OUVRAGES DÉDIÉS A L'ACADÉMIE
Les vers de M. d'EspeIsses, imprimés sans doute sur des feuilles volantes, comme Tont été d'abord ceux.de l'académicien Bourbon, ou restés inédits, n'ont point été retrouvés; ceux de Sainte-Marthe ne sont pas compris dans les divers recueils de ses Œuvres que nous avons consultés ; mais la traduction de Colletet peut se lire dans les Œuvres poétiques de cet Académicien. L'Éclaircissement des temps, comme le Berger chronologique contre le prétendu géant de la science des temps (le P. Petau), est une œuvre où « Jacques d'Auzoles La Peyre, fils de Pierre d'Auzoles et de Marie Fabry d'Auvergne, » donne, pour la supputation des temps, un système particulièrement opposé à celui du P. Petau. Le volume en question est nn in- 12 dont le frontispice est tel en effet que l'a décrit Pellisson. La dédicace n'offre rien de curieux.
Pellisson parle aussi d'un livre de l'avocat Belot. En voici le titre exact : « Apologie de la langue latine contre la préface de La Chambre en son livre des Nouvelles conjectures de la digestion y — dédiée à Mgr Seguier, chancelier de France, par M. Belot, avocat au conseil privé du Roi. — Paris, Fr. Targa, 1637. — l vol. in-S^de 54 pages. — A la fin du volume, sans pagination , se trouve une « Lettre de l'auteur à Messieurs de t Académie françêse (sic) » datée
Voy. pp. iSi et sulv.
PIÈCES JUSTlFlCATIVEâ. 51i
de Paris, le 30 juillet 1637, et formant 4 pages. Le privilège est du 14 mai, et V achevé d'imprimer du IS Juillet 1687.
Nous avons vu les Psaumes traduits par Frenicle ; la lettre où Tauteur faisait Toffre de son livre aux Académiciens semble n'avoir pas été imprimée. Voici le titre : j^raphrase des Psaumes 1,21,119,1 39. — A Paris, J. Gamusat, 1 639, in-4* de 51 pages. — Le dernier psaume seul est signé N. Frenicle. £n tète de ce mince volume, Frenicle ne s'adresse qu'au lecteur.
La Bibliothèque impériale ne possède aucun exemplaire du livre de M. Le Tanneur sûr les Quantités ineommensu^ râbles; mais nous y avons vu le volume des Coiitroverses de Sénèque, dont parle Pellisson.
Les Controverses deSénèque. — 1 vol. in-4®. Paris, 3, Gamusat, 1639. — (Le privilège est accordé aussi pour une traduction de Quinte-Gurce, du même auteur, B. Lesfargues, avocat au parlement de Toulouse.)
Voici le début de la dédicace : A Messieurs de l'Académie françoise :
« Messieurs,
)> Je ne crois pas offenser la majesté des sciences que vous cultivez avec tant d'art et de politesse, lorsque je vous présente les vénérables fragments de Téloquence de ces anciens déclamatcurs qui ont régné dans les Académies de Rome, et qui se sont rendus maîtres d'un peuple qui l'étoit de la liberté de tout le monde.
» Gomme je ne fais que de sortir de l'ombre des écoles de ces déclamatcurs, je me trouve ébloui de la lumière de vos esprits et de Téclat de votre triomphe. Il faut que je me contente d'admirer en vous cette haute éloquence qui émeut comme il lui plait les passions, et qui trouve ou qui se fait partout des partisans et des adorateurs. G'est elle, Messieurs,
qai a mérité rapprobatloo de ce grand Cardinal qui vous a choisis pour être les ministres de la gloire et les dispensateurs de la réputation des hommes. Les Muses qui se sentent obligées à un si raisonnable Jugement ont repris pour lui plaire
leurs premiers^ttraits Il reçoit avec plaisir leurs avis et
leur conversation, et après avoir réconcilié avec elles^'honneor et la fortune, il fait voir que le mérite qui ne se fait pas eonnoltre doit imputer ses ténèbres volontaires à sa négligence ou à sa timidité. Il n'a pas seulement rétabli Thonneur et le trône des sciences par la magnificence des édifices publics, mais aussi par l'institution de votre célèbre Académie, de laquelle on a vu nattre cette généreuse émulation d*esprit qui est devenue une légitime passion de tous âges et de toutes conditions. »
AFFAffiE DE BOISSAT ».
Une lettre écrite de Paris par Tabbé Charles, correspondant de Mazarin, qui étoit alors à Rome, parle ainsi de cet événement :
1637. « Al signor conte de Sanlt in Grenobles è successo unaffare assai fastidioso, la sua S*^" (signora) roogliehavendo fatto dare délie bastonate a un gentilhuomo di Monsieur^ chiamato Boissac, ch' andava da d*" (detta) S*^' a domandarli perdono e fargli tutte le sommissioni possibili sopra cert discorsi (che) li haveva tenuto (tenuti) à? S% \estito da raascheria, ben ch' indifferenti ; e di qua è partito un suo fratello del Boissac con intentione di battersi in duello col d® S*" Conte, e vindicare talingiuria, che non puô essere scanr cellata che con la morte deir uno o dell' altro. »
Chapelafn, prenant Taffaire moins au sérieux, disoit à Balzac, dans sa lettre du 7 avril 1638 :
« La lettre de M. de Boissat à l'Académie est aussi surprenante que celle de M. de Scudéry ; on y répond plus succinctement, parce que nos supérieurs ne prennent pas tant de part en cette affaire, et ainsi il ne nous en coûtera qu'une demi-page de galimatias en forme de compliment. »
* Voy. pp. i38 et suiv.
•ili PlkCtS JUSTlFICxVTlVES.
Nous avons trouvé la pièce suivante, relative au grave différend de Boissat et du comte de Sault ; elle se joindra utilement à celles qu'a recueillies Pellisson :
Bemercimen$ à la noblesse de Daupkiné , par M, de BoJssac (sic).
Messieubs,
« Je me trouve obligé de vous rendre très-humbles grâces des deux importantes faveurs que j'ai reçues de vous en cette occasion ; Tune est que, abandonnant vos soins domestiques et vos propres intérêts, vous êtes venus de tous les endroits de la province contribuer vos sentiments incorruptibles à la réparation de mon honneur ; Tautre, que, ayant établi ma satisfaction sur le fondement de mon innocence, vous m'avez témoigné d'en être persuadé lorsque vous me l'avez procuré si considérable en l'un et en l'autre, de ces bienfaits.
» Permettez-moi de remarquer qu'ils portent dès à cette heure leur récompense, puisque, d'avoir prêté vos soins à. la Providence divine pour fmir un malheur interminable par toute autre voie que par celle-ci, ce vous doit être la matière .d'un extrême contentement : joint que l'honneur que vous avez acquis en réparant le mien, et les louanges que va vous donner tout le royaume vous seront un payement bien sortable à votre naissance et à vos inclinations. Mais puisque, outre ces récompenses, qui sont les plus chères aux belles âmes, on en trouve encore dans le souvenir d'avoir obligé des personnes recounoissantes, ayez, s'il vous plaît, celle de vous imaginer que la mémoire de vos bontés ne me sortira jamais de la pensée, et que je ferai toute ma vie éclater la haute obligation que vous acquerrez sur moi, et les preuves éternelles dç ma gratitude. Que si vous avez daigné me vouloir du bien en un temps où vous ne pouviez me regarder
PliiCES JUSTIFICATIVES. 5irJ
quVn qualité de malheureux, et où je n'avois point d'autre charme pour vous plaire que celui d'adversité, à plus forte raison dois-je prétendre à cet honneur, maintenant que vous me considérez comme le sujet de votre gloire, qui vous a donné loceasion d'apporter un remède extraordinaire à un mal de même nature, et de faire voir qu'étant les enfants de ceux qui se donnarent* volontairement à nos Rois, vous vous êtes réservé la liberté de persuader la justice à leur lieutenant.
> Je vous conjure donc. Messieurs, de m'aimer aujourd'hui comme votre ouvrage, et de trouver bon que, après vous avoir très-instamment appelés mes maîtres et mes juges, je prenne encore la hardiesse de vous appeler mes pères, puisque c'a été en quelque façon me donner la vie que de me rendre les accompagnements qui la font trouver agréable et heureuse.
» Il me semble que je lis déjà dans vos visages l'assurance de ce que je désire, et qu'il ne me reste plus maintenant qu'à vous demander pardon de la véhémence avec laquelle les désordres de mon esprit, joints à la rapidité de ma colère et de ma douleur, m'ont obligé de vous entretenir ces jours passés. En cela j'avoue que je pourrois être cru déraisonnable, si ceux d'entre vous qui ont reçu des offenses ne jugeoient par leurs sentiments du trouble qu'apportent les outrages excessifs. Mais, pour opposer à cette faute quelque action qui soit plausible, je vous supplie. Messieurs, de considérer de quelle passion je révère cet illustre Corps en général et en particulier, et de vous souvenir qu'il y a plus d*une année qu'après l'entretien de cet agréable entre-
* Forme adoptée par quelques écri^aÎDS du seizième siècle, et que Ton trouve encore quelquefois, mais plus rarement, au dixseptième.
5ie PIÈCES JUSTIFICATIVES.
mettear par qui vous m'envoyâtes vos volontés à Vienne, Je me préparai à Tobéissance que je vous rends aujourd'hui que J'ai fait douze lieues pour me venir faire accommoder par vous, que je me suis dévoué avec un aveugle abandonnement à ce qu'il vous a plu me prescrire, et enfîn que les paroles que vous avez si judicieusement consultées, pareilles à un puissant exorcisme, ont chassé de mon esprit le démon de la haine, sans qu'il me soit resté de toutes les agitations passées qu'un peu d'étourdissement, tel que le peut avoir laissé cette fâcheuse affaire dont je ne vous veux plus entretenir, puisque je vous ai promis ce que vous m'avez demandé, de ne m'en ressouvenir jamais. »
(Mss. Du PoY, t. 510, Bihlioth. Impér.)
AGADÉHIES ANTÉRIEURES A L'AGADËME FRANÇOISE.'
La plus ancienne mention qu'on trouve à!* Académies ^ dans le sens de réunions littéraires, est celle-ci, tirée de l'histoire de Provence par Notre-Dame, et rapportée par Du Verdier, qui, dans sa Bibliothèque (édit. in-folio, Lyon, 1585, p. 447), à l'article de Geoffroy du Luc^ s'exprime ainsi :
« ••• Le poète..., depuis laissant courir ces amours folles, s'accompagna de Rostang de Cuers, Remond de Rrignolle,
* Voy. p. 187.
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Luquet-Rodilhat de Toulon, Manuel Balb, seigneur du Muy, Bertrand Amy, du prieur de La Celle, Luquet de Lascar, Guilhen de Pyngon, archidiacre d'Orange, Arturus de Cormes, et de plusieurs autres faisant une Académie et s'assemblant tous les jours près l'Abbaye, etc.. — Trépassa l'an 1340. »
Il faut de là franchir plusieurs siècles et arriver à l'Académie fondée par J.-A. de Baif et Joachim Thibaut de . Courville. Les statuts portant fondation et règlement de cette Académie royale de poésie et de musique dont ils étoient « les entrepreneurs, » furent signés par le roi Charles IX, et registres en Parlement le 4 décembre 1570.
Sous Henri III, à la sollicitation de Pybrac, une autre Académie s'établit au Louvre; Ronsard, Du Perron, Baîf, Des Portes, Ponthus de Thyard en étaient les principaux membres; il existe encore dans quelques bibliothèques publiques, en Suède et à Paris, des discours prononcés par Ronsard.
En 1589, à la mort de Baîf, Mauduit le musicien, qui lui avait été associé par ordre d'Henri III, continua l'Académie; mais la musique était le principal objet et le principal attrait des réunions. Sauvai parle longuement des iiouveaux statuts projetés par Mauduit pour son Académie transformée.
Marguerite de Valois tenait aussi des conférences qu'on n'a pas hésité à regarder comme une des sources de l'Académie française. Voici à ce sujet un passage que nous avons relevé dans la notice consacrée par l'abbé Le Bœuf à Antoine Leclerc de La Forêt {Uist, d'Auxerre^ t. II, p. 512) :
<c La reine Marguerite de Valois l'ayant fait maître des requêtes de son hôtel, il brilla dans les savantes conférences qui se tenoient chez cette princesse et en sa présence. Il dressoit le plan de ces conférences et en formoit le résultat.
?il8 PIECES JUSTIFICATIVES.
Elles rouloient sur des matières d'érudition; les sujets eu étoient sagement choisis, et te mérite de ceux qui, sous la direction du sieur de La Forêt, se chargeoient de les discuter avoit une approbation universelle. Leur nom fait encore honneur à la république des lettres ^ Ces assemblées ont été comme le prélude des Académies qui se sont établies depuis. »
Le passage suivant, tiré de Y Analyse de la philosophie du chancelier Bacon (t. II, ch. lïi, p. 52), donnerait à penser qu'il existait en France, vers le même temps, des conférences académiques auxquelles aurait assisté le chancelier :
« Je reviens de France..., et voici ce que je vous rapporte de Paris. Un homme illustre par son état, et qui honoroit les talents de son crédit et de ses lumières, m'invite un jour à une assemblée où vous manquiez, ce me semble : m'en désavouerez- vous? C'étoit environ cinquante hommes à qui l'âge donnoit une certaine dignité revêtue de cet air de probité sans quoi la vieillesse ne sauroit être respectable.
« Les uns avoient abandonné les honneurs pour être plus vertueux; d'autres y avoient renoncé d'avance parce qu'ils en craignoient le poison; les autres gardoient encore leur poste au service de la patrie. On y voyoit des magistrats et des prélats également zélés et cependant pacifiques; le reste étoit composé de simples citoyens qui n'avoient pas besoin de rang pour être distingués. Us formoient un cercle où toutes les places étoient égales, parce que la modestie ne veut point
* Des Portes, Régnier, Maynard, Victor Cayet, Scipion Da Pleix qui, dans son Histoire de Louis XIII y rapporte ce fait, et dans rÉpître dédicatoire de sa Métaphysique à M. Bertier, évéque de Rieux; ajoutez Pierre Louvet, historien de Beauvais; Savaron, historien de Clermont; le P. Coëfifeteau, mort évéque de Mar* seille. (Note de Tabbé U Bœuf.)
de préférence. Pendant qu*il régnoit un silence général, il entre un homme que tous les autres paroissoient attendre. On se lève, il s'assied le premier, et, d'un air mêlé de compassion et de dédain, qui sembloit annoncer ce qu'il devoit dire, il prononça le discours que vçus allez entendre, etc. »
Au dix-septième siècle, Tiionneur d*avoir donné naissance à l'Académie a été attribué à diverses personnes par des biographes flatteurs. Nous avons vu que, pour Pellisson, ami de Conrart, le père de l'Académie française, est Conrart lui-même; pour Tabbé de Marolles, mademoiselle de Gournay aurait plus que tout autre contribué à l'établissement de la célèbre Compagnie, par les réunions qui se tenaient chez elle, soit rue de l'Arbre-Sec, soit ensuite rue Saint-Honoré, près de l'Oratoire; pour Papillon, biographe de Chauveau le graveur, l'Académie n'aurait pas d'autre origine que les assemblées qui se tenaient régulièrement chez lui; enfin P. Gadot, dans sa Vie manuscrite de G, Calletet^ place dans son logis du faubourg Saint-Victor, illustré déjà par les réunions des amis de Ronsard, le berceau de l'Académie.
Pour nous, sans accepter aucune de ces causes en particulier, à l'exclusion des autres, nous les admettons toutes en général, et nous ajoutons que l'idée et la vogue de ces conférences fut sans doute beaucoup répandue par les jésuites qui, dans leurs collèges, où se pressaient alors jusqu'à vingt mille élèves, avaient institué, sous le nom d* Académies, des assemblées où les plus forts de leurs écoliers étaient seuls admis à traiter et à débattre des questions littéraires. — Enfin nous avons dit l'influence que nous supposons aux conférences de Renaudot.
Nous n'avons pas à parler ici des Réunions qui se formèrent depuis sur le modèle de l'Académie française : chez la vicomtesse d'Auchi, chez Ménage, chez MM. Du Puy, chez
le marquis de Sourdis, chez Tabbé d'Aubignae, chez Pascal. Nous ferons uoe exception cependant en faveur d'Habert de Montmort, académicien, parce que ses assemblées eurent des statuts particuliers qu'il est intéressant de rappeler'. Quant à Fabbé d'Aubignac, qui a laissé le projet d'une seconde Académie, nous reparlerons de son ouvrage, postérieur à celui de Pellisson, dans notre second volume.