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CHAPITRE TROISIEME

La colonisation de L^Acadie

Les premiers colons de L'Acadie y trouvèrent une forêt vierge, et comprirent bientôt, à la vigueur des arbres, que le sol y était fertile.

Il n'était pas facile, pourtant, de se frayer un passage à travers les broussailles qui avaient crû au pied des arbres séculaires. Les chemins, même le Cbemin-de-Saint-Jean, n'étaient encore que de mauvais sentiers. Mais nos anciens avaient du courage, de la perspicacité et de la foi. Ceux de L'Acadie, aussi bien doués que les autres, s'y choisirent d'abord des terres ; puis ils s'attaquèrent bravement à la forêt, avec le fer et le feu, guidés par la pensée que, avec l'aide de Dieu, ils l'auraient bientôt transformée en de luxuriantes plaines.

Ils ne furent pas trompés dans leur attente : la beauté et la fertilité des champs de L'Acadie firent la richesse et la joie de leurs propriétaires, qui les arrosaient de leurs sueurs, et font encore l'admiration de ceux qui les traversent.

Nous croyons que les plus anciens colons de L'Acadie furent des Canadiens français, et que les premiers défrichements y commencèrent vers 1750, sous le gouvernement de la France. L'année suivante, en effet, il

se trouvait déjà assez de colons vers la profondeur de la seigneurie des Pères pour établir la paroisse de Saint-Jean-François-Régis, aujourd'hui Saint-Philippe, dont l'ouest de la Petite-Rivière et le Ruisseau-des- Noyers firent d'abord partie.

Le 8 février 1753, le Père St-Pé, jésuite, concédait une terre à Pierre Brosseau, à la Grande-Savane aujourd'hui de Saint -Luc, mais qui appartint à L'Acadie aussitôt que la paroisse y fut érigée, terre assez rapprochée de la Petite-Rivière, et la colonisation montant la rivière, une autre terre de quatre-vingtdix arpents y fut concédée, à l'ouest, le 3 juin 1762, à Nicolas Grégoire, par le Père Floquet, autre jésuite.

Or, Pierre Brosseau et Nicolas Grégoire étaient Canadiens français.

Il est dit dans l'acte de cette dernière concession que cette terre était la vingt-cinquième du rang. Les autres, par conséquent, avaient déjà été arpentées, et probablement concédées.

L'arpenteur était le sieur Péladeau.

f Nous croyons aussi que des Acadiens isolés sont

/venus s'établir à la Petite-Rivière de Montréal peu

/ après la grande dispersion de ce peuple en 1755,

l puisque, le 9 août 1764, M. Deschambeault, oncle et

tuteur de Mlle la baronne de Longueuil, concédait à

J.-Bte Cire, un véritable Acadien, la terre aboutissant

au village, qui a fourni le chemin menant à l'église,

et qui est actuellement possédée par M. Maxime

Coupai.

Et il est bien évident, par tous les vieux papiers,

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qu'un très grand nombre d'Acadiens, revenus en foule^ au pays au printemps de 1768, après la permission / que le gouvernement anglais leur en avait donné, )' tard en 1767, s'établirent à la Petite-Rivière de Mon- ^ tréal, en 1768, et que c'est depuis que cette colonie / commença à s'appeler ha Cadie, La Nouvelle-Cadie, ; La Petite-Cadie, et qu'elle a été définitivement appelée S UAcadie.

Les Acadiens, on le sait, furent instruits à l'école du malheur. Après que les Anglais et les Français se furent successivement emparés de leur patrie, ils en furent brusquement enlevés, en 1755, par les Anglais qui en étaient devenus maîtres, et transportés sur mer aux colonies anglaises, maintenant les États-Unis, où ils furent dispersés, un grand nombre de parents séparés les uns des autres. Ils y pleurèrent longtemps tournés vers l'ancienne Acadie, comme autrefois les Hébreux sur les rives des fleuves de Babylone, et plusieurs d'entre eux y moururent de peine, de misère et de faim.

"Bien longtemps après le départ des Acadiens, — dit Garneau dans son histoire du Canada, — on vit " leurs bestiaux s'assembler, à la fin du jour, autour " des ruines, et les chiens passer les nuits à pleurer " l'absence de leurs maîtres, en poussant des hurlements " plaintifs."

C'était un peuple laborieux, économe, plein de patriotisme et de foi catholique, et ayant le courage de ses convictions. Les enfants acadiens étaient soumis à leurs parents et remplis de respect pour eux. Les

familles menaient la vie patriarcale. Mais on a remarqué, à L'Acadie comme ailleurs, que, ordinairement, les Acadiens faisaient un peuple à part, qu'ils avaient une grande opiniâtreté de caractère, et un langage particulier.

/ Ainsi donc les fondateurs de L'Acadie n'étaient pas /tous Acadiens, bien que plusieurs d'entre eux fussent de cette origine, et qu'ils aient donné à leur nouvelle patrie le nom de leur ancienne.

Les Côté, les Simard et les Tremblay étaient originaires de la Baie Saint-Paul : les Terrien, les Audet et les Moreau étaient de Québec et de l'île d'Orléans : les Molleur et les Roy venaient de Contrecœur.

Mais les Hébert, les Cire, les Landry, les Brault, les Granger, les Bourgeois, les Boudreau, les Comeau, les Trahan, les Lanoue, les Richard, les Clouâtre, et beaucoup d'autres, dont les noms apparaissent aux registres de Saint- Philippe et de Laprairie, puis à ceux de L'Acadie, étaient Acadiens d'origine ou de naissance.

D'autres ont hérité le sang acadien par des alliances matrimoniales : tels les Toupin, les Rémillard et les Déland d'aujourd'hui par leur aïeule maternelle, Marie Lanoue, épouse de J.-Baptiste Simard; tels les Roy, par leurs ancêtres maternelles, Isabelle et Françoise- Rose Brault, épouses respectives de MM. Laurent et François Roy, les anciens, et Esther Hébert et Charlotte Dupuis, épouses succeSvSives de M. Joseph Roy, aussi l'ancien.

A la population canadienne et acadienne de L'Acadie

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vinrent se joindre, après la guerre de 1812, plusieurs) familles d'Irlandais catholiques et d'Écossais ou d'Anglais protestants. De ce nombre furent les^ McDermot, les Ryan, les Dunn, les O'Brien, les Callaghan, les Simpson, les Brunwrick, les Trumblv, les \ Denison, les Shortlej, les Ligget, les Cousins, les Antney, / les Richardson, les Berrj, les McDonald, le sergent | York, dont l'épouse était catholique, et autres, que nous croyons avoir été presque tous des soldats licenciés. Mais leur nombre va toujours en diminuant.

Avec toutes ces recrues la colonisation avança fort vite à L'Acadie. Outre les terres, dont nous avons parlé, M. Deschambeault, pour la baronne, concéda une terre à Constant Cartier, à la Petite-Rivière, le 7 février 1770, une autre à Laurent Roy, le 5 mai 1771, et une autre, le 13 juin 1779, à Joseph Roy, aussi toutes deux à la Rivière. Les chemins s'étaient déjà faits partout, lorsque Paul Lacroix, député grandvoyer, fit, le 11 octobre 1797, un procès-verbal, qui fut homologué, le 10 janvier 1798, pour redresser le chemin de front (déjà fait par conséquent) de la Première Grand'Ligne, entre la baronnie de Longueuil €t la seigneurie de De Léry.

Comme toutes les anciennes paroisses de la province, L'Acadie a toujours été soumise au système féodal, que le roi de France avait établi en Canada pour l'ouverture de la colonie. De grandes étendues de terre furent octroyées à des gens favorisés par la Couronne ou ayant bien mérité de la patrie, à condition, sous peine de retrait, d'y établir des familles et de les faire

défricher. Si ces seigneurs vendaient leurs terres, ils devaient en payer le cinquième du prix au roi, ce qui s'appelait le droit de quint.

Les seigneurs, de leur côté, concédaient des terres à des colons, moyennant de les habiter dans l'an et jour de la date du contrat de concession, d'y défricher chaque année une certaine étendue de terre, et d'en payer annuellement les cens et rentes, ainsi que les lods et ventes, c'est-à-dire le douzième du prix stipulé dans le contrat de vente, si le censitaire les vendait;, et de subir le retrait, qui permettait au seigneur de reprendre sa terre au prix stipulé dans l'acte de vente^ s'il ne trouvait pas ce prix assez élevé.

Ces différents droits avaient été imposés pour maintenir le seigneur et le censitaire sur leurs terres ; mais les lods et ventes surtout étant devenus exorbitants furent abolis, vers 1854, par la Loi Seigneuriale, moyennant compensation aux seigneurs, qui y perdaient. ^

Mais les seigneurs français, ecclésiastiques ou laïques, stipulèrent toujours, dans leurs actes de concession, des conditions beaucoup plus douces et acceptables pour les colons, que ne le firent ensuite les seigneurs anglais protestants.

On en pourra juger par deux contrats de concession, que nous allons citer in extenso vers la fin de ce volume,

1 Certains démagogues parlent aujourd'hui d'abolir complètement la tenure seigneuriale, sans parajtîf e'isaisir ciue cet abolissement obligerait à d'énormes compensatiôtis du tMspï' public envers les seigneurs et les paroisses situées en Idehafs^de* seigneuries.

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et que chacun pourra comparer. L'un est le contrat de concession à Jean Moreau, notre bisaïeul, par le Père Floquet, jésuite, d'une terre sise à l'ouest de la Petite-Rivière, sur le territoire actuel de L'Acadie, en 1770 (Note A), et l'autre, celui de la concession à François Lanoue, par M. Grant de Blairfindie, en 1783, de la terre où nous sommes né, à la Petite- Acadie de Saint- Luc, et qui fait suite à la terre actuellement possédée par M. Lucien Toupin aux Concessions (Note B).

Le seigneur anglais exigeait le double du blé, et encore fallait-il le payer en argent, et à une piastre le minot, s'il l'exigeait, prendre part à des corvées d'hommes et de chevaux, ce que les Jésuites n'exigeaient pas, et s'assujettir à toutes sortes de réserves.

C'était l'époque laborieuse et pénible de la paroisse. Il fallait aux colons arracher les terres à la forêt, et les arroser de leurs sueurs. Les anciens habitants de ce coin béni du ciel ne les ménagèrent pas. Aussi, plusieurs d'entre eux laissèrent-ils de beaux patrimoines à leurs enfants. Dieu bénissait, d'ailleurs, leurs travaux, et leur donnait de nombreuses familles, ce qui fit prodigieusement augmenter la population.

En 1817, M. Paquin fit 287 baptêmes, 72 mariages, et 118 sépultures, à L'Acadie, et y trouva 2,800 communiants à sa première visite de paroisse. 11 s'y fit 335 baptêmes, 71 mariages et 182 sépultures, en 1820 ; et, en 1824, même après l'érection de Saint-Cyprien, il y avait encore 3,800 communiants.

Les choses ont bien changé. En 1906, il ne s'est

fait que 36 baptêmes, 11 mariages, et 22 sépultures. Mais la génération actuelle, essentiellement agricole, est, en grande partie, remarquable par sa manière habile de cultiver la terre, et sori attachement au sol.

L'un des derniers actes de foi et hommage de la baronnie de Longueuil, ainsi qu'on le voit aux archives fédérales, a été fait en 1781, par Mlle la baronne Marie-Charles-Joseph Lemoyne de Longueuil, fille posthume et unique héritière de cette belle seigueurie, lorsque, au Château Saint-Louis de Québec, en compagnie de M. Grant, époux de sa mère, et en présence du gouverneur, tête nue et un genou en terre, elle dit à haute et intelligible voix qu ^elle rendait foi et hommage au roi.

A l'avènement de cette baronne, cette belle terre tomba de lance en quenouille, et Mlle de Longueuil fut la transition par laquelle cette baronnie passa aux (^ mains anglaises et protestantes.

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