Tome III, p. 32i
FONDATION DE L ABBAYE
vains qui se copient peuvent propager une legende, et, a force de la ressasser, donner, en quelque sorte, du corps a une pure invention. Rien aussi ne fait comprendre d'une facon plus saisissante combien, en histoire, il est indispensable de ne pas admettre a la legere toutes les affirmations, mais de recourir toujours aux sources authentiques.
Sans abonder, elles ne nous font pas d'ailleurs entierement defaut en ce qui concerne 1'origine de 1'abbaye du Bricot, car 1'acte de naissance de cette communaute n'est pas absolument detruit. II existe encore, sous la forme, sinon de 1'original, du moins d'une copie ancienne de la charte meme de fondation *. Par malheur, ce document, ainsi que beaucoup d'autres de la meme epoque, n'est point date, de sorte que nous ignorons 1'annee precise de la creation de notre abbaye. Toutefois, 1'examen des elements chronologiques qu'il renferme permet de fixer assez surement le milieu de la premiere moitie du regne de Louis le Jeune (u 37-11 80) comme 1'epoque approximative de cet evenement. L'abbaye du Bricot ne peut etre nee ni beaucoup avant ni beaucoup apres 1'annee i i5o 2 .
2. Un des personnages qui interviennent dans 1'acte, Pierre, y est qualifie abbe, et, dans la rubrique, abbe de la Celle. Or il fut nomme abbe de cette communaute, d'apres M. Ulysse Chevalier (Repertoire des sources historiques du moyen age, t. I, bio-bibliographie, col. 1811) vers 1147, d'aprs Migne (Patrologie latine, vol. CCII, col. 3gg) vers u5o. Ilcessa de 1'fitre, pour devenir abbe d'Aulnay, au plus lard en 1 1 64 (Gallia christ., t. XII, col. 644).
Ses fondateurs furent deux pieux personnages dont 1'un jouit d'une certaine notoriete dans 1'histoire religieuse et litteraire du xn c siecle, dont 1'autre serait reste totalement inconnu sans 1'heureuse inspiration qui lui fit batir un monastere et.devait, par la, assurer la transmission de sa memoire a la posterite. Us s'appellent Pierre de la Celle et Hersendedu Bricot.
Pierre de la Celle tirait son nom de la celebre abbaye de Montier-la-Celle, aux portes de Troyes, 1'une des plus anciennes et des plus considerables du diocese, qu'il gouvernait, comme abbe, vers 1 147 et pendant les annees suivantes '. Ne d'une famille noble de la Champagne, Pierre s'etait senti de bonne heure porte par une secrete ardeur et par le gout de la priere, de la meditation et de 1'etude, vers la solitude du cloitre, et, tout jeune encore, il etait venu s'enfermer dans le monastere de Saint- Martin-des-Champs, pres de Paris. Au bout de quelque temps, il echangea cette retraite centre un autre asile, celui de Montier-la-Celle ; mais il n'obtint le gouvernement de cette derniere communaute qu'apres avoir etc d'abord abbe d'Aulnay 2 . Son habilete, sa science et sa piete le predestinaient a de plus hautes situations : il de-
D'autre part, M. A. Longnon cite (Dictionnaire topographique de la Marne, p. 38) Ecclesia Sancte Marie de Nemore, qui ne peut etre quo notrc abbaye, a la date de ii53.