SCÈNE II
M"' DE GOURNAY, SERÏSAY, SILHON, BOIS-ROBKRT
m"'' DE GOURNAY.
Je VOUS ai bien cherché, monsieur le Président.
SERISAY.
Baissez-vous, Bois-Robert, et ramassez sa dent.
BOIS-ROBERT
C*est une grosse dent qui vous était tombée, lit qu'assez finement on vous eût dérobée («).
SfLHON.
Montaigne en perdit une âgé de soixante ans.
m"' de gournay.
J'ai cela de commun avec les braves gens [h] ;
a\ F.t qu'im autre que moi vous auroit dérobée.
(A) J'nime à lui rei^sombler, mémo à perdre les dents. Mais apprenez de lui que par toute la dreee r.'éliMt couuup un tievoir irhour»n»r la \ioiUessc, r.l le tiVf7 «</<• ni \ou> bi-ra |mmi rO'.|>e»*t«'.
Mais vous avez grand tort, impudente Jeunesse, De vous railler ainsi d'une docte vieillesse. II n'en faut point mentir, en pure vérité, Vous êtes bien trigaux en la virilité; Cet âge le plus propre à l'humain exercice, Où Ton remarque en vous un badin artifice. Un stérile labeur à reformer les mois.
BOIS-fiOBERT.
Nymphe des premiers ans, sommes-nous pas bien sots?
m"'- de goubn.w.
Vous le dites, c'est vous qui vous faites l'injure.
SILHON.
Vous avez le parler de la sainte Écriture.
SERISAY.
Elle est de l'an de grâce.
m"^ de goubnay.
Et plus vieille, dit-on.
SEBISAY.
Du moins vous avez vu mourir le bon larron.
m"« de goubnay.
Oui , je l'ai vu mourir, et je ne fais qu'attendre
Si vous en usez ir.al dans la virilité. Moutaiguc s'eroplo^oit à corriger le \ici'. Et bien counoitre rhommc étoit son exercice. Il n'auroit pas cuidé pouvoir tire grand lo$ Du stérile labeur de réformer des mots.
BOIS-ROBKRT.
Vous fûtes ennemie en tout temps du langaffc.
ai"° DE CUURMAY.
Le tens, lï mon avis, vous eût rendu plus sagi*. A\eo tous mes viens moLs, encore ma raison Parmi les gens sens<'s se trouve de saison.
BOIS-BOBKRT.
Je Tavonc aisément, et \utre expérience,
N\mplic des premiers uns, vaut mieux <{ue la science.
Du meprisoit un tourbe.... ctc.
Le trépas d'un mauvais que Ton doit bientôt pendra . Je serois satisfaite en le voyant pendu.
SBBlSàY.
Pendre ainsi les larrons est un peu trop ardu \
m"' de gournay.
Quand on disoit ardu on rendoit la Justice.
SEBISAY.
On observoit aussi les lois de la milice;
Mais ne les gardant point, il ne faut point de los '.
m"* de goubnay.
Monsieur, tout alloit bien du temps de ces vieux roots; Si Ton parloit plus mal, on vivoit plus à Taise.. .
BOIS-BOBEBT.
Assis auprès du feu dans une bonne chaise.
m"" de goubnay.
Le vice, en.ce temps-là , fut du tout abattu , L'on mettoit en crédit les hommes de vertu.
bois-bobebt.
Ce que vous alléguez nous parott une fable.
SEBISAY.
Que Tesprit des humains est vague et contournable! Ce qu'on voit aujourd'hui ne sera pas demain ; Mais quoi, c'est un malheur à tout le genre humain. Hélas ! que la raison est chose ambulatoire.
SILUON.
Ou le remarque afôez aux suites de Thistoire.
M^'* DE GOUBNAY.
On méprisoit un fourbe au temps que Je vous dis;
^ Mot alors abandonné, mais employé ici à dessein pour irriter M"« de Gournay. Dans toute cette scène» Tauteur affecte remploi de mots iiors d'usage.
' Louanges, éloges, laudes.
Ud flatteur, Bois-Robert, eût été gueax jadis (a). Et Montaigne et Charron avoient i'âme trop forte Pour saisir en renard le recoin d'une porte (6). Aucupery jour et nuit, leurs plus grands ennemis ; Démentir leur courage et trahir leurs amis(c).
BOIS-BOBBBT.
Ce sont là des discours que le démon vous dicte. Comment, vieille Gournay, vous aimez la vindicte? Qui vous fait <:^^/rac/^, encor? où pensez-vous ((/) ? Sur ma foi , vous avez de furibonds courroux,
m"* de GOUBNâY.
Poursuivez , savanieaux^ à réformer la langue.
SEBISAY.
Allez-vous-en ailleurs faire votre harangue.
m"* de GOUBNAY.
Otez moult, ainsi soit, bien que mal à propos,
Mais laissez pour le moins Olandice^ angoisse et ios (e),
BOTS-BOBEBT.
Écoutez les discours de cette vieille folle.
(a) Boift-Robert le plaisaut eût été gueux jadis.
{b) Pour demeurer toujours au recoin d'une porte.
(c) Et des grands de la Cour être valets soumis.
(d) Qui TOUS fait dèiraekr? qui tous met en courrotuc ?
Montaigne haïssoit les menteurs et les fous.
(e) La fin de la scène est changée. Serisay repond :
Tout ainsi que Tesprit est rague et eonloumo^ie, De même le discours doit être variable. Les termes ont le sort qu*on voit au genre humain. Un mot vit aujourd'hui qui périra demain. L'usage parmi nous est fort amimlaUfi^e*
m'^* bb oocaifAT.
Vous railles sottement la vérité noUtirt; 11 mourra fo«( ainsi que je vois méprisé ; Mais devant lui mourront les vers de Serisay.
^32 PIÈCKS JUSTIFICATIVES.
SÉfilSAY.
Qui croirait qu'elle eût eu un bon maître d*école, Dure nécessité d'une extrême rigueur!
L*esprit avec le corps perd souvent la vigueur.
SILHON.
Cliacuu a sa folie, et tel pense être sage, Qui blâme dans autrui les traits de son visage.