SA1>'T-AMA>"T
Faret, qui ue riroit de uotre Académie ? .\-l-nii vu i\o 1105 jours une telle infaiviir ?
iOG PIÈCES JUSTIFICATIVES.
Qu'on en voit aujourd'hui dans ces petits auteurs, Qui se font estimer comme rares docteurs?
SAINT-AMAiST.
Sont-ce pas nos Messieurs qui réforment la langne. Dis-moi quand finira leur dernière harangue? Sont-ils venus à bout de leur avant-propos? Réponds-moi, ch^r Tristan.
TRISTAX.
Par ma foi sont des sots; Quoique bien peu savants, ils ont bien le courage J)e gloser tous les jours dessus notre langage; Mais ils passent deux ans à réformer six mots.
SAIlNï-AMANT.
Il faut pour les payer...*
TRISTAN
Quoi ?
SAIiNT-AMANT.
Leur rompre les os.
Ces petits escroqueurs ont-ils pas bonne grâce iVamuser le public avecque leur grimace?
Passer huit ou dix ans à réformer six mots !
Pardieu, mon cher Faret, nous sommes de grands sots.
Tant sots qu'il tous plaira. Jlais les premiers de France
Sont les admirateurs de notre suffisance.
Quoi ! trouvez-vous mauvais que de pauvres auteurs
Devant les ignorants s'érigent en docteurs ?
S'ils peuvent se donner du crédit, de l'estime,
L'erreur des abusés n'est pas pour eux un crime.
Après tout, où trouver de ces rares savants
Dont le nom immortel percera tous les ans ?
Si pour l'Académie il faut tant de science.
Vous et moi pourrions bien ailleurs prendre séauce.
SAIÎÎT-AMAJiT.
Oui, mais je n'aime pas que monsieur de Godcau, Excepté ce qu'il fait, ne trouve rien de beau ;
Faire un petit recueil, une traduction, Composer quatre vers pleins de dévotion, Un sonnet pour un grand, ou bien l'épithalame, Ajouter s'il se peut la petite épigramme. Rêver cinq ou six mois sur l'objet le plus beau, Pour faire voir au jour quelque méchant rondeau, Mépriser hautement les vers de Théophile, Admirer en tous lieux la beauté de leur style, Se ravir les premiers de leurs inventions, C'est vraiment mériter de bonnes pensions.
TRISTAN
La vanité chez eux n'est pas le plus grand crime.
SATiNT-AMANT.
Ils font tous leurs efforts pour se mettre en estime.
TRISTAN
Sans mentir, à leur goût rien n'est trouvé parfait, Rien ne semble excellent de ce qu'ils n'ont pas fait; Molière ' à leur avis ne fait pas bien en prose; Ta belle Solitude et ta Métamorphose ; Ta Jouissance aussi, tes belles Visions' Ont abusé le peuple ainsi qu'illusions.
* François de Molière, sieur d'Essartines.Voy. ci-dessus, p. 105.
- Saint-Amant a fait en effet des poëmes intitulés : La Solitude, la Métamorphose de Lyr'ian et de Sylvie, Jouissance, Visions. Dans celle dernière pièce, il pleure la mort prématurée de son ami Molière d'Essarlines.
Qu'un fat de Chapelain aille en chaque ruelle D'un ridicule ton réciter sa Purelle, Ou que, dur et contraint, en ses vers amoureus, Il fasse un sot portrait de l'objet de ses vœux ; Que son esprit stérile et sa veine forcée Produisent de grands mots qui n'ont sens ni pensée. Je voudrois que Gombaud, L'F.stoile et Colletct En prose comme en vers eussent nu |iou mieux fait ;
408 iMÈCES JUSTlI'iCATIVKS.
SAÎ?iT-A>IAi\T.
Qui de ces grands docteurs fait voir pins d'insolence?
TlllSTAN.
Pour moi, je n'en sais point qui garde le silence. L'orgueilleux Chapelain, l'Estoile avec Godeau IN'ont jamais pu trouver ouvrage qui fût beau, Baudouin, Colletet, l'Estoile et Ladreville Sont de ces grands auteurs qui courent par la ville, Sans oublier pourtant le gentil Bois-Robert. Gombaud la froide mine, et le petit Habert.