‹ Histoire de l'Abbaye du Bricot en Brie (XIIe siècle-1792) [microform]Chapitre 114 sur 194 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

SOMMAIRE. Les communautes religieuses en 1789. Decret de 1'Assemblee nationale sur les voeux monastiques. La contribution patriotique; les religieuses du Bricot 1'acquittent. Nouveau decret de 1'Assemblee, abolissant les ordres religieux.

Faculte laissee aux religieuses de continuer la vie commune.

Deux religieusds quittent le monastere du Bricot. Etat du personnel de cette maison. La municipalite vient recevoir les declarations des religieuses qui veulent rentrer dans le monde. Petit nombre de celles qui restent fideles a leur vocation. Election d'une superieure sous la conduite de la municipalite. Protestation de la communaute et retractation de 1'abbesse M mo de Blacons. Lettre dudirectoiredu departement a la municipalite sur ce sujet. Fermeture de la chapelle du couvent. Decret du 4 aout 1792 et suppression definitive de 1'abbaye.

S'il y avait, en 1789, de nombreuses reformes a operer dans 1'organisme social, plusieurs, et non des moins indispensables, il faut en convenir, etaient appelees par 1'etat du clerge regulier. La, comme dans le corps de la nation, les inegalites etaient trop choquantes, les abus trop criants; 1'institution, fondee pour des besoins anciens, ne s'etait pas raccordee aux besoins nou-

veaux ' . La cause du deperissement progressif des communautes religieuses, aux approches du grand cataclysme, n'etait pas ailleurs. En presence d'une situation qui, de toute necessite, appelait un remede, on avait le choix entre deux mesures : Tune, simple et commode, mais d'un radicalisme grossier, la suppression ; 1'autre, delicate et compliquee, mais la seule qui cut etc d'une sage et utile politique, la reforme. Emportee par sa passion de tout detruire ce qui tenait au passe, la Revolution choisit le premier parti. En .une heure, elle fit table rase d'un edifice que quatorze siecles avaient construit et consacre.

L'institution etait, a la verite, Tune des plus decriees et des plus attaquees. Si, mu par un sentiment bien naturel d'interet personnel ou de solidarite, le clerge, meme seculier, avait, dans ses cahiers, demande le maintien des communautes religieuses, les cahiers du tiers, au contraire, etaient a peu pres unanimes a en reclamer 1'abolition. II cut convenu, cependant, de faire tout au moins une distinction entre les monasteres d'hommes et ceux de femmes. Les premiers, sauf d'honorables mais rares exceptions, avaient perdu 1'esprit monastique et ne recrutaient qu'un nombre toujours diminuant de novices, ce qui indiquait combien peu, dans leur etat actuel et leur nombre, ils correspondaient a un besoin. Mais, parmi les

i. H. Taine, Les origines de la France contemporaine ; la Revolution, t. I, p. 21 1.

seconds, beaucoup etaient demeures, sinon tout a fait florissants, souvent par insuffisance de ressources, du moins peuples et dormant au monde le spectacle d'une regularite irreprochable. C'est que la vie cenobitique, refuge offert aux ames faiblement armees ou contemplatives que rebutent les luttes ou les vulgarites de la vie, repond plutot a des aspirations feminines.

Des le 28 octobre 1789, 1'Assemblee nationale decreta, par provision , que 1'emission des voeux serait suspendue dans tous les monasteres de religieux et de religieuses, et, par les termes memes de son decret, elle faisait attendre des mesures plus radicales encore. Le 2 novembre, par un nouveau decret, elle declare mis a la disposition de la nation les biens du clerge, tant seculier que regulier. Quelques jours apres, la conservation de ces biens est devdlue aux tribunaux, aux assemblies administratives et surtout aux municipalites, la jouissance seule en etant laissee a leurs anciens proprietaires. II etait des lors aise de prevoir que les etablissements monastiques ne survivraient guere a leur spoliation.

La communaute de Notre-Dame du Bricot etait, pour 1'ordre et la regularite qui y regnaient, parmi les pieux asiles qu'il cut fallu respecter. A cette epoque meme, ses religieuses donnerent une preuve de leur attach ement a la chose publique par rempressement qu'elles mirent a venir en aide, pour leur modeste part, aux embarras financiers de 1'Etat. On sait que le deficit du tresor avait etc la

cause, au moms occasionnelle, de la Revolution. Les necessites nouvelles et les multiples evenements quien signalerent les premiers mois, n'etaient guere de nature a combler le gouffre. Aussi 1'Assemblee nationale, faisant appel au desinteressement de tous les bons citoyens, avait-elle etabli la contribution patriotique ! . Beaucoup y joignirent des offrandes volontaires. A Sezanne, cette contribution fut apportee avec une touchante et unanime ardeur de tous les habitants. Nous voyons, par exemple, les ecoliers et pensionnaires du college, desireux de temoigner leur devouement entier et leur profond respect a I'Assemblee , decider en commun de consacrer a la nation la somme que chacun d'eux recevrait de ses parents pour la fete de saint Nicolas , ce qui produisit un total de quarante-deux livres. Un sous-lieutenant se depouille pour la patrie des boucles d'argent de ses souliers; un apothicaire fait un don semblable; de pauvres servantes remettent le fruit de leurs maigres economies ; une domestique donne ses boucles de jarretiere, ses bracelets et une petite croix en argent 2 . Les religieuses du Bricot ne se laisserent pas vaincre dans cette lutte de generosite, encore que le decret qui mettait a la discretion de la nation tous leurs biens cut pu sembler leur avoir impose

Page 1