En le voyant figurer parmi les personnages importants
da jour, on lui demanda quelle pièce il désirait occuper? cLe cabinet du secrétaire général, parbleu i, répondit-il. Le i5 mai, pendant que les émeutiers se répandaient dans THÔtel de Ville, un jeune expéditionnaire se faufila dans le fauteuil de Flotard^ en son absence ; quand celui-ci rentra, grande fut son indignation, en apercevant un intrus : « Que faites- vous là », s*écria-t-il, avec courroux; le pauvre diable interpellé, se voyant perdu, paya d^audace : « Je fais comme vous >, fut sa seule réponse. Le lendemain il était révoqué.
636. Merruau (Charles-Denis-Josepb),néen 1805, longtemps professeur dans divers collèges royaux de province, puis de Paris, quitta, quelques années après.1830. renseignement pour le journalisme ; devint rédacteur en chef du Temps et, ensuite, du Constftutionnel; en 1840, Victor Cousin se l'attacha, non pas comme c secrétaire général du ministère de l'instruction publique» (Vapereau, Dictionnaire des contemporains ^ 1" édition) — grade qui n'existait point, — mais avec le titre plus modeste de chef du Secrétariat, qu'acceptèrent, d'ailleurs, des hommes d'un grand mérite, tels que Désiré Nisard et Charles Jourdain. — Dans ses Souvenirs de l'Hôtel de Ville^ Merruau a lui-même raconté que sa nomination à la préfecture de la Seine fut le résultat d'un concert entre Berger, Thiers et Léon Faucher ; néanmoins, le président de la République gardait, par devers lui, le projet de décret, lorsque Merruau en obtint, séance tenante, la signature, sous la promesse d'un dévouement personnel qui ne se démentit jamais. Sous le rapport du recrutement et de la discipline, au sein de l'administration, Merruau rendit de réels services : il assimilait, volontiers, la préfecture à une école professionnelle et traitait les employés comme des élèves quelque peu frondeurs. En 1860, il proposa la révocation d'Henri de Rochefort-Luçay, celui-ci ayant refusé de suivre un cours établi, par le secrétaire général, pour
corriger récriture reconnue défectueuse, chez certains collaborateurs. Au point de vue des affaires, Charles Merruau avait le don d'exposer, avec une grande clarté, des questions complexes; Haussmann en convient, dans ses Mémoires^ mais, par contre, avoue que son premier secrétaire général n'apercevait jamais la vraie raison de décider des choses; aussi, se bornait-il à lui confier la rédaction de projets, voire même à la lui dicter, sauf à subir les leçons de l'ancien pédagogue, quant à la correction du style. Il ne fallait, en effet, deman* der à Merruau ni une idée, ni une solution ; ses connaissances étaient superficielles et, le plus souvent, erronées, en économie politique ou sociale, en finances et en droit public; son jugement, d'ordinaire, manquait, d'ailleurs, de justesse, par suite d'une irrésistible tendance qui le portait à rechercher la réputation d'un esprit original, plein de verve et capable de comprendre une pensée avant qu'on l'eût traduite : pour faire montre de perception instantanée, il coupait la parole et achevait d'exprimer le sentiment de son interlocuteur, convaincu qu'il aidait celui-ci à se mieux comprendre.
A l'en croire, il avait rendu des services méconnus ; peu d'années après son élévation au rang de Conseiller d'Etat (16 février 1861), il se fit nommer membre du Conseil municipal de Paris, puis, sur sa demande, remplaça, comme secrétaire, l'infortuné Langlais (1865) ; il se plaignit alors de ne pas être commandeur de la Légion d'honneur ; ensuite, il ambitionna rentrée au Sénat, et lorsque ses désirs insatiables n'étaient point accomplis, il s'en prenait à « l'ingratitude > d'Haussmann.
637. Trémisot avait épousé une fille dp Lemaire^ receveur municipal, auquel il succéda. C'était un ami intime d'Armand Marrast; cette liaison lui permit de prévenir beaucoup de lautes et de faire réaliser plusieurs améliorations. De 1848 a
S22 HlâtOIRE DE UilDMINISTRATION PARISIENNE
1854, i] exerça le contrôle du service des ponU et chaussées, la direction des travaux d'architecture, de voirie et de viabilité dans Paris. Comme il avait son franc parier, même avec ses supérieurs, Haùssmann le représente sous les dehors d*an rustre doué de bon sens : ceux qui ont connu Trémisot ne sauraient ratifier cette appréciation moqueuse et mal venue, de la part d'Haussmann, chez lequel les allures n'étaient rien moins que distinguées, car tout le monde lui donnait pour sosie le concierge herculéen du ministère des finances, et ce rapprochement a cela de piquant qu'il rappelle l'étymologîe allemande du nom patronymique Haùssmann (hauSj maison, mann, homme, c'est-à*dire homme de la maison, portier).
Quant au langage, nous tenons de Genteur qu'à un lundi de l'Impératrice (petite réunion ouverte pour les fonctionnaires de marque), alors qu'on agitait certaine doctrine politique, HaussmaDn fit son entrée ; mis au courant de la conversation, par la souveraine, qui opinait dans un sens libéral, le préfet de la Seine s'emporta : o II faut venir ici, répondit-il, pour entendre tenir des propos aussi subversifs! » — a Ah, vous n'êtes pas aimable », répliqua l'Impératrice.
638. Husson (Jean-Christophe-Armand), né le 8 septembre 1809, à Claye, avait^ dans sa jeunesse, embrassé la doctrine de Saint-Simon, ce qui le mit en rapports avec une élite intellectuelle et lui inspira le goût des études économiques et sociales; en 1848, plusieurs personnages qu'il avait fréquentés, jadis, étant arrivés au pouvoir, lui évitèrent tout obstacle, pour sa promotion légitime au grade de divisionnaire; Armand Husson jouissait déjà^ en effet, d'une notoriété conquise dans sa laborieuse carrière, par des études et rapports remarqués ; il avait publié, notamment,un Traité de la législation des travatac publics et de la voirie. Avec une intelligence souple, pénétrante et pratique, il possédait une prodigieuse facilité
de rédaction ; son stjle rappelait, par certains côtés, celui de Frochot, dont Husson ne manqua jamais, du reste, de faire réloge.
Le 4 «'janvier 1860, il devint directeur de l'Assistance publique, en remplacement de Da venne, et, au mois de juin 1874 , secrétaire général delà préfecture de laSeine. L'Académie des sciences morales et politiques et l'Académie de médecine l'avaient appelé dans leur sein, Tune comme membre titulaire, l'autre comme associé libre.