‹ Histoire de l'Abbaye du Bricot en Brie (XIIe siècle-1792) [microform]Chapitre 77 sur 194 · GabrielledeBlacons(i'j'jo-jjgo). Son installation · texte numérisé non relu

GabrielledeBlacons(i'j'jo-jjgo). Son installation

Besoins de 1'abbaye ; secours qu'elle obtient. Reparations importantes faites aux batiments; leur disposition. Personnel. Caducite de 1'institution monastique en 1789.

Les conditions differentes d'existence faites dans un milieu nouveau, a la ville, a 1'abbaye du Bricot amenerent dans son esprit et son caractere, comme dans son re'gime, un changement inevitable. Notre- Dame de Sezanne cesse d'etre la simple et riante communaute champetre, pieuse colonie d'humbles femmes retiree au sein des bois, dont nous avons suivi jusqu'ici la carriere plusieurs fois seculaire. Elle devient un etablissement citadin, la maison religieuse moderne, dont 1'aspect ferine, sombre et severe n'eveillera plus dans Tame les doux et gracieux sentiments qu'y faisait naitre la vue des pittoresques constructions rurales gaiement eparpillees, dans leur cadre de verdure, autour de 1'ancienne eglise abbatiale. Pour s'abriter de la mer orageuse du siecle, dont les flots viennent battre jusqu'au seuil des maisons saintes, il a fallu ces hautes et froides muf^ailles, que le monde ne contemple guere sans etonnement et sans malaise. En meme temps, la regie, la regie exterieure surtout, s'est faite plus exigeante et plus rigide ; 1'abandon des occupa-

L'ABBAYE DU BRICOT A SEZANNE i65

tions rustiques 1'a permis, et I'accroissement du nombre des religieuses 1'a impose. C'est la Ja transformation qui, sous 1'influence de moeurs et d'idees nouvelles, devait atteindre au xvn e et au xvm e siecles la plupart des monasteres de filles, et que subit le notre, d'une facon remarquable, des son installation a Sezanne.

Notre-Dame du Bricot presente, de 1629 a 1'epoque de la Revolution, une serie de huit abbesses, appartenant toutes a des families d'un rang plus ou moins eleve, dont nous allons retracer successivement les regnes. Ge sont les abbesses Paule deGuedon (1629-1644), Gabrielle deGuedon (1644-1667), Marie Raguier du Pousse (1667-1729), Berthe d'Etampes (1729- 1787), 7V. de Melund'Epinay (1787-1738), Marie-Anne deMonceaux d'Auxy (1788-1756 ou 1767), Marie Le Sage de Serrieres (1757-1769 ou 1770) et Charlotte d'Armand de Blacons (1770-1790).

i". Paule de Guedon (i62g-i644).

Cette abbesse nous est connue suffisamment deja par le chapitre precedent, qui nous 1'a montree, en dernier lieu, presidant a 1'installation de ses religieuses a Sezanne.

II ne s'etait pas encore ecoule trois annees depuis que les paisibles recluses vivaient dans leur nouvelle residence, lorsqu'une epouvantable catastrophe, un incendie d'une violence inoui'e, reduisit la ville en ruines. I/accident qui le determina est rap-

porte differemment dans deux relations. Suivant un premier recit, le sinistre fut cause par 1'imprudence d' une petite fille du faubourg de Broyes, laquelle allant... sur les huit a neuf heures du matin, pendant que les habitants assistoient au service divin (c'etait le 20 mai, jour de 1'Ascension), avec un fallot de paille pour bruler les vermines qui estoient aux arbres d'un petit jardin joint a une grange , aurait, en traversant cet abri, laisse tomber des etincelles dans la paille. Le feu se serait rapidement communique au batiment, puis a la maison voisine et de la, favorise par le vent, a la ville entiere J . D'apres une autre version, voici comment la chose advint : Entre septa huict heures du matin, une femme de mediocre condition pour le lieu, ayant pestry et desja prepare son bois dans le four pour y mettre le feu, 1'apportant, laissa choir un charbon, qui couva et croupit quelque temps parmy des vieux aillons et du menu bois qui estoit en un coing par ou elle avoit passe, et puis tout a coup s'enflamma pendant qu'elle estoit occupee apres le susdit four et se saisit du bas de la maison avec tant de promptitude que Ton n'y put mettre aucun empeschement tant il se fortifia, ayant soudain rencontre quelques vieilles armoyres ou Ton tenoit les huilles et gresses, de la aux tables et aux lits, apres, aux chambres et greniers, et en suitte a 1'amas du bois

i . Description de la ville de Sezanne suivie du prods-verbal de rincendie de cette ville en 1682, p. i5.

qu'elle avoit fait. En un instant, toute la maison fi.it en flammes. A ce moment, un vent brusque s'eleva ; les tourbillons envahirent les constructions voisines, la boutique d'un chirurgien, celle d'un apothicaire, et la, les huiles, les essences, le soufre et d'autres matieres combustibles accumulees, procurant un nouvel aliment au feu, developperent son intensite 1 .

Que 1'incendieeut pris naissance d'une facon ou d'une autre, ce qui ne parait pas douteux, c'est qu'il eclata avec une soudainete et se propagea avec une rapidite qui n'eurent d'egale que sa violence. Quelques heures suffirent pour transformer la ville en un immense brasier. Vainement les habitants tenterent de combattre le formidable element. L'eau manquant, ils jetaient, dit-on, du vin sur les flammes; on raconte que trois mille barriques furent employees de la sorte 3 . Mais les efforts des hommes semblaient impuissants. On vit alors s'avancer a travers les rues embrasees, dans 1'accoutrement d'un criminel conduit au supplice, pieds nus, en chemise et la corde au cou, le venerable pasteur du lieu, messire Jacques Boulle, portant

1. Le deplorable embrasement et incendie de la ville de Ce'sane en Brie, avec la desolation universelle des habitants d'icelle, p. 1 1 et 12.

2. Description de Sezanne suivie du proces-verbal de I'incendie, p. 18. Le proces-verbal officiel de I'incendie, dont 1'original se trouve encore dans les archives municipales de Sezanne, futdresse, le 28 mai 1682, par le sieur de Nevelet d'Oches, tresorier de France de la gene'ralite de Chalons.

dans ses mains jointes le saint sacrement et 1'elevant vers le ciel pour desarmer le courroux divin '. Pendant ce temps, les religieuses de Notre-Damedes-Bois, placees, hors de 1'enceinte des murs, dans un quartier qui heureusement ne fut pas atteint, decouvraient avec terreurde leur demeure 1'effroyable fournaise. Prosternees a terre, les mains suppliantes, les yeux tournes au ciel, elles ne cessaient d'implorer la clemence d'en haut par d'ardentes prieres 2 . Les habitants avaient abandonne lalutte. Us ne songeaient plus qu'a se mettre en surete, emportant avec eux ce qu'ils avaient de plus precieux 3 .

L'incendie dura quarante-huit heures. Le desastre fut considerable. II ne resta debout, dans le pourpris de I'infortunee cite, que trois maisons, encore fort endommagees. Toutes les autres furent

1. Jo. Bachot, Se^annice urbis incendh(m Ascensionis dominicx die cceptum 20 mail, anno 1682, p. i5. Cette relation grotesque de 1'incendie de Sezanne, ecrite dans un latin amphigourique par le recteur du college de la ville,qui en avait etc temoin oculaire, meritc d'etre signalee comme un comique monument dc mauvais gout, d'cmphase et d'absurdite. Messirc Jacques Bachot y perd bien vite de vue Sezanne pour faire intervenir les grands noms, sans doute moins indignes de sa plume erudite, de Troie, de Babylone, d'Athenes, de Carthage, etc. Les details reels et precis de la catastrophe, qui nous interesseraient, ne le preoccupent guere, mais avec quelle abondance et quelle complaisance le pedant ne cite-t-il point, dans son chef-d'oeuvre, Homere Terence, Ovide, Lucain, Claudien, Stobee, Malachie, Job, Tobie, 1'Apocalypse, saint Paul, etd'autres, combien d'autres!

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