Si l'épître liminaire ou la préface d'un livre est vue
dans la Compagnie sans le reste, l'on ne donnera l'approbation que pour ce qui aura été examiné, et l'auteur ne pourra mettre dans l'imprimé sa qualité d'académicien, encore qu'il ait lapprobation de l'Académie pour une partie de l'ouvrage.
43. Les règles générales qui seront faites par l'Académie touchant le langage, seront suivies par tous ceux de la Compagnie qui écriront tant en prose qu'en vers.
44. Ils suivront aussi les règles qui seront faites pour l'orthographe.
45. L'Académie ne jugera que des ouvrages de ceux dont elle est composée; et si elle se trouve obligée par quelque considération d'en examiner d'autres, elle donnera seulement ses avis, sans eu faire aucune censure et sans en donner aussi d'approbation.
46. S'il arrive que l'on fasse quelques écrits contre l'Académie, aucun des Académiciens n'entreprendra d'y répondre ou de rien publier pour sa défense, sans en avoir charge expresse de la Compagnie assemblée au nombre de vingt pour le moins.
47. Il est expressément défendu à tous ceux qui seront reçus en l'Académie de révéler aucune chose concernant la correction, le refus d'approbation ou tout autre fait de cette nature qui puisse être important au général ou aux particuliers de la Compagnie , sous peine d'en être bannis avec honte sans espérance de rétablissement.
48. L'Académie choisira un imprimeur i pour imprimer les ouvrages qui se publieront sous son nom et ceux des particuliers qu'elle aura approuvés ; mais pour ceux que les
' Jean Camusat, fies l'origine. — ll545, P. Le Petit. — 1686, J.-B. Coignard. — iGS9, J.-B. Coignard. — 1M5, J.-B. Coignard. — 1749, Bernard Brunet. — 1775. Ant. Guénard-Demonville.
particuliers voudront mettre au jour , sans approbation et sans la qualité d'Académicien, il sera eu leur liberté de se servir de tel imprimeur que bon leur semblera. -
49. Cet imprimeur sera élu par les suffrages des Académiciens et fera serment de fidélité à la Compagnie entre les mains du Directeur ou de celui qui présidera.
50. Il ne pourra associer personne avec lui pour ce qui regardera les ouvrages de l'Académie ou ceux qu'elle aura approuvés, dont il n'imprimera aucune cbose que sur la copie qui lui sera mise en main sous le seing du Directeur ou du Secrétaire, et lui sera fait défense d'y rien changer sans la permission de la Compagnie, à peine de répondre en son nom de tous les inconvénients, de refaire l'impression à ses dépens, et d'être déclaré déchu de la grâce qui lui aura été accordée par l'Académie.
Signé : Le Cardinal de Richelieu.
Et scellé de ses armes. — Et plus bas :
Par mondit Seigneur,
Signé : Chaepentier.
AFFAIRE DU CTD. — Rôle de Chapelain'.
Tout ce qui se rattache au nom de Corneille présente un tel intérêt , que nous croyons être agréable à nos lecteurs en reproduisant les extraits suivants des lettres de Chapelain : ils complètent la série de ceux qu'a présentés M. Jules Taschereau dans son excellente histoire de Corneille ( Biblioth. elzév., liv. II, texte et notes), et servent à faire apprécier le rôle de Chapelain dans cette affaire :
I. A M. DE Balzac. — « Je vous écrivis mercredi dernier,., tumultuairement à mon ordinaire, et je vous témoignai l'applaudissement qu'avoit eue en pleine Académie la lettre que j'envoyai de votre part à M. de Scudéri. Jugez après cela ce que ce sera lorsque je la ferai revoir retouchée par vous. Mais je suis étonné comment vous croyez que nous puissions donner cause gagnée à l'Observateur du Cid, après que vous avez écrit une si belle apologie pour lui, et montré en quelque sorte que vous avez pris cette pièce en votre protection. » — (7 août 1637.)
II. A M. Godeau, évéque de Grasse. — « Dans quinze jours, Camuzat vous enverra le procès du Cid, qulenfiii nous avons été contraints de donner au public. « — (12 novembre 1637.)
m. A M. DE Saim-Chartres, à Poitiers. — « Dans la
' Voy.pp. 86 et 89.
fin de la semaine qui vient, les Sentiments de C Académie contre le Cid, ou, poui- mieux dire, sur te Cid, seront achevés d'imprimer, et je crois que vous serez encore assez longtemps chez vous pour recevoir l'exemplaire que le sieur Camuzat vous enverra. » — (27 novembre 1637.)
IV. A M. l'abbé de Bourzéis. — Chapelain lui écrit qu'il ne peut aller le voir le mercredi suivant à l'heure dite : « Dans la passion que j'avois d'entendre l'action (le discours) que. vous me dites, il ne me souvenoit pas qu'un moment devant l'aljbé de Cérisy avoit tiré parole de moi que ce même jour et à l'heure même j'irois chez lui pour travailler, conjointement avec lui et M. Desmarets, à ce que la Compagnie avoit résolu que l'on diroit à la louange des beaux endroits du Cid. Ainsi, monsieur, une fort mauvaise affaire me prive d'une fort bonne. » — (30 novembre 1637.)
V. A M. DE Saot-Chaktres, à Poitiers. — «Vous aurez sans doute reçu le travail de l'Académie sur le Cid, et par là reconnu qu'il n'y a rien d'impossible à... [Richelieu]; car cette publication étoit une des plus difficiles cho:es à nous faire exécuter qu'aucune qu'il ait encore entreprise. Mais est Jactuni quodcunqiie cupif. » — (24 décembre 1637.)
VI. A M. G0DEA.U, évêque de Grasse. — « Je ne vous envoie pas... le Discours de l'Académie sur le Cid, quoique, pour la grande part que j'y ai, à mon très-grand regret, je vous en dusse faire une présentation de cérémonie. » — (25 décembre 1637.)
VTI. Au wème. — « La Piicelle a perdu tout l'été passé, où elle croyoit faire de notables progrès et avec quelque apparence, si le misérable fanfaron espagnol qu'on nomme Cid ne la fût point venue traverser. » — (8 janvier 1638.)