‹ Histoire de l'Académie française (volume 4)Chapitre 91 sur 95 · RABOUGRI · texte numérisé non relu

RABOUGRI

Recueillis des lettres de deux Académistes écrites au sieur Naadé.

MONSIEUB,

Pour répondre à votre billet, vous saurez que M. Conrart proposa hier à Messieurs de l'Académie votre mot rabougri pour en savoir la vraie et naïve signification. Quoique la Compagnie fût alors fort grande, si est-ce qu'il n'y eût point en cela de divers avis; car tous nos Messieurs demeurèrent unanimement d'accord que ce mot ne signifioit rien autre chose qu'un corps imparfait, entassé et raccourci. Et, pour le justifier encore, on rapporta quelques articles des ordonnances sur le sujet des forêts, où il est fait mention de cer-

1 Voy. p. 120.

tains arbres qui sont nommés rabougris^ pour dire qu'ils n*ont pas toute leur juste croissance. J'ajoutai q\a l'on disoit aussi un fruit rabougri^ une poire ou une pomme rabougrie, pour dire tantôt yieille et ridée et tantôt avortée, qui n'a ni toute sa consistance, ni toute sa maturité requise; ce qui me fait croire que ce mot pourroit bien dériver du mot latin ab&riivus, et c'est aussi le sentiment de quelques-uns de nos plus doctes amis. Quoi qu'il en soit, il est certain, et la Compagnie l'a conda tout d'une voix, que ce mot ne désignoit aucune corruption ni dépravation de mœurs, et n'eut jamais ce sens obscène que queîques-uos lui veulent donner. Ensuite on y parla de, etc.

Je suis, Monsieur, votre très-bumble et très-affectionné serviteur.

G. COLLETET

De rooQ élude, ce 4« Jour de janvier 1 651 .

Et au-dessus : A monsieur Naudé, etc.

MONSIEUB,

L'auteur d'un Hvre du temps s'étant servi du mot de rabougri, en parlant d'un homme * qui étoit petit et mal fait, il se trouve que quelques siens amis l'ont pris pour une in« jure, comme si on l'avoit voulu taxer d'un crime en ses mœurs, à quoi il y a bien de l'apparence que l'on n'a point pensé. Et pour ce qu'en mon particulier je crois aussi que cette parole n'a jamais été prise en un si mauvais sens, je vous prie de savoir déterminément de Messieurs de l'Académie françoise, auxquels J'ai su que M. Conrart en avolt

1 Le P, Const^intip Gaictaq.

déjà parlé, quelle est sa vra!^ signification, et s! elle a été

quelquefois employée en si mauvaise part.

Et sur ce, je suis, Monsieur, votre très-humble et très*

obéissant serviteur.

G. Naudé.

De mon étude, ce 17 février 1651.

Et au-dessus : A monsieur de La Mothe le Vayer, etc.

MONSIEUH,

On a rapporté votre doute à Messieurs de FAcadémie, et on leur a même fait lecture de votre lettre. Je vous puis as* surer qu'encore que TAssemblée fût très-nombreuse, il n'y a point eu de diversité de sentiments, et que tous d'une voix ils ont déclaré, comme ils avoient déjà fait quelque temps auparavant, que le mot rabougri ne pouvoit être pris au mauvais sens et criminel que vous dites qu'on lui a voulu donner. Ils ne pensent pas que jamais il ait été employé qua pour désigner ce qui vient mal en croissant, et qui est disgracié de nature, comme Ton dit un arbre rabougri^ d'où 11 a été porté aux choses animées qui demeurent petites et de stature trop ramassées, sans avoir jamais regardé la dépravation des mœurs.

C'est tout ce que je vous puis dire, en demeurant du coeur que vous savez, Monsieur, votre très-humble et très-affectionné serviteur.

De La Mothe le Vaysb.

De Paris, le 19 février 1651.

Et au-dessus : A monsieur Naudé^ etc.

Ces lettres sont placées (pp. 27-30) à la suite d'un petit livret dont voici le titré exact : Copie de deux lettres écrites

a08 PIÈCES JUSTIFICATIVES.

par M. Philippe Chiflet. abbé de Balerne, à un de ses amisy touchant le véritable auteur des livres de /'Imitation de Jésus-Christ, avec un avis sur le factum des Bénédictins.

Page 1