musulmane. Ils affirment même son existence, comme monastère et paroisse mozarabes, pendant près de 370 ans, c'est-à-dire depuis la chute du royaume des Wisigoths jusqu'à la conquête de Madrid par Alphonse VI en 1083 '. Quelques historiens

1. Voy. les quelques ouvrages suivants : Madrid (1623), p. 227-230 ; Quintana,

Le P. Yepes, Coronica gênerai de la orden Grandezas de Madrid, folio 62 ; J. Aniador

de Sati Benito, t. IV, fol. 374 ; Gil Gonza- de los Rios y J. de la Rada, Historia de

zalez Dâvila, Tealro de las grandezas de Madrid (1860), t. 1, p. 102.

202 HISTOIRE DE l'aBBAYE DE SIEOS

vont même jusqu'à croire que le prieuré de Saint-Martin fut souaiis dès le principe à l'abbaye de Silos *.

Bien que dépourvues de preuves directes, ces affirmations ne sont pas de simples hypothèses, et les documents des archives de Saint- Dominique leur donnent un sérieux degré de probabilité. En effet, une charte du roi xVlphonse VI, peu postérieure à la conquête de Madrid, sinon contemporaine de cet événement, accorde à l'abbé de Silos et au prieur de Saint-Martin les bourgades de Valnegral et de Yillanueva de Jârama. Le roi de Castille avait-il donné peu auparavant le prieuré à l'abbaye de Silos? ou bien l'union existait-elle longtemps avant cette époque? Nous penchons pour la première de ces deux hypothèses. Ceux qui préfèrent la seconde doivent tout au moins convenir que depuis l'invasion des Arabes, le prieuré jouissait de la plus entière indépendance vis-à-vis des moines de Silos.

Un des documents les plus considérables pour l'histoire de Madrid est le privilège, par lequel Alphonse VII dit 1' « Empereur », permet à don Jean, abbé de Saint-Dominique, et à don Sanche, prieur de Saint-Martin, de peupler le ricioii Sancti Martini, conformément au fuero du bourg de Saint-Dominique ou de Sahagun (18 juillet H26' ". Malgré la rigueur apparente de ce fuero, jugé de nos jours comme fort peu libéral par quelques historiens espagnols ^, les habitants ne tardèrent pas à accourir en grand nombre se ranger sous l'autorité des moines de Saint-Martin.

Un faubourg important se forma peu à peu autour du prieuré, qui s'élevait à l'origine hors des murs de Madrid, à l'est de la forteresse ou alcazar. Dans la suite, il se développa à tel point, que le monastère iinit par se trouver à peu près au centre de la ville. Sa paroisse devint de toutes la plus considérable, et, lorsque Madrid fut devenu la capitale du royaume, elle dut s'entourer de plusieurs annexes pour satisfaire, avec une plus grande facilité, au service spirituel de sa nombreuse population '.

1. La tradition rapporte (|ue cest dans Aurcliano P'ernandez-Guerra. El fuero île leglise de Saint-Martin (pie le roi Alplion- Avilés, p. 33 et 62. — Ajoutons toutefois se VI et ses guerriers jurèrent solennelle- que le privilège d'Alphou?e VII adoucit nient, en 108i, de reconquérir la cité de sur plusieurs points les dispositions du Tolède, où, deux ans après, ils entraient fuero primitif, accordé à Sahagun en 1085 en vaimiueurs. par son grand-père le roi Alphonse VI.

2. liecueil des chartes de Silos, p. 56. 4. Les annexes ou succursales de Saint-

3. Antonio de la Escosura» Juîc/o crî'/jco Martin furent: 1° San Placido, égli.'îe del feiulalismo en Espaha. IS.'ifi, p. 27 ; construite vers 1620 par le P. Antonio

SAINT-MAliflN DR MADIfelD

iNous ne pouvons faire ici l'histoire dc^'taillt'e de ce monastère. D'ailleurs, les documents anciens et de quelque importance sont rares ; les autres qui formaient les archives particulières de Saint- Martin se trouvent aujourd'hui à VAre/iiro histôrico nacioiidl de Madrid, oi^i ils ne forment rien moins qu'une série de soixante-sept volumes in-folio '.

Un privilège de la reine Isal)elle la Catholique nous apprend, sur ce prieuré, un fait qui n'a pas encore été signalé et ([u'il ne sera pas sans intérêt de faire connaître en quelques mots.

On sait qu'en l'année 1473 la ville de Madrid, fidèle à la cause d'Isahelle, fut assiégée par les partisans de la Ecllrancja-, qui lui disputait le trône de Castille. Le prieur de Saint-Martin arma ses vassaux et ses serviteurs, et par ses eiïorts, nous dit la charte de 1746, « contrihua heaucoup à la garde de la ville ». Son aide fut non moins efficace pour faire le siège et s'emparer de l'alcazar, où commandait le vaillant marquis de Villena; ennemi décidé du parti de la reine '. Isabelle sut reconnaître les importants services rendus à sa cause par les moines de Saint-Martin, et le diplôme octroyé au prieur le 25 août 1476 en est un précieux témoignage '*. Mais les vaincus et en particulier le primat archevêque de Tolède, D. Alonso Carrillo, ne pardonnèrent pas au prieur son dévouement à la reine, qui dut

Perez, profès de Silos et à cette époque abbé de Saint-Martin. [MonasHcofi hifipunicum, fol. 220.) On y établit dans la suite un monastère de bénédictines, qui existe encore. 2° San lldefonso, église construite en 1630 par l'abbé Rodrigo de Peralta, autre profès de Silos. 3° San Marcos, église fondée vers 1635 par un autre moine de Silos, le P. Francisco de Valdivia. — L'abbaye de Saint-Martin possédait, en outre, l'hôpital appelé de Biiena Dicha, fondé par son premier abbé, le vénérable P. Sébastian de Villoslada, avec l'appui de don Francisco de Contreras, président du Conseil de Castille, et d'autres grands seigneurs de la cour de Philippe II.

1. A Silos sont conservés presque tous les titres antérieurs au XV^ siècle. On y garde en outre un catalogue alphabétique très complet des documents des archives nationales de Madrid. Le Recueil des chartes de Silos donne le texte ou un

résumé des premiers. Les Archives de Silos possèdent, en outre, les actes de visites des abbés de Silos et bon nombre d'autres pièces du XVl", du XVUe et du XV1II« siècle. {Arcli.de Silos,'R. LVI, 13-57.) Un document de 1165 (liasse B. LVl, 55) nous donne un état de l'abbaye et de ses annexes à cette date.

2. Surnom de la fille que la reine de Castille, femme de Henri IV, avait eue, croit-on, de son favori D. Beltran de la Cueva. Le pauvre roi lui-même l'avait reconnue comme illégitime.

3. Ces faits sont restés inconnus aux historiens de Madrid et Fernando del Pulgar, le chroniqueur officiel des Rois Catholiques, n'en parle pas.

4. Le P. Ruiz (p. 141, 142) nous apprend que cet intrépide prieur était moine de Silos et se nommait don Martin Alfonso de Albear. — Cf. Castro, 343. Voy. dans le Recueil (p. 494) la sentence du 2 juillet 1459.

prendre publiquement sa défense par une cédule royale expédiée de Valladolid le 20 janvier 1481 '.

Le monastère de Saint-Mai-tin de Madrid resta une simple dépendance de Silos jusqu'au 4 juillet 1394-, A cette date, et après des résistances dont nous avons déjà dit quelques mots ^, une bulle de (ilément VHP le détacha de Saint-Dominique et l'ério^ea en abbaye indépendante. Les abbés de Silos y conservèrent cependant des droits et des privilèges considérables qu'ils surent sauvegarder jusqu'à la suppression des ordres monastiques ''.

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