‹ Histoire de l'Académie françaiseChapitre 43 sur 180 · PIERRE CUREAU DE LA CHAMBRE · texte numérisé non relu

PIERRE CUREAU DE LA CHAMBRE

Curé de Saint-Barthélémy, reçu à l'Académie le 14 man 1670, mort le

15 avril 1693.

A la mort de son père1, l'un des premiers Académiciens, il souhaita passionnément de lui succéder2:

1 Voyez tome I, p. i62.

1 Marin Cureau de La Chambre mourut en 1660 et fat remplacé par l'abbé Regnier-Desmarais. La même année, les places vacantes par la mort de Gilles Boileau, de Salomon et de Racan furent données, dans le même ordre, à l'abbé de Montigny, à Qninault et à Pierre de La Chambre.

Dans son discours de réception, l'abbé de La Chambre reconnaît que sa nomination est due à l'influence du marquis de Coislin, pet il -fils du chancelier Séguier et académicien, comme son père avait été nommé par la protection de Séguier lui-même. Voici ce passage, qui montre quelle bienveillance M. de La Chambre et son fils avaient trouvée dans la famille du chancelier:

« 11 se rencontre heureusement pour moi que c'est l'héritier et le successeur de l'illustre sang et des incomparables vertus des Richelieu et des Séguier, qui m'a ouvert la barrière dans cette lice d'honneur où j'entre aujourd'hui. Je ne pouvois jamais arriver par une plus belle porte dans cette vaste carrière où je vas courir,, y étant conduit par la main d'une personne en qui se confondent la splendeur des dignités et l'éclat des vertus civiles et militaires; qui a autant signalé son courage dans les hasards de la guerre a la tête des armées, qu'il a montré d'esprit en présidant aux États de toute une province assemblée dans le démêlement des intérêts du Roi et de ceux de son peuple. Il étoit aussi de sa bonté qu'après avoir bien voulu conduire la pompe funèbre de mon père, dans les derniers devoirs que nous lui avons rendus; qu'après avoir essuyé

ru l/ABBE DE LA Cil AMBRE.

mais quelque digne qu'il en fût, on le pria d'attendre une autre place vacante, exprès pour ôter à quiconque viendroit après lui tout prétexte de compter, en quelque façon, sur des droits héréditaires qui dérogeroieot à la liberté des élections.

Il 6t dans sa jeunesse le voyage de Rome, où il connut particulièrement le cavalier Bernin ' -, et il en rapporta, ne disons pas seulement du goût pour la peinture et pour la sculpture, mais une passion sérieuse, qui le maîtrisa toute sa vie.

A l'égard des lettres, quoiqu'il les eût principalement cultivées par rapport à l'éloquence, il manquoit cependant d'une des parties essentielles de l'orateur, qui est la mémoire. Il l'avoit prompte à retenir, quand il apprenoit par cœur, mais lente à lui rendre ses mots, quand il déclamoit. Ainsi sa prononciation étoit sans force et sans grâce. Mais ce défaut n'avoit lieu que t

les larmes d'une famille éplorée et abtmée de douleur, il eût encore assez de générosité pour nous aider à Taire revivre son nom et sa mémoire, en me mettant en possession de ce que mon père a le plus chéri et estimé pendant sa vie. •

1 « M. l'abbé de La Chambre, lisons-nous dans les Mélanges de Vigneul-Marville(cd. 1703,1,75), avoit étudié pour être médecin; mais, frappé dès sa jeunesse d'une surdité, il se tourna du côté de l'église. On lui conseilla de vojagerpour dissiper son mal. II alla en Italie, et ce fut là qu'il se lia d'amitié avec le cavalier Bernin, dont il a fait l'éloge. C'é toit son dessein de donner au public la vie de cet illustre sculpteur et architecte; mais comme la réputation que le Bernin a voit acquise en France, où l'on change aisément dégoût, tomba tout d'un coup et que ç'auroit été vouloir se perdre de la vouloir soutenir contre ses envieux, M. l'abbé de La Chambre abandonna ce dessein et n'en parla plus. D'ailleurs, cet abbé étoit paresseux et n'eolreprenoit pas aisément de grands ouvrages. »

L'ABBÉ DE LA CHAMBRE. 275 dans ses discours d'apparat. Hors de là, et pour les prônes qu'il faisoit dans son église, il ne s'assujeltissoit point à sa mémoire. Après s'être rempli du sujet qu'il vouloit traiter, il se livrait à son talent, qui étoit admirable pour le pathétique. Un cœur facile à s'émouvoir lui fournissoit abondamment ces grandes ligures, ces tours animés qui sont les armes de la persuasion1. Quand donc il récitoit un discours fait à loisir, on l'admirait froidement, il n'y étoit que disert2 ; et quand il faisoit un prône sur-le-champ, on étoit prêt d'en venir aux larmes, il y étoit orateur.

Un peu sourd dès son enfance, il trouvoit mieux son compte à parler beaucoup qu'à prêter l'oreille, et il parloit très-bien. Mais sur le recueil qu'on a fait de ses prétendus bons mots, nous ne saurions ne pas plaindre le sort d'un homme d'esprit qui tombe après sa mort entre les mains des compilateurs9.

» Pectus est quoddisertos facit. Quintil. (o.)

* « Il écrivoit peu et avec peioe ; nous n'avons de lai que quelques sermons et deux ou trois discours prononcés a l'Académie Irançoise. Il disoit qu'il étoit comme Socrate qui, ne produisant rien de lui-même, aidoit aux autres à produire et à enfanter. Ed effet, je n'ai point vu d'homme presser davantage les bons esprits à travailler pour l'utilité publique et pour la belle gloire.» (Vigneul-Marville, loc. cit.)

Entre autres ouvrages dont il a suggère la publication, citons : Athènes ancienne et moderne; — Journal historique de l'Europe pour l'année 1694 par Allemand ; — Nouvelles remarques de Vaugelas, publiées aussi par Alleman, « d'après un manuscrit appartenant à l'abbé de La Chambre et dont l'écriture avott été vérifiée par M. de Montausier et par Pellisson, a qui l'écriture de Vaugelas étoit familière. »

3 Dans Vigneul-Marville et dans les nouvelles éditions de Mo-

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