‹ Histoire de l'Académie française (volume 4)Chapitre 59 sur 95 · LETTRES DE BALZAC RELATIVES A L'ACADÉMIE · texte numérisé non relu

LETTRES DE BALZAC RELATIVES A L'ACADÉMIE

22 septembre 4656^.

Trouvez bon qu'aujourd'hui je n'agjisse ps^s, sérieusement avec vous. Je n/ai pu m^empécher de rire de la belle nouvelle de votre lettre. Vous me mandez que vous avez été reç^ par grâce dans l'Académie des beaux esprits. Et moi je voùdrois vous demander qui a reçu les beaux esprits qui vous ont reçu? D'où vient le principe de l'autorité et la source de la miaaiQn K Qu^ 9f>vA ces grands personnages qui ont fait gX^cjd h M* Qx^ipçlain? De quelles contres nouvelHin^ent décoAivert^iS^ viennçQt ces hommes extraordinaires» qui, pour (aire ^c^ce à M* Chapelain > doivent valoir un peii pl^^ qUQ M, Iç c^rctosil du Perron , et que M« le présid^lM; de Thou. Dites-moi encore^ ^% ypus plaît ^ qu'est-ce q^ ce Directeur? Qu'est-ce que *^*7 Quoi que vous me puissiez dire là-dessus, j'ai peur que vous ne me persuaderez pas, et que j'aurai de la peine à adorer le Soleil levant (l'Académie), dont vous me parlez. On m'en écrit comme d'une comète fatale qui nous menace, comme d'une chose terrible et plus

^ G^Uci ds^te e^ c^s^înement fausse^ puisque la lettre de B^ac rç|^d à celle quç lui écrivit Chapelain à la datç du ^6 noi^^ \'^^i^' •- Voy. page 362,

redoutable que la sainte inquisition. On me mande que e*est une tyrannie qui se va établir sur les esprits, et à laquelle il faut que nous autres, faiseurs de livres, rendions une obéissance aveugle. Si cela est, je suis rebelle, je suis bérétique. Je vais me jeter dans le parti des barbares. Yoiei un grand mot, mais il est très- véritable. Vous êtes le seul que je puisse préférer à ma liberté : et s'il n*y a pas de moyen de vivre indépendant en ce monde , je vous prie que Je ne reconnoisse, en prose et en vers, d'autre juridiction que la vôtre.

(Balzac, I, in-fol., p. 727, lettre XV.)

90 septembre 4636 ^

Je TOUS crfe merci de ma trop grande crédulité. Pardonnezmoi mes craintes et mes alarmes. Je redoute toute sorte de joug, et la tyrannie me fait peur dans l'histoire même d'Atbènes et de Syracuse. J'avois été mal informé de l'état de votre Académie. Sans doute la peinture qu'on m'en avoit envoyée n'avoit été tirée d'après le naturel. Vous m'avez fait plaisir de me détromper, et je vois bien que cette nouvelle société fera honneur à la France, donnera de la Jalousie à l'Italie; et, si je suis bon tireur d'horoscope, elle sera bientôt l'oracle de toute l'Europe civilisée. Je suis très-aise que M. le Garde des Sceaux et M. Servien en aient voulu être; mais je voudrois que quelques autres qu'on m'a nommés n'en fussent pas, ou , pour le moins, qu'ils n'y eussent point de voix délibérative. Ce serait assez qu'ils se contentassent de donner des sièges, et de fermer et ouvrir la porte.

Ds peuvent être de l'Académie, mais en qualité de be-

^ Encore une fausse date. Cette lettre répond à celle de Cha pelain de novembre 1654. •— Voy. pp. 564-365.

deaux ou de frères-lais. II faut qu'ils fassent partie de votre Corps, comme les huissiers font partie du Parlement. Mais peut-être que J'ai été encore trompé par la seconde nouvelle, et que ceux qu'on m'a nommés n'ont point reçu l'honneur qu'on m'a dit* II y a de l'apparence que vous savez mieux choisir. En tout cas, je vous prie qu'il y ait deux ordres d'Académiciens, et souvenez-vous à la première séance de séparer les patrices d'avec le peuple.

(Balzac j I, in-fol., p. 728, lettre XVI.)

iO septembre 1637.

J'ai peur que la dépêche du mois passé se sera perdue, et qu'il faudra la chercher dans les registres de Totyla*. Ce n'est pas que ces sortes d'écritures vaillent la peine d'être conservées, ni qu'il faille que mon oisiveté soit aussi exacte et aussi ponctuelle qu'une ambassade. Mais aussi , pourquoi refdser de la besogne aux ouvriers qui la demandent, et épargner des mains qui ne se lassent jamais? Le seigneur Totyla veut être employé , et ne se soucie pas sur quelle matière , pourvu que ce soit moi qui la lui fournisse. Il est grand dommage qu'il ne soit aux gages de l'Académie, et qu'il ne se trouve derrière messieurs, cum stylo et pugillaribus^ à côté de notre cher Camusat. Si vous lui faisiez cet honneur, je vous réponds qu'il ne se perdroit pas une syllabe de toutes vos doctes conférences; je dis davantage, il sauroit recueillir les choses mêmes sur lesquelles il n'y a point de prise ; comme qui diroit la bile jaune de M. '^'^'^, la gravité de M. ***, la noire de M. '^'**, les grimaces de M. ***, les branements de tête et les souris dédaigneux de M. *'^'^. Un

^ Nom du secrétaire de Balzac.

homme qui fait tout cela fera bien revenir an logis une dépêche égarée, et si les archives nous manquent , j'attends un miracle de sa mémoire. Pour être détrompé de mon erreur, j'avois besoin du dernier article de votre lettre. Votre avis confirme ou redresse toujours le mien.

IBalzac^ I, in-fol., p. 758, lettre XXXIIl.)

23 septembre 1653.

J'ai lu une bonne partie de Tliistoire de votre ami et l'ai trouvée admirablement bien écrite ; mais la manière plairat-elle à tout le monde? Que diront les rieurs, d'un dessein si nouveau et si surprenant? Et notre excellent marquis ne sera-t-il point un des premiers qui s'étonnera de la publication de cette histoire si bien écrite? L'historien m'oblige en plusieurs façons, et je vous prie de lui faire savoir ma reconnoissance. Il est vrai que j'eusse voulu qu'en deux endroits, où il me fait l'honneur de m'alléguer sur le sujet de M. de Vaugelas, il eût pris garde plus exactement aux épreuves des deux feuilles; car Tun et l'autre passage est corrompu, et je n'entends point ce que me fait dire son imprimeur. Il est, au reste, plus éloquent historien que fidèle historien , pour le moins en ce qui regarde ma réception en l'Académie.

Voici ce qui en est , et dont il n'a pas été bien informé. M. de Boisrobert m'écrivit deux ou trois fois touchant cette nouvelle institution , et me représenta par mille belles raisons, et dans le style du monde le plus sérieux, qu'il falloit que je fusse un des confrères.

Je répondis à ces lettres, et tournai toujours la chose en raillerie, étant alors dans les premières ferveurs de la solitude, et lui témoignai que mon dessein était d'être tout $eul

de mon ordre, et que ce dessein étant un Tœii , il n'j avoit point de société dans laquelle Je pusse ni voulusse entrer, fAt-elle plus illustre que celle des Argonautes, qui étoit eomposée de princes et de demi-dieux. M. de Boisrobert ne goûta pas ce langage, et fût fâché que son sérieux m*eAt donné sujet de rire; il m'écrivit une dernière lettre, qui me menaçoit de la part de M. le Cardinal , et me signifioit en termes exprès, que je déplairois à son Éminence, sijeméprisois sa fondation , et si Je ne faisois à TAcadémie un compliment par écrit. Je ne répondis point à ces paroles menaçantes, et me résolus plutôt à encourir Ilndignatioii de Son Éminence (J'étois sur le point de sortir du royaume pour d'autres raisons) qu'à écrire une lettre qu'on vouloit me faire écrire par force. Ensuite de mon silence, il se passa quelque temps sans que Je reçusse des nouvelles de Paris. Mais cinq où six mois après, m'imaginant que le Cardlnid étoit occupé ailleurs; que M. de Boisrobert diverti, que l'Académie triomphante et dans les plus beaux Jours de sa gloire, avoient oublié un villageois, qui ne connoissolt pas sa bonne fortune ; un ami arrivé nouvellement de la cour me vint dire à Balzac que j'étois de l'Académie, et qu'il avoit vu mon nom dans le soleil du petit bonhomme M. de la Peyre *. Voilà la vérité de la chose, et s'il a présenté à l'Académie une lettre de ma part, il faut qu'elle soit de même fabrique, que celle que j'écrivis à M. le duc de Beaufort, dans les premiers troubles de Paris. Vous voyez par là , mon cher Monsieur, combien nous doit être suspecte la foi des anciens et des étrabgers, et ce que nous devons croire des histoires des Grecs et des Perses,

{Balzac^ I, in-fol., p. 982, livre XXVI.)

* Voyez ci-clessus, p. 135.

PII^CISS JUaTlPICATIVBSb 3^

3 novembre 4653.

Quand j'ai tourné m ralHerie la sérieux de M. de Boisrobert, ni vous ni mes autres amis n'avez point eu de païrtà eAt« r«Hiwl<). Q na m'a volt poi»t informé de la vérité de la chose ; il ne m'avoit rien écrit de l'établissement et des premiers confrère» ù% l'Académie. Il me partoil seulement, en termes vagues et généraux, à^une Académie des beaux es^ prits^ et m'ordonnoit d'écrire une lettre pour demander d'y être reçu. Ne sachant alors autre chose que cela de T Académie, je crus en pouvoir rire innocemment avec M. de Botogbefl.

{Balzac^ I, in-ft))., p. 984, livra XXYI.)

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