Décret du G octobre
2. Archives de la ville de Sejainie, rci^istre ptnir servir à l'cnre-
gistrcnicnl des ilous palrinti^iucs et olVraiulcs volontaires faites à la Nation, Ï<A. i et j.
un sacrifice suffisant. Elles devancèrent le terme légal delà contribution, fixé au i'^' avril 1790 et aux années suivantes. Dès le 23 décembre 1789, en effet, les officiers municipaux de Sézanne se transportèrent, avec M. de Boubert, chevalier de Saint- Louis et notable de la ville, en remplacement du maire absent, M. de Launay, au parloir d'en haut de la communauté, et là reçurent, des mains de M"''^ de Blacons, l'abbesse, « à titre de contribution du quart des revenus de son abbaye, pour satisfaire au besoin de l'Etat et conformément au décret de l'Assemblée nationale du 6 octobre », tout ce qu'on avait pu trouver en objets d'argenterie. Le pauvre couvent ne possédait que ceux qui servaient au culte : deux chandeliers du poinçon de Paris, un calice, une patène, un ciboire, une « écuelle », un bénitier et son goupillon, le tout représentant une valeur de 65o livres '.Ces pièces d'orfèvrerie, seules richesses de l'abbaye, allèrent à la Monnaie pour y être converties en espèces.
Cependant, au dehors, les événements précipitaient leur marche avec une vertigineuse rapidité. Le i3 février 1790, l'Assemblée nationale rendait le fameux décret qui supprimait les vœux monastiques et abolissait les congrégations et ordres religieux : « la loi constitutionnelle du royaume, disait l'article premier de ce texte, ne reconnaîtra plus de vœux monastiques solennels de personnes de l'un
I. Archives de la ville de Sézanne, registre des dons patriotiques, fol. 3.
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ni de l'autre sexe; en conséquence, les ordres et congrégations réguliers dans lesquelles on fait de pareils vœux sont et demeureront supprimés en France, sans qu'il puisse en être établi de semblables à l'avenir ». La loi autorisait, par suite, « tous les individus de l'un et de l'autre sexe existant dans les monastères et maisons religieuses » à en sortir, à la seule condition de faire leur déclaration à la municipalité du lieu, et elle s'engageait à pourvoir incessamment à leur sort, par une « pension convenable ». Il devait être indiqué des maisons où seraient tenus de se réunir les religieux qui ne voudraient pas profiter des dispositions du décret. A l'égard des religieuses, par une mesure plus humaine et plus douce, la loi décidait qu'elles auraient la faculté de rester dans les maisons où elles se trouvaient.
Le couvent de Notre-Dame de Sézanne renfermait à ce moment dix-sept religieuses : douze professes et cinq converses. Aucune, d'abord, ne songea à user des facilités du décret, et, pendant près de huit mois, la communauté resta au complet. Les pieuses recluses pensaient sans doute au fond de leur cœur ce que leurs sœurs d'une autre abbaye exprimaient tout haut, à la même époque, en des termes d'une éloquence vive et touchante : « Le peu de commerce que nous avons avec le monde fait que notre bonheur est inconnu. Mais il n'en est pas moins vrai ou moins solide. Nous ne connaissons parmi nous ni distinctions ni privilège; nos biens et nos maux sont communs. N'a\ant qu'un
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seul cœur et qu'une seule àme..., nous protestons devant la nation, en face du ciel et de la terre, qu'il n'est donné à aucun pouvoir de nous arracher l'amour de nos engagements, et que nous les renouvelons, ces engagements, avec encore plus d'ardeur que nous ne le fîmes à notre profession '. »
Mais l'Assemblée constituante poursuivait avec régularité son œuvre d'anéantissement du passé. Pierre par pierre, en quelque sorte, s'en allaient les institutions de l'ancien régime. Le 12 juillet 1790 fut décrétée la constitution civile du clergé. Avec leur ignorance des choses du monde et de la politique, l'effroi qui naît naturellement de l'inconnu, on comprend que les pauvres bénédictines de Sézanne, dans leur retraite, devaient s'exagérer encore la portée des mesures inquiétantes prises par l'Assemblée, la gravité du bouleversement introduit dans l'ordre social. Les réformes, si elles avaient dû s'arrêter là, n'avaient rien encore d'absolument inacceptable ni de monstrueux, puisque le roi lui-même souscrivit à tout. Mais les esprits clairvoyants pressentaient distinctement que, sur une pente aussi rapide que celle où l'on s'était abandonné, on roulerait sans arrêt possible jusqu'au fond d'un abîme. L'anarchie, d'ailleurs, régnait sur plus d'un point de la province, et pouvait faire présager déjà les scènes sanglantes de 1793.
Aussi n'est-il pas surprenant que la fermeté prc-
I Sauzay, cité par Taine, La Révolution, t. I, p. 217.
mière de nos religieuses, chez quelques-unes du moins, ait fini par être ébranlée. Leurs anxiétés personnelles devant un horizon si assombri, les craintes et les instances de leurs familles, peut-être, amenèrent ce résultat. Vers la fin du mois de septembre, l'une d'elles, une converse, se décida à invoquer les dispositions du décret du i3 février. C'était Jeanne-Marguerite Grangier, en religion sœur Marie, religieuse professe. Née en Franche- Comté, au village de Menoux, dans le diocèse de Besançon et le bailliage de Vesoul, le 2 1 juillet 1761, elle avait pris l'habit dans l'abbaye de Sézanne vers l'âge de seize ans et y avait prononcé ses vœux solennels le 8 janvier 1770. Elle se trouvait donc âgée de trente-neuf ans. Elle avait manifesté une première fois aux membres du directoire du district de Sézanne \ lors de la visite qu'ils avaient faite dans l'abbaye pour y dresser l'inventaire de la communauté, son intention de se retirer. Le 3o septembre 1790, elle invita par lettre les officiers de la municipalité à se transporter au parloir de la maison pour y recevoir sa déclaration régulière. Dès le lendemain, sur cette réquisition, deux officiers municipaux, Jean-François Huot et Pierre Barost, le procureur de la commune BruUey et le secrétaire Boittard se présentaient au couvent. Marguerite Grangier réitéra par-devant eux sa déclaration.
I. Le décret du i5 janvier 1790, sur la division de la France en départements, avait t'ait de Sézanne le chef-lieu d'un des six districts du département de la Marne,
en disant « que son intention est de sortir de son ordre et de ladite maison pour aller passer le reste de ses jours à Menoux, dans le sein de sa famille, et qu'elle entend jouir de sa pension ainsi et de la manière qu'elle est déterminée par le décret de l'Assemblée nationale, et en être pixyéc dans le lieu de sa résidence. » La loi lui donnait aussi le droit, dont elle fit connaître son désir de bénéficier, d'emporter les effets mobiliers à son usage personnel. Elle ne fit point, au demeurant, sa déclaration sans protester de son attachement à « la religion nationale, c'est-à-dire la religion catholique, apostolique et romaine, qu'elle professait et professerait toute sa vie ' ».
Pareille formalité se renouvela, dans le courant du même mois, sur la demande d'une autre converse, sœur Nicole Dennevert, dite Sainte-Elisabeth, âgée de quarante-huit ans. Originaire du village de Thaas, dans le bailliage de Sézanne, où elle était née le 6 décembre 1 74 1 , elle avait revêtu l'habit à Notre-Dame du Bricot vers i 767 et y avait prononcé ses vœux le 8 janvier 1770. Le 23 octobre 1790, par -devant Jean-François Huot, Hubert Darré, Pierre-Jean-René Vignon et Charles-Nicolas Gabriel, officiers municipaux, venus, sur sa réquisition, accompagnés du procureur de la commune, elle fit des déclarations semblables à celles de Marguerite Grangier. Son intention était de « sortir de son ordre et de laditte maison pour