CHAPITRE DIX-SEPTIEME
T,a Révolution de 1837-38 à UAcadie
Les révolutions sont de terribles choses! Malheur aux peuples qui s'y laissent entraîner.
Le Canada, soulevé par de mauvais tribuns et de méchants démagogues, a eu la sienne, en 1837 et en 1838, et en a horriblement souffert, surtout le district de Montréal.
Mais de toutes les paroisses qui y prirent part, malgré la défense des évêques et les remontrances des curés, que l'on a reconnu plus tard avoir été les plus sages, il y en a peu qui en souffrirent autant que L'Acadie. Des granges et des maisons y brûlèrent, des fermes entières y furent pillées et dévastées, le village presque anéanti, des paroissiens jetés en prison, puis déportés, etc., etc.
Les habitants de L'Acadie, il est vrai, avaient toujours eu un caractère un peu belliqueux, qu'ils avaient hérité de leurs ancêtres. Ils avaient une milice bien organisée, de vaillants capitaines et de bouillants soldats, et pendant la guerre de l'indépendance des Etats- Unis, et pendant la guerre de 1812. Ils fêtaient, chaque année, leurs capitaines respectifs, les sieurs Laurent et Joseph Roy, Constant-Marie Cartier, François Desranleau dit Châteauneuf, et autres.
Mme PHILIPPE DESRANLEAU Née Aglaë Toupin
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Le 1er mai 1831, une centaine de miliciens arrivent chez le sieur Desranleau, leur capitaine, qui demeurait au Ruisseau-des-Noyers, où demeurent aujourd'hui ses fils et petits-fils, MM. Edouard et Éphrem Desranleau, pour planter un mai à sa porte. Le banquet usuel était prêt. Mme Desranleau, née Lucie Roulier (qui a vécu si longtemps), avait déjà préparé des gâteaux de toutes sortes, et fait rôtir quatorze dindons.
Mais la joie ne fut pas longue. On avait à peine commencé à élever le mai qu'une étemperche en tombe accidentellement sur le sieur Joseph Roulier dit Boucher, beau-père du capitaine, et le tue instantanément. Tout le monde en fut atterré. Le banquet n'eut pas lieu : les mets furent en grande partie envoyés chez les voisins et les pauvres.
Aussi, en 1837, lorsque la révolte éclata, plusieurs paroissiens prirent-ils fait et cause pour les Patriotes, et s'insurgèrent-ils contre la couronne anglaise. L'année suivante, à l'automne, ils se rendirent à Napierville , avec d'autres, dans l'espoir illusoire que les fugitifs leur enverraient des armes des États-Unis.
Sir John Colborne, surnommé le Vieux-Brûlot, ayant appris ce qui se passait, lança des troupes sur Napier- \ ville, et se rendit lui-même à L'Acadie, où il logea au j presbytère de M. Crevier, ses soldats bivouaquant au \ village et y semant la terreur. 1
Pendant la nuit un incendie éclate au village. Le tocsin appelle au secours: on court au feu de toutes parts ; mais on ne peut empêcher de brûler les maisons des sieurs Ranger, Auclair et Lanctôt, ni celle du sieur
J.-Bte Bissonnette, qui avait pris part à l'insurrection^ à ce poussé par le docteur Côte.
Le feu prit aussi à la maison du notaire Louis-Mars Decoigne; mais on le combattit aussitôt, et une médaille de la sainte Vierge Marie, placée sur la maison en feu, par le clerc notaire Demers, acheva de la sauver.
Sir John, mis au courant de l'événement, parut croire à l'œuvre d'un incendiaire et être fort indigné. Il déclara même qu'il punirait le coupable, si on le lui montrait.
Mais, après le coup de Napierville, tout fut mis à feu et à sang, depuis le village de Saint-Cyprien jusqu'à et y compris celui de L'Acadie. Le jour, on voyait de gros nuages de fumée s'élever au loin, et, la nuit, le firmament reflétait la lueur des incendies, qui jetaient partout le deuil et la terreur.
Plusieurs paroissiens compromis furent arrêtés par les troupes et conduits à Montréal pour leur procès. Théodore Béchard, époux de Josephte Cartier, âgé de 47 ans, et père de dix enfants ; Antoine Coupai- Lareine, aïeul de M. Maxime Coupai, âgé de 49 ans, et père de douze enfants; et Etienne Langlois, âgé de 25 ans, marié mais sans enfants, tous trois de L'Acadie, furent condamnés à mort. Leur sentence, pourtant, fut commuée en un exil à perpétuité. Ils furent déportés à la Nouvelle-Galles du Sud, où ils souffrirent affreusement, et d'oii ils ne revinrent qu'avec d'effrayantes difficultés.
Le notaire Pierre-Théophile Decoigne, né, il est vrai, et baptisé à Saint-Philippe, le 13 mars 1808, mais élevé à L'Acadie, pratiquant à Napierville, et qui
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avait pris part à l'insurrection, fut exécuté, à Montréal, le 18 janvier 1839.
François Nicolas, non marié, qui tenait l'école à l'encoignure du Ruisseau-des-Noyers et de la vieille montée de L'Acadie, qui avait enseigné la contresigne, \ et qui s'était d'ailleurs bien compromis, fut aussi exécuté, à Montréal, le 15 février 1839, à 44 ans.
Le capitaine Desranleau fut même arrêté, à son domicile, par les Volontaires. Un fragment de compagnie monte un jour au Ruisseau par la vieille montée et se dirige chez le capitaine. En arrivant, le sergent place un piquet de soldats à chaque angle extérieur de la maison. D'autres y pénètrent, s'emparent du brave homme, et l'emmènent prisonnier au village, où, après deux jours de détention, il fut remis en liberté.