DE SEGRAIS
(Page 5). — Je n'ai pas trouvé dans le Ménagiana ce que j'avois dit à M. Ménage, et dont il étoit convenu que l'Académie françoise étoit le cordon-bleu des beaux-esprits; il le disoit souvent comme venant de moi.
* Voy. pp. 79, 12S, 138, etc.
* Voy. pp. 131, 144, 293.
(Page 10). —Les gens de qualité que Ton introduit dans TAcadémie françoise en si grand nombre lui font grand tort. 11 faut qu'il y en ait; mais le nombre devroit être fixé à sept ou huit^ et les autres Académiciens devroient être choisis dans toutes sortes de belles littératures» Il n'y auroit que fort peu de sciences^ s'il n'y avoit que des poètes; car les poètes^ de même que les prédicateurs^ sont pour l'ordinaire ignorants en toute autre chose que dans leur profession. MM. Chapelain et Mézeray étoient bien intentionnés pour ce qui regardoit l'avantage de la Compagnie ; et quand quelque Académicien étoit mort, ils disoient : a II nous manque un Académicien habile en telle sorte de science^ ou de connoissance; il faut en chercher un. » En effet l'Académie a besoin de grammairiens^ de poètes, d'orateurs, d'historiens, de critiques, de savants dans les langues, et de gens expérimentés dans les arts, dans l'architecture, sculpture, peinture, dans la navigation et autres.
(Pages 32-33). — Ce qui a empêché M. le président Cousm d'être de l'Académie françoise, c'est qu'il n'a aucune connoissance pour la poésie, ni aucun goût pour les vers, et qu'il se seroit trouvé avec des gens qui étoient tous poètes, de qui il n'auroit pas entendu le langage; néanmoins, M. Tabbé de Çhoisy m'a dit, que cette fois-ci il auroit bonne part pour succéder à la place de l'abbé de Chaumont.
(Pages 81-82). — On se plamt de ce que l'Académie françoise n'a pas cité les auteurs dans son Dictionnaire à l'imitation de celui délia Crusca; mais on ne considère pas que l'Académie délia Crusca avoit de bons auteurs à suivre dans la langue italienne et qu'elle en avoit de très-anciens, comme le Pétrarque, le Dante, Bocace; mais l'Académie françoise n'avoit point d'auteurs françois, non-seulement anciens, mais même modernes, si l'on en excepte Coêffeteau, qui ne pouvoit pas être lui seul la base de la langue ; car Malherbe, qui avoit réussi dans la poésie françoise, sentoit bien lui-même que sa prose ne valoit rien. Et,
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quand on lui demandoit si quelques-uns de nos auteurs avoient bien écrit en prose^ il répondoit que Duvair n'ayolt pas mal écrit, mais qu'il nYtoit pas encore content de son style. Savez- TOUS bien^ ajoutoit-il^ qui écrit bien^ ou plutôt qui écrira bien? C'est ce jeune homme qu'on appelle Balzac : il écrit bien^ mais il n'est pas encore arrivé à la perfection^ et vous verrez qu'il y arrivera.
Ainsi ceux qui reprennent l'Académie n'ont pas raison, c'est elle qui a fourni tous les auteurs qu'elle pourroit citer présentement. C'est bien assez que son Dictionnaire fournisse tous les mots dont les auteurs se sont servis^ et dont lous les autres auteurs peuvent se servir, comme eux, en toute sûreté.
(Page 92). — N'est-ce pas une injustice insupportable, que celle qui fut faite à M. Ménage, lorsque l'Académie françoise, qui étoit disposée à le recevoir en sa Compagnie, fut contrainte par une force supérieure de donner ses suffrages à M. Bergeret? Quel mérite avoit M, Bergeret pour occuper cette place?
On a eu la pensée à la Cour d'établir une pension pour chaque Académicien.
(Pages 148-149). — L'auteur des Mélanges d'histoire et de littérature^ dit, au commencement de la seconde partie qui vient de paroitre, que le marquis de La Brosse donna M. Chapelain pour précepteur à ses enfants; il s'est trompé, il a voulu dire le marquis de La Trousse. Il y a des vers satiriques contre M. Chapelain, qui font foi de cette particularité, et nous savions, M. Ménage et moi, qui étoit l'auteur de ces vers. Le même auteur dit encore que M. Chapelain étoit bon ami; au contraire, c'étoit une amitié de lâche; il vouloit garder la chèvre et le loup ; après avoir rompu avec M. Ménage assez légèrement : « Il y avoit, disoit-il, entre nous des obligations actives et passives ; »— Les actives, lui demandoit-on,étoient-elles de votre côté ou du côté de M. Ménage? — De notre côté, disoitil.— En quoi consistoient-elles?est-ceenlui faisant dubien, en défendant son honneur ou en quelque autre manière que voua II. S2
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l'ayez obligé ?—J'allois quelquerois^ disoit-il, à ses assemblées. N'est-ce pas là une belle obligation que lui avoit M. Métiage? J^avois cultivé Tamitié de M. Chapelain avec asses de foi ; Je lui avois même adressé une ode qui n'est pas la moindre pièee de mes poésies ; cependant^ lorsque je demandai à être reçu à l'Académie, il se trouva plutôt porté à favoriser M. Le Clerc, que j'avois pour compétiteur, qu'à me donner sa voi\ : cela n'empêcha pas que je ne fusse reçu.
(Page 158). — Ce n'est pas la coutume de l'Académie de se lever de sa place dans les assemblées pour personne; chacun demeure comme il est; cependant, lorsque M. Corneille arrivoit après moi, j'avois pour lui tant de vénération que je lui faisois cet honneur.
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