‹ Histoire de l'Abbaye du Bricot en Brie (XIIe siècle-1792) [microform]Chapitre 61 sur 194 · TENTATIVE DE RESTAURATION ET TRANSLATION FINALE DE L'ABBAYE A SUZANNE · texte numérisé non relu

TENTATIVE DE RESTAURATION ET TRANSLATION FINALE DE L'ABBAYE A SUZANNE

SOMMAIRE. Imminence d'une mine definitive pour 1'abbaye du Bricot vers 1618. Elle est sauvee par le vicomte ct la vicomtesse dc Saconay, qui en obtiennent la resignation en favour de leur fille Paule de Guedon. Reparations faites aux batiments par les soins du vicomte de Saconay. Revenus de 1'abbaye.

Retablissement dans ses murs de la vie claustrale. Religieuses du Paraclet adjointes a 1'abbesse Paule de Guedon, trop jeune pour gouverner la communaute. Proces et accord entre 1'abbesse du Bricot et le cure de Chatillon-sur-Morin au sujet de dimes (1626). Louis XIII confirme les droits du couvent dans la forSt de la Traconne (1627). .Activite multiple deployee par 1'abbesse pour le relevement du monastere. Sa principale collaboratrice, Marguerite Des Massues, rentre au Paraclet (1628). Desespoir des religieuses du Bricot. Elles adressent une supplique au saint-pere pour obtenir le retour .de soeur Des Massues parmi elles. Preoccupations nouvelles : projet de translation a Sezanne de 1'abbaye de Notre-Damedes-Bois. Accomplissement des formalites necessaires en vue de sa realisation. Situation de Sezanne. Son histoire.

Avantages de cette ville. Communautes religieuses qu'elle renfermaitdeja. Ceremonies de la translation (i or juillet 1629).

Ainsi , peu d'annees apres 1'avenement de Louis XIII, 1'abbaye du Bricot n'existait plus, en quelque sorte, que de nom: ses batiments etaient

des ruines,ses terres, des friches steriles; elle n'abritait plus de religieuses ; le culte y avait cesse '. II semblait qu'apres plus de quatre siecles d'une vaillante existence, la vie s'etait retiree de ce corps, epuise par une lutte inegale et trop longue centre 1'implacable durete des temps, et qu'il ne restait plus qu'a 1'ensevelir dans la terre de 1'oubli. Tel, en eifet, n'eut pu manquer d'etre le sort de 1'humble communaute, si des ames devotes et tendres, touchees d'une infortune aussi triste, ne fussent venues ranimer d'un souffle genereux 1'etincelle de vie que recelait encore, sous des apparences de mort, son sein refroidi.

C'est a Jacques de la Rouere de Guedon 2 , vicomte de Saconay et d'Esclavoles, et a sa femme, Jeanne- Baptiste de Marmier, que revient le merite d'avoir arrache le monastere du Bricot a une destruction qui, sans leur intervention, eut ete' inevitable. De

1. D'apres certains documents de 1621 et 1622, il y aurait eu, a cette epoque, trente ans (soil environ depuis i5gi) que dans 1'abbaye du Bricot n'i avoient habite aucunes religieuses ni [este] aucun service divin celebre . Mais les lettres de sauvegarde accordees en i5g5, de m6me que les autres renseignements que nous possedons sur cette periode, montrent Pexageration et le caractere trop absolu de cette assertion. Les memes documents attribuent la ruine du monastere tant aux guerres civiles qu'a la negligence des dames abbesses qui estoient de ce temps (Archives departementales de la Marne, serie H, fonds de Vabbaye de Notre-Dame du Bricot, carton III, liasse 12).

2. Les de la Rouere etablis en Champagne etaient originaires d'ltalie. De Caumartin cite un Gaspart de la Rouere, seigneur de Charmoy, demeurant a Feligny, election d'Epernay (Procesverbal de la noblesse de Champagne, p. 109).

leur union etaient nes cinq enfants. Conformement a 1'usage du temps, ils desiraient laisser la majeure partie de leur fortune aux aines, Jean-Baptiste de Guedon et Claire de Guedon l , pour soutenir 1'eclat du nom et le prestige de la famille, et destinaient les puines a 1'Eglise. Jacques de Guedon, leur fils cadet, entra dans 1'ordre de Make et y recut le titre de chevalier, en attendant qu'il fut pourvu d'une commanderie 2 . Restaient deux filles, d'une rare vertu (virtnte plurimum prcestantes) 3 , pour lesquelles le vicomte de Saconay recherchait un benefice. L'ainee, Paule, avait presqu'enfant encore, a treize ans 4, revetu 1'habit monastique dans 1'abbaye de Notre-Dame d'Andecy, au diocese de Chalons, le jourde 1'Assomption del'annee 1617 5 . A peine Jacques de la Rouere de Guedon eut-il connaissance de 1'etat d'abandon de 1'abbaye du Bricot, qu'il se rendit aupres de 1'abbesse pour en sollicker une resignation en faveur de sa fille. II 1'obtint sans difficulte de Charlotte Le Boullanger, ainsi qu'on 1'a vu, moyennant une pension annuelle de deux cents livres en faveur de cette derniere,

1. Archives departementales de la Marne, serie H, fonds de 1'abbaye de Notre-Dame du Bricot, carton IV : Testament de la vicomtesse de Saconay, du2i avril i636.

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