‹ Histoire de l'Académie française (volume 5)Chapitre 10 sur 81 · ARRIVÉES DANS L'ACADÉMIE. U · texte numérisé non relu

ARRIVÉES DANS L'ACADÉMIE. U

COPII DE l'accommodement FAIT EN DAUPHINÉ, PAR l'ORDRE DE LA NOBLESSE ASSEMBLÉE A CETTE OCCASION.

Pour Messieurs de V Académie , qui sont ttès-humblement sup- , plies d'en écouter la lecture en pleine Assemblée,

Monsieur le comte de Sault^ chevalier des ordres du Roi, premier gentilhomme de sa Chambre^ et lieutenant général pour Sa Majesté en Dauphiné^ et Monsieur de Boissat, ayant rerois leurs différends au jugement de la Noblesse de celte province assemblée pour cet effet : après en avoir su d'eux le sujets elle a jugé pour la satisfaction de l'un et de l'autre : Qu'un gentilhomme de l'Assemblée, accompagné d'un parent de M. de Boissat, troit chez Madame la comtesse de Sault pour lui porter, en la présence de ceux qu'elle aura agréable d'y appeler, la déclaration que le sieur de Boissat a faite en ladite Assemblée : « De n'avoir jamais eu en pensée le dessein de l'offenser, « el qu'il l'a toujours hautement estimée pour sa naissance, « pour sa vertu et pour toutes les qualités recommandablcs qui t sont en elle, et que s'il avoit le moindre soupçon de se pou- « voir faire ce reproche de lavoir offensée au point qu'elle l'a « cru, il ne lui en demanderoit pas seulement pardon, mais « encore il se croiroit indigne de l'obtenir, et ne se le pardon- « neroit pas à soi-même. »

Ensuite de quoi M. le comte de Sault, accompagné de ses gardes et de ses domestiques, se rendra au lieu où la Noblesse sera assemblée , après avoir su que le sieur de Boissat avoit été mandé d'y venir, et lui dira : « Monsieur, vous savez le sujet « qui m'a fait avouer l'offense qui vous a été faite, ce qui me « fait espérer que vous tn'accorderez plus facilement le pardon « que je vous en demande ; reconnoissant de m'être porté à cet « excès avec trop de chaleur, y ayant même employé de mes « gardes, et que, si vous eussiez eu une épée vous vous en seriez « servi tout autant que vous eussiez eu de vie : dont j'ai un dé- « plaisir extrême, et voudrois qu'il m'eût coûté de mon sang

Uî nK» CHOSES nEMARQUABLES

« que la chose ne fut pas arrivée. Je tous prie de le croire, et « que je voui tiens pour gentilhomme de mérite et de courage^ c( qui l'ayei témoigné en toutes sortes d'occasions, et qui en « eussiez tiré raison par les voies qui vous eussent le plus sa- « tisfait, sans les soins qu'ont pris Messieurs de la Noblesse « d'en détourner les moyens, l'ajouterai A cette prière une se- « conde faveur que je désire de vous, et que je tiendrai encore^ « s'il se peut, à plus grande obligation, qui est. Monsieur, de « me vouloir octroyer le pardon que je vous demande pour « M. de Yaucluse, bien que je sache avec quelle soumission il « vous ira rendre témoignage chez vous du déplaisir qui nous « demeure, que vous ayez été si outrageusement offensé. Et a pour vous faire encore mieux connoftre combien il me tou- « che, j'amène ceux par qui vous avez reçu cette injure, pour a les soumettre à ce que Messieurs de la Noblesse en ordonne- « ront et que vous pourriez désirer pour votre satisfaction. Je « m'assure que vous jugez bien, par ce que je vous ai dit et par « ce que je fais, que vous avez sujet de mettre en oubli tout ce « qui vous a fâché. Vous m'obligerez extrêmement d'en être « satisfait et d'être mon ami, comme je vous en prie de tout « mon cœur. »

Après que cela aura été prononcé pai* M. le comte Sault^ celui qui présidera à l'Assemblée, s'adressant au sieur de Boissat, lui dira : « Monsieur, vous avez assez reconnu par le discours que « vous a fait M. le comte de Sault, avec quelle douleur il res- « sent l'offense qui vous a été faite, et avec quelle passion il i< désire que vous en demeuriez satisfait. Cette Compagnie croit « que vous ne lui sauriez plus refuser ce qu'il désire de vous, « et vous prie avec lui d'en perdre le souvenir, et de recevoir « les offres qu'il vous fait de son affection.» Sur quoi M. de Boissat dira à M. le comte de Sault : « Monsieur^ je donne au rea pentir que vous me faites paroître, et à la prière qui m'en « est faite par ces Messieurs^ ce que vous désires de moi< » fit a même temps M. le comte de Sault le priera de l'embrasser; ce qui ayant été fait, en se retirant de l'Assemblée, il laissera

ARRIVÉES DANS L'ACADÉMIË. m

ceui de ses gardes et doinestiques qu'il doit soumettre^ et alors celui qui présidera à TA^aernblée conmiaiidera aui gardes de se présenter atec leurs casaques et sans armes^ et de sa mettre & genoux devant le sieur de Boissat^et lui dira : «Monsieur^ cette « Compagnie a ccmdamDé ces gardes qui vous ont frappé à une « prison si longue que vous trouverez bon. » Et après que le sieur de Boissat se sera ei|rfiqué de son intention^ le Président les renverra et fera entrer les valets^ lesquels s'ét^nt mis à ge^ noui^ le sieur de Boissat prendra un bâton de la main du Président pour en user comme bon lui semblera.

Le jour même^ le sieur de Yauciuse, en la compaghie de trois ou quatre gentilshommes des présents à TAssemblée^ ira trouver le sieur de Boissat chez lui pour lui dire : « Monsieur, je viens « vous demander pardon en la présence de ces Messieurs, et « vous offrir à me porter à toutes les soumissions que peut « faire un gentilhomme pour votre satisfaction. La mienne sera « parfaite si vous me voulez croire votre serviteur, comme je « vous en supplie, d A quoi le sieur de Boissat répondra t « Monsieur, j'ai promis à M. le comte de Sault et à Messieurs « de là Noblesse de ne me ressouvenir plus de ce qui s'est passé « à ce sujet.» Et après cela, les gentilshommes qui seront présenta les feront embrasser.

L'avis de la Noblesse contenu en cet écrit a été observé ponctuellement, excepté que le sieur de Boissat ne s'est pas servi du jugement qu'elle a donné contre le^ gardes, ni du bâton envers les valets, pour le respect qu'il a voulu rendre à l'Assemblée et pour sa générosité.

Audit Grenoble, le 23 février i638.

Monsieur le marquis de Bressieux, nommé par la Compagnie Président pour le présent.

itftft iigné en V original :

Bressîeus, Monteilher, Meypieu, La Marcoasse, La Charfe, Boissieu de Salvain, L'Estang, Chatte, Eidoche, S. Julien, Paris, Montfemier, Les Adrets, La Bastie, Montfalcon, Bovièrcs, Mar-

iU DES CHOSES REMARQUABLES

cîeuy LoraSy Chamanieu, Moyrans, Deagcant de Vire, aufrement Deageant de Banneltes^ Roliigny, La Pierre, Montenard, Miribely De Rocheblave, Ralhanettes, De ta Blache, De Calignon, Aspremont, De LaDges, Bonrepos, H. Ferraod, De Repellin,- Jansac, Servières, S. André, S. André de Porte, Vallambert, Langon, Aspres^Romme duPontdesOlères, Ghambrier, Delisle, La Peoe de Charrays, de Ruynac, C. Romme, Sougier, De Lionne, De Beninan, Du Thau, ClaTeson, De Motet, Boffîn, Armand, De Viliars, De Yilliers, De Monières, De Lovât, Gresse, De la Morte, Bardouanche, De Revoi«

Extrait coUationné à son original^ expédié au sieur de Boissot, signé : Du Foun de la Répara, Secrétaire de la Noblesse.

Les autres gentilshommes, au nombre de plus de soixante, étant retournés en leurs maisons qui un, qui deux jours après TAssemblée pour leurs affaires, on n'a pu en si peu de temps faire signer un plus grand nombre que ces soixante-quatre ou soixante-cinq qui sont ci-dessus signés.

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