‹ Histoire de l'Abbaye de SilosChapitre 83 sur 179 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le prieuré de San Frutos

Le prieuré de San Frutos (Sanclus Fructus) se trouve au milieu d'un désert, à quatre lieues environ au nord-ouest de la ville de Sepûlveda. Le monastère s'élève sur un rocher qui domine une gorge profonde et sauvage au fond de laquelle coule le Duraton. La rivière a creusé autour du roc un immense fossé qui mesure près de 300 pieds de tiaut sur 150 de large et qui le rend presque inabordable '. L'imagination ne saurait rêver un site plus effrayant et plus imposant tout à la fois el nous n'en connaissons guère qui laissent une pareille impression de sauvage grandeur-.

C'est dans cette austère solitude que se retirèrent au VIP' siècle les deux frères Frutos et Valenlin, avec leur sœur Engracia^ Nous n'avons pas à écrire ici l'histoire, d'ailleurs mal connue^ de ces saints

1. Un étroit passage, appelé la cuchillada ou la coupure par les gens de la contrée, permet seul d'arriver sur le plateau. Encore a-t-il fallu pour cela jeter un pont sur une large crevasse du rocher, autrefois très profonde en cet endroit. La tradition raconte que cette crevasse est due aux prières de saint Frutos, qui menacé par les Maures put ainsi échapper à leur poursuite.

2. Les Romains avaient pourtant établi sur ce rocher un castrum, dont on voit encore les ruines et où fut trouvée la

belle inscription citée plus loin. On y a découvert également une médaille d'Egica et de Witiza, c'est-à-dire contemporaine de saint Frutos. Elle porte cette légende : EGIKA ET WlTlZA. + TOLETO PIVS.

3. D'après la tradition, saint Frutos se choisit une retraite sur le rocher, saint Valentin dans une anfractuosité, au-dessous de régli«e actuelle du prieuré (voy. plus loin. Appendice //, les Inscriptions de Silos, num. 8), et sainte Engracia dans une grotte à quelques centaines de pas eu amont de la rivière.

ermites. On la trouvera dans Flore// et surtout dans les Àcfa sancto- /um, où le P. Victor de Buck a consigné la plupart des traditions relatives à leur vie et à leur culte-.

Disons seulement que saint Frutos mourut en paix au haut de son rocher en 71o, peu après l'invasion des Arabes, au fanatisme desquels son frère et sa sœur durent la gloire du martyre ^ Son corps y fut enseveli dans un petit sanctuaire, où il devint bientôt l'objet de la vénération des chrétiens de la contrée.

A-lphonse VI, roi de Caslille, donna cette église et le territoire environnant à D. Fortunius, abbé de Silos, par une charte solennelle du 20 août 1076". Ce dipbjme est particulièrement intéressant par la liste qu'il renferme des vingt-six premiers habitants de Sepùlveda, chargés par le roi de délimiter le territoire de San Frutos.

Après avoir fondé ce nouveau monastère, (rien n'indique en effet qu'il y eut là des moines avant le privilège d'Alphonse VI), un des premiers soins de l'abbé Fortunius fut d'ériger une église plus digne des reliques du saint ermite. D. Bernard, archevêque de Tolède, la consacra en l'année 1100, comme nous l'apprend une importante inscription contemporaine, dont nous publierons plus loin un texte exact et complet'. Cette église, très curieuse malgré ses petites dimensions, est encore debout, telle à peu près que la laissa l'abbé de Silos à la tin du XP siècle. Elle est construite avec les débris de l'ancien caslrum romain, qui s'élevait à quelques pas du prieuré.

Quant aux reliques de saint Frutos, une partie considérable fut donnée, nous ne savons trop à quelle date, à la ville de Ségovie, dont

1. Voy. VEspaTiasagrada, t. VIII, p. 89-96. furent aussi fêtés comme martyrs dans le

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