‹ Histoire de l'Abbaye du Bricot en Brie (XIIe siècle-1792) [microform]Chapitre 185 sur 194 · MARS · texte numérisé non relu

MARS

Cahier [desvceux et doleances] de la paroisse du Bricot-la-Ville et I'Abbai'e.

Repre'sentent humblement les habitans du Bricot, assembles en suite de 1'ordre qui leur a ete notifie de le faire :

i Que 1'e'tablissement d'un impot territorial modere et proportionne 1 aux besoins actuels de 1'Etat serait le seul et grand moyen d'acquitter les dettes et de soulager la classe la plus indigente du Royaume. II en rdsulterait plus de subsides; un grand nombre de proprie'taires qui jusqu'ici, par leurs intrigues et adresses, n'ont pas paye le tiers de ce qu'ils devaient, payeront strictement. Le pauvre sans propriete ne pourra tre impose que suivant son industrie et se verra soulage. En effet, n'a-t-il pas fallu jusqu'a present que le pauvre, cultivateur, artisan ou manouvrier, paye en taille ou autre imposition ce que les grands proprie'taires ne payaient pas en vingtiemes, faute d'une juste declaration, qu'un peuple

timide craint toujours de faire, de peur d'encourir la vengeance d'un maitre ou d'un seigneur qui n'eut pas manque peut-etre de la lui faire sentir, comme il est arrive en bien des occasions?

2 Que le defaut ou mauvais etat des chemins dans tout pays est un obstacle au transport des denrees qu'il produit; que le commerce en souffre necessairement; qu'il ne faut pas que le gouvernement se repose sur le droit qu'ont des habitans de le demander aux personnes qui doivent les chemins ; que les me'mes habitants n'oseront jamais faire a ceux de qui ils dependent la demande d'une chose aussi dispendieuse.

3 Qu'il est tout a fait prejudiciable au bien public de laisser planter en bois pres des villages; que le bois gagnant insensiblement jusqu'aux portes des maisons, des habitants locataires sont forces par la suite de deserter le pays. En effet, lassds et incommodes en mille manieres par les btesfauves-et les grandes betes dont les ravages sont immenses, surtout dans le temps des grains, ne pouvant obtenir de reparations de la maison ou ferme qu'un proprietaire destine a une nouvelle plantation en bois, ces habitants sont necessites a se transplanter en un autre pays, ce qui est deja arrive et arrivera encore en peu d'annees dans cetteparoisse. Ainsi disparoissentdifferents pays. Mais le but principal de cette remontrance est de faire observer que les plantations se font toujours la pluspart en fraude de la dixme et des impots dont les terres ainsi converties etaient chargees anparavant, lesquels impots restent toujours a payer a tons les malheureux habitants qui restent dans le pays et qui n'ont pas assez de credit pour s'cn faire decharger; que si on ne peut remedier pour le present a un aussi grand abus, il dcvrait elre au moins accorde une dimi-

nution d'impots a un tel pays, surtout quand il est aussi excessivement charge* que celui-ci.

4 Que si des habitants sont obliges de souffrir des incommodites qui resultent de la proximite des bois, tels qu'un air epais, tendbreux et infect, mille degats causes par les betes fauves et sauvages, ils devraient au moins jouir de quelques avantages qu'on pent en tirer, tels que 1'herbe qui, recueillie avec precaution dans les taillis, aiderait une pauvre femme chargee d'enfants a clever une bte a cornes qui lui faciliterait le moyen d'e'lever ses enfants ; tel que le mort bois, que certains proprietaires refusent a I'indigent le plus impitoyablement du monde.

5 Qu'il serait d'un grand soulagement pour TEtat d'amener la suppression de tant de gens employes inutilement, soit dans les aides, soit dans les gabelles, soit dans les bois; que le voeu de tous serait de voir aneantir des milliers de sangsues toujours alteres (sic) du sang des peuples.

Lesquelles representations ainsi faites, avec paraphe au bas de chaque page, lesdits habitans out signe, ce huit mars 1789,

DEGRAND, silldlC, VERRIER, VAUTIER, LETUVEZ, LEROI, COLSON, RENBOUILLET, GUILLOT, BKGIS, GILQUIN^

fier de la municipalite.

(Archives de la villa de Sezanne.)

Page 1