‹ Histoire de l'Académie française (volume 4)Chapitre 57 sur 95 · EXTRAITS DE CHAPELAIN · texte numérisé non relu

EXTRAITS DE CHAPELAIN

Nous sommes heureux de pouvoir donner ici de non»breux extraits des lettres de Chapelain ; malheureusement, M-. Sainte-Beuve, qui a bien voulu nous les communiquer, ne possède pas toute cette correspondance si précieuse ; nous nous arrêtons, pour ce volume, à Tan 1611 ; mais notre tome second reprendra les extraits à pariir de 1659. On verra qu'en beaucoup de cas ces lettres remplacent utilement les registres perdus de Conrart; mais, plus indépendant que le Secrétaire officiel, Tauteur apprécie la portée de certains actes de l'Académie avec une singulière indépendance. Nous citerons notamment ce qu'il dit de Boissat, et de la lettre adressée par l'Académie à celui-ci, après son accommodement avec le comte de Sault.

A M. GODBAUy A Dssux.

[8] décembre 1632.

« Vous viendrez donc assurément, et nous rendrez par votre présente le contentement qœDieu nous a retenu si longtemps; vous nous rendrez même V Académie de laquelle vous êtes le prince et le chef, chacun ayant remis à votre retour rassemblée de nos conseils , et la tenue de nos états. •

A M. DE Baubac.

26 mars i63i.

« Ce serait ici le lieu de vous parler de l'Académie dont Monseigneur le Cardinal s'est depuis peu rendu le promoteur, et qu'il autorise de sa protection.

< M. de Bois-Bobert s'étant offert avec une chaleur et une ambitk>nextraordinaires de vous avertir de ce qui vous regardoit en cela, je craindrois de venir à tard, et de me faii'e une querelle avec lui, si je vous en eutretenoîs àcette heure. Je suis de cette compagnie par grâce, et, par cet honneur, je trouve mes charges redoublées , ne jugeant pas qu'il me fût bienséant d'être de ce corps, et de ne pas contribuer k sa perfection tout ce qui seroit en ma puissance, si chacun y apporte autant de zèle que moi, je puis dire sans vanité que nous ferons quelque chose de mieux et de plus utile que toutes les Académies ensemble. A moins que de se proposer cet

iVantage, je vous avoue que Je tieodrols iiiod tempe perâa^ »

A M. DE Bois-Robert.

3 août 1834.

« Je ferai savoir à ees messieurs que vous les aimez toujours, et que vous vous honorez du titre à*Académisie. •

A M. GONBAST, À JONQUIÈBE.

91 août 1634.

« L'AcBdéiiiUi est réduite au petit pied, et, si l'influence dore, il y a apparenee qu'elle sa réduira à néant ; les trois dernières assemblées se sont passées sans rien faire, et, ai celle que nous allons tenir tantôt est de même, il lui faudra changer de nom et l'appeler V Académie des fainéants. Je vous garde une lettre que M. Maynard m'a écrite sur son sujet, qui vous surprendra aussi bien que moi. Je ne l'estimois pas capable d'une telle humilité, ni d*une si grande déférence. •

A. M. Maynabo.

Août 1634.

« Nous lûmes l'un et l'autre à l'Académie les termes honorables avec lesquels vous parliez d'elle, et fûmes ouïs avec ressentiment de tous. Il seroit long de vous réduire sa forme, et ce qui s'est passé depuis son institution. Ce qui la rend considérable, est l'approbation de Monseigneur le Cardinal ,

< Yoyes plas loia la réponse de Balzac.

et le mérite de ceux dont elle est composée. lie reste qu'on s'en est promis pourra être, et pourra aussi n*étre pas. Quand il n*y auroit autre avantage qu'une fois la semaine on se Yoie avec ses amis, en un réduit plein d'honneur, Je ne croirois pas que ce fût une chose de peu de consolation, et d'utilité médiocre. M. Racan est en cette ville, qui n'en manqué point et confesse, avec sa bonté ordinaire, que les conférences qui s'y font ne lui sont pas inutiles, quelque excellent homme qu'il soit. »

A M. DE Bois-Robert.

4 septembre 1654.

« Prenez patience cependant et, sitôt que votre temps sera fini revenez, et ne donnez pas le temps à la fièvre de tous arrêter dans votre mauvais pays. Peut-être trouverez-vous l'Académie plus échauffée qu'elle n'est, et les Académiciens en meilleure humeur de bien faire. La salle de M. Desmarets est, depuis six semaines, trois fois plus grande que d'ordinaire, et quand tout le monde y est assemblé, elle paroit comme s'il n'y avoit personne. En effet, c'est qu'il n'y a presque personne, et que, la pénultième fois, la Compagnie / ne fut composée que d'un seul. Le bon M. Faret est un des plus négligents, ou plutôt un de ceux que les affaires en détouraent davantage.

A. M. DE Balzac.

Novembre 1634.

« Pour la dernière Académie, sans tous la prétendre faire aimer, je vous assurerai qu'elle n'est pas si étrange qu'on

vous la fait; et qu*il a suffl que ce fût une nouveauté pour soulever force monde contre elle. Si néanmoins il eût été en ma liberté d*eD être ou de n*en pas être, je vous avoue que Je m^en fusse dispensé, et que sans la mépriser, toutes les fois que Je me pourrai donner le temps qu*il faut, ) ar considération, que je lui donne, je le ferai assurément, car je suis le plus accablé des hommes. Cela demeurera entre nous, s*il vous plaît. »

A M. DE BaLZ4C.

25 février 1635.

« J^attends avec impatience Fédition de vos belles lettres, et la harangue que vous me promettez pour l'Assemblée, de laquelle je vous dirai qu'elle se rend tous les jours, et de plus en plus, honorable : s'accroissant de jiiur en jour de personnes de condition, en sorte que les aboiements du vul« gaire cessent, et l'applaudissement demeure général. M. du Chastelet, M. l'abbé de Bourzé (Bourzéys) et M. Godeau ont déjà parlé chacun près de trois quarts d'heure ; c'est à notre ami M. de Bois-Robert à entretenir la Compagnie la première séance. J'ai même sentiment que vous pour quelques Académiciens ; mais ils y sont, et les choses ne sont plus en état d'être révoquées. Le temps purgera la Compagnie, mais vous Tiltustrerez toujours, et elle tirera plus de gloire de vous seul que de honte de ceux qui y trouvent place indignement ' . »

i Voyez plus loin la réponse de Balzac.

366 PIÈCES iUSTlFlCATlVCS.

A M. ii« Bàusàc.

« I^ discours qtie j*a1 fait à ta compngnfe est fon^ «t matiTais, deux raisons qui vous doivent détourner de Texposer à une vue si délicate que la vôtre. C'est pourquoi j'attendrai des ordres plus précis de vous pour vous l'envoyer, i

A M, DX BàJULàc.

31 mai 1637.

« Poor l'Aeadémie, elle Imgiiità l'ordlniire; peu de fcet s'y rendent aux jours réglés, et l'on n'y fait pim exercioe de lettres. Elle en a néannooins toujours le nom, et le premier promoteur de cette assemblée ne parie tous les jours qne de l'homologation de ses privilèges. Après qvoi, si nous ne travaillons comme des manœuvres, on nous dégradera et exilenu Les Muses françoises ne riment plus depuis mt aa que l'oa leur a donné le bréviaire à tradoire en prose. ■>

A M. MK BUJLàC.

17 octobre i6S7*

« Pour M. Bourbon, vous faites une chose digne de votre générosité d'oublier le passé, et de Touloir bien tm raeeômmodement dans lequel, à considérer les choses à la rigueur, vous pouvez prétendre de grands dommages et intérêts.... Je solliciterai M. de Yaugelas de s'acquitter envers cet ex-

cellent ennemi de la commission qtie vons tnl ariez donnée ; et de mon côté J*agirnl avec le même, car Je ne Tavols tn, depuis qa*il étoit mon maître de classe, que quand if fit son entrée dans l'Académie, et le tout se passera comme vous le sauriez souliaiter. Je crois que le motif de la nomina-^ tion de cette personne a été pour avoir dans la compagnie des gens formidables au Pays-Latin, s'il se soulevoit contre elle, comme l'on en a parlé... J ai cent fois pensé aux lettres que le premier (Bourbon) vous a écrites, et que vous m'avez montrées^ mais il faut avouer qu'il est bon latineur. »

xn.

A. M. fiOTJGHABD, k ROMB.

i« mai 165«.

■ 11 semble par votre lettre que vous croyez pouvoir être* admis en votre absence. Je vous répéterai ici, si Je ne vous Fai déjà écrit, qu'on ne vous peut proposer pour cela que vous ne soyez présent, et qu'après l'avoir fait agréer à son Éminence, qui, par un ordre particulier, a voulu être consulté sur tous les prétendants, afin de fermer la porte à toute brigue et ne souffrir dans sou assemblée que des gens qu'il connoisse ses serviteurs.. • Une place d'Académicien en France n'est pas un bénéfice, et son Ëminence est assiégée de tant d'affaméS| et qui attendent depuis si longtemps, que jusqu^ici nous n'avons vu aucun de notre troupe gratifié de pareil bienfait, si vous en exceptez M. de Bois-Robert. »

xin.

A M. Maynabd, en Auvebgne.

28 avril i638.

« Le peuple se réjouit aux dépens de l'Académie, et s'en-

tretient d*une mauvaise comédie manuscrite où nous sommes la plupart introduits personnages, à ce qu*on dit, peu agréablement. Votre éloignement vous aura sans doute fait oublier par ce mauvais comique, et nous défrayerons la Compagnie sans vous. »

A M. OE Balzac.

20 juin 1638.

« Qualche scioperato s'est avisé de faire rit c les crocheteurs aux dépens de notre sénat littéraire, car il ne fait point rire les honnêtes gens. Il a fait une mauvaise farce où nous représentons tous, et jusquesa M. le Chancelier même, ce qui a fait supprimer la pièce, parce qu'on menaçoit d'un voyage en Bastille celui qui s'en avoueroit le compositeur. C'est, à vous parler sérieusement, une maigre bouffonnerie et qui ne nous lait point de tort. Pour la compilation de Saint-Germain , elle est d'une matière plus isUjCtte à censure, et je ne crois pas qu'elle ait été vue à Paris... «

A M. DE Balzac.

5 septembre 1638.

« L'Académie sta per tirar le calse^ tant elle est languissante et oiseuse. Vous avez oublié qu'elle ne se tient que les lundis. >

A. M. l'abbe de Bois-Robert.

27 septembre 1638.

« L'Académie languit sans vous, et nous nous aperce-

vons extrêmement de votre absence. Mais nons n'oserions vous trouver à dire, sachant que vous êtes utile auprès de la personne de notre maître commun , et que , dans le service que vous lui rendez, vous représentez celui que la Compagnie lui doit, et qu'elle a impatience de lui rendre. »

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