Nouvelles recherches sur la France, t. II, p
serent une ruine et une desolation dont la malheureuse abbaye ne se releva point *. Les details manquent sur cet evenement ; mais tous les historiens qui en ont parle sont unanimes a affirmer la grandeur du desastre 2 . Le souvenir s'en perpetua, parmi les religieuses du Bricot, comme d'une veritable catastrophe; bien des annees apres leur emigration a Sezanne, dont il sera question plus loin, il etait encore vivant parmi elles.
Le couvent de Notre-Dame-des-Bois ne fut pas le seul sur lequel s'exerca la rage des calvinistes champenois. C'est alors, ecrit un historien moderne, que furent detruits, a Broyes, le prieure de Val-Dieu, de 1'ordre des Chartreux ; a Pleurs, 1'abbaye des Jardins, de 1'ordre des Giteaux; a Gaye, une autre abbaye ; a Vertus, celles de Notre-Dame et de Saint-Sauveur 3 ; et il faut ajouter, plus pres du Bricot, 1'abbaye de Nesle-la-Reposte *.
Les infortunees habitantes du Bricot-au-Bois
1. Les pillards qui visiterent le Bricot appartenaient sans doute a 1'armee du prince deConde, qui, vers le milieu de decembre i56y, occupa Sezanne (Poinsignon, Histoire de la Champagne et de la Brie, t. II, p. iy3 ; Inventaire-sommaire des archives de'partementales de I'Aube, serie G, t. I, p. 178).
2. Bibliotheque nationale, mss., Collection de Champagne, vol. XLIV, fol. 21 r et v; Boitel, Recherches sur Esternay, p. 201; Desguerrois, Sainctete chrestienne, fol. 267; Expilly, Dictionnaire geographique, t. VI, p. 809; etc..
3. Poinsignon, Histoire de la Champagne et de la Brie, t. II, p. 172, note i.
4. Gallia Christiana, t. XII, col. 536; Courtalon, Topographic liistorique de la ville et du diocese de Troyes, t. Ill, p. 341.
s'etaient, semble-t-il, enfuies comme un troupeau de biches affolees devant 1'affreuse tourmente. Marie d'Humblieres ne put probablement survivre a tant de catamites. Nous trouvons, un peu plus d'une annee apres, sa remplacante, Madeleine Desprez, retiree a Amiens, dans une abbaye de Premontres ', d'ou, en attendant qu'il lui fut permis d'y rentrer, elle ne negligeait point les interets de son monastere du Bricot. En vertu du droit sur 1'eglise de Chatillon-sur-Morin attache au litre d'abbesse de Notre-Dame-des-Bois, elle choisissait, le cas echeant, le titulaire a pourvoir de cette paroisse. L'occasion se presenta d'exercer ce privilege en 1 56g. La cure de Chatillon s'etant trouvee vacante par le deces d'Etienne Gillaut, dernier cure, Madeleine Desprez arreta son choix d'un successeur sur Etienne Doyart, religieux de 1'ordre des chanoines reguliers de Saint-Augustin, que, parlettres faites dans 1'abbaye de Saint-Jean d' Amiens en presence du prieur Jean Lagrene, elle proposa a 1'eveque de Troyes Pierre de Bauffremont, le 14 aout 2 . Peut-etre le candidat presente avait-il precedemment rempli dans 1'abbaye du Bricot les fonctions de chapelain. L'abbesse, en tout cas, avait pris soin de s'assurer de la purete de ses croyances et de son entiere soumission a 1'Eglise : elle le declare exempt de toute souillure d'heresie. II est done