‹ Histoire de l'Acadie, privince de QuébecChapitre 3 sur 40 · ABRÉGÉ DE LA VIE · texte numérisé non relu

ABRÉGÉ DE LA VIE

XDE SAINTE MARGUERITE d'ÉCOSSE, TITULAIRE DE LA PAROISSE DE l'aCADIE

" La femme qui craint le Seigneur est celle qui sera louée."

— Prov, 31-30.

§ I — Son origine

^' Marguerite,— dit le Bréviaire Romain, au 10 juin, fête de cette sainte, — fut illustre par le sang royal ^^ d'Angleterre, qu'elle reçut de son père ; illustre par sa '^ mère, issue des empereurs ; mais plus illustre encore ^^ par ses vertus.'^

L'Église, on le voit, considère que les richesses €;t la noblesse des ancêtres sont peu de chose, si on les compare à la vertu, qui seule est grande en présence de Dieu.

Sainte Marguerite fut la petite -fille d'Edmond C6te-de-Fer, qui régna sur l'Angleterre de 1016 à 1017, ^t petite-nièce de saint Edouard le Confesseur, aussi Toi de ce pays, de 1041 à 1066.

Elle naquit, cependant, sur une terre étrangère (en Hongrie), en 104-6, d* Edouard d'Outre-Mer, prince bon et malheureux, et dWgatlie, ]>elle-sœur ou nièce de Tempereur Conrad,

Par r inspiration du Ciel, on peut le croire, elle re<;ut le beau nom de Marguerite, qui signifie pierre précieuse; parce que cette petite fille, qui venait de naître, devait briller un jour comme une escar boucle, et devenir précieuse devant Dieu.

Elle vécut huit ans à la cour de Hongrie, puis douze ans à celle de Londres, où elle apprit Tanglais- Saint Thierri, son confesseur, affirme qu'elle parlait aussi bien l'anglais que la langue de l'Ecosse, où elle passa le reste de sa vie.

C'est parce qu'elle a été reine de ce dernier pays qu'on l'appelle s n in te Marguerite â'Éeosse.

Sa mère était une vertueuse princesse, douée de toutes les cjualités de l'esprit et du cœur, capable, par conséquent, de faire prendre de bonnes habitudes à ses enfants, et de tourner de bonne heure leurs aspirations vers Dieu. Elle inspira des vertus ro^^ales à son fils Edgar ; rabnégation du cloître à sa fille Christine ; et â Marguerite, dont nous parlons, l'héroïsme de la sainteté.

Heureux les enfants qui ont de bons parents ! Dieu, à cause de leurs père et mère, les bénit, s'ils n'y sont pas réfractai res, jusqu'à la millième génération.^

SAINTE MARGUERITE d'ÉCOSSE 13

§ II — Sa jeunesse et son mariage

Les épreuves sont le creuset où Dieu purifie les âmes et les prépare à leur mission.

Marguerite, qui devait être Tédification d'une nombreuse famille de princes et de princesses et d'un pays entier, et surtout une grande sainte, en eut sa large part.

Elle subit d'abord l'exil en Hongrie avec son père, puis elle partagea les angoisses de son frère Edgar en Angleterre, où il devait régner, mais que l'on spolia de la couronne de ses pères. Harold et Guillaume se disputèrent le royaume, qui échut à ce dernier. Edgar prit alors la fuite, avec sa mère et sa sœur Marguerite âgée de vingt ans, sur un vaisseau qu'une grosse tempête jeta sur les côtes de l'Ecosse, à qui la Providence voulait donner notre digne princesse, et où ils trouvèrent des cœurs généreux.

Malcolm III, qui était roi de ce pays, se rappelant que, dans une circonstance presque analogue, il avait lui-même été autrefois bien accueilli par le saint roi d'Angleterre, leur oncle, les reçut avec bienveillance et prit même les armes pour les défendre contre Guillaume le Conquérant, qui les réclamait.

Admise à la cour d'Ecosse, Marguerite y donna bientôt le spectacle de la plus chrétienne et de la plus vertueuse amabilité. Sachant bien que les pompes du monde ont un éclat trompeur, et que le plaisir est éphémère, elle s'en éloignait le plus possible, ou n'y

14 HISTOIRE DH L'aCADIE

goûtait que de loin, comme les colombes qui conservent la blaociieur de leur plumage, en ne touchant la terre que du bout du pied.

Les honneurs qu'on lui rendait ne rétnouvaient guère, et ne diminuaient point son humilité. Son unique objectif étant d'abord de plaire à Dieu, elle s'acquittait chaque jour avec fidélité de tous sesdevoirs de princesse chrétienne, et conservait la grâce par la vigilance sur elle-même, le travail » la mortification, la prière et la sainte communion.

Son âme si belle et si pure s'épanouissait sur ses traits extérieurs, et lui donnait une admirable beauté. Possédant, d'ailleurs, un heureux assemblage des qualités de Tesprit et du cœur, et une grande dignité personnelle, elle était une jeune fille magnifique et admirt'e de tous.

Plus que tout autre, Malcolm en fut touché.

Considérant d'ailleurs combien il serait avantageux, pour lui, de passer sa vie en la compagnie d'une aussi sainte personne, et pour l'Ecosse, que Marguerite lui aidât à en porter le sceptre, il se résolut, après en avoir conféré avec ses ministres, à demander sa maio*

En fille obéissante et chrétienne, Marguerite consulta sa mère et son frère , et pria Dieu de lui inspirer une décision conforme à ses desseins sur elle.

Agathe consentit au mariage de sa fille, et Vy engagea même, en mère prévoyante, considérant que, n'étant pas appelée â la vie religieuse comme sa sœur, Marguerite ne pourrait jamais trouver un parti meilleur, Malcolm étant noble, pieux et puissant.

SAINTE MARGUERITE d'ÊCOSSE 15

Leur mariage eut donc lieu. Il fut célébré en 1070, après l'octave de Pâques, avec une pompe vraiment royale, et en présence de la noblesse du royaume. Ils s'y étaient tous deux préparés par la réception des sacrements.

Malcolm avait une sainte épouse, et c'était sa récompense. ^'La femme vertueuse,— dit l'Esprit-Saint, — ^' est un excellent héritage ; c'est l'héritage de ceux ^^ qui craignent le Seigneur, et elle sera donnée à un " homme en récompense de ses bonnes actions." ^

§ III — Épouse, mère et reine

Par sa condescendance et sa respectueuse amabilité, Marguerite acquit bientôt un grand empire sur le cœur de son royal époux. Elle en profita pour le porter aux œuvres de miséricorde et à la piété, visitant les églises en sa compagnie, et faisant construire, avec lui, des asiles pour les orphelins, les vieillards et les malades.

Le roi, voyant que Notre-Seigneur, par sa grâce, habitait le cœur de son épouse, acceptait ses conseils avec déférence et secondait ses pieux desseins. Il avait pour elle tant d'amour et d'estime que, souvent, il baisait les objets à son usage, surtout ses livres de prières, qu'il se plaisait à faire embellir, et ses objets de piété.

En sorte que l'on peut dire d'elle ce que le Sage a

1 Eccl. 26-3.

dit de la femme forte, que le cœur de son époux s'est réposé en elle. ^

Malcolm et Marguerite furent bénis de Dieu, Ils eurent six fils ; Edouard, Edmond, Edgar, Ethelred, Alexandre et David ; et deux filles : sainte Mathilde, épouse de Henri 1er, roi d'Angleterre, et Marie, c^ui épousa le comte de Boulogne.

Edouard périt à la guerre en même temps que son père, Edmond se fit religieux, et Etlielred mourut encore jeune en odeur de sainteté. Edgar, Alexandre et David furent successivement rois d'Ecosse, où ils régnèrent saintement : Davitl est même au calendrier des saints.

Sainte Marguerite, sachant bien que les premières impressions sont les plus durables, et en redoutant de fâcheuses pour ses enfants, choisissait avec soin leurs précepteurs, exigeant qu'ils fussent tous des gens de religion et de bien, et éloignait d'eux ceux qui ne paraissaient pas assez vertueux.

^* Craignez le Seigneur, — disait-elle souvent à ses enfants;— car ceux qui le craignent ne manquent •^ de rien. Si vous Taimez bien, il vous fera prospérer " en ce monde, et vous admettra au bonheur étemel ^' avec ses saints."

Comme reine, Marguerite considérait le royaume d'Ecosse comme une grande famille, dont elle se savait la mère.

Sachant, en outre, rpie le bonheur des peuples est insép^irable de la pratique de la religion, et que, pour

SAINTE MARGUERITE d'ÉCOSSE 17

être bon chrétien, il faut être bon citoyen, et vice-versa, elle employa son influence à faire mieux observer les lois divines et humaines. Dans ce but, elle invita les évêques à tenir des conciles, et porta le roi à édicter des lois sages, étonnant tout le monde par la science approfondie qu'elle avait de la jurisprudence, des saintes Écritures et de la doctrine catholique.

'^ Personne, — dit saint Thierri, — n * était plus savant qu^elle, ni plus êloquent,^^

Ayant appris que les Écossais observaient mal le dimanche ; qu'ils commençaient le carême, non le Mercredi des Cendres, mais le lundi suivant; et que déjà imbus de Tesprit hérétique de Jansénius, plusieurs s'abstenaient de la sainte Eucharistie, même de la communion pascale, sous prétexte qu'ils n'en étaient pas dignes ; elle mit tout en œuvre pour corriger ces erreurs et ces abus.

Le dimanche, disait-elle, est le jour du Seigneur. H faut donc l'employer pour Lui, et non pour nous.

Le carême, ajoutait-elle, a été établi à l'instar du jeûne de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui a duré quarante jours. Il faut donc qu'il renferme aussi quarante jours de jeûne, et que, partant, il commence le Mercredi des Cendres.

Quant à la sainte communion, elle citait et faisait citer les paroles de Notre-Seigneur au saint évangile selon saint Jean : ^^Je suis le pain vivant, moi qui suis ^^ descendu du ciel. Si quelqu^un mange de ce pain, il ^^ vivra éternellement... En vérité, en vérité, je vous le ^^ dis : si vous ne mangez la chair du Fils de V Homme,

'' chnir cl h<*it won ^'/m/,^ demeure en moi, et moi en

Puis elle aj un tait ou faisait ajouter à ces paroles divines les explications infaillibles que l'Eglise en donne... que la chair et le sani^ tle Xotre-Seigiieur, qu'il veut (|vte l'on i\\otve pour conserver la vie de Fâme» ou la t»:race sanctifiante, sont renfermés dans la sainte Eucharistie... t|ne ri^i^lîse, fidèle interprète de la loi et de la volonté de soti divin Fondateur, nous enseigne que, pour ohcîr an précepte t|uc nous fait Notre-Seigneur de niaîîLicr sa chair et de hoire son sang, les fidèles iloivinl faire la s; mu te coniniunion de temps à autre, eu ] particulier au tcni|ïs pascal, etc., etc.

Maru^ucrite fut aussi la bonne providence de ses sujets, uiêuie au point de vue temporel, en engageant le roi a ] porter des lois souiptuaires, qui diminoèrent l>eaucou|i le luxe et obligèrent les gens à vivre selon lenrs moyens.

C'est elle (pii fit a]>prendre aux Ecossais Tart de fabriquer des étoiVes de diverses couleurs, qu'elle aimait ellc-nunic, et qui sont encore le pro]>re des fabriques dn^cosse. 1:11c en fit nicnic faire îles exportations con* si<lcr.'ihlcs, augincraarU beaucoup, par là, le commerce du rovaunie, oii, trailleurs, elle savait attirer des pays étrangers, imitant ainsi la femme forte de nos saints Livres.-

SAINTE MARGUERITE d'ÊCOSSE 19

Cependant, ses devoirs d*épouse, de mère et de reine ne la pouvaient distraire de la vie chrétienne. Ses biographes nous disent que, souvent, elle passait des nuits entières dans la prière et la méditation, qui l'alimente; que chaque matin elle entendait plusieurs messes, et qu'elle y faisait presque toujours la sainte communion.

§ IV — Sa mort, ses reliques et ses tableaux

Douce et tendre pour le prochain, sainte Marguerite était d'une grande sévérité pour elle-même, ne croyant jamais assez souffrir, ni en faire assez pour Dieu. Elle faisait deux carêmes par année, l'un avant Noël, et l'autre avant Pâques. Ses jeûnes, pourtant, lui faisaient parfois éprouver de grandes douleurs d'estom£,.c, qu'elle endurait avec patience.

Épuisée enfin par ses souffrances et ses pénitences, elle tomba en langueur, et, pendant six mois, elle ne put ni monter à cheval, ni visiter les pauvres, ne pouvant seulement que se rendre avec peine à sa chapelle et à la sainte table.

C'est pendant cette maladie que le roi porta la guerre en Angleterre, malgré les conseils de la reine, que, pour la première fois peut-être, il ne voulut pas suivre, les attribuant à un excès de bonté, et qu'il y perdit la vie.

Ayant, en son absence, appris le moment où elle devait mourir, elle fit aussitôt venir son confesseur, et lui parla en particulier. ^' Elle me fit une revue géné- ^^ raie de toute sa vie, — dit saint Thierri. — Des torrents

■^ de larmes coulaient de ses yeux, et sa componction ^' était si grande que je ne pouvais pas moi-même m'em* ^* pêcher de pleurer."

Quatre jours avant sa mort, elle apprit par révéla* tion la fin tragique de Malcolm et de son fils Edouard, ainsi que les futurs malheurs spirituels de TEcosse, et en parut bien aflSigée.

Enfin, elle put encore, le dernier jour de sa vie, se rendre à son oratoire et recevoir encore une fois le saint Viatique. Puis, de retour à sa chambre, se sentant plus malj elle se fit ap{>orter un crucifix fort vénéré en Ecosse. Elle le prit dans ses mains, le couvrit de ses baisers, et fit avec lui plusieurs signes de croix sur son corps, en récitant le Afiserûre et autres prières, et demanda à ses chapelains de recommander son âme à Dieu.

Elle dit encore plusieurs fois ces paroles r ^^SeigTieur Jésus, délivrez-moi de tout TnaP\ et rendit son âme à Dieu, le 16 novembre 1093, dans la quarante-septième année de son âge, ayant peu vécu mais rempli beaucoup de jours.

Son saint confesseur, qui put la contempler après sa mort, écrivit ce qui suit : ^^ Il y avait dans ses traits " tant de p/iix et de tranquillité, qu'on ne saurait ^' douter que son ame n'ait été admise dans le séjour ^' de la paix éternelle. Chose prodigieuse! son visage, '' sur lequel la mort avait mis sa pâleur habituelle» ■' reçut, après la mort même, une teinte si pure et si '' parfaite de rose et de blanc, qu'on n'eût pas dit que ^^ la reine était morte mais qu'elle dormait»"

SAINTE MARGUERITE d'ÊCOSSE 21

Selon son désir, son corps fut déposé dans Téglise de la Sainte-Trinité, qu'elle avait fait construire à Dumfermlin, à quinze milles d'Edimbourg, où Ton plaça aussi le corps du roi.

Au temps de la prétendue Réforme, les catholiques, craignant que ces deux corps ne fussent profanés, les enlevèrent secrètement tous deux et en portèrent la plus grande partie à Madrid, sous Philippe II, qui les fit placer dans une chapelle de TEscurial, où ils sont encore dans un même tombeau, sur lequel on a écrit: ^* Saint Malcolniy roi, et Sainte Marguerite, reine.^^

La tête de la Sainte fut plus tard envoyée à l'infortunée Marie Stuart, reine d'Ecosse, qui la confia à un bénédictin, par lequel elle fut portée à Anvers, en Belgique. Elle fut ensuite donnée aux Jésuites de Douai, où elle fut conservée jusqu'à la Révolution française.

Sainte Marguerite fut canonisée par Innocent IV, en 1251, et Innocent XII fixa sa fête au 10 juin.

On représente sainte Marguerite visitant et soignant les pauvres — lavant les pieds des orphelins et des pauvres dans une salle de son château — priant près d'une représentation du purgatoire, d'où s'échappe une âme.

L'ancien tableau de la Sainte, à L'Acadie, la représentait assise et travaillant à une étoffe de différentes couleurs, pour donner aux paroissiens l'exemple de l'assiduité au travail.

Le tableau actuel nous la montre descendant les degrés d'une église ou de son palais, et rencontrant un pauvre, à qui elle donne du pain, pour que l'on se rappelle toujours, à L'Acadie, que l'aumône est une

œuvre divine, et quc\ donner aux pauvres c'est prêter à Dieu.

Sainte Marguerite est la patronne de P Ecosse, et la titulaire et le modèle des fidèles de L'Acadie^ à qui, jeune fille, épouse et mère, elle a donné de beaux exemples, que r Eglise les invite k suivre, et qui autorisent à chanter ses louanges, selon les paroles placées en tête de ces (pielqiïes pages de sa vie: " La femme qui cniint le Seigneur e>st celle qui sera louée.-'

Sa vie a été écrite par saint Thierri et saint Aëlred, ainsi qu'on le voit aux Acta Sanctonim, auxquels nous avons largement puisé.

Page 1