TOME I
gieux achetèrent l'autre moitié d'un officier du Duc nommé Geofroi, et le duc ratifia cette acquisition ^ Un de ses comtes, appelé Bernard, donna aussi, deson consentement, huit hospices à Hanesy ^, vingt autres à Guisinieres ^, et, dans l'une et l'autre de ces deux paroisses, uneterreà deux charrues. Ces libéralités furent suivies de la donation de l'égUse et des dixmes de Guisinieres par un prêtre nommé Marmon ; de la terre de Vimoutiers ^, du patronage de l'église, des dixmes, prairies, eaux, pesches, moulins et bois jusqu'à la forêt dépendante de l'église Cathédrale de Saint-Pierre de Lisieux, ou sente aux ânes^ par Osmond De Getez et ses copartageants.
Croupie. — Vers le même temps Gautier donna des marques de sa vénération pourl'abbaïe de Jumièges en lui cédant, avec l'église de Croupte ^, tout le domaine de la dite paroisse; la quatrième partie du Mesnil- Renouard en dixmes, prez et bois, avec la forêt entière d'entre Vimoutier et Croupte, jusqu'au chemin du Mont-Saint-Michel ou pont de vir , à la réserve de deux vavassories ou petits fiefs, dans le territoire de Croupte.
1 Heurtauville, petite commune du canton de Duclair, sur la rive gauche de la Seine ; elle entoure presque entièrement la presqu'île, dont le fleuve la sépare.
2 Anisy, dans le Calvados, arrondissement de Caen, canton deCreully.
3 Cuisiniers, dans l'Eure, arrondissement et canton des Andelys.
■* Vimoutiers, dans TOrne, chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Argentan.
5 La Croupte, commune du département du Calvados, arrondissement de Lisieux, canton d'Orbec.
Oisy et Vieux-Fumé. — Evrard, Albuin et Trutmer donnèrent la baronnie d'Oisy et Vieux-Fiimé ^ avec tout ce qu'il y possédoient en prairies, bois, eaux, pesches et moulins ; et, comme Huguesy avoit une portion, les religieux l'achetèrent pour éviter toute dispute dans le partage qu'ils seroient obligés d'en faire. Albuin ajouta à ces premières aumônes, qui luy étoieut communes avec Evrard et Trutmer, assez de terre dans Condé, près d'Oisy^ pour occuper le labour d'une charrue, en quoy il fut imité par Lambert, qui se démit, en faveur des moines, de tous ses droits sur lesterres et sur l'église de la Barberie ^; et par Ermenolde et Frédéric, qui leur cédèrent la quatrième partie de l'église et des terres de Varaville ^.
L'abbaïe n' avoit aucuns titres de ces possessions, comme il paroit par la charte de Richard second, qui ne l'expédia que pour les mettre à couvert de l'injuste témérité de quelques usurpateurs, qui commençoient à s'élever de son tems contre Jumièges, quoique ce monastère fut alors dans sa plus grande ferveur, par les soins de S. Guillaume, abbé de Dijon^, que le duc avoit fait venir pour rétablir Fécamp, alors occupé par des
1 Dans le Calvados, arrondissement de Falaise, canton de Brettevillesur-Laize. Cf. Léchaudé d'Anisy, Recherches sur les léproseries, etc., dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. XVII, p. 211.
2 Barbery, dans le Calvados, arrondissement de Falaise, canton de Bretteville.
3 Varaville, dans le Calvados, arrondissement de Caen, canton de Troarn. Cf. Léchaudé d'Anisy, ibid., p. 210.
* Cf. Boll., Jan., t. I. pp. 57-64 et 746 (édit. Palmé).
chanoines séculiers et déréglés. Comme le relâchement dans Jumièges n'avoit pu faire de grands progrès dans un espace de douze ou quinze ans qu'il s'étoit introduit, le saint abbé n'eut pas besoin de tout son zèle pour faire rentrer les religieux dans leur devoir ; ses premières exhortations suffirent, et l'abbé Robert, qui fut conservé dans le gouvernement de la maison, n'eut aucune peine dans la suite à maintenir le bon ordre que l'homme de Dieu avoit rétabli.
L'an 1004. — Durant les premières années de ce renouvellement de discipline, dont il faut fixer l'époque en 1004, deux ans après la réforme deFécamp, Albert le Riche, de la noble famille de Bellesme, père d'Arnoul, archevêque de Tours, et neveu d'Annon, vintà Jumièges chercher la voye du Ciel sous l'habit religieux. Robert la lui accorda et reçut ses vœux solennels, après avoir obtenu le consentement de sa femme, comtesse de Château dun. Albert, ainsi dégagé des liens du siècle, ne s'appliqua plus qu'à se perfectionner dans l'exercice des vertus qui convenoient à sou état. Il parut comme un religieux parfait, dès le commencement, parmi ceux dont il sembloit n'être venu observer les actions que pour les imiter. Ils le regardèrent bientôt comme leur modèle, le voiant extrêmement humble, doux et plein de charité , soumis et obéissant à tout le monde, exact à tous ses devoirs de l'observance, retiré, aimant le silence et toujours en oraison, même au milieu du travail.
Dame-Marie, Boafjle. — Non content d'édifier ses
frères par la régularité de sa vie, il voulut encore les aider de ses biens par la donation qu'il leur fit de la terre deDammarie ^ à Bellesme (a) , et de Boaffle ^, en Poissy, près de Moulant, avec tout ce qui pouvoit lui appartenir dans la dépendance de ces terres, comme il est plus amplement expliqué dans les preuves articles 8 et 9^. Il vouloit donner tous ses biens à l'église de Saint-Pierre, mais Robert et ses religieux l'en détournèrent, à cause de deux filles qui lui restoient dans le monde et qui ne se sentoient pas assez de force pour suivre la généreuse résolution de leur père. Contents des bons exemples qu'il leur donnoit (car sa vie étoit une louange et une sanctification perpétuelle du nom de Dieu), ils ne voulurent pas même de titres des donations qu'il leur avoit faites avant sa profession, et ce ne fut que plus de quinze ans après, lorsqu'il fut abbé deMicy, qu'il expédia la charte de Dammarie, et qu'il pria le roy Robert de ratifier la donation de Boafiie, située dans ses états.
Longueville"^. Uan 1012. — Douze ans auparavant l'abbé de Jumièges, de concert avec sa communauté, fit un échange delà terre deTourtenai, en Poitou, contre la seigneurie de Longueville ^, appartenante aux reli-
(a) Analect.. t. !II, p. 441. — Preuves, art. 8.
1 Dame-Marie, dans l'Eure, arrondissement d'Evreux, canton de breteuil.
2 Aujourd'hui Bouafle, dans le département de Seine-et-Oise, arrondissement de Versailles, canton de Meulan.
3 A la fin du présent ouvrage.
* Cf. A. Du Moustier, Neustria Pia, pp. 666-6G9. ^ Département de la Seine-Iniérieure.
gieux de BourgueiP, par la donation de la Comtesse Emme, leur fondatrice. L'acte en fut dressé en 1012, et confirmé par Richard II, duc de Normandie, Robert archevêque de Rouen et Mauger ses frères, Guillaume comte d'Arc, fils naturel de Richard I, Judith femme de Richard II et Gonnor sa fille, qui fit présent à l'abbé et aux religieux de Jumièges de trente livres d'or, Guillaume V, comte de Poitou, surnommé le grand, Prisque sa femme, Gilbert évêque de Poitiers. Rodolfe et Geoffroi son frère donnèrent aussi leur consentement, que l'on crut d'autant plus nécessaire que la terre de Tourtenai relevoit en plein fief du Comte de Poitou, comme celle de Longueville dépendoit pour la mouvance du Duc de Normandie. Les parties intéressées signèrent ensuite, au nombre de dix : sçavoir, pour l'abbaïe de Jumièges, Robert, qui en étoit abbé, Albert, religieux du même monastère, Bernard, Odon et Gilbert, évêque d'Evreux, qui est aussi qualifié moine. Les cinq du côté de Bourgueil furent Bernon, Tedelin, Garnier, Robert et Herloth {a). On j voit aussi les signatures de Lambert, d'Osmont, de Gautier et de plusieurs autres, tant ecclésiastiques que séculiers. C'est à cette époque qu'on fixe la fondation du prieuré de Longueville, et l'on ne voit pas en efî'et qu'on puisse la reculer.
La même année Albert fut élu abbé de Micy. Les commencements de son gouvernement furent accompagnés de quelques chagrins, que l'extrême pauvreté
(a) Mabill. Ann., t. I, p. 224, et Gall. christ., t. XI, p. 283.
1 Bourgueil-en-Vallée, abbaye du diocèse d'Angers, fondée en 990.
de son monastère luy occasionna, mais il fit tant par ses soins qu'en peu de temps il y rétablit la paix et l'abondance. Pour conserver l'une et l'autre il obtint du roy Robert, en 1022, la confirmation des privilèges et des biens tant anciens que nouveaux de son abbaïe {a), et il écrivit au pape Jean dix-neuvième, que quelques uns qualifient dix-huitième, et même dix-septième, pour les mettre sous la protection du Saint Siège. La Bulle est de l'an 1025 (b) . L'année suivante, son fils, qui avoit succédé depuis trois ans à Hugues, son oncle maternel, dans l'archevêché de Tours, lui donnai' abbaïe de Saint- Julien hors les murs de la ville. La crainte de Dieu, qui avoit accompagné toutes ses actions depuis son entrée àJumièges, lui fit accepter cette place par l'appréhension de lui déplaire en la refusant; mais les religieux, le regardant comme intrus, parce qu'ils ne l'avoientpas élu eux-mêmes, selon leur droit, refusèrent de lui obéir, et Albert, craignant d'aller contre la volonté de Dieu, qui sembloit se déclarer par le refus général de soumission de la part de ceux à qui il appartenoit d'élire leur abbé, renonça aux droits qu'il pouvoit avoir, et revint à Micy.
L'an 1014. — L'abbé Robert étoit mort, avec beaucoup de vraisemblance, dès l'an 1014, accablé d'années et comblé de bonnes œuvres qu'il avoit faites depuis la réforme de S. Guillaume, à laquelle il s'étoit soumis, et il ne laissa pas son abbaïe destituée de sujets capables
(a) Mabill. Ann., t. IV, p. 706.
(b) Analect., t. III, p. 439.
de lui succéder ; mais le respect les porta tous à déférer au saint réformateur le choix de celui que la providence Divine leurdestinoit.