CHAPITRE NEUVIEME
Les Curés de UAcadie
La paroisse de L'Acadie a eu quinze curés. Cinq d'entre eux: MM. Chauvaux, Lancto, Faquin (ou Paquien,) Delisle et Crevier, ont été nommés par les évêques de Québec, et ont desservi la paroisse jusqu'en 1840. Les dix autres: MM. LaRocque, Ricard, .Brouillet, Porlier, Robert, Brissette, Lapierre, Gaudet, Laforce et Marsolais, ont été nommés par les évêques de Montréal et l'ont desservie jusqu'à nos jours.
Ce furent les instruments dont Dieu s'est servi et se sert encore pour sanctifier les fidèles de la paroisse et les conduire au ciel.
Nous allons parler de chacun de ces quinze curés en autant de paragraphes distincts.
§ I — M. Chauvaux
Le premier curé de L'Acadie a été M. Charles Chauvaux (ou Chauveaux comme il signait parfois).
Il était né, à Québec, en 1758, et avait été ordonné prêtre en 1781.
Devenu curé de L'Acadie, en 1784, il y fit son premier baptême le 29 octobre, celui de Charles -Joseph Boudreau, dont le père Joseph Boudreau, la mère
M. L'ABBE RÉMI ROBERT Curé de L'Acadie de 1848 à 1870
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Marguerite Lanoue, le parrain Charles Boudreau, et la marraine Marie-Josephte Bro, étaient tous des Acadiens.
Mgr Tanguay, au Répertoire du Clergé canadien, auquel nous aurons souvent recours dans les notices biographiques des curés de L'Acadie, dit de M. Chauvaux qu'y/ était renommé pour ses talents et sa profonde piété.
Il ne fut qu'un an curé de cette paroisse, et mourut curé de Sainte-Anne de la Pocatière, où il fut inhumé le 3 décembre 1794. R. I. P.
§ II — M. Lancto
M. René-Pascal Lancto (il signait ainsi) a été le second curé de L'Acadie, qu'il a desservie de 1785 à
Il était né à Montréal en 1755, et avait reçu la prêtrise en 1784, à 29 ans.
Au physique, M. Lancto n'était pas grand, mais il était gros et brun. Son portrait à l'huile est encore au presbytère, où l'on aime à voir sa figure douce et sympathique. Au moral, il était aimable et spirituel plus que théologien. Cependant, dans la paroisse et les environs, quand M. Lancto avait parlé, la cause était jugée.
Il eut pourtant, dans les premières années qu'il fallut former la paroisse, des difficultés avec quelques paroissiens, qui ne voulaient pas payer leur dîme, et qu'il dut poursuivre, pour les y contraindre et leur
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apprendre qu'elle a été établie par Dieu, pour le soutien des pasteurs, et que ceux qui travaillent à l'autel ont droit d'en vivre.
M. Lancto était un rude travailleur, parce que, faisant jusqu'à 300 baptêmes, 100 mariages, et 150 sépultures par année, il n'eut que deux vicaires, MM. Leduc et Odelin, et encore fort peu de temps, bien qu'il souffrît beaucou]) du rhumatisme sur les derniers temps de sa vie, et il écrivit à l'Évêque qu'il préférait rester seul.
Il mourut archiprêtre, le 11 mars 1816, après avoir reçu les derniers sacrements, et fut inhumé deux jours après dans son église paroissiale, sous le plancher de la chapelle de son saint patron, du côté de l'Évangile, par M. Joseph Bomeuf, prêtre du séminaire de Montréal. Douze prêtres ont assisté à son service, messires Prévost, Boucher, Robitaille, Bédard, Consigny,. Lajus, Pigeon, Kell}^, Martin, curés respectifs de Saint-Mathias, Laprairie, Saint-Charles, Chambly, Saint-Constant, Sainte-Marie de Monnoir, Saint- Philippe, Saint- Denis, et Saint-Luc, et MM. Dufresne, missionnaire au Sault-Saint-Louis, Leprohon, vicaire à Belœil, et Odelin, vicaire qui desservit la paroisse jusqu'à l'automne.
On se demande comment des prêtres si éloignés ont pu, en deux jours, sans télégraphe, ni téléphone, apprendre si tôt la triste nouvelle de la mort de l'un de leurs confrères, et l'on admire leur charité à venir à ses funérailles, en voiture, en hiver, et de si loin. R. I. P.
M. L'ABBE JOSEPH BRISSETTE Curé de L'Acadie de 1871 à 1876
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§ III — M. Paquin
M. Jean - Baptiste Paquin a remplacé M. Lancto ; mais il n'est arrivé à L'Acadie qu'à l'automne de 1816, où il signa son premier acte le 5 octobre.
Il était né en 1780, probablement à Deschambeault, et était devenu prêtre en 1808.
M. Paquin était gros, court, et asthmatique. A cause de sa faible santé, il lui arrivait parfois de coucher dans les familles, pendant sa visite de paroisse, afin de pouvoir plus facilement continuer le lendemain.
C'était un homme positif, qui semblait avoir pour maxime de bien faire et laisser dire.
Il construisit le presbytère actuel et eut, à ce propos, de grosses difficultés avec quelques-uns de ses paroissiens, qui se plaignirent de lui à l'Évêque, à qui ils demandèrent même son rappel, et envers qui l'un d'eux finit par être grossier. Mais Mgr Lartigue, qui avait de l'expérience et du tact, et qui connaissait la soHdarité de l'évêque avec ses curés, les réduisit bientôt au silence, en leur demandant des preuves sérieuses, et conserva toujours beaucoup d'estime pour ce bon curé.
M. Paquin fut, avec M. Déguise, de Varennes, l'un des plus généreux soutiens de la nouvelle mense épiscopale de Montréal.
Il eut pour vicaires MM. Delisle, Decoigne, Brais, Caron, Marcotte, Legrand, et Lavoie, qui desservit la paroisse jusqu'à l'automne.
Il mourut, en 1832, le 19 février, à 10 heures et demie du matin, et son corps fut inhumé le 22, sous la
chapelle de la sainte Vierge, du côté de l'Épitre, par Mgr Lartigue, encore évêque de Telmesse. MM. Boucher de Laprairie, Morissette de Saint-Jean, Rémi Gaulin, futur évêque de Kingston, Guérin de Châteauguay, Tabeau, vicaire-général, Jacques Faquin, son cousin, de Saint-Eustache, Chèvrefils de Saint-Constant, Brais de Saint-Pie, J.-J. Vinet de Saint- Yalentin, Éd(juard Crevier de Saint-Luc, Ignace Bourget, secrétaire de l'Évêque, Pigeon de Saint-Philippe, et Amiot de Saint- Cj'^prien, ont signé l'acte de sa sépulture.
Ce fut sous la fin de l'administration de M. Paquin que l'erreur commença à poindre à la première Grand '- Ligne, et pendant l'interrègne, qui suivit sa mort, que sévit si brutalement le choléra-morbus de 1832.
M. Paquin signait quelquefois Paquin, et d'autres fois Paquien. R. I. P.
§ lY— M. Delisle
M. Joseph-David Delisle, qui a été le quatrième curé de L'Acadie, n'a fait qu'y passer, y ayant signé son premier acte le 8 octobre 1832, et son dernier, en mars 1833, où il fut remplacé.
Il était né à Deschambeault, en 1796, et avait été ordonné prêtre en 1819.
Il fut nommé curé de L'Acadie de préférence au grand -vicaire Cadieux, de Trois-Riviêres, qui, dégoûté de la ville, avait, le 12 avril 1832, demandé la cure de cette paroisse. Mais en acceptant la paroisse,
M, L'ABBE PIERRE L. LAPIERRE Curé de L'Acadie de 1876 à 1888
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M. Delisle dut s'engager à payer un tiers de sa dîme au coadjuteur de l'Évêque de Québec et à son premier successeur en office.
Il mourut curé de la Petite-Rivière, le 14 mars 1849. R. L P.
§ Y— M. Crevier
M. Joseph Crevier dit Bellerive fut le dernier curé de L'Acadie nommé par l'Évêque de Québec.
Il avait vu le jour au Cap de la Madeleine, en 1786, et avait été ordonné prêtre en 1816. Comme son prédécesseur, il avait dû, par écrit du 13 mars 1833, s'engager à payer le tiers de sa dîme au coadjuteur de Québec, qui était alors Mgr Turgeon.
Il arriva à L'Acadie, en mars 1833, et y signa son dernier acte le 25 septembre 1840, où il permuta avec M. Charles LaRocque pour la cure de Saint-Pie de Bagot.
Il se retira finalement chez son frère le grandvicaire Edouard Crevier, à Sainte-Marie de Monnoir, où il mourut, en 1869, laissant en bonnes œuvres le fruit de ses longues économies. R. L P.
§ YI — M. LaRocque
M. ^Charles LaRocque, né à Chambly en 1809, et ordonné prêtre en 1832, fut le sixième curé de L'Acadie, que l'o^ appelait encore Blairfindie, et le premier curé
de cette paroisse nommé par l'Évêque de Montréal.
M. LaRocque était très grand, et avait beaucoup d'esprit, de piété, d'éloquence et de majesté. Ses confrères l'appelaient quelquefois le grand Charles, tous l'avaient surnommé : le beau M. LaRocque. Il avait la voix faible pour chanter, parlait lentement et grasseyait. Mais il toussait sur des notes graves et fortes.
Il eut quelques difficultés avec les commissaires d'écoles, et aussi avec Vital Lefebvre-Chauville, à propos d'un mur de revêtement qu'il avait fait faire à la Petite-Rivière en face de l'église, pour empêcher l'eau d'y manger le chemin, le dit Lefebvre prétendant que ce mur noyait son moulin. Il en eut encore avec ses paroissiens, en 1842, pour l'élection d'un marguillier, qui n'eut pas lieu en décembre, suivant l'usage, mais en février 1843 seulement. Il voulait d'abord, écrivit-il, consulter l'Évêque, à qui il appartient de juger de ces matières. C'était après l'affaire de Beaumont, et // ne voulait' pas heurter de front les mécontents, ni méconnaître les intérêts de V Eglise.
Il eut aussi à lutter contre les Suisses de la Grand '- Ligne, et' reçut, peu après son arrivée à L'Acadie, une longue lettre de l'apostat Normandin, réfugié chez eux, d^ns laquelle ce malheureux se félicitait d'avoir enfin ouvert les yeux à la lumière, et souhaitait que M. LaRocque eût un jour le même bonheur.
Les hérétiques venaient parfois à son presbytère pour l'évangéliser. Une femme y entra un jour, et, ne pouvant le convertir, sortit en secouant ses sou-
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Hers pour ne pas emporter la poussière de sa maison.
" Une femme de ces prêcheuses, — dit-il dans les Mélanges Religieux du temps, — est venue, le Testament " à la main, m'accuser d'être le Saul persécuteur de " l'Église du Christ, et faire bien des lamentations sur " le sort qui m'attend.
"Si j'eusse cru que la partie à laquelle j'avais " affaire en valût la peine, j'aurais pu lui faire l'obser- ■* vation du spirituel cardinal de Cheverus, sur la " manière dont bien des controversistes protestants " lient, les uns avec les autres, les divers passages de " l'Écriture, en lui répétant de suite — ce qui est dit au texte Sacré — Judas prit une corde et s^alla ^^ pendre... et le conseil que donne Jésus -Christ au " docteur de la loi : Allez, et faites de même.
" Eh bien ! c'était des citations de ce genre dont on " m'accablait. Ce sont là les docteurs qui harcèlent " continuellement nos pauvres gens."
M. LaRocque fut quatre ans curé de L'Acadie, puis vingt-deux ans curé de Saint-Jean, où il n'alla qu'avec répugnance, n'y apportant d'abord que son bréviaire, et demandant même son exeat plutôt que d'avoir à obéir avec gêne et contrainte. Il y fut consacré évêque de Saint-Hyacinthe, le 29 juillet 1866, dans l'église même de Saint-Jean, qu'il avait bâtie.
Il assista, en 1870, au concile du Vatican, et l'on dit (ju'il y passa pour le plus beau prélat, et que, à son retour par la France, il y fit l'admiration de Napoléon III qui lui avait donné audience. Son portrait en peinture est au couvent de la Congrégation de Notre-Dame, à Saint-Jean.
Il fit l'oraison funèbre de Mgr Lartigue, dans la cathédrale de Montréal, en 1841.
Mgr LaRocque mourut en 1875, à Saint-Hyacinthe, et son corps a été déposé dans le caveau de l'Hôtel- Dieu de cette ville. Il n'eut qu'un vicaire à L'Acadie, M. Charron, pendant que, de L'Acadie, il desservait 3aint-Jean, après la mort de M. Morissette qu'il avait lui-même administré.^ R. L P.
§ YII - M. Ricard
M. François-Xavier Bellarmin Ricard, le septième curé de L'Acadie, n'y resta pas longtemps, et n'y fut pas heureux.
Il était né à Sainte-Anne de la Pérade, en 1798, et avait reçu le sacerdoce le 1er mars 1829.
Il signa son premier acte le 30 septembre 1844, et son dernier, le 7 mars 1846.
Il se retira ensuite à l'île Perrot, d'où il venait en arrivant à L'Acadie, dans le recueillement de la campagne, et y mourut en 1879. R. L P.
§ YIII — M. Brouillet
M. Jean-Baptiste- Abraham Brouillet, né en 1812, et ordonné prêtre en 1837, remplaça M. Ricard, à L'Acadie; mais il n'y demeura qu'un an, sa faible
1 C'est M. LaRocque qui a baptisé l'auteur de cette histoire.
M L'ABBE JEAN-LOUIS GAUDET Curé de L'Acadie de 1888 à 1902
LES CURES DE l'aCADIE 75
santé l'ayant obligé à chercher des climats plus doux.
Il partit ensuite pour le Chili, d'où il passa en Orégon, où il devint vicaire-général.
Il mourut fort estimé, chez les Sœurs de la Providence, en Orégon, en 1884.
Il eut M. J.-M. Balthazar pour vicaire, à L'Acadie, et, en attendant son successeur, les Pères Dandurand et Brunet, O. M. I., firent faire les Pâques et desservirent la paroisse. R. I. P.
§ IX — M. Porlier
M. François-Pascal Porlier n'a été que dix mois curé de L'Acadie, d'avril 1847 à février 1848, et encore n'y demeura-t-il pas toujours, ayant, en 1847, accompagné Mgr Bourget pour la visite pastorale.
M. Porlier était né à Contrecœur, en 1802, et était devenu prêtre en 1824.
Pendant la visite pastorale de 1847, il fut remplacé, à L'Acadie, par MM. Louis-Joseph Huot et Charles Champoux.
Il mourut, à la Pointe-aux-Trembles, en 1869. R. L P.
§ X — M. Robert
M. Rémi Robert, le dixième curé de L'Acadie, était né à. Verchères, le 18 avril 1811, du sieur J.-Bte Robert et de dame Marie-Reine Boisvert, et avait été ordonné prêtre le 24 septembre 1836.
Il avait été vicaire à la cathédrale et à Varennes, puis curé de Sainte-Mélanie, de Saint-Polycarpe, et de Saint-Jacques-le-Mineur, lorsqu'il devint curé de L'Acadie, en février 1848.
M. Robert était affable, charitable et compatissant, et savait s'attacher les cœurs. Il était si timide pour exiger sa dîme, que, de son temps, plusieurs l'ont mal payée, et il était si charitable, une fois qu'il l'avait reçue, qu'elle passait presque toute en bonnes œuvres.
Aussi, mourut-il si pauvre que, le 12 mars 1871, le conseil municipal, présidé par le sieur ' David Brosseau, vota une somme de $49.03 pour payer ses frais funéraires, y compris son cercueil.
M. Robert menait la vie de famille à son presbytère, où il eut sa mère, sa sœur (Mme Pichette, et son mari, et leur fille Emma, devenu Mme J.-Bte Brault), Mlle Milotte, sa nièce, qui devint hospitalière de l'Hôtel-Dieu de Montréal, M. Augustin Robert, décédé clerc-tonsuré en 1857, les MM. Landry, devenus prêtres, et autres.
Il fit instruire plusieurs jeunes gens et jeunes filles, qui, la plupart, se consacrèrent à Dieu.
Il eut pour vicaires MM. Lussier, Rochette, Lemonde, Moïse Lavallée, Fortin, Coutu et Maynard.
Ayant, le 4 avril 1864, par une fausse représentation, marié, par son vicaire, un protestant de Saint-Jacquesle-Mineur avec une catholique de sa paroisse, sans l'autorisation du père de l'époux, qui était protestant, il eut, avec ce père, un grand procès, où, au grand regret des bons paroissiens, il fut condamné, conjoin-
M. L'ABBE CHARLES LAFORCE Curé de L'Acadie de 1902 à 1905
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tement avec son vicaire M. Coutu, à cent piastres d'amende et aux frais d'une action de deux mille piastres, par le juge Sicotte siégeant en Cour Supérieure à Saint-Jean ; le curé, pour avoir ordonné à son vicaire d'assister à ce mariage, et le vicaire, pour avoir obéi.
M. Robert mourut en 1870, et son corps a été inhumé près de celui de M Lancto, par Mgr Bourget, assisté de MM. Morisson, Aubry et Saint-George.
Dix-neuf prêtres ont signé l'acte de sa sépulture.
Ses paroissiens reconnaissants (c'est un sentiment qui les honore) ont placé une planche de marbre sur le mur de l'Évangile, presque au-dessus de son corps, avec l'épitaphe suivante :