‹ Histoire de l'Académie française (volume 3)Chapitre 60 sur 89 · GODEAU, COLLETET · texte numérisé non relu

GODEAU, COLLETET

GODEAU

Hé quoi ! chers nourrissons des filles de mémoire,

Qui du siècle à venir obtiendrez la victoire ;

Beaux mignons de Pallas, vrais favoris des Dieux,

Vous n'êtes pas encore arrivés en ces lieux !

Auriez- vous bien si tard les pieds dessous la table ?

ÎNon, les plus doux festius n"oiit pour vous rien d'aimable;

Les lièvres, les lapins, les cailles, les perdrix,

Les canards, les faisans vous sont tous à mépris;

Laissons-là ces ragoûts pour le bien d'un infcîme

Et prenons les plaisirs que trouve une belle âme (a).

Mais voici Colletet qui bâte un peu le pas,

Je l'ai toujours connu sobre dans ses repas.

Bonjour, cher Colletet.

COLLETET

Grand évêque de Grasse, Dites-moi, s'il vous plaît, comme il faut que je fasse : Ne dois-Je pas baiser votre sacré talon?

GODEAU

Nous sommes tous égaux, étant fds d'Apollon. Levez-vous, Colletet.

COLLETET

Votre magnificence Ne permet. Monseigneur, une telle licence !

(o) Dans l'édition de Des Maizoa-ix. les quatre vers qui précèdent sont supprimés; quelques-uns des autres ont reçu des modifications sans importance.

PIECES JUSTIFICATIVES. Hl

GODEAU

Levez-vous promptement, je suis tout en courroux ; De vous voir devant moi si longtemps à genoux (a).

COLLETET

Très-révérend seigneur il vaut mieux vous complaire.

GODEAU

Attendant nos Messieurs que nous faudra-t-il faire ?

COLLETET

Je suis prêt d'obéir à votre volonté.

GODEAU

Parlons comme autrefois, avecque liberté. Vous savez, Colletet, à quel point je vous aime.

COLLETET

Seigneur, votre amitié m'est un honneur extrême.

GODEAU

Colletet, je vous aime et chéris sur ma foi (6). Souffrez donc un moment que je parle de moi. Avez-vous vu mes vers, ces beaux vers qu'on adore ?

COLLETET

.le les ai déjà lus, mais je les lis encore; C'est tout mon entretien dedans mon cabinet. Tout en est excellent, tout est beau, tout est net.

GODEAU

Manquai-je en quelque endroit à garder la césure? A-t-on vu dans mes vers une seule rature?

(a) Rien ne sauroit changer le commerce entre nous.

Je suis évêque ailleurs; ici, Codeau pour vous. (6) Oh! bien, seul avec vous ainsi que je me voi ,

Je vais preudre le temps de vous parler de moi.

Avoz-vons lu mes vers "?

— Vos vors ! je les adore.

ll:i PIÈCES JUSTIFICATIVES.

Suis-je pas scrupuleux à bien choisir les mots (rt)? Je suisti'ès-excelleut, quoi que disent les sots.

COLLETET

Vraiment un envieux seroit bien misérabie, Qui ne vous trouveroit partout incomparable. Je sais bien, Monseigneur, que les plus médisants S'ils lisent vos écrits deviendront complaisants.

GODEAU

Non pas, cher CoUetet ! cette méchante race

Peut dire que mes vers sont froids comme la glace.

COLLETET

Ils se feront moquer.

GODEAU

Vraiment ils ont beau jeu.

COLLETET

Ils savent votre ardeur.

GODEAU

Je suis tout plein do feu .

COLLETET

Monseigneur, il est vrai.

GODEAU

C'est à tort qu'on m'accuse.

[a] Après ce vers on lit , dans Péditiou de Des ilaizeau^ ; Xe fais-je pas parler chacun bien à propos ? Le décorum latin, eu françois bienséance, X'est si bien observé nulle part, que je pense. CoUetet, je me loue, il le faut avouer; Mais c'est fort justement que je me puis louer.

COLLETET

Vous êtes de ceus-là qui peuvent , dans la vie. Mépriser tous les traits de la plus noire envie. Vous n'aviez pas besoin de votre dignité Pour vous mettre à couvert de la malignité.

GODEAC.

On se flatte souvent ; mais, si je ne m'abuse, S'altaipier à ilodeau.... etc.

PIECES JUSTIFICATIVES. 4i3

S'attaquer à Godeau, c'est se prendre à la Muse. Et qui m'accusera de la stérilité, IS'a qu'à lire une fois mon Benedicite. 0 l'ouvrage excellent !

COLLETE r.

0 la pièce admirable !

GODEAU

Chef-d'œuvre précieux!

COLLETET

0 merveille adorable !

GODEAU

Que peut-on désirer après un tel effort?

COLLETET

Qui ne sera content aura ma foi grand tort; Mais sans parler de moi trop à mon avantage, Suis-je [:as, Monseigneur, un très-grand personnage ?

GODEAU

Colletet, mon ami, vous ne faites pas mal.

COLLETET

Quoi? je prétends traiter tout le monde d'égal (a). J'ai bien plus de vigueur que n'a voit Théophile, Je crois fort approcher du bon père Virgile. Que pourriez-vous eneor reprendre dans mes vers ?

GODEAU

Colletet, tes discours sont un peu trop convei Is.

COLLETET

Il est certain que j'ai le style magnifique.

GODEAU

Vous parlez un peu mieux qu'un garçon de boutique.

[a] Moi, je prétends traiter tout le monde d'égal Eu niaticre d'écrits; le bien, c'est autre ciiose : De richesse et de raiijr la fortune dispose. <Jiie pourriez-vous

COLLETET

Ha! le respect m'échappe!... Et mieux que vous aussi.

GODEAU

Parlez bas, Colletet, quand vous parlez ainsi.

COLLETET

C'est vous, monsieur Godeau, qui me faites l'outrage.

GODEAU

Me voulez-vous contraindre à louer votre ouvrage?

COLLETET

i 'ai tant loué le vôtre !

GODEAU

Il le méritoit bien.

COLLETET

Je le trouve fort plat pour ne vous celer rien.

GODEAU

Si vous en parlez mal, vous êtes en colère.

COLLETET

Si j'en ai dit du bien, c'étoit pour vous complaire.

GODEAU

Colletet, je vous trouve un gentil violon' .

COLLETET

Nous sommes tous égaux, étant fils d'Apollon ^

GODEAU

Retirez-vous d'ici, sortez donc grosse bête.

* Ce mot, qui se trouve dans la première édition de Richelel, ne paraît pas dans Furetière. Il signifiait un gueux, un drôle, un sot personnage. M. Francisque Michel, Études de philologie comparée sur l'argot, cite de nombreux exemples de ce mot. On peut y joindre celui-ci, tiré du Francion de Sorel : « ....A laissé pour monument de sa mémoire quantité de violons de sa façon, » c'està-dire d'enfants, de petits gueux.

- Colletet répète ici ce qu'avait dit plus haut Godeau lui-même.

COLLETET

Oui, je m'en vais sortir, vous me rompez la tête.

GODEAU

Sur mon Dieu, ce maraud me mettroit en péché, Si j'étois avec lui plus longtemps attaché. C'est un gueux, un coquin, il ne dit rien qui vaille ; Ha! Dieu, je ne veux plus de pareille canaille (a).

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