‹ Histoire de l'Abbaye du Bricot en Brie (XIIe siècle-1792) [microform]Chapitre 58 sur 194 · Le roi Henri IV est venu a Sezanne et y a loge en · texte numérisé non relu

Le roi Henri IV est venu a Sezanne et y a loge en

ce fait est constate par le compte des deniers patrimoniaux rendu par Nicolas Boule, sindic, depuis le i or octobre i5g3 jusqu'au i or octobre 1694. On y voit, en effet, un article de depense ainsi concu : Suivant I'ordonnance des goifverneur et echevins en date du 1 5 jour dn mois de septembre audit an g4, il a paye an sieur

Tout porte a croire que le hasard de ses chevauchees dans la Traconne 1'amena au Bricot et que le spectacle du pauvre monastere en ruines fut offert a ses yeux. Emu & cette vue, 1'excellent monarque se promitsans doute d'aider a son relevement. Sur son desir peut-etre, Gabrielle de Marie, a qui pouvaient manquer les forces et 1'activite necessaires pour 1'oeuvre de larestauration, fit, des 1'annee suivante, resignation en faveur de Charlotte Le Boullanger, religieuse bernardme '. Par brevet donne a Paris le 2 octobre i5g5 2 , Henri IVautorise cette cession et ordonne 1'expedition des lettres de provision de Charlotte 3 . On aime a se representer la nouvelle abbesse, tres jeune et pleine d'ardeur, ramenant avec un saint zele dans le bercail les

de la Belle-Pierre, demeurant a Aulnay, la somme de quarantesept ecus et demi pour par eille somme par lui fournie pour les habitans de ladite ville de Sezanne pour obtenir lettres d'assiette de la somme de mille ecus, lorsque le roi e'tait loge en ladite ville de Sezanne. (Note manuscrite ancienne trouvee dans les Archives communales de Sezanne. Cf. Nouvelles recherches sur la France, t. II, p. 280.)

1. D'apres les compilateurs de la Collection de Champagne (vol. XLIV, fol. 21 v), Gabrielle de Marie donna procuration pour resigner a Charlotte Le Boullanger des le 5 aout i5g2.

3. Un arret du Grand-Conseil du roi permit la prise de possession, en faveur de Charlotte Le Boullanger, le i4novembre i5g5 (Archives de la Marne, fonds de Vabbaye du Bricot, carton III, liasse 12). c. Lesbulles, dit la Collection de Champagne (vol. XLIV, fol. 21 v), sont du pape Gregoire, la premiere annee de son pontifical, pridie nonas maii 1601 ; mais le pape regnant a cette date est Cldment VIII (1592-1605). II y a done erreur dans cette donnee.

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craintives brebis que la fureur des loups avait dispersees, 1'abbaye se repeuplant, le service divin retabli dans sa chapelle au milieu des pompes qu'aimait la foi vive de nos peres, les batiments repares, tout amour, les terres rendues a la culture r .

Mais ce n'etait pas tout de redonner la vie a la communaute un moment detruite; il etait indispensable d'assurer son existence dans 1'avenir. Charlotte Le Boullanger s'en rendait compte. Soit que Henri IV cut concu pour le petit couvent un reel et perseverant interet, soit que 1'abbesse disposal d'influences a la cour, elle obtint, le 2 5 novembre 1696, du populaire monarque, en faveur de son monastere, de precieuses lettres de sauvegarde, qui, le placant desormais sous la protection directe du roi, devaient le mettre a 1'abri des exces des routiers. Ce solennel ecrit, en tete duquel se lisaient en gros caractere les mots DE PAR LE ROY ,

et qui portait appendu le sceau de 1'Etat, s'adressait, dans sa teneur, a tous les lieutenans generaulx, gouverneurs de provinces et villes, collonels, capitaines, chefs et conducteurs de gens de guerre, tant de cheval que de pied, de quelque langue et

i. Le seigneur du pays etait, a cette epoque, Claude d'Ancienville, chevalier, baron de Reveillon et seigneur de Dormans. 11 rendit foi et hommage au roi pour les terres et seigneuries d'Esternay et de Chatillon-sur-Morin, qui lui avaient ete apportees en dot par sa femme Judith Raguier, fille de Jean Raguier, le 22 avril 1695, a Paris (Archives nationales, P, i65' J . Cf. Boitel, Recherches sur Esternay, p. 64).

nation qu'ilz soient.,., et tous autres . Apres y avoir proteste de son bon vouloir pour la communaute du Bricot, le roi, dans ce document, faisait tres expresse defense a tous ces hommes d'armes, sur tant que craignez nous desobeyr et desplaire , de loger dans 1'abbaye, ne en icelle prendre fourrage ou emporter aulcuns biens meubles, bleds,cidres, foing,avoyne,paille, chevaulx, bouefs, agneaulx, veau, vollailles, etc., exces qui, sans doute, s'y etaient frequemment renouveles par le passe; d'autant , ajoute 1'acte royal, que nous avons le tout prins et mis, prenons et mettons en nostre protection et sauvegarde speciale. En signe de cette faveur, et pour la rendre notoire, le roi accordait aux religieuses le privilege d'arborer ses armes, avec panonceaux et batons royaux, aux portes et avenues de leur abbaye. Et, en cas qu'il se rencontrat des imprudents ou des temeraires assez mal avises pour passer outre, la sanction ne manquait point : le roi enjoignait aux prevots et autres juges d'en faire sy prompte et seure justice qu'elle soit exemplaire a tous autres l . On comprend avec quel soin les religieuses du Bricot durent conserver le mandement royal, merveilleux talisman contre une soldatesque effrontee, toujours p.rete a invoquer le nom du roi et a s'autoriser impudemment de son service pour commettre ses habituelles depredations. G'est a la valeur qu'elles

i. Voir pieces justificatives, n XLII.

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nc pouvaient manquer d'attacher au precieux parchemin que nous devons, sans doute, de 1'avoir retrouve intact dans les debris de leurs archives.

Et pourtant, 1'abbaye du Bricot ne prospera point. Si Ton s'en rapporte aux compilateurs de la Collection de Champagne, Charlotte Le Boullanger y vecut quelque temps, puis 1'abandonna, et le monastere resta desert f . Un auteur recent ajoute, sans faire connaitre la source de son information, qu'elle mena une vie excessivement mondaine et acheva de dissiper les revenus de la communaute 2 . Ces affirmations paraissent peu exactes ; la seconde repose vraisemblablement sur une confusion d'epoques 3 . D'apres les auteurs, plus dignes de foi, du Gallia Christiana, 1'abbesse Le Boullanger gouvernait le Bricot a la fin du xvi e siecle et pendant les premieres annees du regne de Louis XIII (161 o- 1648)4.

Mais il semble que la detresse extreme du pauvre couvent, prive de ressources, avec ses batiments delabres et ses terres en friche, ait oppose un insurmontable obstacle a toute tentative de relevement. Bientot il n'y demeura plus que 1'abbesse seule, vivant, dans le denument 5 , de revenus de plus en

1 . Bibliothdqne nationale, mss., Collection de Champagne, vol. XLIV, fol. si v.

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