GAUZLIN, DIX-HUITIEME ABBE
Gauzlin, qui pourroit bien être le même que l'abbé de Saint-Germain-des-Préz , frère de Louis, abbé de Saint-Denis en France, obtint du roy Fabbaïe de Jumièges et des lettres pour confirmer un échange entre lui et un seigneur nommé Varnaire, de plusieurs pièces de terre dans le Véxin, où l'un et l'autre avoient des biens. Cette charte est datée du 31 janvier 862 (6), et nous fait voir que l'embrasement de l'abbaïe de Jumièges, qui depuis onze ans étoit réduite en un désert affreux, et devenue la retraite des bêtes sauvages (c), n'empêcha pas les successeurs de Rodolphe de prendre le titre d'abbés de cette illustre maison, soit qu'ils en aient gouverné les religieux qui s'étoient établis à Haspres, soit qu'ils l'aient cru nécessaire pour toucher les revenus qui en dépendoient. Nous sommes redevables de ce diplôme aux soins du père Mabillon, qui le fit imprimer en 1681 , sur l'original même qu'il avoit trouvé à Saint-Denis, où Gauzlin, qui y
(a) Chron. adoi. ann. Bertin et Duchesne, t. III, p. 93.
(b) Voiez les preuves, art. 6.
(c) Willelm. gemet. 1. I, c. 6.
avoit une partie de ses religieux, pouvoit l'avoir déposé pour le mettre en lieu sûr.
Si ce Gauzlin, dont nous n'avons rien de plus particulier pour notre histoire , est le même que celui de Saint-Germain-des-Prez, il étoit oncle du roy Charlesle-Chauve, et il remplit pliisieurspostes honorables dans l'église et dans l'état. Car outre les deux abbaïes de Jumièges et de Saint-Germain , il eut encore celles de Saint-Amand et de Saint-Denis, près Paris.
Il fut fait chancelier de France en 867 et évêque de Paris en 884. La même année il signala son zèle au siège de cette ville, que les Normans attaquoient pour la quatrième fois.
Il y mourut le 16 Avril 886, universellement regretté, tant à cause de son affection pour son peuple qu'à cause de sa valeur et des périls qu'il avoit essuies pour la défense de sa religion et de sa ville.
CODINE , LOUIS ET WELPON , DIX-NEUVIEME , VINGTIEME ET VINGT-ET-UNIÈME ABBES.
Il eut trois successeurs jusqu'à la restauration de Jumièges : Codime, Louis et Welponou Guelfe, qu'on a dit mal à propos avoir été tué avec les neuf cents religieux qui composoientsa communauté au tems du sac de
l'abbaïe par les Normans. La fausseté de ce sentiment est manifestée par ses auteurs mêmes , qui n'ont placé ces trois abbés qu'après Rodolphe , sous lequel il est constant que Jumièges fut détruit , et même après Gauzlin, en faveur duquel Charles-le-Chauve expédia en 862 la charte dont nous avons parlé. Cette pièce, seule capable de les redresser, n'étant pas venue en leur connoissance , il n'est pas surprenant que dans l'opinion où ils étoient qu'il ne devoit point y avoir d'abbé où il n'y avoit plus d'abbaïe, ils se soient pressés défaire vivre ceux-cy, tandis qu'elle subsistoit, pour avoir un prétexte de leur donner place dans le catalogue des abbés de Jumièges, dont ils ne pouvoient raisonnablement les retrancher.