‹ Histoire de l'Académie française (volume 5)Chapitre 74 sur 81 · RABOUGRI · texte numérisé non relu

RABOUGRI

Recueillis des lettres de deux Académistes écrites aa sieur Naudé.

M0?iSI£UB,

Pour répondre à votre billet, vous saurez que M. Conrart proposa hier à Messieurs de l'Académie votre mot rabougri pour en savoir la vraie et naïve signification. Quoique la Compagnie fût alors fort grande, si est-ce qu'il n'y eût point en cela de divers avis; car tous nos Messieurs demeurèrent unanimement d'accord que ce mot ne signifioit rien autre chose qu'un corps imparfait, entassé et raccourci. Et, pour, le justifier encore, on rapporta quelques articles des ordonnances sur le sujet des forêts, où il est fait mention de cer-

i Voy, p. 120.

tains arbres qui sont nommés rabougris, pour dire qu'ils n*ont pas toute leur Juste croissance. J'ajoutai que l'on disoit aussi un iruit rabougri, un^ poire ou une pomme rabougrie j pour dire tantôt vieille et ridée et tantôt avortée, qui n'a ni toute sa consistance, ni toute sa maturité requise; ce qui me fait croire que ce mot pourroit bien dériver du mot latin abortivvs, et c'est aussi le sen liment de quelques-uns de nos plus doctes amis. Quoi qu'il en soit, il est certain, et la Compagnie l'a conclu tout d'une voix, que ce mot ne désignoit aucune corruption ni dépravation 'de mœurs, et n'eut Jamais ce sens obscène que qneques-u as lui veulent donner. Ensuite on y parla de, etc.

Je suis. Monsieur, votre très -humble et très-affectionné serviteur.

G. COLLETET

De moQ étude, ce 4* jour de juTier 1 65i .

Et au-dessus : A fnionsieur Naudé, etc.

Monsieur,

L'auteur d'un livre du temps s'étant servi du mot de rabougri, en parlant d'un homme * qui étoit petit et mal fait, il se trouve que quelques siens amis l'ont pris pour une injure, comme si on l'a voit voulu taxer d'un crime en ses mœurs, à quoi il y a bien de l'apparence que l'on n'a point pensé. Et pour ce qu'en mon particulier Je crois aussi que cette parole n'a Jamais été prise en un si mauvais sens. Je vous prie de savoir déterminément de Messieurs de l'Académie françoise, auxquels J'ai su que M. Conrart en avoit

* Le P. CQnstfkntip GaïçUu*

déjà {>arlé, quelle est sa «raie signiflcatioD, et «i elle a été qodquefois employée en si mauvaise part.

Et sur ee, Je suis, Monsieur, votre très^bumble et trèsobéissant serviteur.

G. Naudé.

De moD étude, ce 17 février 16al.

Et au-dessus : A monsieur de La Mothe le Vayer, etc.

MONSIEUB,

On a rapporté votre doute à Messieurs de rAcadémie, ot on leur a même fait lecture de votre lettre. Je vous puis as« surer qu'encore que l'Assemblée fût très-nombreuse, il n'y a point eu de diversité de sentiments, et que tous d*une voix^ ils ont déclaré, comme ils avoient déjà fait quelque temps auparavant, que le mot rabougri ne ponvoit être pris au mauvais sens et criminel que vous dites qu'on lui a voulu donner. Ils ne pensent pas que jamais il ait été employé qœ pour désigner ce qui vient mal en croissant, et qui est disgracié de nature, comme l'on dit un arbre rabougri^ d'où il a été porté aux choses animées qui demeurent petites et de stature trop ramassées, sans avoir jamais regardé la dépravation des mœurs.

C'est tout ce que je vous puis dire, en demeurant du cœur que vous savez, Monsieur, votre très-humble et très-affectionné serviteur.

De Là Mothe le Vaysb.

DeParii, le 19 férrier 1651.

Et au-dessus : À monsieur Naudé^ etc.

Ces lettres sont placées (pp. 37-80) à la suite d'un petit livret dont voici W titre exact : Copie de deux lettres écrites

par M. Philippe Chiflei^ abbé de Baleme, à un de ses amisy touchant le véritable auteur des livres de rimitation de Jésus-Christ, avec un avis sur le factum des Bénédictins.

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