‹ Histoire de l'abbaye royale de Saint-Pierre de Jumièges (volume 2)Chapitre 28 sur 38 · RICHARD I, DIT DE LA MARE, QUARANTIEME ABBE · texte numérisé non relu

RICHARD I, DIT DE LA MARE, QUARANTIEME ABBE

Les religieux de Jumièges ne purent mieux réparer leur perte qu'en jetant les yeux sur Richard de la Mare, un de leurs confrères, homme d'un grand mérite et d'une piété reconnue. Il fut élu le 16 de décembre,

(a) Cartul., c. 227 et 270.

(ft) Cartul., c. 60.

après six semaines de vacance ; mais il ne fut pas sitôt béni, parce que Richard I, roy d'Angleterre et duc de Normandie , poussé par l'archevêque de Rouen , qui l'avoit été joindre à Messine pour le voiage de la Terre Sainte, avoit désapprouvé , par ses lettres du 6 décembre de l'année précédente, adressées au sénéchal et aux baillis de la province , l'élection de Roger Mansel (a) (c'est le nom que le père Pommeraie donne au dernier abbé de Jumièges), comme aiant été faite sans la permission du prélat, ni du doyen de la cathédrale, qui gouvernoitle diocèse en son absence. Quelques-uns vouloient passer outre et profiter de l'occasion pour rejeter un joug qu'ils n'avoient pas encore subi, mais la crainte d'offenser un prince ambitieux, colère et vindicatif, l'emporta sur Tamour de la liberté, et on résolut d'écrire en Angleterre à l'archevêque Gautier, que le roy y avoit envoyé de Messine, avec Guillaume Mareschal, comte de Strigus, pour réprimer les violences de Guillaume de Longchamps, évêque d'Ely, qu'il avoit nommé chancelier et régent du royaume à son départ.

Il seroit difficile d'exprimer quelle fut la joie du prélat lorsqu'il reçut la lettre des religieux de Jumièges ; cette soumission de leur part dissipa tout son courroux ; il leur donna de grandes louanges en présence de l'envoie, et le chargea d'une réponse honnête, pour approuver leur choix et les exhorter à mettre le

a Hist. des archevêques de Rouen, p. 391.

nouvel abbé en possession, en attendant qu'il put se dérober lui-même aux affaires de l'État pour venir à Jumièges lui donner la bénédiction, et leur prouver son attachement. Il y vint en effet quelque temps après, accompagné de trois évêques, Henri de Baieux, Guillaume de Coutance et Garin d'Evreux. Roger de Mortemer s'y trouva le même jour avec quelques autres seigneurs laïques, Gautier de Varneville, Hugues le Sauvage , et Raoul de Pelletot , qu'il avoit invités à venir avec lui, pour être témoins de la donation qu'il vouloit faire à Tabbé et aux religieux du fief Adam de Varvannes , que nous croions être dans la paroisse deSaint-Mards-en-Caux',oumême dans celle de Varvannes, qui est un plein fief de haubert, appartenant à l'abbaïe de Saint-Amand de Rouen , dont quelques gentils hommes relèvent (a), les uns par un tiers, les autres par un quart de fief. L'acte est sans date, dressé à Jumièges, et souscrit par l'archevêque et ses trois suffragants, qui l'assistèrent, le lendemain, dans la cérémonie de la bénédiction abbatiale, qu'il donna à Richard avec des témoignages de satisfaction et de bienveillance qui dédommagèrent en quelque

(a) Cartul., c. 354,

1 II y a en effet à Saint-Mards, dit M. l'abbé Cochet, « tradition d'un prieuré dépendant de l'abbaye de Jumièges. Un sentier porte encore le nom de Sente de Jumièges, (Répert. archéoL, col. 7.)» — M. l'abbé Tougard place le fief Adam à Varvannes {Géogr. de la Seine-Infér., arrondissement de Dieppe, p. 303.) — Le nom de Fief Adam ne subsiste, que nous sachions, ni à Saint-Mards, ni à Varvannes.

sorte la communauté de la démarche qu'elle avoit été obligée de faire pour avoir son consentement.

Après quelques jours de repos, l'archevêque reprit la route d'Angleterre , et les prélats qui l'avoient accompagné retournèrent à leurs églises. Richard, de son côté, reprit ses exercices ordinaires , que l'hospitalité lui avoit fait interrompre, et s'y livra avec tant de zèle, qu'il ne parut dans les affaires temporelles que pour approuver dans le besoin ce qui avoit été fait par ses ofi&ciers. Il en choisit deux pour la cellerie et la sacristie, sur la probité desquels il pouvoit plus sûrement compter, Raoul de Bâville et Hugues d'Ypeville, qui furent dans tout le temps de son gouvernement, avec lui et le docteur Alexandre, prieur de la maison et j^rofesseur en théologie depuis quatorze ans, les amis de la communauté, comme il paroit par la charte de Henri des Autieux à Clairembault Le Roux, par laquelle il lui vend, du consentement de l'abbé Richard, d'Alexandre, prieur, de Raoul de Bâville, cellerier, et de Hugues, d'Ypreviile, sacristain, la dîme du fief de Gruchet, qu'il tenoit de l'abbaïe, à la charge par Clairembault de paier tous les ans à l'abbé la quatrième partie d'un cuir, et de ne pouvoir aliéner ou vendre, que sous la réserve des droits et revenus de l'abbaïe.

L'office de sacristain n'étoit pas alors un titre purement onéreux , qui ne consistât qu'à ouvrir et fermer les portes de l'église , à exposer et serrer l'argenterie et à prendre soin des ornements. 11 avoit son revenu

Page 1