UH UNE SECONDE ACADÉMIE
tions; dans les neuf premières, l'auteur fait Téloge des sciences et des lettres, des avantages qu'elles apportent aux peuples et aui souverains: toutes considérations auxquelles nous devons rinstitution de tant de communautés de personnes doctes, dé facultés et d'universités.
« Mais ceux qui se trouvent engagés à celte nécessité d*insttuire lé public se sont relâchés en deiit choses qui nuisent au progrès des sciences et qui les ont presque toutes défigurées.
« La première est qu'ils s'attachent opiniâtrement aux ttiaximes que les anciens ont laissées dans leurs écrits, et... ne veulent rien chercher au delà... Il suffit qu'une propositioh leur soit nouvelle pour être réjetée... »
De plus, t ils se sont tellement contentés de la doctrine, qu'ils oât abandonné la politesse du langage; ils séparenU'éloquence de la philosophie, et ne croient point que les belles paroles puissent entrer eti commun avec les belles connoissànces. Ils ont introduit des expressions, nécessaires èâ quelque sorte à l'intelligence et au discernement des choses, mais si duréâ et si mal propreis aux conversationis du beau monde, qu'il est presque iiûpossible de les employer sans passer pour uû barbare.
«A ce grand mal> on n'a point apporté de remède plus convenable et .plus honnête que d'établir dès compagnies de per^ BOtined libres et détachées de l'obligation d'instruire le public, qui voulussent joindre ensemble leur étude et leur travail pour )a restauration des belles-lettres, pour remettre en usage les grâces de l'éloquence et relever la majesté de la poésie, pout réchercher dans les restes de l'antiquité ce qui s'est égaré par le témp8> et Uous dévoiler les mystères de la nature, pour enrichir leur siècle de quelque nouvelle connoissance et donner à la postérité le désir de mieux faire par lés commencemiîrils de quelques merveilles.
* Les princes d'Italie se sont employés les premiers à ce grand œuvre par rétablissement de ces assemblées de savaWS qu'ils
nomment Académies L'Angleterre les a depuis peU de jours
heureusement imitées, par cette Société Royale qui donné de la jatoUftié à tous les princes de l'Europe
»00 DISCOURS Dl:: L'ABBÉ D ÂliBlGNÂC
tt Le feu roi Louis le Juste avoit coiDineucé par TinstitutioD de rAcadémie françoise^ qui montre assez combien ces illustres Compagnies sont utiles; car nous devons aux soins de ces excellents personnages qui la composent la conservation de notre langue et sa perfection...; ils l'ont soutenue dans son progrès, et porté ses grâces et sa gloire au point où nous la voyons maintenant : et si d'autres savants ont contribué par leurs discours et par leurs écrits à Tavancement d'un si bel ouvragej'ose dire que nous en avons presque toute l'obligation à cette élégante Académie; car on la regarde comme un tribunal éclairé^ sévère et judicieux^ dont la censure ne devoit pas être négligée, et l'on a cru qu'il falloit être d*accord avec elle pour être d'accord avec la raison.
« Mais,^Sire, une Académie suffira-t-elle pour un grand royaume? Faudra-t-il se contenter de parler françois^ et la beauté de notre langue sera-t-elle le seul objet de notre étude? Les Muses ont beaucoup d'autres occupations dignes des personnes de mérite et d'érudition ; les sciences ont beaucoup d'autres ennemis à combattre que la barbarie^ et d'autres avantages à chercher que la pureté des paroles — Rome a pu
former encore plusieurs Académies, toutes fameuses ; Florence... en a quatre.... Quel reproche, donc Sire, seroit-il à la France, si la ville de Paris, si grande en sou étendue, si nombreuse d'habitants, et remplie de tant de merveilles, ne pouvoit fournir assez en savants pour composer deux Académies de personnes de lettres? ~ Je veux que tous ceux qui composent la première soient des plus considérables en la connoissance des Belles- Lettres, selon la différence de leur génie et de leur travail. Je veux que la France ait de la peine d'en trouver qui les surpasse ; mais ils me permettront de dire à Votre Majesté qu'elle en a beaucoup d'autres qui peuvent aller assez loin pour acquérir de Testime. Une compagnie de quarante personnes ne l'a pas épuisée d'orateurs, de poètes, de philosophes, de mathématiciens; Paris en a mille, et votre royaume en pourroit faire des armées!
« C'est donc à l'avantage de votre royaume, Sire, et à la gloire
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de Votre Majesté que nous la supplions, très-humblement, de nous accorder l'honneur de sa protection et les caractères de son autorité, pour établir en Académie royale les conférences que nous avons continuées depuis deux ans, dans une mu< tuelle communication de nos études*; elles nous ont fait con* noitre la grandeur et l'utilité de ce dessein ; elles nous ont serri d'épreuves à nos forces, et nous ont confirmés dans l'espérance de pouvoir quelques jours satisfaire à ce que le public en peut souhaiter. Nous ne voulons pas dire que cette Compagnie a des esprits aussi noblement passionnés pour les bonnes lettres que le reste de votre État... ; mais nous pouvons assurer Voire Majesté qu'ils ne sont pas indignes d'être les puînés de l'Académie françoise, et qu'ils justilieront à tout le monde qu'elle ne renferme pas tous les savants de nos provinces. Et quand nous n'aurions point maintenant de quoi nous égaler à ces excellents maîtres de notre langue^ que ne pouvons-nous point espérer quand nos travaux auront été communs dans l'espace de vingt années, quand nous aurons mis en société nos méditations, nos recherches, nos veilles, nos efforts....?
(( L'Académie françoise nous encouragera même à bien faire, et nous pourrons dire que nous l'encouragerons aussi. Oui, Sire, plus votre bonté royale établira de pareilles Académies, plus on verra les sciences germer en votre Étal... Il n'est pas nouveau de dire que l'émulation nourrit les beaux-arts... Quand celui qui court dans la lice se trouve seul^ il ne se hâte pas d'arriver au but pour cueillir la palme qui l'attend, et que personne ne lui sauroit ravir.... Enfin, les savants sont toujours pressés d'un louable désir de mieux faire quand ils veulent aller plus loin que ceux qui les précèdent, et ne se pas trouver derrière ceux qui les suivent; et c'est ce qui donna sujet à l'institution de ces jeux publics de musique et de
* Depuis deux ans. Le privilège, daté du 15 janvier 1656, a été registre le 26 janvier 1656 ; mais, quoique le privilège ne fût donné que pour cinq années, c*est seulement le 5 décembre 1664 que le volume a été achevé dMmprimer pour la première fois«
poésie qui s'exercent depuis longtemps en plusieurs villes de ce royaume. »
L'auteur termine en parlant des efforts que fera la nouvelle société pour dépasser l'Académie française et pour montrer son attachement au service du Roi^ « par les respects d'une parfaite soumission^ par les devoirs d'obéissance indispensable^ par les ardeurs d'une affection sans réserve^ et par les serments d'une inviolable fidélité, p
EXTRAITS