‹ Histoire de l'Académie française (volume 4)Chapitre 81 sur 95 · RÉSOLUTION DE L'ACADÉMIE · texte numérisé non relu

RÉSOLUTION DE L'ACADÉMIE

Prononcée par le président Sérisat.

« Grâce à Dieu, Compagnons, la divine assemblée

« A si bien réussi, que la langue est réglée.

« Nous avons njeté ces vieux et rudes mots

« Introduits autrefois par les barbares Goths [a) ;

(a) Après ces quatre \ers, ou lit {édition 1753) :

« Kt s'il en reste aucun en faveur de Tusagc, « Il tVra désormais uu méchant pei'souna^^e. • ())\ qui lit rimportuut, «l«M'hu do lous honneurs,

« Nous les avons Atés, et, de pleine puissance,

« Faisons aux écrivains une juste défense,

» Qui devra leur servir d'une très- forte loi,

« Qu'ils n'usent pour jamais de car ni de pourquoi;

« Parce que ni parfois ne sont plus à la mode;

« Combien que n'est pas bon; or est très-incommode;

« Jadis semble trop vieux pour vouloir s'en servir ;

« Nous bannissons d'autant aussi bien qu'à ravif ;

« Et, quoique la coutume en ceci soit bien forte,

« On dira désormais que l'on pousse la porte.

« Nous cassons sans appel l'importun effectif;

« Nous mettons agissant à la place d^ actif;

« Nous souffrons néanmoins; pour le mot d'empirance,

t Ne pourra plus servir qu'à de vieux raisonneurs.

« Combien que^ pour ce que font un son incommode,

t Et d'autant et parfois ne sont plus à la mode.

« Il constey il nous appert sont termes de barreau,

u Mais le plaideur françois aime un air plus nouveau.

a II appert étoit bon pour Cujas et Barthole ;

«( Il conste ira trouver le parlement de Dole,

« Où, malgré sa vieillesse, il se rendra commun

« Par les graves discours de l'orateur Le Brun.

« Du pieux Chapelain fk bonté paternelle

'I Peut garder son tombeau pour sa propre Pucbllk ;

« Aux stériles esprits, dans leur fade entretien.

a On permet à ravir y lequel n'exprime rien.

« Jadis est conservé, par respect pour Malherbe ;

« Dans l'ode il a marché. Jadis, grave et superbe,

« Et de là, s' abaissant en faveur de Scarron,

H II a pris l'air burlesque et le comique ton ,

a Mais il demeure exclus du langage ordinaire .

« Vieux Jadis, c'est pour vous tout ce que Ton peut faire.

« Il faudra modérer cet indiscret pourquoi,

n Et révérer le car pour Tintérêt du Roi.

n Eu toutes nations la coutume est bien forte ;

« On dira cependant que l'on pousse la porte.

n Nous souffrons néanmoins, et, craignant le Palais.

a Nous laissons nonobstant en repos pour jamais.

n Qu'au milieu des cités la vaine coterie

a Au prodigue cadeau soit toujours assortie.

i»U PIÈCES JUSTIFICATIVES.

« Personne nignoroit qu'il falloit décadence. «: Voici ce qu'à peu près nous voulons réformer; «. Soit nommé libertin qui nous voudra blâmer ! «« Qui ne reconnottra la troupe académique «î Soit estimé chez nous pire qu'un hérétique ! »

« Et que dans le repas, ainsi que dans T amour, a Ils demeurent bourgeois, éloignés de la Cour. •

Auteurs, mes compagnons, qui réglez le langage, ÀTons-nous assez fait ? en faut-il davantage ?

LA TmOUPB.

Voilà ce qu*à peu près nous pensons réformer. Anathème sur ceux qui nous voudront blâmer ! Et soit traité chez nous plus mal qu^un hérétique Qui ne reconnoitra la troupe académique I

DBSMÀKETS ( Chancelier de rAcadémie.)

Après ce bel arrêt, des arrêts le plus beau,

Je m* en vais tout à l'heure apposer le grand sceau.

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