M. VICTOR COUSIN
Un beau volume in-8°. — Prix : 7 fiancs.
« Si le public accueille un peu favorablement ces études, nous
lui en offrirons la suite ; nous lui montrerons M"" de Longueville pendant la Fronde et après sa conversion, de 1G49 à 1680. Ce n'est assurément pas la moins belle partie du wiV siècle. »
M. Cousin terminait en ces termes l'Avant-propos qu'il plaçait en tète de sa belle étude sur la Jeunesse de M'"^ de Longueville. C'était un engagement précieux et piquant tout à la fois que prenait lillustre écrivain. Le public l'a mis bientôt en demeure de tenir sa parole, en accueillant avec une vive sympathie les deux éditions que nous avons publiées de ce brillant lal)leau.
M. Cousin tient aujourd'hui sa promesse, non tout entière cependant, ainsi qu'il nous l'apprend lui-même dans l'Avant-propos de ce nouvel ouvrage, Avant-propos qui porte l'empreinte de sa touche magistrale et de ce style qu'on connaît.
« Voici encore une figure de la galerie que nous avions projetée et que nous n'achèverons jamais. M""" de Sablé a occupé une place assez élevée dans l'estime de ses contemporains, et elle nous a paru mériter encore notre attention parla réunion de qualilés peu conmiunes. Elle avait de la naissance, de la beauté, de la raison et du cœur. Si elle n'a pas beaucoup fait par elle-même, elle a eu i'Jieureux don d'inspirer des esprits plus hardis que le sien, elle a donné l'impulsion à un nouveau genre de littérature, les Pensées et les Maximes, et par là mêlé son nom à plus d'un nom illustre. Elle serait digne de servir aujotu'd'hui de
modèle à quelque femme aimable^ bien née et bien élevée, qui, revenue des illusions et des troubles de la première jeunesse, mettrait son bonheur dans des occupations solides et élégantes, et se piquerait d'exercer autour d'elle une utile et noble influence. A ces divers titres, nous espérons que M"" de Sablé, si recherchée de son temps, ne sera pas mal accueillie du nôtre.
« Mais, nous l'avouons, malgré tout son mérite, M"® de Sablé n'est point ici notre unique sujet.... Elle nous mène à travers les meilleures parties du xvn^ siècle; elle nous introduit dans les salons les plus célèbres, et nous y fait faire connaissance avec la plus haute et la plus gracieuse compagnie. Nous assistons avec elle aux derniers jours de l'hôtel de Ramliouillet, aux Samedi un peu bourgeois de M"" de Scudéry. aux brillantes réunions du Luxembourg...; nous la suivons à Port-Royal, dans ce salon modeste, où, vieillissante, presque sans fortune, ne vivant plus que de réflexions et de souvenirs, elle reçoit encore, et sait retenir longtemps autour d'elle, une société incomparable, et donne ses propres goûts à Pascal lui-même et à la Rochefoucauld. A côté d'eux nous rencontrons leurs dignes contemporaines, M™^ de Se vigne et M""^ de la Fayette, Marie de Hautefort. laimable abbesse de Caen et de Malnoue, et l'ingénieuse et savante abbesse de Fontevrault.
« A l'écart et dans l'ombre, souriant aux graves amusements de la noble compagnie, mais n'y participant point, nous trouvons aussi chez M"^ de Sablé une autre personne, jadis l'idole de l'hôtel de Rambouillet, la reine de la mode et du bon ton, alors vouée à la plus austère pénitence, la sœur de Coudé, cette la Yallière de la Fronde, dont nous avons essayé de peindre la pieuse enfance et l'aventureuse jeunesse.... A trente-cinq ans, M""^ de Longuevifle a dit adieu au monde; elle est tout entière au repentir et au devoir, à son vieux mari et à ses enfants. Et pourtant elle est toujours la même : elle demeure aussi gracieuse que majestueuse; à la moindre occasion, son esprit, son cœur, sa fierté, son énergie reparaissent, et enlèvent l'admiration. C'est encore pour elle que ce livre a été fait : elle en est la véritable héroïne. Nous la montrons sous un aspect nouveau, dans la dernière partie de sa vie, entre les Carmélites et Port-Royal, douce et humble comme la sœur Marthe de Jésus et la sœur Louise de la Miséricorde, et quelquefois aussi fière, aussi énergique, aussi subhme que Jacqueline Pascal et Angélique Arnauld.
« . ..Ainsi nous auronsfait connaître lesdeux extrémités de la carrière de M"^ de Longueville, sa première jeunesse et ses derniers jours. Il nous reste à raconter l'époque intermédiaire, le temps des passions, des orages, des fautes de tout genre : tâche délicate et pénible, devant laquelle nous reculons en vain, et qu'il faudra bien remplir, pour faire comprendre la nécessité et la sainteté de l'expiation. »
Paris.— Imprimerie Bonaventure et Ducessois, 55, quai des Augustins,
WNDING SECT. MÂY7 1973