IT
S'est présenté le sieur Montmor-, requérant pour M. !e Prélat de Normandie % qu'il plaise à la Compagnie déclarer que le francois dudit sieur Prélat est de bon débit.
BÉPONSE.
Soit communiqué à l'imprimeur Estienne, qui a peine à
vendre ses livres.
S'est présenté la dame marquise de Monelay, requérante que, pour éviter les occasions de mal penser que donnent les paroles ambiguës, l'on usera du mot de penser au lieu de conception *.
' Le P. Hersent avait été un des premiers Pères de l'Oratoire; c'est le célèbre auteur de YOptatus Gnliiis. — Le P. Binet était jésuite. Il a publié, sous le pseudonyme de René François, un ouvrage curieux intitulé ; Essai sur les merreilles de la nature, 1 vol. in-4", où il a recueilli toutes les locutions qui peuvent s'appliquer à un sujet.
" Montmaur le Grec, professeur en langue grecque au Collège Royal (Collège de France), et parasite fameux. Sallengre a écrit sa vie et donné un recueil de pièces satiriques composées contre lui par Balzac, Ménage, Ferranius, Vion d'Alibray, etc., etc.
' François de Harlay, frère du marquis de Breval, archevêque de Rouen. Il eut pour successeur son neveu, fils du marquis de Breval, et ce jeune prélat, archevêque à vingt-six ans, fut ensuite appelé au siège métropolitain de Paris.
* Peut-être faut-il lire Maignelay. Alors il s'agirait de Françoise-Marguerite de Gondi, femme du marquis de Maignelay, sœur du premier archevêque de Paris, cardinal de Retz, amie du cardinal de BéruUe, qui lui a écrit plusieurs lettres qu'on trouve dans ses OEuvres. Elle mourut en 1630.
— ft Voici d'autres merveilles. Ce sonnet, disent-ils, est bien
RÉPONSE
La requérante fera apparoir de procuration des parties qui ont intérêt à l'usage du mot.
S'est présenté le sieur de Polastron, cadet de Gascogne ', requérant que l'on n'ôtât pas le point à leur honneur, ni l'éclaircissement à leur épée.
RÉPOrSSE.
Pour ce qui est du point, soit communiqué aux professeurs en mathématiques; et pour l'éclaircissement de l'épée, renvoyé aux fourbisseurs.
S'est présenté le syndic des secrétaires Saint-Innocent ', requérant que le mot de secrétaire ne pût signifier en bon françois : le clerc d'vn conseiller '.
pensé, lorsqu'ils veulent avertir (luMl est bien conçu.... Leur raison de celte insigne manière de parler, c'est que le terme conçu met de laides images dans l'esprit. 0 personnes impures! faut-il que les ruisseaux argentés, clairs et vierges du Parnasse se con vertissent en cloaques tombant en vos infâmes imaginations! i (M"« de Gournay, les Advi.<i, 1651, pp. 271-27"2.)
^ H est nommé H. de Fierbras, dans l'édition (ju'a suivie M. Ed. Fournier. Il était de la famille de cette Marguerite de Polastron qui fut la fondatrice de la congrégation de Noire-Dame des Feuillantines.
- C'est-à-dire des écrivains publics que l'on trouvait en grand nombre sous les galeries couvertes qui entouraient le cimetière des Saints-Innocents, devenu depuis un marché, comme le cimetière Saint-Jean, mais longtemps après.
* « Secrétaire se dit des domestiques de quelques grands seigneurs ou des gens de robe, qui leur servent à faire leurs dépêches et leurs affaires, qui font les extraits des procès...; on 1rs appeloif autrefois clercs de conseillers. » (Dicl. de Furetière.)
4ÎJ8 PIÈCES JUSTIFICATIVES.
RÉPONSE
Seront faites sur ce très-humbles remontrances au roi de la Basoche'.
Se sont présentées plusieurs dames, requérantes qu'elles pussent approprier le mot de ravissant ^ et l'appliquer à tout ce que bon leur semblera.
RÉPONSE
Accordé, sans préjudice aux trésoriers d'en user.
S'est présentée une mercière du Palais, requérant qu'il fût déclaré que c'est parler bon françois de dire qu'une dame porte un galand^.
1 Le roi de la Basoche était le chef de la communauté des clercs du parlement de Paris. Cette royauté, établie par Philippe II, dotée de nombreux privilèges par François F"", fut supprimée par Henri III, à cause du grand nombre des clercs, qui s'élevait alors à dix mille; depuis ce temps, tous les droits de la Basoche passèrent aux mains de son Chancelier. - Saint-Amant se moque aussi de
. . . . A merveille, à ravir, Termes proprets dont il faut se servir.
— Voy. la Comédie de l'Académie, ci-dessus, p. 448.
■'* [In galand, c'est un nœud de ruban On remarque dans les OEuvres de Voilure une lettre « à Mademoiselle de Rambouillet en lui envoyant douze galands de ruban d'Angleterre pour une discrétion qu'il avoit perdue contre elle ; » il y joue sur l'équivoque du mot. On lit, dans les Lois de la galanterie, qui se trouvent dans le Nouveau Recueil des pièces les plus agréables de ce temps (164i), ce passage curieux : « Il y a de certaines petites choses qui coûtent peu et néanmoins parent extrêmement un homme, faisant connoitre qu'il est entièrement dans la galanterie, d'autant que les mélancoliques, les vieillards, les sérieux et les personnes
RÉPONSE
Accordé, en distinguant.
S'est présentée la demoiselle de Gournay, demandant le rétablissement des mots: ains^ jadis, piéça, et jacoit, hons vieux gaulois, comme savent ceux qui ont lu les livres modernes*.
RÉPONSE
Pour jadis et piéça, fins de non recevoir; et pour le mot ains, soit communiqué aux rhabilieurs de vieux livres, qui, en ayant ôté les mots qui leur semblent trop moisis de vieillesse, y en mettent quelques nouveaux, afin de faire passer cela pour une nouvelle traduction ^
peu civilisées n'en ont point de même ; comme par exemple d'avoir un beau ruban d'or et d'argent au chapeau, quelquefois entremêlé de soie de quelque belle couleur, et d'avoir aussi audevant des chausses sept ou huit des plus beaux rubans satinés et des couleurs les plus éclatantes qui se voient. L'on a beau dire que c'est faire une boutique de sa propre personne, et mettre autant de mercerie à l'étalage que si l'on en vouloit vendre ; il faut observer néanmoins ce qui a cours, et, pour montrer que toutes ces manières de rubans contribuent beaucoup à faire paroître la galanterie d'un homme, ils ont emporté le nom de galants par préférence sur toute autre chose. » Cette petite pièce est de Charles Sorel, l'auteur du Rôle des jjrésentations ; elle est suivie, dans le Recueil, d'une autre intitulée le Jeu du gnland. — Dans le sens de ruban, on devrait écrire galan comme galon, de l'italien galano. — Cf. Corneille, la Galerie du Palais. — Ed. Fo.urnier, Variétés historiques et littéraires^ I, i32.
' Voy. la Comédie de l'Académie , ci-dessus, et plus bas la
Requête des Dictionnaires .
'^ Allusion à Baudouin, qui avait rajeuni diverses traductions,
entré autres celle des OEuvres de Sénèque par Mathieu de Chalvel.
Despréaux a eu pli s tard l'occasion de railler i'ai)bé Tallemant,
l,e fade traducteur du francois d'Ainvot.
S'est présenté le procureur des Petites-Maisons, requérant que le langage de Le Herty ne fût pas supprimé *.
KÉPOXSE.
Soit communiqué au sieur de Vaux -.
S'est présenté Bocan % requérant que bail à ferme n'ait plus de pluriel, si bal où l'on danse n'en a aussi un trèsdistinct; d'autant que de dire des bals, il semble que ce soit mal parler*, comme dire des cheval s^ et que les bails à ferme veulent s'approprier tous seuls le pluriel de baux.
BÉPONSE.
A cause de l'importance de l'affaire, sera député un tabellion royal pour ce qui est du bail à ferme., et un intendant des plaisirs nocturnes ■' pour ce qui est du bal à danser^
> Le Herty était un fou, dont Saint-Amant, G. CoUetet, Sarasin nous ont conservé le nom. Ce dernier, dans son poëme de Dulot vaincu, le donne pour père à Dulot, poêle royal et archiépiscopal, inventeur des bouls-rimés. Tallemant dit que « de sang-froid, Voiture alloii entretenir Le Herty aux Petites-Maisons. Ce fou l'appeloit le grand prévôt de la justice divine aux enfers. »
- Le sieur de Vaux n'est autre que le comte de Cramail, qui publia sous ce nom son livre des Jeux de l'inconnu. — La 2<^' partie en est dédiée à Le Herty. « En 1650, dit M. Ed. Fournier, parut un petit livret attribue au même auteur et intitule : L' Herty, ou l'universel. »
* Célèbre maître de danse. — Voyez son article dans Sauvai, Antiquités de Paris.
* Le pluriel du mot bal était peu usité, au dire de Oudin, Grammaire française, édit. de 1656, p. 83.
' Allusion au titre que prenait Porchères- l'Arbaud. — Voyez, p. H4.
PIKCES JLSTIFIGATIVES. 461
afin de consulter ensemble sur quelque raoyen d'accommodation ; et le tout, fait et rapporté, être ordonné ce qu'il appartiendra par raison.
S'est présentée Perrette Le Maigre, doyenne des harangères de la Halle, suppliant pour la mi-carême.
BÉPONSE.
Soit joint au procès intenté pour la mi-aoïît ' .
S'est présenté Margot-pisse-à-terre, recommandaresse de nourrices2,poursupp!ier que dorénavant les nourrices qu'elle baillera soient immatriculées au secrétariat des Grands Jours de l'Éloquence françoise, afin qu'il paroisse comme elles sont capables d'apprendre à parler bon françois aux petits enfants.
BÉPONSE.
La Compagnie, sans approuver le mot de recommandaresse^ députera commissaires poui- approuver les nourrices capables d'apprendre à pailer aux petits enfants.
' Allusion aux discussions soulevées sur le genre des mots comme le ou la minuit , la mi-carême, la mi-août, etc. — Voyez Vaugelas.
- Les rvcommandarcsses étaient des femmes qui tenaient ce que nous appelons maintenant des bureaux de phicemrnt. L'établissement des quatre recommandaresses était un des plus anciens de la monarchie. 11 avait été créé, paraît-il, en 1550, en faveur des quatre filles de la nourrice du roi Jean, fils de Philippe VI. Les recommandaresses recevaient 1 livre \\ sols de salaire sur chaque nourrice ou chaque servante qu'elles procuraient. Voy. Hurtaul pt Magny, luct. kisl. de /'ans.
S'est présenté Gilles le Niais, sieur de Tourniquet', l'un des ordinaires du Cheval de Bronze -, ayant procuration du Filou et du Lanturlu^, requérant que les mots de: vraiment, c'est mon, voilà bien de quoi, et autres, qui se trouvent dans les chansons du Pont-Neuf, soient approuvés pour bons françois.
1 Gilles le Niais était peut-être le nom d'un de ces maîtres de petits jeux qui faisaient jouer au tourniquet à l'aide d'une planchette ronde, divisée à la circonférence par des pointes marquées de cbififres; au milieu était Gxée une longue aiguille horizontale; les joueurs faisaient tourner le tourniquet, et, selon le point où s'arrêtait l'aiguille, il y avait gain ou perte d'un objet convenu. Ce jeu existe encore dans nos foires et fêtes de village. Les filous faisaient arrêter l'aiguille où ils voulaient, à l'aide de morceaux d'aimant fixés aux points favorables pour eux. M. Fr. Michel, dans ses Recherches sur l'argot, cite un grand nombre d'exemples où figure ce mot, dont le sens lui a échappé.
- Le Cheval de Bronze, c'est-à-dire la statue de Henri IV sur le Pont-Neuf, était le rendez-vous des charlatans, chanteurs, vendeurs de gazettes, fripons, filous et badauds.
^ Le Filou, le Lanlurlu, comme aussi le Jean de Nivelle et le Roquentin, étaient des chansons fort à la mode à cette époque. L'histoire de ces chansons se trouve dans ces couplets empruntés au Nouveau entretien des bonnes compagnies (Paris, J. Villery, i6ûo, p. 64):
Dites- moi qui est-ce
Qui chante les Boiteux?
Quant à moi je les laisse
Avec les Morteua:, Et le Coq du voisinage, Et les Perroquets sont vieux : Quand les femmes sont ensemble leur caquet vaut beaucoup mieuN ...
Laniurlu n'est plus en règne ; Maître Jean de Nivelle
BÉPONSE.
Soit communiqué à Jean de Nivelle et à Roquentin.
S'est présenté un châtré, prétendant en politesse, à cause de son ventre et de son menton, lequel a demandé qu'il lui fût permis de mettre en lumière le septième tome des Particules françoises.
BÉPONSE.
Défense de le faire sans attestation ' .
Se sont présentés quelques jeunes muguets , chanteurs de : Quand pour Philis^ faisant les polis aussi bien en poésie qu'en prose, et soi-disant voisins du Pont-Neuf, pont Saint- Michel, pont aux Doubles, de la Grève, vallée de Misère, carrefour Guillery, porte Baudets, et autres lieux remarquables , lesquels ont très - humblement remontré qu'ils étoient importunés chaque jour des mauvais mots de chansons qui se chantoient et débitoient èsdites places où le peuple étoit notablement trompé et éloigné de la vraie éloquence.
A'ous êtes un grand fat Quand dedans la ruelle Vous parlez de l'Etat.
On lit encore, dans le même Recueil, p. :25.3 :
L'on suit une mode nouvelle.
Les Lanlurlus sont insolents; On s'est ennuyé des galants; L'on a banni Jean de Nivelle, Et chacun court au Perroqiiel,
Perroquet, perroquet.
Pour en entendre le caquet.
' On aurait dit, dans cette langue qui brave l'Iionnételé : sivc testibus, et l'équivoque est aisée à comprendre, en rapprochant ce mot de la qualité du plaignant.
{ ii PIÈCES JUSTIFICATIVES.
C'est pourquoi, vu même que ces chanteurs de chansons, tels que l'aveugle Savoyard i et autres, étoient si osés que de parler de l'entrée des reines, de la venue des ambassadeurs, de la victoire de nos princes et de toutes sortes d'affaires d'État, dans leurs mauvaises rimes, ce qui étoit honteux de voir que cela fût si mal ordonné, ils requéroient qu'il y eût quelque bon poète délégué de l'assemblée, pour leur faire désormais des chansons suivant les règles, et pour corriger les anciennes, cela étant de grande conséquence, puisque les crocheteurs, les valets qui cherchent maîtres, les paysans qui viennent au marché, et quantité d'autres personnes, n'apprennent point ailleurs ce qui se passe.
RÉPONSE
Seront choisis entre les bons chansonniers des intendants pour y avoir égards, et seront gagés aux dépens du public.
Se sont présentés quelques libraires du Palais-, qui pensent
1 Despréaux a parlé encore (Satire IX, vers 78) des airs du savoyard; c'était, dit-il lui-même dans une note de l'édition de ilO\, « un fameux chantre du Pont-Neuf, dont on vante encore les chansons. » On a imprimé un « Recueil nouveau des chansons du Savoyard par lui chantées à Paris. » — « Il les clianloit, dit un commentateur, sur le Pont-Neuf, aidé de quelques jeunes garçons qu'il avoit instruits à chanter avec lui , et il accompagnoit ses chansons de plusieurs bouffonneries qui attiroient le peuple. II se nommoit Philippot. Son père avoit fait le même métier que lui et étoit connu aussi sous le nom de Savoyard. »
- Les libraires qui avaient leurs boutiques sous les galeries qui entouraient le Palais de Justice semblaient avoir en effet le privilège de la vente des livres en vogue (voy. Corneille, la Galerie du Palais); aussi, quand parut chez Jean Ribou, qui demeurait sur le quai des Augustins, le Dictionnaire des Précieuses, de Somaize, un de ses amis qui fit une préface à son livre se crut oblige
Pli:CES JUSTIFICATIVES. 46o
être en possession d'imprinoei' les pièces les plus curieuses, lesquels croyant que la séance des Grands-Jours de l'Académie fût une audience toute fermée, et qu'on la dût appeler françoise, d'autant qu'elle u'étoit ni angloise ni espagnole, vinrent demander fort humblement qu'on leur permît d'imprimer les livres de l'Académie françoise.
BÉPONSE.
A eux permis d'imprimer tant qu'ils voudront le livre de l'Académie françoise, de Pierre de La Primaudaye, sieur de La Barre \.
Quelques-uns, n'ayant pas bien entendu, s'en retournoient contents. Mais les autres , faisant connoître qu'ils vouloient parler de l'Académie Cardinale 2, dont ils souhaitoient imprimer les diverses pièces, expliquèrent leur demande par un seconde requête, sur quoi ils eurent pour réponse :
Soit défendu d'en rien imprimer, outre la censure du Cid.
à le justifier. « Ses ennemis... ont dit ensuite, comme une chose fort injurieuse, que ses ouvrages ne se vendoient pas au Palais; mais il faut qu'ils aient été bien dépourvus de jugement en faisant ce reproche, puisqu'ils travaillent à la gloire de leur ennemi en pensant lui nuire. En effet, y a-t-il rien de plus glorieux pour M. de Somaize que d'avoir fait vendre neuf ou dix ouvrages dans un lieu où l'on n'avoit jamais rien fait imprimer de nouveau ? » ^ Voy. notre édit. de ce livre, Paris, P. Jannet, I806, 2 vo\ in-i6 {Bibliolh. elzév.), t. I, p. 14-13, et t. H, p. 48, texte et note.
' V Académie françoise du sieur de La Primaudaye parut d'abord en 1577 et 1,^80, en deux parties in-f" ; il fut réimprimé in-8° sous ce titre : « L'Académie françoise, divisée on quatre livres, ouvrage dans lequel il est traité de la philosophie iiumaine et morale, de la naturelle et divine, avec un Traité de la connoissancc de l'homme et de son institution en bonnes mœurs. » — Saumur, Th. Porteau, 161ô, i tomes en 1 vol. in-i".
^ Voy. ci dessus, p. 18.
Là-dessus s'est présenté le procureur-syndic de cette illustre assemblée, où personne n'avoit été reçu sans un savoir exquis, lequel s'est plaint qu'entre les diverses pièces venues de Flandre contre le gouvernement, il y en a une qui porte le titre de Jugement sur la Préface des pièces servant à r/iistoire, « laquelle dit que le souverain ministre * avoit dressé une école, ou plutôt une volière de Psaphon, de l'Académie qui est en la maison du gazetier, où grand nombre de pauvres ardents apprenoient à composer des fards pour plâtrer de laides actions, et à faire des onguents pour mettre sur les plaies du public et du Cardinal, lequel promettoit de l'avancement , et donnoit de petites assistances à cette canaille qui combattoit la vérité pour du pain; » que l'auteur de cette pièce avoit donné sujet de croire qu'il parloit d'eux , les comparant à ces oiseaux auxquels Psaphon avoit appris à dire : Psaphon est Dieu ; et que le même auteur, dans les instructions de V Ambassadeur chimérique , dit encore que « Jean Sirmond, duc de Sabin, ambassadeur, aura pour son train cinq ou six ardents de l'académie gazétique , hardis à mentir, et surtout instruits aux louanges du cardinal de Richelieu : » en quoi il y a une grande occasion de plainte sur ce que le sieur Saint-Germaiti Morgues, qui a composé ces libelles, étant à Bruxelles, a si mal dépensé en espions que de prendre une digne et célèbre Académie pour les conférences pédantesques qui se font les lundis au Bureau d'adresse, parmi les valets à louer et les nippes à vendre , et au milieu de la savaterie, requéroit qu'il y fût pourvu , et concluoit à réparation d'honneur.
' Voj-. ci-dessus, p. 222-225 et iOO.
l'IËCES JUSTIFICATIVES. 407
BÉPOIVSE.
Tenu en souffrance pour le présent, sauf à le corriger aux premières impressions qui se feront en France des livres dudit sieur de Saint-Germain '.
' Dans l'éditiou de 51. Ed. Fournier, la pièce ^e termine ainsi : « Comme l'assise étoit prête à se lever, s'est présenté tumultuairement le sieur de L'Usage, déclarant par le notaire Le Peuple qu'il se portoit pour appelant devant qui il appavtiendroil de tout ce qui seroit ordonné par Messieurs tenant les Grands- Jours de l'Éloquence françoise, si au préalable ne lui étoit communiqué en Cour, où il élisoit domicile.
» La Compagnie a dit que ne pouvoit, pour le présent, être opiné sur cette afTaire, parce que l'heure d'aller chercher à vivre venoit de sonner, après laquelle est arrêté aucune atlaire ne pouvoir être traitée ni proposée, échéant besoin notoire à la plus grande partie de Messieurs de sortir précisément à icelle. »
DISCOURS Si II L'ACADÉMIE Fr^^^rOlS[■J , atablie pour la correction et l'embellissement du langage; pour sçavoir si elle est de quelque ulilitc aur particuliers et an public. — Et où l'on voit les raisons de part et d'autre sans déguisement. — Paris. .1. de Liivne, M. D. LIV. — 1 vol. 'ix\-\-2 '.
Dans sa Préface, Ch. SorcI avertit que ce livi-e, composé depuis quatre ans, n'a point pour occasion la Relation récemment piil)Iiée, quoiqu'il ait fait quelques additions pour y répondre.
L'Académie française ayant de nombreux partisans et de nombreux adversaires, il est intéressant de savoir si elle est utile ou nuisible. L'auteur agira avec impartialité : « Il est certain qu'un bomme sans intérêt a droit de dire ce que les plus intéressés ne diroient point, comme il a le pouvoir aussi de voir ce qu'ils ne voient pas. « Jusqu'en 1651, les Académiciens mêmes étaient peu connus, puisque le vrai état du f/ouvernement de la France en 1651 nomma comme Académiciens des gens qui ne l'étaient pas.
Et maintenant que disent leurs amis? « On publie de vive voix et par écrit... que l'Académie françoise ne servira pas seulement à faire que les auteurs et les personnes les plus considérables du royaume parlent plus purement, mais aussi la plupart du peuple ; que la langue françoise s'étant rendue plus facile, plus copieuse, plus élégante et plus agréable par son moyen, elle demeurera tixe en cet état, et que les livres qui suivi'ont ces dernières et indubitables maximes seront
' Voy. pugc oO.
IMI'CI^S JUSTIFICATIVES. U.i)
en crédit à perpétuité ; que de plus, les étrangers devenant amoureux de cette langue qu'ils ont méprisée jusqu'ici, elle sera le lien de paix et de société entre plusieurs nations, et sera un moyen de faire que nos Monarques étendent leur domination sur l'une des plus considérables parties du monde. »
Les adversaires de l'Académie objectent qu'ils ne s'effrayent pas du nom « du cardinal de Richelieu et de tant de personnes qualifiées qui sont de l'Académie, parce que leur qualité n'a lien à démêler avec la science, qui se trouve plutôt dans la tête des pauvres que dans celle des puissants et des riches; — que si l'Académie est composée de gens de talent, ils doivent donner, en corps, quelque chose d'utile au bien public, et sont inexcusables de ne pas le faire; — que nombre d'entre eux ont apporté pour tout bagage, qui un titre, quelques stances ou quelques élégies, qui des ouvrages très-foibles, comme le prouve le livre de Pellisson qui en donne une liste si complète. "
L'Académie doit donner une grammaire et un dictionnaire; — mais, en attendant tout cela, quelle règle suivre i' — « Plusieurs d'entre eux ont déjà fait des ouvrages si réguliers, qu'ils peuvent servir d'une instruction accomplie. Lorsque l'on a quelquefois demandé à Malherbe pourquoi il ne nous donnoit pas une nouvelle grammaire, lui qui étoit le grand critique et le réformateur du langage françois, il disoit, au commencement, que l'on n'avoit qu'à écrire au contraire de ce que faisoit un certain historien de son siècle, qu'il nommoit, et que l'on écriroit bien; mais aussi pour une instruction directe, ayant fait sa traduction du 33* livre de Tite-Live, il dit que l'on n'avoit qu'à en suivre les règles pour écrire purement en notre langue, et qu'il n'étoit pas besoin d'autre grammaire. »
On dit que l'Académie veut retiaucher des mots ; si elle consent à supprimer des termes comme : « jaçoif, ains, ainçois, illec. piéca, issi?-, ferir, cuider, maltaleni, encomhrier ^ destoiirbier, et autres semblables, l'on ne se sauroit fâcher justement... puisque même la populace les condamne, ne sachant plus qu'à peine ce qu'ils signifient; « mais elle va plus loin, et c'est là son tort.
Et si l'Académie voulait régulariser la langue, « ne seroitil pas à propos de la purger premièrement de tant de lettres inutiles qui trompent à l'abord les étrangers qui la veulent savoir, et qui empêchent que les enfants n'apprennent si tôt à lire, et ne faudroit-il pas que l'écriture s'accordât à la prononciation? Ne devroit-on pas ôter aussi toutes les particules superflues? Ne suffit-il pas de dire on? pourquoi dit-on quelquefois Von , y ajoutant une l? et en disant ajoute-t-on et ajoiite-t-il^ ou favdra-t-il, qu'est-il besoin de ce T au milieu, et que peut-il signifier? Que si cela sert à rendre la parole plus fernae, cela doit-il pourtant être souffert, ne signifiant aucune chose? D'ailleurs, ne faudroit-il pas mettre ordre que l'on parlât plus correctement et que l'on ne joignît point un masculin avec un féminin, comme en disant mon âme et mon espérance? » Cette objection est mal fondée, car chaque langue a ses particularités : « Les syllabes ou lettres que l'on condamne comme inutiles, se sont comme incorporées avec les mots. » M. de Vaugelas, ce Savoyard qui a fait un livre d'observations sur la langue française, en fondant ses décisions sur l'usage de la cour, n'a-t-il pas eu tort d'être si exclusif? Le bon usage des mots ne sera-t-ii point connu ailleurs que parmi des gens d'épée pour la plupart? « Ne s'observera-t-il point dans les synodes des prélats et dans les conférences ordinaires de quelques ecclésiastiques ou dans les sermons des prédica-
tenrs? Ne se trouvera-t-il point dans les assemblées des parlements et autres juridictions, où il se fait tant de harangues et de remontrances?,.. Le bon usage ne se rencontrera-t-il point aussi dans les conversations de tant d'officiers ou de notables bourgeois, pt de tant d'honnêtes gens qui habitent aux villes? Quoi, le pUis grand nombre ne le doit-il pas emporter sur le moindre? »... Toutefois, lors même que la cour veut réformer un mot, elle fait moins de mal à la langue que des réformateurs inconsidérés qui suppriment sans motif l'un la conjonction car, un autre ?Haw et parce qxie^ un troisième cependant, néanmoins, mci.intenant et beaucoup^ « parce qu'il s'en peut faire quelques équivoques, comme ce pendant d'oreilles, etc. »
« En ce qui est des mots nouveaux, l'on tient de vrai que l'Académie en a quelques-uns par lesquels elle veut que l'on reconnoisse ses confrères ou agrégés et ses sectateurs. Il y a longtemps qu'intrigue, conjoncture, justesse, ajuster et propreté^ et autres mots assez utiles, sont reçus partout ; aujourd'hui, l'on met en crédit exactitude, gratitude et quiétude; l'on ne parle que d'être obligé indi spensablement et par une nécessité indispensable; l'on ne dit plus un transport d'esprit, l'on dit un emportement . L'on forme à toute heure plusieurs noms nouveaux, tels qxx amusement, accabletnent et abandonnement; il faut dire que l'on, a l'esprit bien tourné, que Von donne un certain tour aux choses, que Von le J'ai t de la belle manière, que l'on dit cela tout franc, et que V affaire dont il s'agit est de la dernière conséquence; il. faut parler aussi de sentiments tendres et délicats, et dire qu'un raisonnement est fin ou que l'on raisonne juste.
» Entre ces mots nouveaux et ces façons de parler nouvelles, on en trouve assez qui donnent quelque sujet de
^*:2 PIÈCES JrSTlFICÂTIVES.
censure. Je ne m'attacherai ici qu'à cette façon de parler, de raiso7iner jmte, qui aura peine à être reçue par les gens savants : car le mot de juste ne signifie pas ce qui appartient à la vertu de justice, mais ce qu'on appelle jz/s/e.s'se ou proportion,, et c'est une métaphore prise des tailleurs, desquels l'ont dit qu'ils font un habit bien juste, et de là vient ce nom ùq juste au corps, ce qui rend la phrase trop basse 5)our une matière si haute que le raisonnement. Personne n'avoit auparavant commencé d'user de ce langage que les chantres à la mode, qui disent qu'ils chantent juste, et ceux qui tirent de l'arquebuse ou de l'arbalète qui disent quils tirent juste. Ce n'est pas une autorité valable. »
Sorel se moque ensuite de ceux qui discutent sur on ou l'on, qui rejettent horrible, effroyable et épouvantable, en faveur de terrible et terriblement; qui repoussent de manière que, de façon que, si bien que, tellement que, de sorte que, qui ont des scrupules sur pas ou point : petites difficultés de petits esprits, mais indignes de l'Académie. « Il feroit beau voir, eu effet, que des hommes qui ont à écrire sur de grands sujets, s'occupassent entièrement à des vétilles de grammaire et à considérer s'il faut dire l'on ou on, par ce que on pour ce que, ils eussent rté mieux ou ils eussent mieux été : s'il faut écrire ; lié quoi ! ou et quoi? treuver ou trouver, épreuver ou éprouver , tumber ou tomber, vindrent ou vinrent , doncque ou donc, avecque ou avec, jusques à ou jusqu'à, paroistre ou paroilre. » — Toutes ces futilités n'ont rien à faire avec l'Académie.
« Néanmoins on persiste toujours à publier que tous
les mots fantasques et tous les termes à la mode tirent de là leur origine, et que l'on connoît par ces petites marques ceux qui sont de l'Académie ou de la secte des Académiciens, et qui ont leur fréquentation ordinaire...
PIÈCES Jl STIFlCATIVi-S. 473
a Plusieurs assurent aussi que, dès maintenant, il y a trois ou quatre dames à Paris, cliez lesquelles l'on use de certains tnots et termes particuliers, et que par l'accoutumance que quelques-uns ont de s'en servir, s'en servant de même autre part, l'on connoît ceux qui ont eu l'honneur d'assister aux conversations qui se tiennent en la présence de ces vertueuses du siècle, ou qui ont fait leur profit à ce qu'ils en ont ouï raconter, de sorte qu'à les ouïr l'on peut dire avec assurance : Ces mots là sont de l'hôtel (VAmarantJie, et ceux là de Vliotel de Sylvie. L'on croit que c'est chez de telles dames que Ton apprend le vrai langage de la cour, et que c'est de là que l'on puise le bel usage ; et l'on fait fort bien de le dire, car de se persuader ce que ce bel usage vient de la cour absolument, ce seroit beaucoup se tromper, puisqu'on ce pays-là, l'on prononçoit autrefois une femme gronsse, mie belle chouse, et im joussé, et que la plupart y disent encore : Je m'en va à Paris; on zy va ; on z'y est; je suis chevz moi; sortez mon cheval de fescuirye; il faut quun tel vieigne etquilpreigne patience, et l'on y prononce de la sarge , selon même ce qu'en dit M, de Vaugelas... S'il est certain qu'il y ait des courtisans aussi grossiers de langage que de simples bourgeois, c'est pour ce sujet qu'il faut choisir entre eux ceux qui sont les plus spirituels et qui se trouvent aux plus beaux réduits ; ces dames, qui en sont les maîtresses, y tiennent un petit empire que leur condition et leur mérite leur attribue justement; néanmoins, doit-on prendre deux ou trois maisons pour toute la cour? Encore que ce soient là les maisons les plus polies, doivent-elles être crues absolument du langage s'il ne s'y fait assez souvent que des assemblées de courtisans discoureurs sans doctrine et sans fonds, et de jeunes demoiselles sans expérience? " - Pourquoi accuser l'Aca-
demie d'accepter ou non les façons de parler de ces dames, puisque l'Académie ne produit rien, et n'a pas même, comme on le désirerait, de séances publiques?
A un autre point de vue, on s'est moqué des patentes qui les établissaient et leur conférxiient certains privilèges, ou ridicules ou cruels (exemption de guet, de tutelle et curatelle, etc.) « L'on sut partout la répugnance que le parlement y avoit eue longtemps, et ce qu'avoit dit un conseiller de la grand'chambre, en opinant « que d'assembler le parât lement pour si peu de chose, cela le faisoit souvenir de vï cet empereur romain qui euvoj'a quérir tout le sénat pour « savoir à quelle sauce il devoit manger un poisson, » — L'histoire académique a déclaré ceci ouvertement, mais elle n'a pas dit que ce conseiller fût M. Scarron, et ne sait-on pourquoi, car il n'y avoit point à craindre le burlesque du fils : c'est honorer la mémoire du père de montrer qu'il a toujours opiné fortement et avec liberté. »
« Plusieurs de ceux qui, ayant toujours été de l'Académie du cardinal de Riclielieu, ont pris en même temps un tout autre plaisir dans celle qu'ils tenoient encore avec d'autres personnes chez la feue vicomtesse d'Auchy, ont quelquefois récité les mêmes harangues qu'ils avoient faites pour leur première assemblée, et où, après les récits, la conversation étoit plus libre et plus galante, quelques dames de condition et d'esprit y ayant été reçues.
» Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il se tient en France des Académies pour les lettres. Les sept poètes qui composoient la Pléiade au temps de Ronsard, et du nombre desquels il étoit, formoient une espèce d'Académie, et Pasquier dit dans ses lettres qu'ils s'attribuèrent aussi le pouvoir de changer quelque chose au langage.
» Le roi Henri III a fait tenir quelque temps devant lui
une Académie où se trouvoient Desportes, abbé de Thiron, M. du Perron, alors lecteur du Roi, avec quelques autres savants du siècle. — D'Aubigné a fait entendre dans son Histoire que ce roi lui fit une foisl'bonneur de l'y admettre. Plusieurs questions de plnlosophie étoient là agitées de part et d'autre, et il s'en trouve quelques-unes tant manuscrites qu'imprimées sous le titre de Discours académiques et sous d'autres noms.
» Le li\ re de l'Académie françoise de P. de La Primaudaye représente les entretiens de quatre jeunes gentilshommes qui, pour montrer le fruit de leurs études, formoient une espèce d'Académie devant leurs pères, laquelle a bien pu être vraie.
« Les Conférences académiques recueillies par M. de Heere, doyen de Saint-Agnan dOrléans, sont les discours ou harangues d'une Académie tenue avec MM. Fornier et Petau, et autres homnies doctes de la même ville.
» L'année 1631, le feu archevêque de Rouen fit tenir une Académie publique dans l'abbaye de Saint-Victor, où quelques religieux de divers ordres et autres personnes ecclésiastiques parloient de plusieurs doctes matières. Quelques années après, le cardinal de Richelieu, qui aimoit fort toutes sortes d'actions publiques, s'étant ressouvenu de celle-ci, voulut se donner le plaisir d'une chose qu'il n'avoit point vue, et faire renaître cette assemblée. Comme il étoit toutpuissant, les mêmes hommes qui l'avoient composée furent bientôt réunis, et il les entendit discourir sur les mêmes matières qu'ils avoient traitées autrefois, leur ayant seulement donné pour adjoint le docte Campanella, qui étoit alors en France, lequel fut le modérateur ou plutôt le président de l'assemblée, et au lieu du cloître Saint-A ietor, Ton la tint dans la galerie de Conflans.
470 PJÈCES JLISTIFICATIVKS.
« JNous avons vu aussi les conféreuces qui se tenoient autrefois sur plusieurs questions de pliysique et de morale au bureau d'adresse, cliez Théophraste Renaudot qui en étoit l'intendant, et il ne sert de rien de les traiter de mépris, à cause des divers tracas qui se faisoient encore au même lieu, comme de la vente et distribution des gazettes, et de la communication que l'on y donnoit des registres, des bénéfices à permuter et des maisons à vendre, et pour les valets que Ton y trouvoit à louer, l'argent que l'on y prêtoit sur gages, les bardes engagées que Ion vendoit à l'encan , ce qui reudoit quelquefois cette maison une vraie friperie. Cela n'empêchoit pas qu'à d'autres heures elle ne parût soudain une école de philosophes, et l'on pouvoitdire que ses diverses applications se faisoient pour la rendre un modèle de notre police, et un abrégé de la vie humaine. En ce qui est de ses disputes, ou discours de doclrine, quoiqu'ils ne se lissent pas avec tant d'appareil et d'ordre que l'on les eût pu faire chez les grands seigneurs, c'étoit à peu près néanmoins ce que pouvoit exécuter un petit particulier, et cette assemblée a eu ceci d'excellent au-dessus de beaucoup d'autres, qu'il reste quatre livres de ses Conférences, pour quatre années qu'elles ont duré, où l'on trouve beaucoup de belles curiosités.
« M. Flurance Rivault, dernier précepteur du roi
Louis XIII, fit imprimer, en l'an 1612, le dessein d'une Académie et de son introduction dans la cour; mais elle n'eut
point d'exécution, et il semble pourtant que notre Académie françoise ait été établie sur ce modèle, sinon que, comme au lieu du Roi elle n'a eu qu'un cardinal pour protecteur, aussi au lieu des grandes matières, de la première elle ne s'est réservé que des questions de grammaire et tout au plus de rhétorique pratique. »
HEQUÈTE
PRÉSE^'TEE PAR LES DICTIONNAIRES
A MKSSIEURS l)K L'aC^DÉMIE Pour la
REFORMATIO.N DE LA LAXGUE FRANÇOISE "
A Nosseigneurs Académiques, Nosseigneurs les Hypereritiques, Souverains arbitres des mots, Doctes fait^eurs d'avant- propos.
Cardinal-historiographes, Surintendants des orthographes, Rallineurs de locutions.
Entrepreneurs de versions, Peseurs de brèves et de longues, De voyelles et de diphthongues :
Supplie humblement Calepin,
Avec Nicod, Estieune, Oudin,
Et tous autres dictionnaires,
Lexicons et vocabulaii-es.
Par qui les écoliers françois
De leur langue apprennent les lois;
Disant que depuis trenle années
' Vuy. |i|) ,-)0-al.
On a, par diverses menées, Banni des roQians, des poulets, Des lettres douces, des billets, Des madrigaux, des élégies.
Des sonnets et des comédies Ces nobles mots : moult ^ ains^jaçoit, OreSj adonc, maint^ ainsi soit^ A tant, si que, piteux, icelle, Trop plus, trop mieux, jaquiers, isnelle. Il ne m'en chaut, je n'en puis mais, A grand raiidon, à toujours mais, Mauvaistié, blandice, empirance, Tollir, cuider, angoisse, usance, Piéça, servant, illec, ainçois.
Comme étant de mauvais françois; Et ce, sans respect de l'usage, Ni de ces maîtres du langage, Les Amyot et les Ronsard, Les Du Bellay et les Tyard, Les Bertaut et les Vigenaires, Auxquels on préfère Porchères, Les Du Vair et les Goëffeteau, A qui l'on préfère Escuteau ; Et bien que telle outrecuidance ( Soit dit sauf votre révérence ) Fît préjudice aux suppliants, Vos bons et lidèles clients.
Et que de Gournay la Pucellp, Cette savante damoiselle, En faveur de l'antiquité Eût notre Corps sollicité De faire des plaintes publiques
Au décri de ses mots antiques ; Toutefois, comme uous pensions Que le reste des dictions Ne soufTi'iroit aucun dommage Par ces correcteurs de langage, Et que sans voti-e autorité Nous aurions toute sûreté. Nous nous serions par déférence Tous contenus dans le silence, Aimant mieux perdre ces bons mots Que de troubler votre repos.
Cependant on sait par la ville Que, depuis, votre Gomberville Auroit injustement proscrit Le pauvre car d'un sien écrit, Comme étant un mot trop antique Et qui tire sur le gothique, Et qu'aussitôt le sieur Baro, Sur ce mot, cria tant haro Qu'on alloit pour cette crierie Bannir de la Chancellerie ( Tant lors on étoit de loisir ) Le car tel est notre plaisir^ Sans que Conrard, le secrétaire.
D'un tel mal ne pouvant se taire, S'opposa généreusement A ce cruel bannissement, Vous remontrant qu'eu toute affaire Le car est un mot nécessaire.
Que c'est un mot de liaison, Introducteur de la raison, Et que depuis plus de cent lustres.
480 PIECES .Il STIFICATIVES.
Toujours par des emplois illustres, Il sert utilement nos Rois Dans leurs traités et clans leurs lois, Et fut, non sans quelque risée, La remontrance autorisée Par Saint-Amant et par Faret D'une chanson de cabaret Dont car commandant la reprise.
Fait que tout le monde la prise; Que lors, par trois ou quatre fois, Ils chantèrent à haute voix.
En pleine troupe académique, En faisant à Baro la nique ; Voire même quelques esprits Qui méchamment ont entrepris De nous réduire à l'indigence, Vouloieut contre toute apparence, Par brigues et par faux témoins, Proscrire encore néanmoins.
Pourquoi, (Fautant^ cependant, oncques, Or. toutefois, partant, or doncques.
Et prononcer un interdit Tant contre ladite et ledit Que contre lequel et laquelle^ Un quidanf, un tel , loie telle.
Mais, grâces à Tabbé Chambon, A Sirmond, au père Bourbon, Au sieur Godeau le Paraphraste, Au bon Baudouin le Métaphraste, Au politique Priezac, Au grand épistolier Balzac, \ (Chapelain l'archipiiriste.
A Vayer le Dialogiste, Qui de parfait Pierre Hovien S'est fait Académicieu, Au vieux Maynard le Satiricfue, A Silhon le Mélancolique, Au petit abbé de Boursay.
Contre l'avis de Serisay, De l'Estoile et de Malleville, De Gombaud et de Gombervilie, Et d'autres à nous inconnus, Ces mots ont été maintenus ; Or, Nosseigneurs Académiques, Nosseigneurs les Hypercritiques, Ce n'est pas tout : nos pauvres mots Ont bien enduré d'autres maux ; Mille ont été bannis des maîtres ; Les uns accourcis de trois lettres, Les autres d'autant allongés ; Leurs genres ont été changés :
Par une trop lâche mollesse, Qu'ils appellent délicatesse, Serisay des mois masculins Ayant fait des mots féminin, Car ce beau mignon fait la figue A quiconque dit un intrigue^ Et veut, contre toute raison.
Que l'on dise de la poison^ Une épitaphe, une épigramme, Une navire, une anagramme.
Une reproche, une duché, Une mensonge, une évêché, Une éventail, une squelette,
La doute, une hymne, une épithéte;
Bref, ce délicat Serisay
Eût chaque mot féminisé,
Sans respect ni d'analogie.
Ni d'aucune étymologie,
Pour condescendre au doux Haberl,
Sans que l'abbé de Bois-Robert,
Nommé grand chansonnier de France
Favori de Son Éminence,
Cet admirable Patelin
Aimant le genre masculin,
S'opposa de tout son courage
A cet efféminé langage.
Depuis plus de quatre ou cinq ans,
Un de vos plus grands partisans,
Afin de nous faire injustice
Et par belle et pure malice,
Auroit de son autorité
Dans l'avant-propos d'un traité,
Qu'il a fait suivant son caprice,
De la faculté concoctrice
(Mais qui, par ses obscurités,
Cause aux lecteurs des crudités).
Banni de noble royaume
Du latin le docte idiome,
Comme langage de pédant ;
Et, par cet étrange accident,
La pauvre langue latiale
Ailoit être troussée ea malle
Si le bel avocat Belot,
Du barreau l'illustre fallot,
N'en eût pris en main la défense
PIÈCES JUSTIFICATIVES. iS'.^
Et protégé son innocence;
En quoi certes et sa bonté,
l'^t son zèle et sa charité
Se firent d'autant plus paroître
Qu'il n'a l'honneur de la connoître,
Semblable à ces preux chevaliers,
Ces paladins aventuriers
Qui, défendant des inconnues,
Ont porté leur nom jusqu'aux nues;
Enfin je ne sais quels auteurs Auroient prescrit aux correcteurs
Une impertinente orthographe,
Leur faisant mettre paragraffe,
Filosofie, ôtre, le tans,
L'ivei\ Votonne, leprintans.
Place réale, le réome.
Saint 0 (Justin et saint Gérome,
Et retranchant mal à propos
L's de la plupart des mots,
Comme d'état, û'ôter, de nôtre,
D'être, à'étonnement^ d^apôtre,
Dont son usage est mal traité,
Autant ou plus qu'il fut du Z,
Lorsque de toutes leurs querelles
Elle fit juge les voyelles,
Si bien que les petits grimauts
Ne rencontrant point tous ces mots •
Suivant notre ordre alphabétique,
Qui retient l'orthographe antique.
Entrent aussitôt en courroux,
Et lors nous frappent à grands coups,
Souffletant le dictionnaire
Aussi bien que le Despautaire ; Mais tout cela n'est rien au prix De ce que nous avons appris Que Vaugelas, dans sa harangue, Opinoit à nouvelle langue, Et que sous votre autorité, En dépit de l'antiquité, Dans son nouveau Vocabulaire Et dans sa nouvelle Grammaire, 11 supprimoit nos dictions Avecques nos locutions, Ce qui, sauf votre révérence, (Outre la haute impertinence Qu'un étranger et Savoyard Fasse le procès à Ronsard), Seroit une extrême injustice Qu'à la fin, après le service Que, par nos doctes dictions, A tant et tant de nations, En toute sorte de science, rVous avons rendu dans la France, On nous cassât honteusement.
Nous l'osons dire hautement.
Que tous les vieux dictionnaires Sont absolument nécessaires ; Par eux s'entendent les auteurs, Par eux se font les traducteurs ; Ils servent à tous de lumières Dans les plus obscures matières ; Ils sont les docteurs des docteurs, Les précepteurs des précepteurs.
Les maîtres des maîtres de classes,
Et tels qu'on a cru savantasses
A la faveur de leurs bons mots,
Sans eux n'étoient rien que des sots :
Témoin, Nosseigneurs, ce bon homme
Qui laissa Calepin a Rome;
Témoin Montmaur, ce professeur
Qui passeroit pour un fesseur,
S'il n'avoit point les trois Estiennes
Avec les gloses anciennes,
Le nomenclateur Junius,
Et Matthias Martinius;
Mais, sans parler ici des autres,
Vous savez que, parmi les vôtres,
Les plus renommés traducteurs
Et les plus célèbres auteurs,
Qui s'en font maintenant accroire,
Nous sont obligés de leur gloire ;
Et cependant, ô siècle, ô mœurs !
Ce sont eux qui, par leurs clameurs.
Aujourd'hui dans l'Académie
Nous traitent avec infamie.
Quantesfois dans ces versions.
Sans le secours des dictions
Et de Calepin et d'Estienne, Baudouin étoit-il eu grand'peine I Sans nous, Colomby dans Justin Étoit au bout de son latin !
Et, dans son Térence, Voiture Avoit l'esprit à la torture.
Dans Quinte-Curce, Vaugelas Dès le premier mot étoit las ; Vaugelas, ce grand interprète,
Lequel aujourd'hui nous maltraite ; Maynard sans nous traduisoit mal Son Catulle et son Martial ; Et le Sénèque faisoit nargue A votre candidat Lesfargue ; Sans nous, Giry n'entendoit rien Aux écrits de Tertullien.
Et l'obscur apologétique A tous coups lui faisoit la nique ; Dedans les Psaumes, Desmarets ÎN'eût pas fait, comme il fait, florès; Le beau Patru, dans sa harangue, Ne savoit de qui prendre langue, Et cent fois étoit à quia Dans l'oraison pro Archia; . Golletet, dedans Sainte-Marthe, Prenoit souvent renard pour marte; Même le hardi d'Ablancourt Dans Tacite se trouvoit court ; Sans nous Habert n'entendoit note Dans la morale d'Aristote, C'est-à-dire en la version Qu'avec beaucoup d'attention En ont fait en langue latine Des gens d'éminente doctrine ; Car, quant au texte, ut dicilur, Grœcus il est, non legitur; Que si nous sommes moins utiles Aux L'Estoiles, aux Gombervilles, Aux Serisays, aux Saint-Amants, Aux Conrards, Baros et Racans, Et tels autres savants critiques
Des ouvrages académiques, Ces grands et fameux palatins.
Etrangers es pa.vs latins ; II est pourtant très- véritable Que, ce qu'ils savent de la fable, Ils l'ont appris des versions Qu'à l'aide de nos dictions Il fut autrefois nécessaire De leur faire eu langue vulgaire ; Ainsi, quoique indirectement, iVous leur servons de truchement.
Mais, sans regarder aux offices, Aux assistances et services Que vous rendent les suppliants, Voyez les inconvénients Que causeroit votre grammaire Avec votre vocabulaire ; Vous n'en êtes qu'à VA, bé, ce, Depuis plus d'un lustre passé Que l'on travaille à cet ouvrage.
Or, nos chers maîtres du langage, Vous savez qu'on ne fixe point Les langues en un même point ; Tel mot qui fut hier à la mode, Aujourd'hui se trouve incommode, Et tel qui fut hier décrié Passe aujourd'hui pour mot trié; C'est après tout monsieur l'Usage Qui fait ou défait le langage, Si bien qu'il pourroit arriver, Quand vous seriez prêt d'achever Votre nouveau vocabulaire
Et votre nouvelle grammaire,
Que grand nombre de dictions
Et plusieurs des locutions
Qu'on trouve maintenant nouvelles
Et qui vous paroissent très-belles,
Ne seroient plus lors de saison ;
Nous joignons à cette raison
Que toujours votre critique,
Décriant quelque mot antique
Et des meilleurs et des plus beaux,
Sans qu'elle en fasse de nouveaux ,
On seroit, ô malheur insigne !
Réduit à se parler par signe;
Mais, quand vous feriez d'autres mots,
Combien souffriroit-on de maux
Avant que de les bien apprendre
Et de se faire bien entendre ?
Combien nous faudroit-il de temj)s
Pour apaiser les malcontents,
Et faire que ce beau langage
Fût homologué pai* l'usage ?
Ce considéré, Nosseigneurs,
Pour prévenir tous ces malheurs.
Qu'il plaise à votre courtoisie
Piendre le droit de bourgeoisie
Aux mots injustement proscrits
De ses beaux et doctes écrits.
Laissez votre vocabulaire.
Abandonnez votre grammaire,
^ 'innovez rien, ne faites rien
En la langue, et vous ferez bien.