Décret du 2 mars
540. Proclamation du 24 février 1848. c Au nom du peuple souverain, citoyens, un Gouvernement provisoire vient d'être
installé Pour veiller à l'exécution des mesures qui seront
prises par ce Gouvernement, la volonté du peuple (et non pas celle des gouvernants) a aussi choisi, pour délégués au département de la police, les citoyens GaussidièrcLet Sobrier».
Dès le lendemain, Gaussidière signa seul les arrêtés et proclamations.
541. € Le citoyen Sobrier. . . vient de déposer les fonctions qu'il devait au suffrage spontané de ses concitoyens. . . » Paris le 28 février 1848. Le délégué de la République française au département de la police^ Gaussidière. — Gelui-ci garda la même qualité jusqu'au jour où on lui donna celle de préfet; il tint pour non avenu l'acte mentionné au Moniteur du 29 février, d'après lequel Garnier-Pagès, maire de Paris, l'avait nommé « son délégué provisoire à l'administration de la police du département de la Seine », ce qu'encore un coup aucun décret ne lui permettait de faire.
542. Gircujaire du 14 mars, c Je vous donne avis qu'à (iot^ de ce, jour, la préfecture de police reprend son titre et la plénitude de ses attributions i ; le ^0 mars, seulement, un décret disposa que ladite préfecture conserverait, « quant à présent», les services dont elle était chargée avant la révolution de février.
543. Décret du 24 février 1848 : nomination de Guinard et Recurt.
Décret du 25 février 1848 : nomination de Bûchez. Décret du 2 mars 1848 : nomination de Duclerc. — 10 — — Edmond Adam.
ut mSTOIRE DE L'ADMINISTRATION PABI8IENNE
544. i* Pages (Louis-Antoine) nommé, le 24 février, maire de Paris, né à Marseille, le 18 juillet 1803, était le frère utérin d'un célèbre politique, Garnier-Pagès, mort en 1841 ; Louis- Antoine débuta dans le commerce, en qualité de courtier, à Paris, et prit une part active aux barricades de 1830; après le décès de son frère, fut élu député de l'arrondissement de Yerneuil (Eure) et siégea au Parlement jusqu'à la révolution de 1848.
En quittant la Mairie de Paris, il devint ministre des finances, puis membre de la Commission du pouvoir exécutif. Sous le second Empire, ilécrïniune Histoire de la RévoltUum de i84S] entré au Corps législatif, en 1864, et réélu en 1869,il fit partie du Gouvernement de la Défense nationale.
2^ Marrast (Armand), successeur de Garnier-Pagès à la Mairie de Paris, né à Saint-Gaudens^ le 5 juin 1801, exerça, dans sa jeunesse, les fonctions de régent à Saint-Sever, puis celles de mattre d'études à Paris, tout en se préparant à devenir docteur es lettres ; exclu de l'Université, en 1827, pour participation aux troubles qui se produisirent aux obsèques de Manuel, il entra dans le journalisme et s'occupa de philosophie, notamment pour combattre, courageusement, les idées de Victor Cousin. Après la révolution de 1830, il prit la direction politique de la Tn^un^. feuille républicaine^quisoutinl^O procès de presse. Condamné par la Chambre des Députés, en 1833, pour offense à ladite Chambre, puis en 1835, par la Cour des Pairs, pour participation au complot d'avril 1834. Marrast, avant le jugement, fut au nombre des 28 détenus qui s'évadèrent de la prison Sainte Pélag4e; il réussite passer en Angleterre d'où il adressait des articles au National, ancienne feuille d'Armand Carrel,où Marrast écrivit, ensuite, avec Godefroi Cavaignac.
La révolution de 1848 le fit^ coup sur coup, secrétaire, puis
membre du gouvernement, liquidateur de la Liste civile et maire de Paris ; 4 départements le nommèrent à l'Assemblée Constituante.
3* Guinard (Auguste-Joseph),né à Paris le 28 décembre 1799» condisciple, à Sainte-Barbe, de Godefroi Cavaignac, devint Tun des agents les plus actifs de la c Charbonnerie » française et coopéra à la fondation du National; prit les armes, en juillet 1830, et conseilla de proclamer la République ; fit une vive opposition au gouvernement, organisa militairement la c Société des droits de Tbomme» ; condamné avec Marrast,en 4835, put s'enfuir, comme lui, et ne revint qu'en 1848. Colonel d'artillerie de la garde nationale, il prit part à l'insurrection du 13 juin 1849 et se vit condamner à la déportation, peine qu*il subit en France, jusqu'en 1854.
4^ Recurt (Adrien-Barnabé-Atbanase) né & La Salle (Hautes- Pyrénées), le 9 juin 1797, docteur en médecine de Montpellier, vint en 1828 à Paris, où il s'affilia au Journalisme républicain.
D'adjoint au maire de Paris, il devint successivement : ministre de l'intérieur (11 mai 1848), des travaux publics (28 juin)^ préfet de la Seine (27 octobre) et démissionna le 10 décembre.
5* Bûchez (Philippe-Joseph-Benjamin), né le 31 mars 1796, à Matagne-la-Petite (.Ardennes). Il débuta comme employé dans l'administration de l'octroi deParis^ fut l'un des fondateurs de la c Charbonnerie » française^ se compromit dans des conspirations politiques, notamment celle du général Berton, à Belfort, mais bénéQcia d'un acquittement par le jury, reçu docteur-médecin, en 1825, il s'occupa, aussi, de philosophie et d'histoire ; après la révolution de 1830, il créa, de concert avec Flocon,Jame8Fazy,Ra8pail,TréIat etc. JacSociété des amis du peuple • et se sépara de l'école Saint-Simonienne,
par attachemeDt au catholicisme de fantaiBie qu'il rêvait de propager. En 1848, le département de la Seine l'élut représentant du peuple et TABsemblée nationale le porta à la présidence.
6*^ Duclerc (Charles-Théodore -Eugène), né à Bagnères-de- Bigorre, le 9 novembre 1812, occupa, tout d'abord, un emploi de correcteur d'imprimerie, puis devint journaliste et entra, en 1840,au iVo^tona/.Garnier-Pagès ramena,commesous-secrétaire d'Etat, au ministère des finances et le département des Landes le choisit pour l'un de ses représentants. 11 remplaça le même Garnier-Pagès, au ministère, et quitta le pouvoir, pour protester contre lés mesures répressives deTinsurrection du 23 juin 1848. Rentré dans la vie politique, après 1871, il fut président du Conseil des ministres, de 1882 à 1883.
7^ Adam (Antoine-Edmond), né le 19 novembre 1816, au Bec-Hellouin (Eure), entra au National, en 1840, en concourant à la rédaction de cette feuille jusqu'en 1848. Le 21 juillet, un arrêté présidentiel changea son titre d'adjoint au Maire en celui de secrétaire général de la préfecture, qu'il conserva jusqu'au 13 avril 1849, époque ou l'Assemblée constituante le choisit comme Conseiller d'Etat. Préfet de police en 1870, pendant le siège^ il démissionna au lendemain du 31 octobre, pour ne point opérer les arrestations prescrites,par le Gouvernement, contre les auteurs de l'attentat de la veille.
8o Caussidière (Marc), né le 18 mai 1808 à Lyon ; ouvrier industriel, dans cette ville ou à Saint-Etienne, il participa, en avril 1834, auxémeutesqui ensanglantèrent ces deux villes. Traduit devant la Cour des Pairs et condamné, par elle, à la déportation, il bénéficia, en 1837, d'une amnistie, ce qui lui permit de reprendre activement son attitude militante, sans, toutefois, encourir de nouvelles poursuites.il prit, le 24 février 1848^ possession de la préfecture de police, où son
premier soin fut de réclamer son dossier politique et de découvrir le dénonciateur de ses agissements, comme conjura . Le gouvernement provisoire lui confirma les pouvoirs dont il s'était emparé de vive force. Devenu représentant du peuple, Gaussidière fut compromis dans l'attentat du 15 mai 1848 ; il prit la fuite et s'installa définitivement à Londres, où il vécut étranger à la politique.
9^ Sobrier, ami de Gaussidière mats ayant un rang social plus élevé, par la naissance et une fortune personnelle dont il consacrait les revenus à répandre ses idées républicaines. Très redouté, à cause de son exaltaUon^ c'est lui qui organisa le premier corps armé qu'on appela « volontaires de Sobrier ».
40« Trouvé-Ghauvel (Ariste),né en 1805 à La Suze(Sarthe), débuta par être employé, puis voyageur de commerce, devint banquier et maire de la ville du Mans ; destitué en 1843, il reparut dans le corps municipal, comme adjoint, et,au lendemain de la révolution du 24février 1848, se saisitde THÔtel-de-Ville, en qualité de maire ; le Gouvernement provisoire le fit commissaire général de la Mayenne et de Maine-et-Loire. Elu représentant du peuple, il n'bésita point à voter avec les bommes d'ordre.
545. Arrêté du 19 juillet 1848. Sur Trouvé Chauvel, V. note précédente (§ 10).
546. Id., 27 octobre 1848. Sur Recurt. V. note précédente (§4).
547. Id., 20 décembre 1848. Berger (Jean Jacques), né à Thiers, le 21 juin 1799, prit une part active à la révolution de 1830 et acbeta une charge d'avoué, à Paris. En 1837, les électeurs desonpays natal l'envoyèrent à la Ghambre des députés, où' il siégea dans le groupe que l'on appelait, sans arrièrenensée de calembour, « tiers parti * ou « parti Thiers ». En
.846, il fut, également, élu à Paris, comme protestation contre
le ministère, qui, depuis 6 ans, refusait de choisir Berger, parmi les candidats au titre de maire de l'ancien 2« arrondissement (9® actuel ) ; après la révolution de 1830, Berger avait eu cette qualité^ qu'il reçut, de nouveau, par ordonnance du 15 décembre 1847. «Doué d'une certaine bonhomie modeste... courageux dans la rue, contre les émeutes... économe des deniers publics. . . ii était considéré comme le meilleur préfet.. . qu'on pût choisir. . . » (Merruau, Souvenirs de rUôielde-Vilie). En 1848, Berger devint représentant du peuple de la Seine ; l'année suivante il reçut du département du Puyde-Dôme le même mandat.
En lui retirant la préfecture de la Seine, on le fit sénateur eij ensuite, grand officier de la Légion d'honneur.
548. Arrêté du 18mai 1848 : nomination de Trouvé Chauvel. Id., 19 juillet, — Dacoux.
Id., 14 octobre, — Gervais de Caen.
Ducoux (François Joseph), né le 14 septembre 1808, à Château Ponsac, se voua aux études médicales, danslafîotte, puis dans Tarraée de terre ; donna sa démission, en 1838, et vint s'établir à Blois. Il s'y était déjà signalé, en 1830, lors de la révolution, et se mit à la tète du parti républicain. Commissaire du gouvernement, dans Loir-et-Cher, en 1848, il refusa de s'incliner devant un « commissaire général » nommé par Ledru Rollin. Les électeurs du département l'envoyèrent à l'Assemblée constituante. Il devint, plus tard, directeur de la Compagnie « impériale » des petites voitures de Paris.
Gervais (de Caen) , né. dans cette ville, le 6 mai 1803; embrassa, comme Ducoux, la profession médicale et devint. en 1827, e médecin des écuries du roi. » Après 1830, il fut l'un des fondateurs de la « Société des amis du peuple ' ; subit des poursuites correctionnelles, comme donnant, à titre libre, un enseignement non autorisé par le Conseil de ITJ versité.