CORRESPONDANCE INÉDITE DE L'ABBÉ D'OLIVET
AVEC LE PRESIDENT BOUHTER «iLATin a l'iutoiii oi l'acapîmii FtASÇiUC
Rue Saint-Honoré.ce 23 mai 1721 . (Extrait.)— m Academus ou Ecademus ne m'est connu que par Suidas et par Diogene Laërce. Peut-on savoir au juste : 1° quand il vivoit ; 2» pourquoi il est traité de héros; 3* si Platon est le premier qui ait enseigné dans son parc, et quelle année s'ouvrit cette école ? — Vale ». »
27 juillet 1723. {Texte complet). — «Vous le voyez, Monsieur, le proverbe qui dit que les biens Tiennent en dormant n'est pas menteur. Depuis plus d'un mois je n'avois pas eu de nouvelles de
' Bibliothèque impériale, Mss. fonds Boohier, n° 165.
* Une note, placée an peu plus loin dans le volume, donne la réponse suivante à cei questions : t Academns on Echedemus vivoit du temps de Thésée, de Castor et de Poilus, et dans la grande jeunesse d'Heléne. Voy. Plutarque, en la Vie de Theste, p. 15 de l'edit. de 162t. — On voit, t6id, qu'il éloit guerrier. C'en c toit assez pour mériter le nom de héros. — Platon est le premier qui y ait enseigné, puisqu'on lit dans Porphyre, de Abstinent m, !il>. I, qne Platon choisit ce lieu, non-seulement malsain, mais encore désert, pour y tenir son école. — Ancun auteur, que je
sache, n'a marqué précisément le temps qu'il ouvrit son école académique. Il parotl seulement, par Diogene Laerce, III, 7, que ce fut après qu'il fat retourne de ses voyages, et, Ibid, III, 40, on voit seulement qu'il y enseigna longtemps, sans dire combien. »
Paris, et la dernière fois que j'y avois écrit, j'avois chargé précisément M. l'abbé Fraguier de témoigner en mon nom que je ne souhaitois point qu'on fit mention de moi cette fois-ci. Il ne m'avoit point répondu à cela, et je croyois l'affaire terminée, lorsque, samedi, je reçus plusieurs lettres, dont le dessus m'annonçoit ma nouvelle qualité1. 11 n'y a que la ktlre de M. l'abbé Fraguier qui contienne quelque détail. Je vous l'envoie. Du reste, je ne sais ni comment ni par qui la chose s'est faite. Mais si, d'un côté, je suis très-aise d'avoir un beau prétexte pour m'en retourner, il faut d'autre côté vous dire que cela m'arrive en des circonstances qui m'empêchent de goûter ce plaisir, car mon père continue à être dans un triste état*. Je ne sais comment il se passera de moi. Je lui ai du moins promis de ne partir qu'au mois de septembre, parce que nous allons essayer de lui faire prendre des bains de petit-lait, et quelques autres remèdes pendant le mois d'août. Je vais demain à Besançon pour deux jours. J'y porterai ce qu'il y a de transcrit de mon histoire, et je mettrai le paquet au carrosse à l'adresse du P. Oudin, qui est plus sédentaire que vous, Monsieur, et des mains de qui vous le recevrez s'il vous plaît. Il y manque sept ou huit éloges que je n'ai pas transcrits, parce que je n'avois pas ici des mémoires suffisants. Vous y verrez de belles marges qui tendent les bras aux corrections et aux additions. J'avoue que cela vous tombe en un temps où vous n'êtes que trop occupé d'ailleurs. Mais considérez aussi que je n'ai que vous au monde sur qui je puisse compter : car les deux ou trois amis que je puis consulter à Paris sont gens intéressés et prévenus, étant du Corps. Les titres des livres au-devant desquels j'ai mis un tiret—, sont ceux que je suis certain d'avoir fidèlement copiés. Je lâcherai d'examiner les autres avec la même exactitude; car il faut au moins que l'exactitude s'y trouve, puisque je ne saurois attraper les grâces de M. PeJ-
1 Voy. ci-dessus, p. 400.
1 Une lettre du 5 février 1725 apprend que le père de l'abbé d'Olivet mourut le 13 janvier 1725.
lisson ; je ne les ai pas même cherchées, sachant que cela passoit mes forces. M est inutile que je vous supplie de ne pas m'épargner. Vous ne doutez pas que je ne tous le demande de tout mon cœur. Vak. — A Salins, ce 27 de juillet. »
Ce 27 septembre 1723, rue et près St-André-des-Arcs. (Extrait). — « Quand j'eus l'honneur, Monsieur, de vous envoyer mon Discours sous l'enveloppe de M. de Chartres, j'avois bonne envie de vous écrire pour me disculper de ne vous avoir pas écrit plus tôt... J'arme le 4W octobre. Ce même jour- là, M. de Fontenelle, sous le trimestre duquel j'avois été nommé, cesse d'être directeur, et le sort tombe sur M. l'abbé Bîgnon. Celui-ci étoit dans sa charmante fie de Saint-Cosme, auprès de Meulent. Un de mes amis, qui a une terre dans le voisinage, me mena à Saint-Cosme. J'y trouve II. Bignon déterminé à ne faire aucune fonction de directeur, ni pour moi, ni pour trois autres nommés après moi. Comme il ne vouloit pas avouer la vraie raison qui l'empéchoit de parler à la tête de l'Académie, il en apporta de frivoles que la Compagnie ne goùla point. Je m'aperçus que les tracasseries alloient commencer, les uns étant pour M. l'abbé Bignon, les autres contre lui. Pour moi je me contentai de dire au secrétaire perpétuel que j 'attendrais patiemment qu'il y eût quelqu'un pour me recevoir, èt que je retournerois à la campagne. J'y demeurai jusqu'au 13 novembre. Je fis après cela mes visites, et je ne sais à quoi tout ce temps-là s'en est allé...
» La vraie raison qui empêchoit M. l'abbé Bignon de vouloir paroitre, c'est que, n'ayant pas eu sujet d'être content du feu cardinal du Bois, il ne vouloit pas répondre à celui qui remplace à l'Académie ce cardinal. Et pour ne point laisser paroitre que c'étoit là ce qui l'arrêtoit, comme il l'a avoué depuis, il ne voulut faire aucune des réceptions qui tomboient sous son trimestre. •
24 janvier 1724. [Extrait.) — « A une assemblée publique de l'Académie ir'étoit à la réception du président Hainault (n cj, je m'avisai de lire l'article de La Fontaine, tel que vous l'avei vu.
si ce n'est que j'y avois retouché quelques expressions. Cette lecture fut eitrêraement applaudie d'abord. Mais quelques jours après, il me revint que Ton grondoit fort contre moi, parce que l'ouvrage ne sentoit poiut assez l'éloge. Les uns dirent qu'il étoit satirique, d'autres qu'il étoit comique ; j'eus beau dire qu'il n'étoit ni l'un ni l'autre, mais qu'il étoit purement historique, j'ai su qu'il y avoit quelques académiciens, et nommément M. de Sacy, qui s'étoient plaints de moi dans le public. Je ne leur en ai rien témoigné. Mais cela me rebute uo peu, car je comprends que je ne pourrai rien faire de bon, s'il faut que j'en passe par où voudront les commissaires de la Compagnie. Le sort m'a fait Directeur pour trois mois. J'espère que mon terme s'écoulera sans que j'aie occasion de haranguer. Et même je doute si je ferai ici un long séjour cette année, car mon père m'écrit toujours de mauvaises nouvelles de sa santé...
» Je joins ici un discours académique, non pas précisément comme quelque chose de bon, mais parce que c'est une nouveauté, »
Jeudi G juillet 1724. (Complet.) — « Je viens, Monsieur, de faire une tentative dont il faut que je vous mande le succès.
» A propos de mon départ, j'at dit à Messieurs de l'Académie que, s'il venoit à vaquer une place, j'cspérois être de retour assez tôt pour donner mon suffrage, el j'ai ajouté : « Si vous pensiez tous comme moi, Messieurs, notre choix serait prompt et applaudi de tout le public; nous ne laisserions pas échapper M. le président Bouhier pendant que nous le tenons. » A ce discours, il ne s'est trouvé que deux personnes qui aient paru regarder comme un obstacle votre séjour en province. J'ai cité les exemples de Méziriac, de Balzac et de plusieurs autres, dont le nom et les ouvrages ont fait honneur à la Compagnie, sans que leur présence lui ait été utile. Il m'a paru, Monsieur, que tout le monde se reudoit aisément, et que si un académicien B'avisoit de mourir, vous seriez élu par acclamation. Peut-être qu'en mon absence la chose arrivera. Je vous supplie de vous y
DE L'ABBK D'OLIVET. 407 prêter de lionne grâce, et de songer que ceux à qui les lettres font plaisir doivent, par reconuoissance, leur faire honneur.
» Je crois que l'abbé Montgault vous ira voir. 11 loge rue des Bons-Enfants, vis-à-vis de la petite porte du Palais-Royal, il est ici pour prendre les eaux de Passy. »
A Salins, ce 16 août 1723. [Extrait.) — « Je vous envoie mon article de Chapelain, à condition pourtant que vous aurex la bonté de ne point l'égarer, car je n'en ai que cette copie. Yous savez combien j'étois plein d'eslime pour lui après la lecture que je lis de ses lettres l'année dernière. Je n'ai pu m 'empêcher de le louer, et je crains, à l'heure qu'il est, non pas de l'avoir trop loué, mais d'avoir montré un peu de passion, et par conséquent d'être sorti du style historique... J'ai entre les mains quelques autres papiers de Chapelain : je les ai ramassés, et comme j'ai l'occasion d'un homme qui va i Dijou, je m'en sers pour vous faire tenir le tout ensemble. Yous pourres leur donner place dans votre bibliothèque ou dans le palais de Vénus la Cloacine.
» J'oubliois, Monsieur, de vous dire que dans l'article de Chapelain, où je rapporte les noms des étrangers qui reçurent des gratifications du Roi, j'y ai laissé en blanc quelques noms de baptême, n'ayant ici ni dictionnaires, ni journaux pour les chercher. Si vous les savez, mais voilà un plaisant si, comme vous les savez donc, vous m'obligerez très-fort de vouloir les mettre de votre main. »
A Salins, ce 24 septembre 1725. (Extrait.) — « Vous me ferez grand plaisir de me renvoyer l'article de Chapelain , car je n'en ai point de copie, et il m'a passé par l'esprit de changer absolument cet article , non pas que je n'aie toujours envie de louer Chapelain, mais il faut prendre un autre tour. »
A Salins, ce 12 octobre 1C£>. {Extrait. Texte prssçu* complet.) — « Je connoissois la lettre de M. de La Chambre dont vous m'envoyez l'extrait, et je suis en état d'expliquer l'éuigme de noue ami.
» Premièrement, cette lettre est mal datée dans l'imprimé, car, au lieu de 1658, il faut 1659. Au mois de mars de cette année 1659, Gilles Boileau demanda la place vacante de Colletet. Il eut la pluralité des suffrages au premier scrutin, et, dès le lendemain, fut approuvé par M. Séguier, protecteur. Il y a toujours au moins huit jours entre le premier et le second scrutin. Peliisson ne s'étoit pas trouvé au premier. Boileau , trois ans auparavant , avoit rudement pincé Ménage , non-seulement en prose, dans son avis sur l'églogue à la reine Christine , mais encore en vers, car il y en a de très-vifs dans les recueils de Sercy. Or, vous savez que Ménage et Peliisson étoient les deux principaux adorateurs de mademoiselle de Scudéry.— Indè irœ.
» Peliisson, à la première assemblée qui suivit le premier scrutin, représente qu'on a élu un homme de mauvaises mœurs, un coquin, un homme tel que s'il n'étoit déjà du Corps, on devroit l'en chasser. Il parla une heure avec une passion étonnante. On lui répondit qu'en pareil cas ce n'étoit pas assez d'accuser, qu'on lui demandoit des preuves; qu'à huit jours de là il pourroit les donner et qu'on reculeroit le scrutin. — A huit jours de là nouvelles invectives de sa part, mais point de preuves. Ainsi, la Compagnie indique le second scrutin. Pendant tous ces délais, Ménage, la Scudéry et leurs amis cabalèrent. Ils gagnèrent plusieurs suffrages : en sorte qu'au second scrutin il y eut pareil nombre de boules blanches et de noires. Les Académiciens se divisent, s'aigrissent. Le Protecteur crut qu'il ne falloit rien précipiter et que le temps calmerait les esprits. Tous ceux qui étoient contre Boileau disoient : « Quand M. Peliisson voudra, nous reviendrons. » Peliisson étoit donc le seul chef de la cabale. Entin Boileau fut soutenu par le Protecteur, par M. d'Estrées, depuis cardinal, et par M . de Montmor, comme nous l'apprenons de Scarron à l'égard de ces deux derniers :
Et d'Etirée et Montmor, par leurs soins véhéments, Ont enfin mis Boileau dedans l'Académie.
» Le Protecteur assista personnellement au nouveau scrutin , et dit que tant d'Académiciens d'un si haut rang et d'un mérite
si connu, qui tenoient pour Boileau, étoient des témoins su disants de sa probité , surtout lorsque ses ennemis, après tout le temps qu'on leur avait donné, n'arttculoient aucun fait contre lui.
» Pellisson, chagrin de cet événement, ne reparut de longtemps à l'Académie. 11 Tut mis deux ans après à la Bastille. Mais Cilles Boileau étant mort en 1669, on ne se souvint plus du passé; Pellisson retourna à l'Académie, et même il y fut assez assidu, comme on le voit par le registre des présents qui se tient depuis 1673, c'est-à-dire depuis qu'il y a des jetons.
» Vous me demanderez par où j'ai été instruit du détail précédent? Par les lettres mêmes du pauvre Chapelain, qui étoit un des plus fermes appuis de Gilles Boileau, et qui , par cette raison, fut longtemps brouillé avec Ménage.
» Au reste, je n'ai point voulu toucher tout ceci dans mon Histoire, parce que c'est ressusciter la mémoire d'un schisme qui est de mauvais exemple. D'ailleurs cette équipée ne fait pas honneur à M. Pellisson, dont il me convient de parler avec une très-grande circonspection. Il y aura dans tout un siècle un curieux comme M. Marais, qui demandera pourquoi je n'ai pas expliqué l'énigme de M. de La Chambre. Mais, si je l'expliquois, il y aurait mille et mille personnes qui demanderaient pourquoi je suis allé réveiller celte vieille affaire, dont la connoissance n'est bonne à rien. Je m'en rapporterai cependant à vous et i M. Marais; car, si vous me disiez que je dois en parler, je vous croirois : Errare malim cum Platone, quam, etc.
• Avec votre permission, monsieur, llluggens, llugcns ou lluy^ens, car je ne sais pas au juste, n etoit point ce misérable poète dont parle Baillct. C'éloil un des grands mathématiciens de son temps. Ainsi vous me fournirez, s'il vous plaît, de quoi rectilier votre note. Vous voyez bien que je sais que vous êtes en temps de vacation, car, sans cela, je ne vous écrirois pas une si longue lettre. F aie.
» J'oubliois de vous dire que les lettres de ta Chambre furent recueillies par son fils, au nom duquel le privilège est expédié. Elles parurent en 1664. Pellisson étoit alors i la Bastille, et je
ne trouve pas trop bon que l'on ait pris cettecirconstance pour publier une lettre qui lut fait tort. »
A Salius, ce 6 décembre 1725. (Extrait.) — « Qu'est-ce que les lettres de M. de Méziriac? Je les connois seulement par le catalogue de ses ouvrages à la tête de ses Héroïdes, dans la nouvelle édition de Hollande. Vous êtes à portée d'avoir ces lettres, et je vous supplie, si jamais elles vous tombent entre les mains, de m'en faire copier fidèlement le titre en entier, et de les parcourir, afin de voir s'il y a quelque chose dont je doive faire mon profit. Je ne connois point non plus son Traité de la Tribulation, traduit de l'italien de Casciaguerra. J'ai trouvé ici la Vit du Bienheureux Alexandre Luzagne. Vous pourriez bien ne connoilre ni ce livre, ni le héros dont il parle. Cette trouvaille ne me servira qu'à pouvoir articuler le titre fidèlement et l'année de l'impression. Mais c'est toujours beaucoup, car il faut nécessairement que je fasse réimprimer Pellisson avec des notes. Il en a besoin en mille endroits, et par conséquent je ne saurois trop faire de recherches pour m'assurerdes ouvrages publiés par les cinquante-sept Académiciens dont il a parlé...
» Le P. Oudin travaille à une courte apologie de M. Huet, pour montrer que l'ouvrage du prélat n'est point l'antipode de la Foi chrétienne, comme le journaliste a écrit. C'est là tout ce qu'il nous faut. Et vous sentez bien que je ne dois point entrer là-dedans d'une certaine façon. Pour la question de fait, si l'ouvrage est de M. Huet ou n'en est pas, comme j'ai entre les mains le manuscrit de l'auteur, je ferai bouquer le journaliste tant qu'il me plaira. Mille et mille fois Vale. »
A Paris, rue St-André-des-Arcs, ce 18 juin 1726. [Extrait.)- « Je ne désespère pas d'avoir un privilège pour l'impression de Y Apologie !. J'ai gagné un approbateur. Nous verrons ce qui en sera. Mais pour l'ouvrage du P. Balt », je ne sais comment je
* Voy. la lettre précédente.
» Baltns.
DE L'ABBÉ D'OLIVBT. 411
me ferai (sic). J'ai déjà vu trois censeurs qui ne veulent pas y mordre. Il n'y a rien dans cet ouvrage que de très-orthodoxe ; mais comme il paroit approuver sans restriction le Traité philosophique, ces maudite censeurs ne veulent pas risquer le paquet. U y a de quoi faire quatre feuilles d'impression en cicero. Si vous juges que votre libraire pût imprimer et débiter cette brochure, le plus court sera que je vous l'envoie au plus tôt, en faisant contresigner le paquet par M. de Valincour *. Mandez-moi , je vous en supplie, ce que vous croyei pouvoir. J'aimerois bien mieux Dijon que Hollande, à cause qu'il est trèsdiflicile de tirer quelque chose des pays étrangers , toutes les douanes étant terribles sous ce gouvernement pour les livres de contrebande.
)» M. de Valincour est directeur pendant ce trimestre. Cela
le rend exact à l'Académie. 11 se porte bien, et nous fait voir contre fortune bon cœur. »
Taris, 9 juillet 1726. [Extrait] — a Tout est fini, Monsieur, et l'ouvrage du P. Bal tus et l'Apologie. J'aiun privilège dans les formes pour celle-ci, et l'on en tire actuellement la seconde et dernière feuille. U ne faut plus que le reste de cette semaiue pour sécher et pour brocher. »
Paris, 25 août 1726. {Extrait.) — « Je ne savois nullement les particularités que vous me faites la grâce de m'apprendre touchant Voicteur », et je vous supplie très-fort, quand vos lectures vous présenteront quelque chose de semblable de vouloir bien le mettre à part.
» Les mémoires sur la vie de Mézeray, dont vous avei vu l'extrait dans le Journal des Savants, sont de M. de Larroque, (ils du ministre de ce nom...
■ M. Mirabaud, traducteur du Tasse, a été nommé à la plare vacante à l'Académie. Ce n'a pas été sans de grandes alterca-
1 M. de Valincour était alors secrétaire des commandement i
du duc d'Anjou et trésorier de la marine. * Voy. t. I,p. 212.
lions , fondées sur ce qu'il avait engagé M. le duc d'Orléans i solliciter vivement en sa faveur. Vous nous auriez été d'un grand secours pour nous tirer de ce mauvais pas, si l'on avoit pu se flatter que vos affaires vous permissent de venir comparaître ici. Plusieurs de nos Académiciens me demandèrent ce que j'en croyois. Je me contentai de répondre que si vous étiez présent, vous ne voudriez pas jouter contre M. le duc d'Orléans, et que, pour être bon critique , vous n'en étiez pas moins bon politique. Mais enfin, si vous aviez été ici, selon toute apparence, vous auriez été élu sans que vous vous en fussiez mêlé. »
A Paris, rue duCbantre, 25 décembre 1726. (Extrait.) — «M. le duc de Sainl-Aignan sera reçu le 2 janvier à l'Académie. Je n'étois point à son élection.»
A Paris, ce 11 décembre 1727. [Extrait.)— « Il y a, mon trèsillustre et très-cher Quarante, près de quinze jours que je suis de retour à Paris. Mais comme, à mon arrivée, je trouvai nos confrères en mouvement pour une élection, j'ai voulu attendre pour vous écrire qu'il y eût quelque chose de fait à cet égard. La faction Lambestine avoit si fort prévalu, qu'il n'y avoit sur les rangs que le président gascon On étoit si déterminé en si faveur que nul concurrent n avoit osé faire transpirer son nom. Enfin, aujourd'hui, jour indiqué pour l'élection, nous avons appris que les Lettres Persanes déplaisoient à M. le Cardinal- Ministre, que S. E. s'en étoit expliquée, et que si nous nommions le Gascon , le Roi vraisemblablement refuseroit son agrément. Ce n'est pas que M. le Cardinal en ait écrit ou fait parler directement à la Compagnie ; mais hier, dans les appartements et devant trois ou quatre personnes il a dit en propres termes à M. l'abbé Bignon : « Le choix que l'Académie veut faire sera désapprouvé de tous les honnêtes gens. » Il m'est revenu que ce qui a indigné S. E., c'est la lettre persane XXII, où il est parlé de deux magiciens. Voilà un étrange chagrin pour
1 Le président de Montesquieu.
DE L'ABBK D'OLIVET.
le président et sa faction. Je n'y suis, Dieu merci , entré pour rien ; et même je toi s si peu suspect, que M. l'abbé Montgaut , ayant ramassé tous les principaux amis du Gascon, commensaux de la vieille (?), j'ai été du dloer. L'élection a été remise au samedi 20 du courant.
» Puisque nous parlons de l'Académie, souffrez que je vous prie de me déterrer en Bresse quelques nouvelles d'Auger Granier, cet académicien qui fut exclu autrefois pour un crime. Je voudrais savoir son vrai nom et des particularités de sa vie si l'on en sait. M. de la Monnoie prétend savoir d'un homme du pays qu'il se nommoit Auger Granier de Mauléon, et qu'il étoit homme de condition. En second lieu, sachons un peu si le comte de Bussy est mort le 9 avril 1693, comme le porte l'imprimé de son épitaphe, ou le 11 comme vous l'avez lu à Notre-Dame d'Autun.
» Auriez -vous jamais lu la Morale chrétienne de P. de Boissat? Gui Allard, dans sa Bibliothèque de Dauphiné, en parle comme d'un livre imprimé. »
Paris, 20 décembre 1727. {Extrait.) — a Enfin, Monsieur» l'élection s'est faite aujourd'hui. Le président1 l'a emporté. Depuis ce que je vous ai mandé , il étoit allé voir le cardinal. Ce qui s'est dit entre eu\ est lettre close jusqu'à présent. Mais le cardinal, dés mardi, écrivit au maréchal d'Eslrées, directeur, qu'après les éclaircissements que le président lui avoil donnés, il n'empèchoit point l'Académie d'élire qui lion lui semblerait. Il y a eu boules noires, comme bien vous pensez, mais non en assez grand nombre pour faire pluralité. Celte affaire n'a pas laissé de faire du bruit dans Paris. Le tort qu elle faisoit au président, dont elle ruinoit absolument la n'putalioo, a touché quelques-uns des nôtres, qui ont trouvé plus doux d'exposer l'honneur de la Compagnie que de coosenlir à la flétrissure de ce fou. Pour moi, je n'ai eu pour confident de mes pensée* que mon ange gardien.
' De Montesquieu
» Il n'est pas possible que Pellisson se soit trompé lorsqu'il dit positivement que Granier étoit de Bresse.
v Pour la Morale chrétienne de Boissat, tous ne doutez pas que je n'aie consulté Chorier ; mais de tous les historiens que j'ai jamais ouTerts, je n'en connois point de moins exact.
» ... De tout mon cœur je penserois à M. Marais; au fond il nous seroit utile. Mais personne de la Compagnie ne le connoit ; comment s'y prendre?
Paris, rue du Chantre, jeudi-saint 1728. ( Texte presque complet.)— « Avouez, Monsieur, qu'après tout je ne suis pas l'homme du monde le plus importun. Voilà trois grands mois que je vous laisse en repos : c'est plus que vous n'auriez osé espérer de moi. Mais enfin, je vais reprendre mon train ordinaire, c'est-àdire vous faire mille questions. Elles roulent sur quelques difficultés que j'ai trouvées en relisant depuis peu Y Histoire d< Y Académie de M. Pellisson :
» 1° A l'article de Paul Hay du Chastelet, il dit que du Chastelet parle de la prose latine rimée contre les Marillacs, dont il était l'auteur, dans ses Observations sur le procès du maréchal de Marillac. Or, je ne trouve point qu'il en soit dit un mot dans ses Observations, si ce sont celles qui sont imprimées dans le Recueil de pièces diverses en 1635. Y a-t-il d'autres observations imprimées de M. du Chastelet sur ce procès ? vous en avez toutes les pièces.
» 2° Pellisson parle d'une satire cruelle et sanglante de du Chastelet contre un magistrat, sous le nom de"\ Est-ce le nom du magistrat qui reste en blanc? ou bien est-ce que du Chastelet avoit publié cette satire sous un nom supposé? En un mot, je ne sais ni ne trouve personne qui sache ce que c'est que cette satire.
» 3° Méziriac. Je ne puis trouver ici son Traité de la Tribulotion, traduit de l'italien de Casciaguerra. S'il étoit à Dijon ou en Bresse, vous m'obligeriez fort de m'en donner le titre au
juste avec le lieu et Tannée de l'impression, la forme du volume, etc. *.
» 4* Du même. Je voudrois savoir quand furent imprimées pour la première fois ses Rimes toscanes.
» »• D'Arbaud, seigneur de Porchères. Le P. Bougerel dit qu'il épousa une demoiselle de la Maison de La Chapelle, dont il eut un fils. Pellisson dit qu'il se maria en Bourgogne. Vous pourriez peut-être connoitre ces La Chapelle, ou du moins savoir de quel canton de Bourgogne ils sont.
» 6« L'Estoile. Eo parlant du reste du Journal de Henri 111 9 Pellisson dit : « Qui peut-être sont maintenant perdus. » Vous avez bien de quoi me fournir une excellente note là-dessus.
» 7* On m'a donné avis que dans les Harangues de Brice Rauderon de Senecey, imprimées à Mâcon, 1685, il y avoit deux lettres de Vaugelas. Ces Harangues sont sans doute communes à Dijon. Voyez, je vous en supplie, ce que c'est que ces deux lettres, et si elles valent la peine d'être articulées dans la liste des ouvrages de Vaugelas.
* Un petit feuillet de papier annexé à cette lettre, et dans cette forme, porte ces mots, de la main da président Rouhier :
» Je roe débarrasserons volontiers de notre histoire cet été, si je pouvois parvenir à rendre eiact et complet le catalogue des ouvrages publiés par les académiciens reçus jusqu'en 1652. Pour les autres, j'en suis moins en peine.
» On travaille à force à la révision du Dictionnaire : c'est le pain quotidien. Du reste, rien de nouveau que je sache dans la littérature. »
Paris, rue du Chantre, ce 20 avril 1728. {Extrait.) — « Quand vous vous y mettez, Monsieur, vous êtes méchant. Vous m'accusez de vous avoir laissé ignorer une infinité de nouvelles académiques, et je vous ai cependant écrit tout ce qui pouvoit à ce sujet n'être pas dans les nouvelles publiques :
» 1° Point de bruit entre M. de Montesquieu et M. Mallet, directeur, si ce n'est que celui-ci lâcha une phrase ou deux qui étoiont vives et à bout portant. Elles sont un peu adoucies daus l'imprimé, mais le fond y est toujours. Le jour même que ce discours parut, j'en porlai un exemplaire à M. de Valincour qui se chargea de vous l'envoyer contresigné.
» 2e Je ne sais point encore le nom de baptême de M. de Montesquieu. Je sais seulement son nom de famille, Secondât. Il n'est venu que trois fois à l'Académie. J'y lisois alors notre histoire. Il n'y a pas ouvert la bouche, et je n'ai pas vu que ses amis même aient osé lui faire grand accueil. 11 est depuis quelques jours parti pour Vienne avec un seigneur anglois qui alloit pour voir l'Allemagne.
» 3° Ramsay n'est point de l'Académie des Inscriptions ; je ne sais pas non plus son nom do baptême. Si jamais je rencontre ce fichu auteur, je lui demanderais s'il est baptisé...
» Avez-vous maintenant, Monsieur, à vous plaindre de mon exactitude ? rendez-moi donc justice une fois en votre vie. Je vais faire encore plus pour votrè service ; je défalque de mes dernières demandes ces deux-ci : 4° la première édition des Rime toscane de Méziriac ; 2° les deux lettres de Vaugelas insérées parmi les Harangues de Senecey. J'ai trouvé à me satisfaire sur ces deux points; mais pour les autres, je vous les re-
commande, aussi bien que de savoir le jour précis de la mort du comte de Bussy, le 9 ou le 11 d'avril 1G93.
» L'abbé Fraguier (de l'Académie françoise) va à son ordinaire, souvent même plus mal. Valincour a eu presque tout l'hiver un rhumatisme qui le meltoit d'une jolie humeur. Valt et me ama. »
Paris, ce tt mai 1728. ( Texte complet.) — « Nous venons, Monsieur, de perdre un de nos meilleurs et de nos plus dignes amis, le pauvre abbé Fraguier. Dimanche j'entrai chez lui sur les sept heures du soir, je le trouvai dans son état ordinaire ; il me pressa de passer la soirée avec lui. Nous mangeâmes ensemble notre pigeon. Je lui lus ensuite deux ou trois chapitres de Rabelais, et à dix heures je le quittai. S étant éveillé à deux heures, il se lit habiller, comme c'étoit assez sa coutume, pour passer le reste de la nuit dans son fauteuil. A sept heures on n'entendoit point encore de bruit chez lui. Enfin, on frappa de manière à réveiller le laquais qui avoit couché dans la petite antichambre que vous connois^ez ; on trouva son maître sans mouvement et sans connoissance. L'apoplexie avoit sans doute commencé deux ou trois heures auparavant : la saignée, l'émétique ne firent rien. 11 ne donna nul signe de vie, si ce u'est de temps en temps quelques convulsions. Il mourut entre cinq et six heures du soir, âgé de moins de 02 ans, car il est né le 28 août 160*6, et nous le perdons le 3 mai 172*. De vous dire quelle douleur c'est pour moi, il seroit bien inutile : vulre cœur vous le dit assez.
» Pour >enir ù la lettre que je reçus hier de vous, Monsieur, elle me fait bien sentir quelle dùTérence il y a entre se parler et s'écrire. Ouand on s'écrit on ne te dit jamais tout, parce qu'on ne sauroit prévoir toutes les questions incidentes qui peuvent nous être faites par celui à qui nous écrivons. Ce protogut go- Uatxu servira, s il vous plait, i excuser les nouvelles libertés que je vais prendre :
» 1° Vous me marquez bien le titre du livre de la Tnbuiation de Méziriar, mais vous ne me dites pas quelle est la forme du
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volume. H faut, s'il vous plait, me l'apprendre; et marques-moi, je vous en supplie, si ce livre a été sous vos yeux.
» 2° L'endroit de Pellisson, qui donnoit lieu à ma demande touchant Paul du Chastelet, est celui-ci (page 319 de votre édition) : Quant à lui, dans les observations qu'il a faites sur le procès du maréchal de Marillac, il proteste seulement qu'il n'a jamais fait aucun serment devant le roi. Or, dans l'exemplaire que j'ai tenu de ses observations et qui est conforme à ce qui s'en trouve dans son Recueil de pièces diverses, il ne parle ni do lui, ni de son serment. C'est ce qui me fait douler que ces observations, telles qu'elles sont dans ce recueil, soient celles dont parle M. Pellisson. Et comme vous avez le procès de Marillac , je m'imaginois qu'il y auroit quelques éclaircissements là-dessus.
» 3» Je n'ai pu trouver la Prose latine rimée contre les Marillac, ne seroit-elle point avec leur procès?
» Voilà, pour aujourd'hui du moins, toutes mes questions. Au reste, je n'ai pas plus de part que vous, Monsieur, à ce qui s'imprime du La Fontaine chez Pissot ; il y a même plus d'un an que je n'ai vu ce libraire. Il est vrai que M. Lancelot, qui avoit entrepris l'édition du La Fontaine iu-4°, vint me prier, sur la fin de l'année dernière, d'examiner les papiers que l'on avoit achetés de la veuve du fils de M. de La Fontaine : je m'en chargeai avec plaisir. Il y avoit peu de pièces qui ne soient déjà imprimées, mais il y en avoit; et cela m'engagea à mettre ces pièces dans une espèce d'ordre chronologique pour l'impression. Ce fut l'affaire d'une journée. Voilà, Monsieur, toute la part que j'ai à cette édition, dont, jusqu'à présent, je n'ai pas vu la première ligne. Vale. »
Paris, 29 juin 1728. [Texte complet.) «Vous avez, Monsieur, un nouveau confrère, l'abbé de Rothelin. Il fit hier son discours, il fut applaudi ; l'assemblée étoit nombreuse et aussi belle qu'elle peut l'être pendant la campagne. L'abbé Gedoyn, directeur, répondit éloquemment et avec une force vraiment apostolique, le goût de M. l'abbé Fraguicr pour l'antiquité lui
ayant donné lieu de fronder les modernes : vous en jugerez quand les discours seront imprimés, je vous les ferai tenir par la voie de M. de Valincour. Biais quoiqu'ils fassent grand honneur à feu M. l'abbé Fraguier, j'espère lui en faire encore davantage par le recueil de ses Poésies à quoi je travaille.
» Comme il ne gardoit point de copies, il ne faut compter que sur celles qui se retrouveront entre les mains de ses amis.
» Vous me dites que j'ai beau faire le fin sur le nouveau La Fontaine... Depuis quand, Monsieur, me croyez-vous propre à faire le fin, et surtout avec vous? Je ne sais point mentir. Je vous ai dit qu'on m'avoit consulté sur l'arrangement des pièces et communiqué à la hâte les mesures de l'auteur ; mais je dois aujourd'hui vous ajouter qu'on n'a pas suivi en tout, à beaucoup près, l'arrangement que j'avois indiqué ; et vous êtes cause que je le sais, car c'est à votre occasion que j'ai demandé à voir ce qu'il y avoit d'imprimé, parce qu'il me paroif, Monsieur, que vous me soupçonnez d'avoir donné aux libraires les pièces que vous me communiquâtes il y a trois ou quatre ans. l.a vérité pourtant est que j'ai laissé en Franche-Comté la copie que j'en Us : selon l'idée qui m'en reste, c'était quelque chose du Songe de Faux et une longue épllre à M. Fouquet. Il y a dans la nouvelle édition beaucoup de nouveaux fragments de ce songe. L'épîlre y est aussi, et pour vous prouver que les libraires ne la tiennent pas de moi, j'en ai détaché un morceau de l'original ; je vous l'envoie. L'édition n'est pas prête à Unir; il y aura trois volumes : ce qu'il y a d'imprimé n'en fait guère que la moitié. Pendant qu'il a été entre mes mains, je l'ai envoyé à mon voisin M. Marais, qui en a fait Yerrala. Du reste, et pour n'y plus revenir, une socit té de six libraires ne garde guère le secret. S'il vous revient jamais que j'aie touché d'eui la valeur d'un sou, croyez que c'est moi qui donne celte édition ; et qu'en vous disant deux ou trois fois le contraire j'ai fait le fin.
» Je plains M"# Racine si son mari n'a point eu d'autre sacrifice à lui faire que celui de son inclination à la poésie. Pendant
dix-huit mois que je l'ai vu à Salins, il n'a pas fait un seul vers et n'a pas employé dix-huit quarts d'heure à en lire. Quelquefois vos confrères me demandent quelles sont vos occupations : je leur réponds humblement que vous ne me faites pas l'honneur de me l'apprendre. V aie. »
Rue du Chantre, 12 août 1728. {Post-Scriptum.) — « On me dit, il y a quelques jours, qu'il ne restoit à imprimer de La Fontaine qu'une moitié du dernier volume ; ils y fourrent la Psyché, qui est déjà réimprimée en tant d'endroits. »
Rue du Chantre,20 décembre 1728. {Extrait.) — o Le successeur de M. de La Monnoye ne fera son mandement de réception que le 10 du mois prochain. J'ai livré à Coignard, notre Histoire de V Académie. L'impression se fera sans délai et commencera du moment que le graveur aura fait la vignette qui doit se mettre à la tête de l'ouvrage in-i°. — Le P. Des Molets fourre, dans le premier de ses recueils qui va paroître,r#wfoire de la conquête de la Franche-Comté par M. Pellisson. Et à propos de cela, il me semble que le recueil qui a passé par mes maius, de ses lettres à Mlle de Scudéri, feroit plaisir au public. Voyez si vous voulez que je cherche un libraire, et quelles conditions en exiger. Vous me direz peut-être des livres, mais ce sont des fripons qui vendroient leurs livres un prix exorbitant. Le mieux, sauf votre avis, seroit d'exiger tout argent comptant, et vous en achetez tels livres que vous voulez. Je me chargerai agréablement d'en revoir les épreuves. S'il y a du choix à faire dans ces lettres, vous n'auriez qu'à barrer celles que vous ne croyez pas bonnes pour l'impression. Mais, pour traiter avec un libraire, ce sera une nécessité d'avoir à lui montrer le manuscrit. Sic viderit. »
Paris, 30 mars 1729. {Extrait.)— a L'élection de l'abbé Sallier ne s'est pas faite avec agrément pour lui, en un sens, qui est que tout Paris demande quo jure; mais la meilleure pièce de son sac a élé que M. le premier président étant venu en pleine
Académie solliciter la place vacante pour un abbé Colin qui a remporté deux ou trois de nos prix, cette sollicitation vive et publique parut, à plusieurs de nos confrères, une démarche de mauvais exemple, et contre laquelle il falloit s'élever. La brigue sourde de l'abbé Bignon se trouva fortifiée par là.
» On est à la i 5e feuille du tome II de Pellisson. Il y aura trois volumes. »
Paris, il juillet 1729. {Extrait.) — « J'eus soin, Monsieur, d'envoyer pour vous à M. de Val incour le premier exemplaire que j'eus du Discours de notre nouveau confrère. Vous l'avez reçu sans doute par l'ordinaire de vendredi. Peut-être aurezvous la malice de le comparer avec celui du pauvre Boivin, qui avoil les mêmes charges que l'abbé Sallier, Je double de ses années, et une réputation fondée sur de grands ouvrages en tous genres. Les louanges que le répondant lui donna n'approchent pas de celles qu'a données le doucereux Mirabaud. Il n'y a que chance en ce monde. Notre Histoire de V Académie ne sera achevée que vers la fin d'août, grûcc aux lenteurs incroyables de Coignard, dont les ouvriers ne font autre chose que de s'enivrer. Ainsi l'ouvrage ne sauroit paroltre qu'à la Saint- Martin» car le temps des vacations n'est pas propre pour mettre un livre en vente, ce scroit un moyen sûr de le faire échouer. Coignard m'a désolé, c'est le plus sot imprimeur qu'il y ait au monde ; il est cause que j'abandonne de bon cœur un dessein qui m'avoit passé par la tête et dont je crois ne vous avoir point parlé. C'est un Recueil des grammairiens françois, Vaugelas, Ménage, Bouhours, Régnier, etc., etc. J'employai une partie de l'hiver dernier à les relire pour mon instruction ; je trouvai à y faire des notes, tantôt pour les éclaircir, tantôt pour les contredire, ou enfin pour les concilier. J'avois envie de mettre mes notes en état de paroitre sous l'autorité de l'Académie, mais ce corps de grammairiens feroit un in-folio, et l'impression d'un in-folio me tiendrait chez Coignard jusqu'en 17'iO, j'y renonce d'autant plus volontiers que l'ouvrage, quoique très-
m EXTRAITS DES LETTRES INÉDITES
utile, si je ne me (rompe, ne pourroit faire que très-peu d'honneur à l'auteur.
» Si mon Histoire va lentement, notre PelUsson au contraire ▼a fort vite, car il n'en reste que deux ou trois feuilles à imprimer. »
Paris, 16 septembre 1729. {Extrait.) — « J'ai déjà écorné la somme qui doit vous revenir du PelUsson le mois prochain, et vous êtes sur mon registre pour 12 livres données en votre nom à M. l'abbé du Bos pour votre part des frais du Te Deum que les Quarante firent chanter en musique mercredi dernier pour la naissance de M. le Dauphin. Voilà trois pour qui ornent beaucoup cette phrase.
» Vous m'aviez marqué, Monsieur, d'envoyer de votre part un Pellissçn à M. Marais et un à M. de Valincour; le premier reçut le sien, mais M. de Valincourt en ayant déjà acheté un quand je lui portai le vôtre, il ne l'accepta pas. Me croyant donc maître de cet exemplaire, je l'ai mis dans les armoires de l'Académie, conformément à une résolution déjà prise plusieurs fois, mais que nos confrères peu disciplinables ne garderont jamais exactement, de mettre dans la bibliothèque de l'Académie tout ce qui sera publié par quelqu'un du Corps.
» C'est M. de La Motte, directeur de ce trimestre, qui a harangué le roi. La Gazette de Hollande ne manquera pas de rapporter sa harangue et ses vers. Car il y eut des vers, et diaboliques, si je ne me trompe, à la fin de sa harangue. Le succès néanmoins et des vers et de la prose fut prodigieux. Nous nous trouvâmes vingt de la Compagnie, y compris M. le cardinal de Fleury, qui se mit en son rang d'ancienneté ; onze de la troupe furent ensuite retenus à dîner chez lui ; j'étois du nombre, le dîner fut bon et très-gai : je vous y aurois fort souhaité. FaU et me ama.
» Je n'irai point en Normandie, Coignard en est cause. »
Paris, 18 décembre 1729. {Extrait). — « L'histoire générale ne fournit assurément rien au delà de ce que j'ai employé. H
vous est aisé de sentir que je n'aurois pas demandé mieux que de trouver à rendre mon ouvrage plus curieux. Les Académies de province fondées, avant 1700, Arles, Soissons, Angers, sont tombées dans une telle décadence, qu'il n'étoit beau ni pour elles, ni pour nous, de parler d'elles ; d'ailleurs, il n'y a que Soissons qui nous doive un tribut , et Marseille fondée seulement depuis trois ans. Celle de Madrid n'a consulté la notre ni de près, ni de loin , pour ses statuts, et il n'en est, pas dit un seul mot dans nos registres, outre qu'elle est postérieure k 1700, aussi bien que la révision du Qwnte-Cureeetde \'Athali$.
» Vous avez bien deviné que lui pour foi étoit à dessein dans l'article de Balzac. J'étois bien aise de conserver ce fragment de lettre, mais il me falloit mettre à couvert des lecteurs malintentionnés sans faire rien perdre aux intelligents. Vous avez deviné aussi que j'avois eu mes raisons pour estropier l'article de Bussy : mes raisons sont les meilleures du monde, vous en conviendrez, mais il me faudroit une bonne page pour vous les dire ; si jamais sa première édition du Missel amoureux vous repasse sous les yeux, vous me ferez grand plaisir d'en prendre la date.
» Je n'ai point encore avis de Bruxelles que mon paquet y soit arrivé.
» L'evemplaire en blanc de Y Histoire de V Académie in-4e m'a été compté 7 livres; puisqu'il n'est pas pour vous, je vous en dis le prix sans façon. »
Paris, 18 janvier 1730. {Extrait.) — « M. le duc de Richelieu est venu deux fois à des assemblées particulières de l'Académie pour nous parler de l'aiïaire de M. l'abbé de Saint-Pierre ; nous lui avons témoigné beaucoup d'inclination à faire tout ce qui se pourroit. Mais en même temps nous lui représentâmes que M. le cardinal de Polignac ayant été le dénonciateur de M. de Saint- Pierre, et M. le cardinal de Fleury, alors chancelier de l'Académie, ayant eu la principale part à cette affaire, il n'étoit pas naturel de la réveiller sans leur consentement : de cela, il y a bien deux mois, et nous n'avons depuis ni revu M. de Riche-
m EXTRAITS DES LETTRES INÉDITES
lieu, ni entendu parler de lui. Les deux cardinaux non-seulement haranguèrent dans l'assemblée qui fut convoquée pour l'exclusion de l'abbé de Saint-Pierre , mais ils requirent que leurs harangues furent enregistrées. Elles furent violentes ; je les fis lire au duc de Richelieu, qui, sans doute, a compris qu'un courtisan ne devoit pas songer présentement à défaire ce qui a été fait.
» U brigue est inconcevable pour M. de La Faye : je ne doute pas qu'il n'ait la place de M. de Valincour; je regrette sensiblement ce pauvre homme, il avoit cent bonnes qualités et pas un défaut nuisible à ses amis. »
Paris. 2t mars 1730. {Extrait.)— « Hier, M. de La Faye m'a dit, Monsieur, qu'il feroit contresigner le paquet contenant son discours; je lui donnai votre adresse. Ainsi rien ne m'empêche plus d'envoyer, dès à présent, à M. Martin les brochures dont je parlois dans ma dernière lettre : vous trouverez le «omnium Scipionis dans l'oraison du docteur Mead. Pendant que j'ai de l'argent à vous, il m'étoit venu dans l'esprit de vous jouer un tour : je voulois faire faire une copie de votre portrait qui est chez M. de La Monnoye, pour le mettre dans l'Académie où, depuis votre départ, le nombre des portraits s'est fort multiplié. U est temps de se hâter pour y trouver place, les suivants ne seront logés que dans l'antichambre ; mais le portrait qui est ici, n'étant qu'une copie de celui qui est à Dijon, il m'a paru plus convenable d'avoir une copie faite immédiatement d'après l'original. Ainsi, Monsieur, faites-la faire chez vous, et si votre modestie se fait quelque scrupule mal fondé, je vous rendrai le même service qu'à feu M. de Valincour et à M. de Fontenelle. Je jurerai que c'est moi qui l'ai fait faire à votre insu. Vous devriez bien en même temps vous procurer le portrait de Méziriac ; engagez M. le président, votre successeur, à nous le donner. A l'égard des cadres on les fait ici, et d'une manière uniforme. Le nom de l'académicien et l'année de sa réception se lisent dans la bordure d'en bas.
» Autre affaire, mais qui me regarde personnellement, et que
je ne dois dire qu'à tous, parce qu'il n'est pas à propos que mon frère en soit instruit, ie Toudrois Tendre ma charge à la Chambre des Comptes ; elle ne saurait être possédée que par un clerc ; elle donne les mêmes privilèges que toutes les autres charges de la robe : préséance sur le doyen des maîtres des comptes, etc. Je la donnerai pour ce qu'elle m'a coûté, c'està-dire 12,000 francs. Je trouverai plus aisément un acheteur, et à plus petit boni, dans le duché que dans le comté; je tous supplie de Touloir bien tous y employer.
» Voltaire , dans une nouvelle préface au-devant de son Œdipe, attaqua M. de La Motte sur divers points de sa Poétique. La Motle vient de lui répondre par une brochure d'environ vingt pages.
» J'oubliois de vous dire que tous les portraits sont d'une grandeur uniforme ; les peintres savent ce qu'on appelle toile de 20 sols : cette toile est d'environ 31 pouces de hauteur sur 24 en largeur, autant que mon laquais a su prendre les mesures. »
Paris, 16 mars 1730. (Extrait.) — « C'est M. de La Motte qui lit hier la réponse, car nous avons pour directeur M. le maréchal DEstrées, qui a prétexté un rhume ; et M. le maréchal de Villars, chancelier, n'a pas jugé à propos de faire ce que son égal refusoit. »
Taris, proche le Carrousel, rue St-llonoré, 12 mai 1730. ( £j> trait.)—* Notre nouveau confrère M. de La Faye, m 'étant venu voir, je lui lus le commencement du quatrième livre de Yt'nèidê sans lui en dire l'auteur. Il me marqua une grande envie d'achever la lecture, cl je lui permis d'emporter le manuscrit chez lui ; il me le rendit peu de temps après avec son approbation ; et, comme il en parla publiquement à l'Académie, je vis la Compagnie disposée à entendre lire l'ouvrage, l'auteur demeurant toujours caché. On soupçonna le président Ilénault et le duc de Saint-Aignan : je ne m'ouvris point. Cette lecture a emporté trois séances ; elle en aurait emporté trente, si j'avois demandé
le loisir d'écrire un peu au long les observations de ces messieurs. Par exemple, vers 1, cependant: ils prétendent : 1* que ce mot est languissant ; 2° que, puisqu'il suit toujours l'adverbe, il ne peut être suivi d'un que; néanmoins il fait une sorte d'équivoque lorsqu'il en est suivi comme ici ; 3° sans respect pour Yat du latin, M. de La Motte ne voudroit pas qu'un livre commençât par un mais, cependant, et autres semblables : crimine ab uno disce omnes. Il m'eût fallu un volume et le temps de l'écrire pour vous rendre un compte bien détaillé. Non erat tanti. Souvent on ne faisoit qu'une vaine difficulté, et pour ne point contester, je ne laissois point de coter les vers contredits : en revanche il y en a eu un très-grand nombre d'approuvés, d'admirés, d'applaudis. »
Paris, 9 août 1730. [Extrait.) — « M. D'Angers, votre cadet, est mort. Depuis huit jours que nous le savons, il y a une nuée de postulants : le Palais-Royal porte Coypel, peintre et poète; le palais Lambertin porte Ramsay; l'abbé Gedoyn est pour l'abbé de Sassenage ; tous les Bignon pour Hardion de l'Académie des Inscriptions; et moi, tout doucement, je me remue pour Dupré de Saint-Maur, le traducteur de Milton, et qui plus est, le cousin de feu M. de Valincour. Avec le temps et k paille les nèfles mûriront. »
Paris, 15 septembre 1730. (Extrait.) — « Vous savez que M. Hardion a été élu ; il a eu 13 voix et Ramsay 9. Dupré de Saint-Maur s'étoit retiré par déférence pour Hardion, qui a été son précepteur. Vaie. »
Paris, 20 mai 1732. (Extrait.) — « Le pauvre M. Racine le père mourut il y a quelques jours : c'étoit un très-bon homme, et qui me parloit toujours de vous avec de grands sentiments d'amitié. Les enfants jusqu'à présent paraissent disposés à bien vivre ensemble et à demeurer unis. Samedi dernier, il y eut une convocation extraordinaire de l'Académie ; il s'agissoit de procéder à la destitution de Coignard, accusé de deux choses
DE L'ABBÉ D'OLIVBT. 427
qui ne sont pas d'un trop honnête homme ; l'Assemblée, heureusement pour lui, ne se trouva que de seize personnes, et vous savez qu'il faut être vingt : il en fut quitte pour être condamné à porter au trésor royal la somme de onze cents livres qu'il s'étoit fait payer à l'insu de la Compagnie pour remboursement de frais qu'il avoit dit avoir faits pour l'Académie. »
11 juin 1732. {Extrait.) — « La charge de trésorier de M. le duc de Prague a passé au fils de M. Racine, et comme il en avoit plusieurs, il faut ajouter que c'est au cadet de tous, nommé du Jonquoy, receveur général des finances de la généralité d'Alençon. — Nous allons tomber dans la lecture des prix, triste besogne, vous vous en souvenez. »
18 décembre 1732. (Extrait.)— «Le successeur de M. de Metz à l'Académie n'est point encore désigné ; Moncrif est fortement porté par M. le comte de Clermont et par M. d'Argenson du Palais-Royal. Marivaux n'a fait aucune visite que je sache ; mais en tout cas vous me permettez d'être assez franc avec vous pour vous dire qu'il n'aura de sa vie mon suffrage, à moins qu'il il'abjure son diabolique style. Je ne laisserai pas, s'il vient, de lui faire politesse, et de lui dire que vous m'avez écrit avec vivacité en sa faveur. »
5 janvier 1733. [Extrait.) — « Il faut qu'avant trois heures je sois à l'Académie pour tâcher de voir le train que prendra l'élection : d'un côté M. le comte de Clermont sous le nom de Moncrif-les-Chats et de l'autre Mgr l'Évêque de Vence. »
13 juillet 1735. (Extrait.) — « Nous sommes dans la lecture des pièces qui concourent pour les prix, triste occupation. J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre directeur. »
16 octobre 1735. [Extrait.) — « Je vous reçus hier, vous Monsieur, et les additions à vos remarques. 11 est bien vrai que
» Moncrif, auteur de VHistoire des Chats.
j'avois demandé votre estampe pour moi, mais en même temps j'avois représenté à M. l'abbé Bouhier que votre portrait étolt dû à l'Académie, et qu'il le falloit sur ce qu'on appelle toile de 25 sols, afin qu'il fût conforme aui autres. Il me semble que vous aviez dessein aussi de donner celui de Méziriac et celui de La Monnoye, auquel cas il ne faudrait pour les trois que la même bordure, qui tiendrait depuis la corniche du plafond jusqu'aux lambris d'en bas; et cette bordure étant simple comme celle de la plupart des autres portraits ne coûterait que 40 livres. »
2 décembre 1735. {Extrait.) — « Comme la Gazette ne manque point, Monsieur, de marquer la mort des académiciens, non pas des autres Académies, mais de la nôtre seulement, je ne vous écrirai point exprès pour vous mander que nous avons perdu M. Adam le 11 du mois dernier. Nous savons d'aujourd'hui, et pas plus tôt, que l'élection se fera le 22 de ce mois ; M. le cardinal de Fleury étant directeur, c'étoit à lui à marquer le jour, et il nous l'a fait savoir aujourd'hui. Les deui concurrents sont M. de La Chaussée et M. l'abbé Seguy : le premier n'est protégé que par le public, qui a extrêmement applaudi deux de ses comédies ; l'autre est protégé par M™* la maréchale de Villars qui sollicite vivement. Si le précepteur de Mgr le Dauphin est nommé avant notre élection, et qu'il se mette sur les rangs comme on le soupçonne, il mettra les deui concurrents d'accord. Ce qui le fait soupçonner, c'est que naturellement on devoit indiquer l'élection au 12 ou au 15 de ce mois, et M. le Directeur l'a différée jusqu'au 22 ; on conclut de là qu'il a des vues. Le public continue à croire que M. de Mirepoix sera précepteur, et même on assure qu'il est arrivé d'bicr à Paris. »
12 décembre 1735. (Extrait.) — « Votre dernière lettre, Monsieur, m'a fait juger que vous étiez un peu en peine du choix que nous ferions pour remplacer M. Adam. Je vous ai mandé que les deux concurrents étoient M. de La Chaussée et
l'abbé Seguy, mais que si le précepteur étoit nommé avant l'élection, cette place le regarderait. Voilà le précepteur nommé, c'est, comme tous le savez, l'évéque de Mirepoii; Mœ« la maréchale de Villars lui a demandé instamment de ne point se mettre sur les rangs, tant elle a à cœur l'abbé Seguy. Cependant je prévois que, quoiqu'il ne demande pas, on ne laissera pas de le nommer, parce que, suivant toute apparence, M. le cardinal de Fleury se trouvera à l'élection, ou quelqu'un de sa part, pour répondre que M. de Mirepoii acceptera s'il est nommé. Voilà l'état présent de la république. Il est à propos qu'elle pense sérieusement à elle, car vous ne sauriez croire combien elle perd depuis quelques années. On ne nous pardonne point Sallier et ftloncrif, ceci soit dit entre nous.
« Il y a longtemps que j'ai envie de vous parler d'une autre affaire : vous savez que la prudence m'a obligé de finir l'Histoire de f Académie en 1700. Il est vrai que j'ai jeté au feu les articles que j'avois composés, et dont vous avez vu, ce me semble, une partie ; mais j'en ai gardé les mémoires, et j'ai toujours pris soin que, moi vivant, si quelqu'un vouloit y travailler, je fusse en état de l'aider; et que, moi mort, on trouvât mes papiers en ordre sur ce sujet. Ils remplissent un gros portefeuille, dont l'étiquette est : Soit remis à Jf. le P. Bouhier, Vous ne saviez pas que vous étiez mon héritier : je vous apprends cette nouvelle, mais ce n'est pas là mon but. Comme on ne sait qui meurt, ni qui vit, je me sers de ce proverbe pour vous dire que vous devriez me dresser un mémoire des plus détaillés sur ce qui vous regarde : vous ne serez pas le premier de nos confrères vivants qui en userez ainsi, et il me semble que vous devriez encore plus compter qu'un autre sur mon éternelle discrétion. Envoyez-moi ce mémoire de votre main, je le transcrirai ; je vous renverrai l'original, et il ne restera clans mon portefeuille qu'un écrit de ma main, dont par conséquent l'auteur ne sera jamais connu. Yale. »
Paris, irr janvier 173G (Extrait.) — « Vous savez déjà sans doute la nomination de l'ablté Seguy à la place de M. Adam ,
jamais brigue ne Tut plus violente, ni plus marquée dans l'Académie : le duc de Villars a si bien opéré que M. de La Chaussée, unanimement choisi par le public, n'a eu parmi nos braves confrères que le tiers des suffrages. A propos de l'Académie, il y a six mois que Ton délibère sur l'orthographe ; car la volonté de la Compagnie est de renoncer dans la nouvelle édition de son Dictionnaire à l'orthographe suivie dans les éditions précédentes ; mais le moyen de parvenir à quelque espèce d'uniformité ? nos délibérations depuis six mois n'ont servi qu'à faire voir qu'il éloit impossible que rien de systématique partit d'une Compagnie. Enfin, comme il est temps de se mettre à imprimer, l'Académie se détermina hier à me nommer seul plénipotentiaire à cet égard. Le libraire m'apportera demain le tome I" sur lequel je ferai mes corrections, et je compte que ma besogne sera tinie avant la fin du mois ; je n'aime assurément point cette vilaine besogne, mais il faut bien m'y résoudre, car sans cela nous aurions vu arriver, non pas les calendes de janvier 473C, mais, je crois, celles de janvier 1836, avant que la Compagnie eût pu se trouver d'accord. »
Paris, 17 janvier 1736. ( Texte complet.) — a On m'a fait présent, Monsieur, d'un manuscrit original dont jen'avois que la copie, et comme ce manuscrit est d'une impression charmante, j'ai cru que vous pouviez être tenté de lui accorder une place dans votre bibliothèque, ne fut-ce qu'à cause de l'auteur ; je ne sais au reste si vous penserez de l'ouvrage comme moi, mais franchement il me paroît bien mal écrit et à tout moment plein de contre-sens. Nos Calilinaires avancent, mais comme les besognes d'hiver ; il reste un tiers à imprimer. On vous aura sans doute envoyé la nouvelle satire contre l'Académie, le prétendu discours de réception de l'abbé Seguy : vous n'y êtes nullement désigné , je n'y suis qu'en passant , et d'une manière dont j'aurois tort de m'offenser. Les principaux intéressés sont : MM. Terrasson, Hénault, Dupré, Moncrif, Sa Hier, Hardion, et, plus que tous, M. l'abbé Bignon. Ce discours a été vendu pour ainsi dire publiquement, du moins pendant vingt-quatre heures.
U police, qui n'avoit dit mot sur la lettre de la Deseine , s'est réveillée cette fois-ci et se donne de grands mouvements. Il y a déjà eu trente ou quarante témoins entendus cuei le commissaire ; on dit qu'il y a encore bien autant de personnes qui ont re«;u des assignations. Tous ces témoins sont des colporteurs, des garçons de café, et quelques personnes qu'on soupçonne de liaisons particulières avec Roy ou l'abbé Desfontaines, qui sont les deux sur qui tombent les soupçons. Je n'ai nulle liaison avec l'abbé Desfontaines; mais quand nous nous rencontrons dans les rues, nous nous saluons ; il s'avisa samedi dernier de m écrire une longue lettre qu'il me prioit de communiquer à l'Académie, et par laquelle, 1* il protestoit de son innocence; 2° il demandoilque je fisse savoir à M. Ilénault que l'Académie ne le soupçonnoit point. Je lui lis réponse que la Compagnie n'ayant fait aucune demande pour se plaindre de l'ouvrage dont il s'agit, il ne lui convenoit |>oint d'en faire pour justifier ceux qui pouvoient être soupçonnée d'y avoir part.
Un exempt est allé mettre les scellés sur les papiers de cet abbé ; on y trouvera mon billet qui ne contient rien que de bien. Roy a été mandé chez M. Ilénault qui l'a menacé de l'hôpital. Entre nous ceci soit dit, c'est une terrible chose pour ces gens-là que d'être ainsi traités sur des soupçons ; car, entin, puisqu'ils sont deux mandés et poursuivis, c'est une preuve que l'on ne sait point qui est l'auteur; l'un d'eux sûrement ne l'est pas, et peut-être ne le sont-ils ni l'un ni l'autre; je crains que les prorédés un peu vifs de la police ne fassent rrier contre l'Aradémie : nous aurons beau dire que nous n'y avons point de part, nous n'en serons pas crus, et il y a une certaine race d'écrivains, assez nombreuse dans Paris, qui nous jettera la pierre de ce qu'à notre occasion il y a une sorte d'inquisition à leurs trousses. Je voudrais que la doetc et imprudente Compagnie fit ses choiz avec plus de circonspection ; tant que nous élirons des gens peu connus du public, on tirera sur nous, et c'est une pauvre ressource, à mon gré, que d'armer des commissaires et des ctempts pour nous défendre. Pour moi, Dieu merci, je ne me mêle de rien que d'éplucher notre Dictioo-
naire au coin de mon feu. Je m'y suis livré tout entier pour me tirer au plus vite de cette ennuyeuse occupation, tn petit mot pour moi, je vous prie, à notre cher Père Oudin. Vah. »
Paris, 29 janvier 1736. [Extrait.) — « Je reçois actuellement, Monsieur, votre lettre du 26, et comme les perquisitions faites au sujet de la nouvelle satire sont allées leur train depuis que je n'ai eu l'honneur de vous écrire, peut-être ne serez- vous pas fâché de savoir au vrai ce qui en est. Par les dépositions reçues du commissaire, il paroit que Ribou, libraire, étoit la source où les colporteurs avoient puisé : Ribou fut arrêté , il ne déclara rien ; on arrêta sa servante, qui déclara avoir porté les épreuves à corriger chez l'abbé Desfontaines, et les avoir reportées chez Mesnier, imprimeur peu connu, et qui a déjà eu des affaires pareilles. Mesnier avoua ; l'abbé Desfontaines làdessus fut décrété, et le scellé mis chez lui. Il se sauva dimanche dernier, 22 de ce mois, dans une chaise de poste qui lui fut prêtée par le duc de Valentinois ; on n'a pas encore fait l'examen de ses papiers ; mais M. Hénault, sachant qu'il m'avoit écrit une lettre pour l'Académie, m'écrivit fort poliment pour me la demander il y a quatre jours. Je gardois le coin de mon feu pour une grosse fluxion ; ainsi la lettre, avec copie de ma réponse, fut portée à M. Hénault par notre secrétaire : cette lettre est fort longue et fort détaillée, et quiconque ne connoît pas l'audace des fripons y seroit trompé. Dans cette lettre, l'abbé Desfontaines déclare que la réception de Mathanasius qui lui a été attribuée n'est point de lui, mais de M. Bel, conseiller au parlement de Bordeaux, qui l'avoit prié de la faire imprimer. 11 s'est retiré à la campagne, dans le district du parlement de Rouen, et il a écrit de là à M. Hénault que si l'on vouloit lui donner un sauf-conduit de trois mois , il déclarerait le véritable auteur de celte nouvelle satire dont il n'est, dit-il, que l'éditeur. On ne sait encore quel parti M. Hénault prendra, ni ce que l'affaire deviendra ; je ne manquerai pas de vous en instruire. Deux choses m'ont étonné touchant l'abbé Desfontaines : la première, c'est qu'il est allié de M. l'abbé Bignon et
DE L'ABBÉ D OLIVET. 433 lui a obligation : comment donc s'est-il porté à l'attaquer? la seconde, c'est qu'il mourait d'envie de faire un remercîment à l'Académie bien réel , et, pour lui-même : comment donc s'estil donné une nouvelle exclusion pour toujours ? La réception de M. l'abbé Seguy ne se fera vraisemblablement qu'au mois de mars. »
Paris, 27 février 1736. [Extrait.) — « La réception de l'abbé Seguy est fixée au 15 du mois prochain. L'affaire de l'abbé Desfontaines est comme terminée ; il a eu permission de reveuir de l'Isle-Adam où il s'étoit retire chez M"» la princesse de Conti, qui a pris hautement sa défense. Ainsi, du moment qu'on aura réglé le sort du libraire, de l'imprimeur et des colporteurs, l'abbé en sera quitte pour se mettre pendant une ou deux heures en prison, afin que l'on purge son décret. »
Paris, 8 avril 1736. (Extrait.) — « L'abbé Desfontaines a des lettres de pardon, mais il ne s'est pas encore mis en devoir d'en profiter, car il faut pour cela qu'il se constitue en prison, et t'est ce qu'il voudrait bien ne point faire. Il se remue pour en venir à bout, et, en attendant, quoiqu'il ne soit point encore retourné dans sa maison, il ne laisse pas d'aller de coté et d'autre. - Notre nouveau Quarante me parait avoir fait de minces études, je le trouve jusqu'à présent le plus bas-percé de la troupe; Moncrir vaut encore mieux. — Coignard a depuis six semaines la lettre A, mais ce qui fait qu'il n'a pas encore commencé à imprimer, c'est qu'il n'avoit pas pris la précaution de faire fondre des E accentués, et il en faudra beaucoup, parce qu'en beaucoup de mots nous avons supprimé les S de l'ancienne orthographe, comme dans despescher que nous allons écrire dépêcher, téle, mâle, etc., elc, sans adopter aucune des nouveautés vicieuses des abbés de Dangeau et de Saint-Pierre Vaie. »
Paris, 26 avril 1736. — « ifn certain M. Betoulaud, de Bordeaux, a fondé un prix de 300 livres tous les ans, pour celui
qui feroit la meilleure pièce de vers à la louange de Louis XIV, pendant toute l'éternité, au jugement de l'Académie françoise. Le poète ne sauroit être que de la banlieue de Bordeaux. Depuis douze ans le parlement de Guyenne n'a donné à aucun des auteurs que nous avons couronnés le pouvoir de se faire payer par les héritiers de M. Betoulaud , qui avoit hypothéqué ces 300 livres sur une jolie terre qui est, dit-on, à une petite lieue de Bordeaux. Vole. »
Paris, 7 mal 1736. (Extrait.) — « 11 y a bien de l'apparence que nos deux places vacantes seront remplies par Mgr Téièque de Mirepoix et par M. de La Chaussée. Us n'ont encore fait parler à la Compagnie ni l'un ni l'autre. La Chaussée est à la campagne ; M. Dupré se nomme Nicolas- François. »
Paris, 3 juin 1736. {Extrait.)— « Nous avons élu Mgr l'évéque de Mirepoix à la place de M. Mallet, et M. de La Chaussée i la place de M. Portail : les suffrages, tant pour l'un que pour l'autre, furent unanimes. Leur réception se fera sur la Un de ce mois et ne sauroit être reculée, parce que les Officiers, comme vous savez, ne seront en charge que jusqu'au 1er juillet, Le Directeur du trimestre présent est Mgr l'archevêque de Sens, une réception à faire ne lui coûte pas plus qu'une bénédiction à donner. — Voltaire est de retour; il avoit grande envie de l'une des places vacantes, mais il n'a osé se mettre sur les rangs parce que M. le Garde des sceaux n'est pas tout à fait apaisé sur son sujet. 11 va s'en retourner incessamment à la terre de MmQ la marquise du Châtelet. M. le duc de Richelieu et M. le duc de Villars me dirent hier qu'ils travailleraient pour lui auprès de Mgr le Cardinal et de M. le Garde des sceaux, et qu'ils comptoient que moi, de mon côté, je travaillerais au* dedans de l'Académie. Ainsi, selon toute apparence, voilà une élection toute faite pour la première place qui viendra i vaquer. Je ne serois pas surpris que ce fût celle du président Hénault, Totre parrain; je ne sais quelle maladie il a, mais il ne lui reste que la moitié de son visage : c'est un squelette
affreux, vous ne le reconnoitrieipas. Pour tous et moi, Monsieur, parvenons si nous pouvons à la qualité de doyen. Vale. »
Paris, 28 août 1736. (Etirait.) - « Quand M. de Mirepoii Tut reçu, l'archevêque de Sens, Directeur, pria instamment nos confrères de faire ce jour-là quelque lecture publique. Personne n'a voit rien de prêt : au défaut de mieux je pris un fragment sur l'harmonie du style, dout, contre toutes mes espérances, le succès fut grand : c'est un fragment d'un traité de la prosodie Françoise que je n'a vois encore montré à personne, et que mon • dessein étoit de garder jusqu'à ce que j'aie fini deux ou trois autres traités semblables qui pourront faire un juste volume.
» M. le cardinal de Polignac, entre autres, m'a excité à donner séparément ce traité de prosodie. On l'imprime actuellement; j'aurois bien voulu être à portée de vous le communiquer, mais mon écrit n'est presque pas lisible, et ma paresse m'a fait regarder avec effroi la peine de transcrire tant de brèves et de longues, Yive l'imprimerie pour mettre une copie au net!
» Rien ne ressemble à la léthargie du docte Corps. Pouvexvous croire que l'impression du Vocabulaire en est restée à la première feuille dont je pris soin le carême dernier, et cela, parce que M. le Secrétaire a la complaisance d'attendre que Coignard soit hors des affaires que lui donne le Bréviaire de Paris. Vale. »
Paris, U septembre 1736. {Extrait.)— « Je vous envoie Inobservations de l'Académie sur Vaugelas, j'ai parlé de cet ouvrage dans notre Histoire, page 83 de l'édition in-40, mais je n'y ai pas dit que le texte de Vaugelas fourmille ici de fautes d'impression, et qu'à l'égard des Observations elles ont été laites avec une négligence incroyable. Aussi r.oignard en a-t-il encore plus de la moitié de l'édition, ce qui n'empêche pas que l'ouvrage n'ait été deux fois réimprimé en Hollande en deux petits in-12 plus corrects que l'in~40 de Paris ; je vous aurois envoyé eu même temps le petit volume intitulé : Remarques et décisions
de l'Académie, etc., dont je parle au même endroit de notre Histoire, si Coignard avoit pu en retrouver un exemplaire. »
Paris, 25 octobre 173G. {Extrait.) — « Notre Dictionnaire paroît entra vouloir se mettre en train, mais bien entendu que je porte absolument tout le faix de la correction des épreuves. J'en suis à la septième feuille, mais j'ai bien peur que la patience ne m échappe ; c'est une trop grande perte de temps. »
Paris, 2 décembre 1736. [Extrait.) — « Demain l'Académie s'assemble pour l'élection du successeur de cet honnête homme, qu'une indisposition de brochet nous enleva il y a un mois ; sûrement ce sera Foncemagne de l'Académie des Inscriptions : c'est un gentilhomme de l'Orléanois qui , dans sa jeunesse , entra dans l'Oratoire où il a passé quelques années, tant à l'Institution qu'à Saint-Magloire ; il en sortit pour être gouverneur du duc d'Épernon ; il est demeuré en qualité d'ami chez le feu duc d'Antin. Entre nous, c'est un homme peu chargé de littérature, mais il passe pour savoir assez bien l'histoire de France ; il n'écrit pas mal et il a des manières très-polies : c'est un choix qui ne nous enrichira pas beaucoup, mais du moins il ne fera point gronder le public. »
Paris, 4 décembre 1736. (Extrait.) — « J'avois toute ma vie prononcé haie, plaie, et je paye, je bégaye, de la même façon ; et c'est apparemment l'usage de nos cantons; mais le vers de Molière : a Bal les gens, et ne les paye point, » me donna lieu de m' in former à la comédie comment ils prononçoient les uns et les autres : j'y trouvai une différence bien marquée entre les substantifs et les verbes, en sorte que je fus tenté d'en faire uue règle générale, dont je crus ne voir qu'une exception : la paye du soldat, où le substantif se prononce, et par conséquent doit s'écrire comme le verbe ayant l'E final mouillé.
» Votre lettre m'a porté à vouloir m'instruire plus à fond. Hier, jour de grande assemblée, je donnai à M. Fontenelle, qui, comme doyen, présidoit en l'absence des Officiers, un petit écrit
où étoit la demande conçue en ces termes : « Peut-on faire rimer ensemble : je bégaye, playe; je paye, une haye; je m' effraye, une fuiayeî» Cela étoit sur une carte qui alla de main en main ; nous étioos vingt-deux. Le président Hénault et l'abbé Bignon,qui opinèrent les premiers, furent d'avisque les prononciations étoient totalement différentes : ces mots ne rimoient point, puisque la rime est pour l'oreille. Moncrif parla le troisième et fut d'avis contraire, citant deux vers de Racine qui étoient pour lui. La Chaussée, qui étoit le quatrième, dit que Racine, étant un grand porte, avoit bien pu prendre une licence, mais que cela n'empéchoit pas que la rime ne lui parût très-vicieuse. Tous les autres furent de ce sentiment : chacun parla et assez longuement. I<e duc de Richelieu fit une sortie sur les poètes qui se licencioient ; le cardinal de Polignac appuya là-dessus, dit que c'étoît à la Compagnie à tenir bon contre cet abus, et, pour vous dire tout, il lit un éloge de la fermeté avec laquelle j'avois parlé aux poètes dans ma prosodie. Le sentiment particulier de Moncrif, qui ne porte que sur une licence de Racine, ne peut donc nous empêcher de croire que l'usage présent est tel que je l'ai marqué.
» Fonccmagne fut élu comme ma lettre d'avant- hier vous y préparait : je crois qu'il se fera recevoir à la fin de ce mois. Du moins M. l'abbé de Rotbelin, directeur jusqu'au 1" janvier, s'y attend. Vale. »
Paris, 17 janvier 1737. [Extrait.) — « L'abbé de La Baume est d'Avignon ; son discours et la manière dont il vous l'a envoyé vous font a«sez voir que c'est un maître fou. Sa dédicace nous a fait honte, mais aucuu de nous ne connaissoit ni l'auteur/ ni l'ouvrage. Fontenelle, son approbateur, s'en vient nous dire qu'il étoit chargé de nous demander l'agrément de la Compagnie quoad hoc. On s'en rapporte à lui qui a l'ouvrage entre les mains, et notre doven aime mieux nous faire un affront que Je ne pas plaire à un extravagant qui l'encense. Vous jugerez par les discours ci-jpints de notre nouvelle acquisition; ces discours n'ont été distribués que cet aprcs-dlner même. Voilà
m extraits des lettres inédites
pourquoi je ne vous renvoie pas sous l'enveloppe de M. de Grange*. J'avois compté pour vous envoyer le reste de ce paquet sur M. le président de La Marche, qui m'avoit annoncé son départ pour le 8 ou le 6 de ce mois, mais une fluxion considérable l'a retenu et lui fait encore garderie lit. »
Paris, 7 février 1737. (Extrait.) — « A force de poumons, je suis venu à bout ce soir de faire mettre dans le Dictionnaire : faire diversion à sa douleur, »
Paris» 24 juin 1737. (Extrait.) — a Je vous apprends, Monsieur, une nouvelle qui vous donnera du chagrin, quoique vous y fussiez préparé. Vendredi au soir, nous perdîmes le pauvre Marais. 11 n'y a que lui qui n'y perde point. La mort est préférable à une vie accompagnée de continuelles douleurs. Je le voyois rarement, parce que ses heures n 'étaient pas les miennes. Et d'ailleurs il faisoit, depuis plusieurs années, son capital des petites nouvelles courantes dont je suis ordinairement peu instruit et encore moins curieux. Depuis quarante ans, il mouroit d'envie d'être de l'Académie. Ses désirs se réveillèrent plus que jamais quand son confrère, H. Lenormant, fit la sottise que vous savez. J'ai parlé de lui vingt fois en plein consistoire. Nos Quarante n'ont jamais voulu y mordre. La plupart ne le connoissoicnt pas seulement de nom ; et cependant, i la vérité, il valoit infiniment mieux que ceux qui servent à remplir notre superbe liste, dont il se Tait actuellement une nouvelle édition
que j'aurai soin de vous envoyer Nous sommes entrés
dans la lettre C. Je désespérais de vivre assez pour voir l'impression de notre Dictionnaire si avancée ; cela me fait perdre tout mon temps, car, entre nous, il n'y en a pas un de la docte confrérie qui veuille toucher du bout du doigt à la correction des épreuves, accompagnées pour l'ordinaire de la correction du texte. »
Paris, 27 août 1737. (Extrait.) — « Je vous ai envoyé ces raisonnements hasardés » sur la poésie avec la nouvelle liste de
1 Par De Longue. ( Lettre du 27 septembre 1737.)
l'Académie ; tous trouverez dans cette liste une assez longue lettre qui tous est adressée, l'n de nos confrères, reçu depuis peu, viut à parler de l'abbé Genest comme d'un pauvre 6ujet; il ne Ta cependant ni vu, ni connu ; cela me fâcha et me détermina à mettre sur le papier ce que je savois >. Voua verrez à votre loisir ai cela vaut la peine d'être donné au public dans quelque recueil que je pourrai avoir occasion de faire l'année prochaine. Quoi qu'il en soit, ayez la bonté de ne pas égarer t e papier, |>arce que je n'en ai point de copie. Et si voua jugez qu'on puisse un jour l'imprimer, ne me le renvoyez, s'il vous plait, qu'avec vos corrections. Vole. »
Paris, 27 septembre 1737. (Extrait). — « La dernière fois que j'eus l'honneur de vous écrire, Monsieur, un embarras qui me survint m'empêcha de vous remercier comme je le devois de vos notes sur la lettre concernant l'abbé Genest ; j'en profiterai assurément, et je vous demande la même grâce pour les deui autres que je vous ai envoyées sous l'enveloppe contresignée. »
Paris, U janvier 1738. {Extrait.) — « M. le duc de La Tremouille s'est mis sur les rangs pour la place vacante, non qu'il soit encore venu chez aucun de nous, mais U en a parlé à notre Prolecteur, à Son Eicellence, à Mgr de Mirepoix, qui songeoit à nous proposer l'abbé de Saiot-Cyr, sous-précepteur. Ainsi, nous voyons dès à présent les deui premiers confrères que nous aurons. Je suis bien persuadé qu'ils nous feront honneur. Et nous avons besoin plus que jamais de nous soutenir, car vous avez des cadets qui font diablement jurer contre nous. Les avex-vous vues ces belles productions de Moncrif et de 1 abbé Seguy? Vous êtes heureux de n'avoir pas devant vos yeux ces deux braves écrivains ; uo misanthrope tel que moi n'est pas peu embarrassé quand il s'agit de leur faire son compliment bec i bec
■ J'envoyai hier chez le sieur Martio, au Palais, le recueil de
1 lions avons donne cette lettre. Voy. plus haut, p. 369.
l'Académie pour les deux dernières années, il tous arrivera quand il pourra; mais, au nom de Dieu, n'en perdez point le sommeil, si quelque accident fait que le volume tarde un peu en chemin.
» Je suis bien persuadé que notre cher P. Oudin vous aura envoyé noire Salina, qu'il doit avoir reçu pour le jour de l'an, sous une enveloppe contresignée par M. Amelot. — Grande nouvelle, que je vous gardois pour la bonne bouche : Désormais les jetons seront payés dans les trois Académies à la fin de chaque séance ; il y a quarante ans que cela ne s'étoit tu à l'Académie qui seule eiistoit; il y a quarante ans, et, par conséquent, les autres ne s'étoient pas encore trouvées à pareille fête. VaU. »
Paris, 12 mars 1738. {Extrait,) — « On ne nous promet les discours de la dernière réception que pour jeudi ; le vôtre partira le lendemain à l'adresse de M. de Granges, car je perdrais l'ordinaire de vendredi, si je l'envoyoisau commis de M. Amelot.
» Rien de si brillant que notre assemblée : nous étions trente, bien comptés ; le nouvel académicien parla avec grâce et avec une noble pudeur. Nestor charma par la beauté de son discours ceux qui purent l'entendre, mais un maudit rhume l'empêcha de répondre, par la fermeté de sa prononciation, à celle de sa composition.
» Comme l'Académie prévit que les deux discours pouvoient n'être pas bien longs, et qu'il seroit à propos d'amuser un peu l'assemblée, on me pria plusieurs jours auparavant de préparer quelque lecture. La nouvelle édition de votre Pélront, prête à paroitre, me détermina à choisir pour ma lecture cette lettre que j'eus l'honneur de vous écrire sur notre poésie contre vos deux censeurs. Mais, en la retouchant, je supprimai tout ce qui pouvoit le moins du monde regarder nos coufrères vivants. Le public fut très-content ; il n'en fut pas de même des partisans de feu La Motte. Il m'est revenu que Fontenelle et le présideut Hénault avoient juré contre moi, et le lendemain, comme j'étots allé dîner ches M. le
cardinal de Rouan, j'y trouvai MB« de Tencin qui jeta feu et flamme contre moi. Le cardinal prit ma défense virement, jusqu'à me dire en pleine table, que si je voulois que ma lettre fût signée par ceux qui l'approuvoient, il la signeroit tout le premier. »
Paris, 30 mars 1738. {Extrait.) — « Le Committimus du grand sceau a coûté 13 livres à un de nos confrères et 25 livres à un autre, ce qui fait voir qu'il n'y a rien de bien réglé, et que Sainson prend plus ou moins selon qu'on est facile. »
Paris, 1G mai 1738. {Extrait.)- «Notre Dictionnaire avance; j'en suis à la lettre G pour le volume qui me regarde. Comme on a commencé l'impression du second volume, j'ai prié que d'autres voulussent bien se donner la peine d'en corriger les épreuves. M. l'abbé de Rolnelin et M. de Fonceroagnc y apportent leurs soins.
» Entre nous, soit-il dit, l'ouvrage de l'Académie sur Athaliê ne saurait paraître qu'à notre confusion ; La Motte en est le principal auteur. Son malin vouloir le portoit à reprendre une infinité de choses non répréhensibles ; et il posoit pour principe qu'il est indigne de l'Académie de rendre compte des raisons qu'elle a de blâmer ceci ou cela. Les Cours supérieures, disoit-il, rendent des arrêts et ne font point de dissertations sur les lois. Cela m'a toujours paru insensé ; nous sommes faits pour instruire, et les décisions de l'Académie n'auront de force qu'autant qu'elles seront bien motivées.
» Vous avez vu sans doute l'épitre de Voltaire sur le bonheur, où est cette horrible tirade contre DesfonUines, dont voici la Gn :
Chacun avec borrrar m détoura* de toi ,
Tout fuit, juaqu'ani enfants, et l'on tait trop pourquoi.
» Ce qu'il y a de plus ridicule, c'est que Desfontaines, n'étant point nommé, n'a pas laissé de présenter sa requête par écrit à M. d'Argenson pour obtenir la suppression de cette épitre. V aie. «
Paris, 15 septembre 1738. {Extrait,) — « Le premier tome de notre Dictionnaire est achevé ; mais le second marche lentement, car M. de Foncemagne, qui en corrige les épreuves, n'est pas homme à se gêner comme je faisois, pour rendre les feuilles à point nommé; il fait attendre quelquefois plusieurs jours de suite, et vous savez qu'un ouvrier, qu'on ne tient pas en bride, ne demande qu'à se dérouter. Quoi qu'il en soit, ce deuxième volume n'en est qu'à la moitié de l'M, et il pourroit être à 1*R. »
Paris, 14 octobre 1738. (Extrait.) — « Je De sais si je tous ai mandé que cet abbé Morand, dont vous me demandiez des nouvelles, est un fou, comme vous l'avez bien vu par son épître dédicatoire. Il en a envoyé par la poste à tous les Quarante, et, pour lui marquer notre reconnoissance, nous avons pris les mesures nécessaires auprès de M. le Chancelier pour arrêter l'impression.
» J'ai remis en mains propres à Cuvclier le Mémoire sur Montaigne. L'ouvrage m'a paru très-instructif, curieux et bien écrit. »
Paris, 23 septembre 1739. [Extrait.) — * Le premier loisir que j'aurai sera employé à donner une troisième édition de notre Histoire de l'Académie ; elle sera augmentée d'une liste des ouvrages imprimés de tous nos confrères, tant morts que vivants1. Ainsi, je vous supplie de vouloir, à votre loisir, me donner une liste exacte de tout ce qu'il y a d'imprimé de vous jusqu'à présent; l'exactitude demande qu'on n'oublie rien, et je serois inexcusable d'oublier la moindre chose par rapport à vous. Cependant il y a de petits écrits que je pourrais ne pas connof tre ; j'en ai même trouvé dans les journaux de Hollande par hasard, et sans les connoître d'ailleurs. Vole.
» P. S. Le Méziriac n'est pas encore achevé, mais n'en soyex point en peine, j'en aurai grand soie. »
1 L'abbé d'Olivet n'a pas donné suite à ce projet*
Pans, 9 décembre 1739. (Extrait.) — « Le portrait de Méziriac a été remis entre les mains du sieur Martin, au Palais. Je l'ai prié de se charger aussi de remettre votre portrait à la
femme qui garde la maison de M. l'abbé Bouhicr, n'ayant pas voulu me fier à mon domestique, qui, faute de rencontrer cette femme , auroit pu laisser le portrait en mains peu sûres ; la copie me paroît très-bien faite ; ejle ne sera platée dans l'Académie que lorsqu'il plaira à H. de Cote de faire un lambris qui entoure le panneau que vous oonnoissez. »
Paris, *2 décembre 4740. (Extrait.) — « Le docte Corps des Quarante se maintient, sinon dans tout l'éclat de sa gloire, du moins dans une espèce d'immortalité qui ne lui étoit pas ordi-
trées, et jamais il n'étoit arrivé qu'on fût un si long espace de temps sans payer quelque tribut à Libitioe. Piquons-nous, Monsieur, de surpasser encore nos confrères, et devenons chacun doyen à notre tour : c'est le souhait que je fais pour vous en tous temps, mais surtout en venant approcher les calendes de janvier. Vole. »
Paris, 27 août 4741. (Extrait.) — « Pourquoi n'étiei-vous pas vendredi dernier à l'Assemblée qui se tint pour la distribution des prii? Vous auriez entendu notre vénérable doyen ouvrir la séance par un beau discours, où il lit le renouvellement de ses vtrui académiques, au !>out de cinquante années qu'il compte depuis sa réception. 11 dit là-dessus de très jolies choses; mais ce qui vous paroi Ira plus singulier en lui, il montra de l'âme.
» Vous perdez encore plus à ne pas vous trouver ici pour mercredi prochain, car notre doyen régale solennellement tous ses enfants en Apollon. Il a divisé l'Académie en deux colonnes : la première composée des vingt plus anciens, dont j'ai le mal-
feriez l'ornement, on ne parle aui Tuileries et parmi les femmes du bel air que des deux colonnes académiques; elles font autant de bruit que celles qui viennent de passer le Rhin ;
les Tingt anciens passeront mardi, et leurs cadets le lendemain.
» La réception de M. l'abbé de Ventadour est renvoyée an mois de janvier, parce que M. le cardinal de Roban a désiré qu'on attendît son retour.
» Si je ne vous dis rien des travaux du docte Corps, ce n'e*t pas que je vous cache quelque vérité ; mais lorsqu'il n'y a ries à dire, il faut ne rien dire. »
Paris, 16 janvier 4742. {Extrait.) — « J'attendoîs, Monsieur, les discours académiques de notre dernière réception, pour avoir l'honneur de vous écrire en vous les envoyant ; mais ils n'ont été distribués qu'à la séance d'hier, et ils font une espèce de volume un peu bien fort pour aller par la poste, d'autant plus que j'ai deux autres choses à vous envoyer, qui sont le Recueil de l'Académie, in-12, et une brochure sur Y Histoire de France, dont l'auteur est cet homme d'Auvergne qui est ami de notre Dancbet, et que yous connoissez par quelques essais sur lesquels vous lui avez donné des avis; je prends donc le parti de faire un paquet de tout cela, et je l'envoie au sieur Martin, au Palais.
» On a nommé à la place de M. le cardinal de Polignac M. l'abbé de Saint-Cyr, sous-précepteur de Mgr le Dauphin. »
Paris, 30 mars 1742. {Extrait.) — « Nous avons perdu l'abbé Du Bos; il mourut le jour du Vendredi saint, étant tombé six jours auparavant dans une espèce de frénésie, qui n'a cessé que pour faire place à une paralysie totale, dont au bout de quinze heures la mort s'est ensuivie : sa place d'académicien regarde M. de Mairan, secrétaire de l'Académie des Sciences; celle de secrétaire de la nôtre tombera à qui aura l'âme assez basse pour convoiter le double jeton ; ce ne sera sûrement pa« moi. L'abbé de Saint-Pierre est mourant, il relève d'une troisième apoplexie, mais sans espérance d'aller loin ; M. de Saint- Aulaire, qui passe, dit-on, cent ans, s'est mis tout à fait à garder le lit; l'abbé Bignon, toujours confiné dans son palais dlsle- Belle, ne vaut guère mieux : voilà bien des trous qui vont se
faire à l'Académie; le mal est que je ne vois trop quelles chevilles nous avons pour les boucher. A cela près, je voudrois avoir flui mes tables, et rien ne m'empécheroit d'être gai comme un pinson. Vale. »
Paris, 27 mai 4742. (Extrait.) — « Vous avez, Monsieur, pour nouveau confrère M. l'abbé du Resnel , qui remplace feu M. l'abbé Du Bos. Ce fut notre besogne d'hier, dans une assemblée de vingt-quatre, dont treize furent pour M. l'abbé du Resnel et onze pour M. de Mairan, sans avoir égard à son désistement qui avoit précédé de trois semaines le jour de l'élection.
» Je doute que vous connaissiez particulièrement M. de Mairan ; pour moi qui le connois de longue main, je vous assure qu'il sait autre chose que sa géométrie , et il ne figurerait pas moins bien dans l'Académie françoise que dans celle des Sciences. »
Paris, ce lundi 9 juillet 4742.— « Comment se peut-il donc, Monsieur, que mon dernier paquet ne vous ait pas été rendu ? Vous vous souvenez de rassemblée qui se tint |>our l'élection du successeur de M. l'abbé Du Bos; M. le duc de Saint-Aignan y assista. La semaine suivante, lorsqu'on fit le compte des présents, on remarqua que M. de Saint-Aignan n'avoit pas touché son jeton. Là-dessus je dis que si l'on vouloit me le donner, j'aurois soin de le faire passer entre ses mains à Dijon. Le jeton me fut donné et je le renfermai dans la lettre que je vous écrivis. Cette lettre en contenoit une autre avec enveloppe pour le P. Oudin. Voilà ce qui étoit à votre adresse, le tout accompagne d'une lettre de moi à M. de Saint-Aignan, où je lui disois qu'il étoit de son intérêt de vous remettre mon paquet, contenant une précieuse médaille que vous auriez l'honneur de lui offrir. Je lui disois aussi un peu de mal du P. Oudin, afin que s'il alloit au collège, il donnât à notre ami les marques d'estime qui lui
» Notez que c'est moi-même qui ai mis ce paquet à la poste bien et dûment adressé i M. U duc de S*int-Aignan, gourer-
neur à* Bourgogne, à Dijon. Je croyois avoir troufé la pie au nid en imaginant cette manière de vous faire rendre gratis mou paquet, qui vous donnoit Heu de faire une œuvre académique en présentant le jeton, et d'ailleurs j'aurois été bien aise que notre ami, sans le savoir et sans s'y attendre, eût reçu quelque marque d'attention dans son collège. Encore une fois je ne comprends pas qu'un tel paquet ait pu être égaré ni retenu.
» Samedi on m'apporta les éloges de H. l'abbé Joly; aujourd'hui je les ferai brocher et demain j'en lirai assez pour pouvoir, mercredi matin, lui en faire un compliment qui ne soit pas en l'air. Dans la lettre qui a précédé l'arrivée de son volume, il m'offre des remarques qu'il a faites sur l'histoire de M. Pellisson. Je le prierai de vous les remettre pour me les faire tenir au plus tôt. Je lui aurois encore plus d'obligation, s'il y joignoit ce qu'il a sans doute observé de fautes dans mon propre ouvrage. Vous devriez bien, Monsieur, par zèle pour la vérité et pour moi, l'y engager et lui en donner l'exemple. Car je vais incessamment travailler à la vérification de notre histoire. »
\ 2 juin 1743. (Extrait.)— « Je ne doute pas que l'oraison funèbre du fameux P. de Neuville ne soit déjà arrivée chez nous, et je doute aussi peu du jugement que vous en aurez porté ; quelle pitié de voir qu'un si bel esprit ait donné dans un si mauvais goût Voilà le grand service que l'Académie, ou plutôt quelques Académiciens, ont rendu au public depuis environ trente ans. On diroit que la belle nature ait disparu pour jamais et qu'elle en soit plus visible dans les Desmothène, les Cicéron, les Pélisson, les Bossuet. A la bonne heure ; mais je suis trop vieux pour changer ma façon de penser. Vous voyez bien pourtant que si je pouvois devenir plus docile, les occasions de m'instruire ne sauraient me manquer depuis que j'ai pour confrères M. de Marivaux et le grand géomètre qui sera reçu avec M. Bignon le dernier jour de ce mois. Croiriez-vous que je suis, à l'heure qu'il est, doux comme un agneau et que toutes ces sottises de l'Académie ne m'arrachent pas le plus petit mot de plainte? Ce n'est pourtant pas que je sois devenu fort timide, mais l'inutilité de vouloir
aller contre le torrent fait que j'aime beaucoup mieux demeurer tranquille. •
Paris, 30 juin 1743. {Extrait.) — c Vos deux nouveaux confrères, Monsieur, firent hier leurs discours. Je fus très-content de M. Bignon ; à l'égard de son collègue, je m'en rapporte à ce que tous en jugerei. Vous recevrez par la voie ordinaire ces deux pièces, du moment qu'elles paraîtront. »
Parts, 6 août 1743. {Extrait.) - «L'abbé Gedoyn en est quitte pour avoir fait les frais d'un testameut, et le voilà retenu sur l'eau ; il est tenu ce soir à l'Académie, gai et gaillard. Je lui ai fait vos compliments et il m'a fort chargé de tous bien faire ses remerciments en attendant qu'il s'en acquitte lui-même quand il aura uu peu plus de forces. Depuis que mon Cicéron est achevé, j'aTois pensé à faire des additions i Y Histoire de r Académie, comme vous le voudrez, et de plus j'aTois entamé deux autres petits ouvrages sur notre langue : projets évanouis, aussitôt que formés. On tira, le premier de ce mois, au sort les officiers de l'Académie. Le sort fit Directeur M. de Moncrif. Ainsi l'éloge du feu cardinal va être joliment miaulé. M. l'évêque de Bayeux est retourné dans son diocèse où il travaillera tout à loisir à son discours. M. Bignon n'a pas encore fait ses usités académiques, mais sûrement il demande la place de son oncle. Ergo il l'aura. Vole.*
Août 1743. {Extrait.) — « L'ordre de ne point parler de M. l*abt>é de Saint-Pierre, lorsqu'il fut remplacé à l'Académie étoit Tenu de la cour. A propos de l'abbé Desfontaines, je n'avois pas voulu, il y a environ un mois, tous mander que la lettre que vous lui aviei écrite et qu'il a fait imprimer a scandalisé nos doctes confrères. On en parla devant moi en pleine Assemblée jusqu'à me demander pourquoi je tous avois laissé faire une chose si peu digne de vous. Je me contentai de répondre que tous ignoriez dans TOtre province sur quel pied cet écrivain étoit ici, et qu'au reste je ne connoissois point cette lettre. Car je ne Tavois poini iuc encore, jc ne sais a quei propos on nfiiuuTeiu tuwn
hier ce murmure. Il me parut qu'il y avoit quelque fâcherie. Mais comme on affectoit de parler bas, comme pourm'empécher d'entendre, je pris en effet le parti de garder le silence. Notre amitié, Monsieur, ne me permet pas de vous tenir cela plus longtemps caché. »
Paris, 8 septembre 1743. {Extrait.) — * J'appris en droiture, Monsieur,le gain de votre procès et vous ne doutez pas que ce n'ait été pour moi un sensible plaisir. L'ouvrage de M. Ernesti a pour titre : Clavis cic&roniana. C'est un assez gros in-8°, imprimé à Leipsick, il y a quatre ou cinq ans. Les feuilles périodiques de l'abbé Desfontaines ont été supprimées par arrêt du conseil, qui défend en même temps la vente de son Virgile, jusqu'à ce qu'il ait fait les cartons qui seront ordonnés. Comme il se doutait avec raison que ses affaires pourroient tourner mal, il prit la fuite vendredi matin. On ne sait pas de quel côté il a pris. Un jeune homme nommé Fréron, qui étoit l'un de ses aides, a jugé à propos de se retirer aussi. Et cela fait soupçonner qu'il pourroit avoir part à cette lettre qui attaque les discours prononcés aux deux dernières réceptions de l'Académie. Quoique la Compagnie fût maltraitée dans le Virgile, elle n'a point formé de plaintes en corps; mais divers particuliers, et notamment notre doyen, avoient écrit à M. de Mirepoix. Je souhaite fort que la goutte vous permette de mettre à profit les beaux jours de l'automne. Personne au monde ne prend plus de part que moi à votre santé. Vole. »
Paris, 23 octobre 1743. (Extrait.) — « Je ne vous invite pas, Monsieur, à lire l'écrit ci-joint, car je comprends assez qu'il n'est m pas possible de faire que ces sortes de matières reçoivent un tour agréable. Mais enfin, il y a bien des années que je soutiens en pleine Académie que les grammaires grecques et latines qui jusqu'à présent ont servi de base et de modèle pour nos grammaires françoises, sont totalement opposées au génie de notre langue ; nos confrères m'avoient souvent prié de mettre sur le papier quelques-unes de mes idées, c'est ce que j'ai voulu exé-
cuter sur les deux premières parties de l'oraison, mais une simple lecture n'ayant pu suffire pour asseoir un jugement, ils ont désiré qu'il en iùt tiré quarante copies ; tous examinerez celle-ci, Monsieur, pour peu que le zèle académique tous cousume. J'en dispenserai volontiers plusieurs de nos confrères, pour qui vous comprenez assez que c'est du haut allemnnd.
Vous me demandez quelques détails sur l'abbé des Fontaïues, mais n'ayant nulle sorte de relations avec lui, je ne sais que les plaintes publiques. U est fau\ que l'Académie ait jamais porté les siennes à l'oreille des puissances. On ne s'est jamais entretenu de lui dans ce qui s'appelle la Compagnie. U est bien vrai que divers compagnons, du nombre desquels je n'ai pas été, ont témoigné à M. le Chancelier leur surprise de se voir traiter si cavalièrement.»
Paris, 1 4 mai 1744. [Extrait.)—* J'ai vu M. Michaut avec beaucoup de satisfaction, il m'a parlé de vos api ès-dinées, qui, à ce que je vois, valent souvent mieux que les nôtres, j'entends que celles de nos trente-neuf confrères. Et quand vous y seriez, vous comprendriez qu'aujourd'hui il n'est pas possible d'esj»érer ni d'essayer qu'elles aillent autrement. Le pli est pris, nous sommes une progenies très-indigne des pères qui nous ont illustrés.»
Paris, 24 mai 1744. (Extrait.) — « Les Lettres dorment profondément. Tout Paris imite la docte Académie. »
Paris, 15 septembre 1743. {Extrait.) — «Heureusement vos confrères n'ont rien publié sur les affaires présentes. Crébilloo, notre Directeur, tit au Itoi une harangue impertinente et nu'il o avoit communiquée à personne de la Compagnie. »
Paris, 10 novembre 1 744. {Extrait.) — « Quelques-uns de nos confrères, Monsieur, ayant eu connoissance d'une lettre que je vous écrivis autrefois, m ont pressé de la rendre publique, parce que les brigues renaisseut perpétuellement et que le monde
lit
m EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE, ETC.
croit que nous nous y prêtons, ce qui ne sert qu'a dégoûter de bons sujets.
« J'ai reçu de la campagne où M. l'abbé Gedoyn est mort un petit supplément à ce que j'avois déjà. »
Paris, 29 novembre 1745. {Extrait.) — « Parlons franchement; l'Académie ne peut rien saus un bon secrétaire; mais étant ce qu'elle est aujourd'hui, un bon secrétaire lui est inutile. Je n'y prends nulle part, Dieu merci, et il y a longtemps que je suis guéri d'un zèle dont vous avez pu voir encore quelque reste. Vale. »