Utsupra
quoi nous la voyons, a differentes reprises, solliciter des secours du cardinal de Luynes, archeveque de Sens, et de la commission institute par le roi pour le soulagement des communautes. Elle recut, a diverses reprises aussi, des sommes, parfois de quelqu'importance, neanmoins toujours trop faibles encore pour lui permettre de faire face & toutes les necessites urgentes.
Aussi disait-elle que, si par la regularite, la paix et 1'union qui regnaient dans sa maison, par la piete et 1'exactitude avec lesquelles 1'office divin et tous les exercices s'y accomplissaient, il ne lui restait rien a desirer du cote du spirituel,' pour ce qui regardait le temporel, elle en etait efifrayee ".
Dans ces conjonctures facheuses, les religieuses de Notre-Dame-des-Bois craignaient de voir disparaitre leur couvent. L'esprit du siecle, en effet, minait les communautes religieuses, et la commission des reguliers creee pour les reformer, sous 1'impulsion du fameux archeveque de Toulouse, Lomenie de Brienne, le prelat incredule, en supprimaitun grand nombre. En presence de ce peril, les benedictines du Bricot font timidement valoir les avantages et les litres de leur maison. Elle merite, pour beaucoup de raisons, d'etre soutenue. Elle est la seule communaute de religieuses qui sbit dans la ville de Sezanne. Elle y est necessaire pour 1'education des filles de laditte ville et celles
i. Archives nationales, G 9 , 661; Arch, depart, de la Marne, s6rieH,fondsdel'abbaye de N.-D. du Bricot, carton IV,liasse 19.
L'ABBAYE DU BRICOT A SUZANNE 2i5
des endroits voisins, qui y sont elevees dans la religion et la piete. L'emplacement est considerable, les jardins sont grands et d'une belle e'tendue... D'autre part, on rendait justice au zele et au devouement de I'abbesse. Dans une lettre, non signee, mais qui emane certainement d'un protecteur en haute situation, a 1'adresse du cardinal de Luynes, nous trouvons ce temoignage tout en faveurde Marie de Serrieres : Je peux 1'assurer (Votre Eminence) que Madame 1'abbesse de Sezanne merite d'etre aidee. Elle tient tres bien sa maison et 1'a mise sur un bon pied. M. 1'eveque d'Auxerre peut en rendre compte a Votre Eminence. Je luy serai oblige si elle veut bien luy etre favorable '.
Parmi les communautes menacees de mine, beaucoup etaient, comme celle du Bricot, des maisons insuffisamment rentees. Pour en faire subsister les membres, la commission des reguliers avait imagine de reunir entre elles ces maisons trop pauvres. Par ce moyen, on reduisait ce que Ton pourrait appeler leurs frais generaux, et Ton amoindrissait leur nombre, juge excessif.
C'est ainsi que, par decision de Claude-Mathias- Joseph de Barral, eveque de Troyes, fut supprime, le 12 juillet iy63, le titre du prieure de Sainte- Scholastique, et que ses droits, biens et revenus furent incorpores pour un tiers a 1'abbaye du Bri-
r. Arc/lives nationalcs, G 9 , 6Gi, lettre missive du 6 septembre 1761.
2l6 HISTOIRE DE L'ABBAYE DU BRICOT
cot. Les deux autres tiers etaient attribues a la communaute des Ursulines et au petit seminaire de Troyes. L'abbesse de Sezanne eut souhaite une attribution integrate au profit de son monastere. Elle 1'avait sollicitee avec instance, mais vainement, dans une requete adressee au cardinal de Luynes l et ainsi concue : Monseigneur, j'ose representer a Votre Eminence le besoin extreme que j'ai de la reunion entiere de Sainte-Scholastique ou un .secours semblable. Je crains, Monseigneur, qu'en partageant le revenu, la mauvaise partie ne me tombe. II y a de mauvaises terres, des fermes a reparer ; je suis actuellement dans le plus grand embarras, accablee de fortes reparations auxquelles je ne m'attendois pas. Ayez pitie, Monseigneur, d'une maison qui vous devra tout son bonheur.
Protegee par Votre Eminence, Dieu ne cessera d'y etre glorifie. Nos vosux sont continuels pour votre conservation. Rien n'egale le profond respect avec lequel je suis, Monseigneur, votre tres humble et tres obeissante servante. SoeurDE SERRIERE, abbesse de Sezanne. Ce 3o aout 1761.
Par 1'union partielle qu'elle obtint, 1'abbaye du Bricot acquit 640 livres 4 sols de rente sur 1'Hotel de Ville de Paris, une rente de 1 64 livres 4 sols sur les tailles de 1'election de Troyes, et les gagnages de Pignay, de Barbone, avec des rentes foncieres au meme lieu, de Villemereuil et de
i. Archives nationales,G 9 , 661,
Mousley l , soit environ i,5oo livres de revenu 2 . Mais tout n'etait pas gain, dans le moment du moins, en cette affaire. La reunion imposait au couvent de Notre-Dame des pensions viageres, au profit de douze des religieuses de la communaute supprimee, s'elevant a la somme de 2,200 livres 3 . Pour 1'instant, c'etait moins un avantage qu'une nouvelle charge. Cette reunion, dit tres justement 1'abbesse, sera pour 1'avenir un soutien assure de 1'abbaye; mais tant que les pensions viageres subsisteront, le produit annuel ne suffira pas pour les acquitter 4 .
La communaute, bien que moins peuplee qu'un siecle auparavant, etait loin pourtant, au temps de Marie de Serrieres, d'etre deserte. Elle groupait, vers la fin >du regne de cette abbesse, autour de la superieure, quatorze religieuses de choeur 5 et six ou huit converses. En outre, quelques religieuses etrangeres, jouissant de pensions, sorties peut-
1. Pignay? Mousley ? Villemereuil, commune du canton de Bouilly, arrondissement de Troyes.
2. Arch, depart, de la Marne, serie H, fonds de 1'abbaye de N.-D. du Bricot, carton I, liasse 17.