‹ Histoire de l'Académie française (volume 4)Chapitre 89 sur 95 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

LES OCCUPATIONS DE l' ACADÉMIE ^

Divin Balzac, prince de Téloquence, Tu veux qu'enfin je rompe mon silence ; Tu me choisis entre tes favoris Pour te mander ce qu'on fait à Paris.

Tu me choisis au milieu de nos maîtres Qui vont partout, qui savent tous les êtres Du double mont que doit bien fréquenter L'esprit hardi qui te veut contenter...

Or, commençons par notre Académie.

Quoique toujours puissamment affermie, Elle ne va qu'à pas lents et comptés Dans les desseins qu'elle avoit projetés Sous Richelieu, l'ornement de notre âge. Qui lui donna crédit, force et courage. Le grand Seguier, qui marche sur ses pas. Par ses bienfaits entretient ses appas ; Il lui témoigne une tendresse extrême.

Mais il faudroit que le Roi fit de même. C'est là qu'on voit tous ces rares esprits

* Voy.p. 89 et p. 410.

Qui du beau style ont emporté le prix. Séparément, ce sont autant d'oracles; Tous leurs écrits sont de petits miracles ; Leur belle prose avecque leurs beaux vers Portent leurs noms au bout de Tunivers. Pour dire tout enfin, dans cette épître, L'Académie est comme un vrai chapitre; Chacun à part promet d'y faire bien ; Mais tous ensemble ils ne tiennent plus rien, Mais tous ensemble ils ne font rien qui vaille. Depuis six ans dessus l'F on travaille, Et le destin m'auroit fort obligé ^ S'il m'avoit dit : Tu vivras jusqu'au G. A dire au vrai, Balzac, ce que j'en pense, Si leur travail avoit sa récompense, Sur la Grusca nous aurions renchéri Ce bel ouvrage en tant de lieux chéri, Et daus.s|x ans nous aurions fait la nique Aux règlements de la troupe italique.

On nous auroit suivis et révérés; Qui rit de nous nous auroit admirés; Je ne dis pas encore qu'on ne le fasse ; Mais l'artisan employé sans argent Dans son travail n'est jamais diligent.

1 Dans une épitre à M. de Gineste, Bois-Koberl a écrit aussi

Conte-moi tous les accidents Et du dehors et du dedans ; Dis-moi si notre Académie, Qui fut toujours ta bonne amie.

Achève TF, et si le G En son lieu se voit subrogé.

Favre, que ce beau Corps inspire.

Te fournira de quoi m'instniire.

On n'y voit plus l'agréable Voiture '

Dont tu m'as fait une riche peinture,

Dans ces beaux vers qui, de majestés pleins,

Font honte aux vers des plus doctes Romains.

Il cherche ailleurs de plus doux exercices;

C'est sous'un dais qu'il trouve des délices.

Là son débit n'est jamais contrôlé;

On l'applaudit sitôt qu'il a parlé;

Il connoît trop et les esprits critiques

£t le dégoût de nos académiques,

Et que Catulle, avec tous ses appas,

Non plus que lui ne s'en sauveroit pas.

Ton vieux Maynard, ce merveilleux génie,

Nous y fait voir sa Muse rajeunie,

Qui sous la presse augmente sa vigueur

Et qui des ans méprise la rigueur;

Ton Chapelain, dont le. bel art excelle,

Nous y fait voir sa guerrière Pucelle,

Et ses hauts faits qu'on n'eût jamais poussés

Si fortement dans les siècles passés.

Là chaque auteur sa marchandise étale ;

^ Voici les vers de Balzac auxquels il est fait allusion ici. Us sont tirés d*une épître latine à Bois-Robert. — Voy. Œuvres de Balzac, in-f", IF, a»* part., p. 22.

Quid par iiigcuio Superis ? mulcetne diserto Nympbarum sermone choros, aulsque fayenti Jf ura dat, atque animis sese gaudentibus infert VicTURUs, dulcem redolens sed saUus Hymetlam? Victuri mihi uola niei sat \ita, Metelle, satest; Ulum casta gui largo Venus imbuit imbre Neclaris, et cunctos uni transcripsit amores : llle, aliud vel agendo, steroa oracala fundit ; llle meum superat calamo ludenle laborem ; Ule sacris régnât plerumque in montibas absens, 1>eFpectaruin eliam cura ambitiosa Soronim.

Ton nom surtout remplit toute la salle. Quand de la poche on tire quelque écrit Frais émoulu qui part de ton esprit, A ce grand nom on porte révérence; Chacun s'approche, on fait un grand «ilence ; Mais on le rompt par exclamations, Tant ce beau style émeut nos passions, Et n'est auteur si discret qui ne fasse En t'écoutant grimace sur grimace.

Voilà comment nous nous divertissons , En beaux discours, en sonnets, en chansons ; Et la nuit vient qu'à peine on a su faire Le tiers d'un mot pour le vocabulaire.

J'en ai vu tel aux Avents commencé Qui vers les Rois n'étoit guère avancé...

(Les Épitres du sieur de Bois-Robert Metel, abbé de Cbâtillon. — Paris, chez Cardin Besongne, 1647. — i vol. in-4°, p. 27.)

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