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CHAPITRE SIXIEME

La Fabrique et les Marguilliers

La fabrique est une corporation.

C'est elle qui, dans la province de Québec, administre les biens ecclésiastiques de nos paroisses, sous la haute direction du Souverain Pontife et des évêques, et la surveillance des curés.

La fabrique se compose du curé, qui en est le président, et des marguilliers anciens et nouveaux.

Canoniquement parlant, les biens de l'Église en chaque paroisse appartiennent à Dieu, et le Pape seul peut en disposer. Mais, pour la gestion ordinaire des affaires, le Pape en concède l'administration à l'Êvêque du diocèse, qui s'en repose lui-même, en grande partie, sur le curé aidé d'un conseil de fabrique, quelquefois de paroisse, selon le droit politico-canonique actuel de notre province civile de Québec.

Le premier curé deL'Acadie étant arrivé, on procéda immédiatement à l'élection des trois premiers marguilliers. En voici l'acte : " Dimanche, le vingt-quatrième "jour d'octobre de l'an 1784, les habitants de cette " paroisse, dont l'assemblée avait été annoncée au " prône, le dimanche précédent, se sont trouvés au " presbytère après la grand'messe paroissiale, en " présence de moi, premier curé de cette paroisse,

" soussigné, pour y procéder à l'élection de trois mar- " guilliers, et ont élu pour premier marguillier, le sieur "Pierre -Noël Terrien; pour second, le sieur Pierre '' Senécal ; et pour troisième, le sieur Amand Bro.

" Le premier marguillier restera en charge jusqu'au " premier jour de l'an mil sept cent quatre-vingt- " six, suivant la décision de messire Montgolfier, " vicaire-général de ce diocèse.

" A Sainte-Marguerite de Blairfindie, même jour et " même an que dessus.

(Signé) "Chauvaux, prêtre'^

Le sieur Pierre-Noël Terrien était alors âgé de 61 ans ; et le sieur Amand Bro de 44 ans seulement ; car le premier mourut, le premier décembre 1821, à 98 ans, et l'autre, en 1810, à 70 ans.

Mais, dès avant l'arrivée de M. Chauvaux et pendant la construction du presbytère, les sieurs Joseph Cire et Laurent Roy avaient fait des quêtes à l'automne de 1782, ainsi que les 3 janvier, 26 mars, 29 avril, 2, 17 et 24 juillet 1783, pour acheter les objets d'église nécessaires à l'exercice du culte. Ils collectèrent 1145 livres et 8 sous, dont ils rendirent compte le 8 janvier 1786, à la première reddition de comptes de la fabrique, présidée par M. Lancto.

On leur avait donné de l'argent, du lard, des pois, de la filasse, etc.

Les recettes de la fabrique, d'octobre 1784 au premier janvier 1786, s'étaient élevées à 1540 livres et 4 sous, dont 639 livres et 18 sous de rentes de

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bancs, et 706 livres et 16 sous par la quête de l'Enfant- Jésus. Pendant ce laps de temps, les dépenses avaient été de 1,121 livres et 8 sous.

La quête de l'Enfant-Jésus coïncidait toujours avec la visite de la paroisse, que faisait M. le curé accompagné des marguilliers du banc-d'œuvre.

Le marguillier en charge conduisait toujours son curé, avec sa plus belle carriole, et recueillait l'argent. Le second marguillier, avec une grosse voiture, emportait le grain, et les autres dons en nature, que l'on Amendait plus tard, à la porte de l'église, au profit de la fabrique.

M. le curé et les deux premiers marguilliers entraient toujours ensemble à chaque maison. Ordinairement, à l'entrée du pasteur, toute la famille s'agenouillait pour recevoir sa bénédiction ; puis il bénissait les objets de piété et les maisons nouvelles, et confessait les malades s'il y en avait.

Après de bonnes paroles, on passait ailleurs, à moins qu'il n'eût été entendu que M. le curé et sa suite dîneraient quelque part; car, alors, les chevaux étaient mis à l'écurie et bien soignés, et les paroissiennes servaient la table avec l'abondance, la grâce et l'amabilité du bon vieux temps.

De son côté, le troisième marguillier conduisait le bedeau, qui se tenait toujours quelques maisons en arrière du curé, et qui glanait dans les familles pour se faire un salaire. Sa tournée était toujours accompagnée d'incidents drolatiques, et le marguillier s'y amusait bien.

La quête de l' Enfant-Jésus, à L'Acadie, était populaire et fructueuse, on le voit par les comptes. Plusieurs y donnaient beaucoup, d'autres moins ; mais tous y donnaient de bon cœur. En 1786, Jean-Marie Tremblay, qui était pauvre, donna une petite tresse de blé-d'Inde, qui fut vendue 9 sous.

C'était bien le denier de la veuve !

En 1878, la fabrique acquit le terrain des dames Herse, au village, et en fit occuper la maison par le bedeau. Ce terrain fut en partie revendu avec profit, en 1903, après les constructions des remises, dont l'une y est assise. En 1879, M. Lapierre donna à la fabrique, pour des fins scolaires ou religieuses, à l'usage du curé, un emplacement bâti en pierre, où l'école modèle s'est tenue depuis.

Nous allons terminer ce chapitre en donnant la liste de tous les marguilliers élus depuis l'origine de la paroisse. Le millésime placé après un nom indique l'année où le marguillier a été comptable. Si le millésime manque, c'est que le marguillier ne l'a pas été. Plusieurs auront la joie d'y reconnaître leurs pères.

Voici ces noms :

Pierre-Noël Terrien Augustin Yandal 1790

'[ 1784—1785 Charles Surprenant

Paul Senécal dit Ste-Marie 1791

Amand Bro 1786 François Roy

Jean Dupuis 1787 Joseph Mailloux 1792

Pierre Lavoie 1788 Victor Girouard 1793

Maurice Brouillette 1789 Constant Cartier 1794

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